American Pie 4 ( Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg, 2012 )
Jim ( Jason Biggs ) retrouve ses amis Finch, Oz et Kevin des années après leurs exploits au lycée. S’en suit un calvaire à base de trentenaires débiles qui se demandent si ils ont fait les bons choix dans la vie.
La saga American Pie est peut-être la deuxième saga la plus atroce des vingt dernières années après la saga Saw et cet épisode fait pour le fric dix piges plus tard est dans la moyenne, c’est-à-dire irregardable.
Quand j’étais au collège, tout le monde avait vu
American Pie premier du nom. Avec ses personnages masculins qu’on aimerait savater à coups de pompes et ses filles qui sont soit des nymphomanes soit des pleurnicheuses casse-couilles, il entamait ainsi la mode des films pour ados abrutissants et scatologiques qui ont débarqué violemment dans le début des années 2000. Aux questionnements identitaires des films de John Hughes, dont je ne suis pourtant pas un admirateur inconditionnel, ont succédé les thématiques suivantes : baise, cul, bite, couilles, caca, pisse, flûte traversière dans la chatte.
Certains objecteront que je ne parle pas du film, hé ben oui, il faut dire que je n’ai pas envie d’en parler, na ! En quelques lignes : Stiffler chie dans la glacière d’un mec et vanne le type aux mains marrons «haha, t’es dans la merde » ; Stiffler se tape la mère de Finch ; Kevin à envie de se taper son ex mais ne le fait pas parce qu’il est marié et que oh merde, on peut déconner tant qu’on veut mais le mariage c’es sacré, surtout chez les juifs ; Jim se fait allumer par une gamine de 17 ans EVIDEMMENT nymphomane mais ne se la tape parce parce qu’il est marié, juif et machin tout ça.
J’aimerais qu’au lieu d’attendre
Destination Finale 5, la Mort vienne faire un carton au milieu de ces trous du cul de post-ados histoire qu’on soit définitivement débarrassés de cette saga de merde.
Bon plutôt que de m’énerver tout seul je vais vous conseiller quelques films pour ados à voir plutôt que cette purge :
- Les John Hughes. Disons
Breakfeast Club, j’aime moins
Weird Science et
16 candles ;
Ferris Bueller bonne réputation mais je ne l’ai pas vu.
-
Pump up the volume. Une merveille avec un Christian Slater tout jeune, un BO parfaite ( Leonard Cohen, les Beastie Boys, Sonic Youth, Richard Hell… ). Un très beau film sous-estimé qu’on peut même qualifier de politique.
-
Lolita malgré moi avec Lindsay Lohan. Sisi, c’était vachement bien. Les cours d’éducation sexuelle ou les speechs portnawaks des profs étaient à pleurer de rire.
-
Supergrave. Gras, vulgaire et crétin mais bourré de digressions hilarantes et porté par des acteurs impeccables.
-
Easy A. Si vous ne tombez pas amoureux d'Emma Stone, vous êtes gays.
Un dernier truc : y a une bite en gros plan. C’est subversif hein, une bite. CA FAIT QUINZE ANS QUE LES FARRELLY ET APATOW NOUS ONT FAIT LE COUP DE LA BITE EN GROS PLAN BANDE DE CONS. Ce que j’aime dans ce film c’est ce que j’aime chez Scyth.
Que dalle.
Un cerveau d’un milliard de dollars ( Ken Russell, 1967 )
Après les deux films précédents, Harry Palmer ( Michael Caine ) a quitté le MI5 pour devenir détective privé. Le colonel Ross lui demande d’infiltrer l’organisation de Leo Newbigen ( Karl Malden ) en Finlande. Palmer rencontre la belle Anya ( Françoisr d’Orléac ), maîtresse de Newbigen qui à l’aide d’un ordinateur hyper-sophistiqué souhaite pousser un général américain fanatique à envahir la Russie.
J’aime vraiment bien la saga Harry Palmer ; peu de gens en ont parlé, et l’émission Frisson Break sur le premier volet s’était contentée de dire que les deux suivants étaient dénués d’intérêt, probablement parce que les gros nazes responsables de l’émission n’avaient pas du les voir.
Ken Russell est réputé comme étant un gros cinglé et il était intéressant de voir comment il allait transformer une franchise déjà résolument anticonformiste avec son héros bordélique et insubordonné. Au niveau de la mise en scène, petite déception : elle est globalement plus sage que celle d’
Ipcress, danger immédiat. En revanche le montage est souvent TRES abrupt, et le scénario est un joyeux bordel qui casse toutes les conventions Bondiennes : le méchant est une sorte de George Bush avant l’heure omnubilé par l’éradication de l’axe du mal, la technologie de pointe est tellement truquée qu’elle fausse toutes les données qu’on cherche à en tirer et le personnage le plus sympathique du film est le débonnaire colonel Stok - le faux transfuge de
Mes Funérailles à Berlin -, agent soviétique rigolard qui a pour Palmer une affection relativement incompréhensible.
Un cerveau d’un millard de dollars part un peu dans tous les sens, c’est sa force et sa faiblesse. La séquence finale de naufrage dans la glace est visuellement splendide et le montage tarabiscoté de Russell en fait un grand moment de cinéma. Si ce Harry Palmer n’est ni le plus rigoureux, ni le plus drôle ni le plus facile à suivre de la série, il n’a absolument pas à rougir de la comparaison face au premier épisode ( et enterre facilement le deuxième ).
On notera une superbe musique de Maurice Binder qui ferait presque oublier John Barry, un générique Bondien très élégant, une interprétation excellente avec comme toujours un Caine au diapason. Le délire absolu compense tout à fait l’ineptie de l’histoire et le grotesque des situations ( les trahisons des personnages virent au grand n’importe quoi ).
Un très bon film atypique et bizarre qui fut le dernier Harry Palmer tourné dans les années 60, avant que la saga ne renaisse trente ans plus tard. J’avais critiqué les deux autres volets sur MC :
- Premier épisode,
Ipcress danger immédiat :
http://www.magiccorporation.com/gathering-forum-viewtopic-2-84766-240.html
- Deuxième épisode,
Mes funérailles à Berlin :
http://www.magiccorporation.com/gathering-forum-viewtopic-2-84766-840-topic-cinema.html
Harry Palmer > James Bond. Point.
Source Code ( Duncan Jones, 2011 )
Colter ( Jake Gyllenhaal ) se réveille dans un train, en face d’une ravissante jeune femme, Christina ( Michelle Monaghan ). Huit minutes après, le train explose et Colter se trouve cette fois dans une capsule ou une vidéo lui apprend qu’il revivra la séquence de huit minutes jusqu’à ce qu’il découvre l’identité du terroriste responsable de l'attentat.. Pour cela, la conscience de Colter a été transférée dans l’esprit d’un voyageur, Sean Fentress.
Duncan Jones avait bluffé son monde, et moi le premier, avec son très beau premier film
Moon que j’avais chroniqué ici-même. Pour son deuxième long-métrage, il reprend plusieurs thèmes de
Moon comme l’humanisation des machines, la mémoire faussée ou encore les expériences gouvernementales douteuses. Sauf qu’ici la sauce ne prend pas et
Source Code est un douloureux ratage qui ne confirme pas les promesses de
Moon.
Film-concept pénible doté d’une enquête policière dont on se bat très vite les cacahuètes et dont la résolution est totalement bâclée,
Source Code oscille entre polar, mélodrame, réquisitoire humaniste et réflexion sur le virtuel, sans convaincre sur aucun des points. Sean tombe amoureux de Christina en deux minutes de film et jamais leur histoire de sort du cadre de l’artifice scénaristique. Le message humaniste était bien mieux amené dans
Moon et visuellement, la photo bleutée est très moche. Enfin, sans être catastrophique, l’interprétation demeure quelconque, Gyllenhaal surjouant et Monaghan se contentant d’être jolie.
Il faut reconnaître que
Source Code n’est pas qu’un film-concept de plus et que Duncan Jones est un cinéaste qui possède un talent évident et qui ne s’intéresse pas qu’à son petit twist idiot à nous balancer à la tête. Sa sensibilité empêche
Source Code d’être aussi pénible que d’autres films aux points de départ du même ordre, seulement ce
Un jour sans fin du pauvre se suit sans enthousiasme. Et la fin est encore plus foirée que le reste.
Au final, une belle déception, mais je continue à penser que Duncan Jones a un gros potentiel.
Critique de
Moon :
http://www.magiccorporation.com/gathering-forum-viewtopic-2-84766-960-topic-cinema.html
La cinquième victime ( Fritz Lang, 1956 )
Amos Kyne, propriétaire d’un grand journal, décède. Son fils Walter ( Vincent Price ) qui ne connaît pas les rouages du métier lance une compétition entre le chef du service télégraphique, Loving, le rédacteur Griffith et le photographe Kritzer pour devenir le vrai patron du journal. Écarté du fait de son manque d’ambition, Mobley ( Dana Andrews ) enquête sur un tueur qui assassine des jeunes femmes célibataires. Kyne décide d'atribuer le gros lot à celui des trois postulants qui résoudra l’affaire.
Je continue mon grand chelem Langien avec cet avant-dernier film américain qui est encore meilleur que
House by the river. La lutte pour le pouvoir n’épargne personne : coups bas, arrivisme, coucheries, le sensationnalisme de la presse est ausculté avec la précision chirurgicale de Lang qui pour autant ne se pose pas en grand donneur de leçons omniscient, mais crée une galleries de personnages contrastés, ambigus et complexes : ainsi Mobley, présenté comme vertueux et loyal, n’hésitera pas à mettre sa fiancée en danger de mort pour avoir un scoop ; Griffith, plus sympathique que Kritzer ou Loving, explique qu’il écrasera qui il faut pour avoir le poste. Quant à l’incompétent Kyne, il n’est pas un homme foncièrement mauvais mais plutôt un fils méprisé par son père qui prend un soin particulier à pousser au conflit les hommes qu’Amos Kyne lui a toujours préféré.
Les femmes ont un rôle secondaire… en apparence. Elles manipulent en réalité les hommes pour parvenir à posséder leur part du gâteau ; la femme de Kyne est ainsi la maîtresse de Kritzer et fait pression pour que le poste lui soit attribué, tandis que la commère Mildred, envoyée par Loving pour lui procurer une longueur d’avance, joue en réalité pour son intérêt personnel.
Un seul espoir pour les plus vertueux : la démission. L’intrigue policière n’est qu’un contexte permettant aux personnages de s’affronter, le tueur un idiot instrumentalisé par une presse sans éthique qui se fiche d’annoncer la culpabilité d’un innocent.
Une fois n’est pas coutume je n’ai parlé quasiment que du scénario. Alors, pour faire simple, je dirais que les acteurs sont irréprochables, que la mise en scène est digne de Fritz Lang, donc impressionnante, que la course-poursuite dans le métro est un très grand moment d’action et que Fritz Lang parvient même à placer quelques moment humoristiques sans rompre son fragile équilibre…
Très grand film.
Dark Shadows ( Tim Burton, 2012 )
La sorcière Angélique ( Eva Green ) est amoureuse de Barnabas Collins ( Johnny Depp ) qui lui préfère Josette ( Bella Heathcote ). Angélique jette un sort qui pousse Josette à se suicider et transforme Barnabas en vampire que la population enferme pour plusieurs siècles jusqu’à ce qu’en 1972, il soit accidentellement libéré et décide de rejoindre sa descendance.
Haha, Tim Burton, ma bête noire préférée. Pendant des années (
Big Fish, Charlie et la chocolaterie ) j’étais l’inévitable rabat-joie au milieu des fanboys et quand, aujourd’hui, tout le monde s’accorde à le dire ringard, has-been, enterré, il sort son film qui me plait le plus depuis
Sleepy Hollow.
Évidemment, ce n’est pas d’une folle originalité… quoiqu’un peu. Plus cru sexuellement qu’aucun Burton précédent ( celui qui ne rit pas à la scène de baise est un fan de Phil Collins ! ), ouvertement parodique comme
Mars Attacks,
Dark Shadows partage avec ce film-là le fait de partir dans tous les sens avec plus ou moins de bonheur.
En effet, la love story est dénuée d’intérêt ; la fascination de Burton pour les poupées de porcelaine n’a d’égal que l’ennui provoqué par celle-ci, et la méchante Eva Green qui ravage tout sur son passage est mille fois plus charismatique, volant la vedette à un Depp dont la prestation sent un peu le réchauffé ; on notera une Michelle Pfeiffer qui n’a rien perdu de son charme ni de son talent, et une Helena Bonham Carter qui vieillit très mal et dont Burton à une manière un peu spéciale de mettre en scène le déclin physique.
Visuellement, les fans ne seront pas dépaysés : on retrouve l’attirail gothique des grands jours, avec une direction artistique travaillée et cohérente, ainsi qu’une musique d’Elfman en bon pilotage automatique. Les personnages sont TRES inégalement traités, certains passent à la tape trop vite, d’autres sont relégués au second plan et le twist final sur l’un d’eux est à la fois une idée ridicule et un foirage visuel.
Pour autant, Burton réussit sur plusieurs points. D’abord, sur le plan de la parodie décalée avec son vampire dans le monde moderne, il m’a fait rire à plusieurs reprises, et une comédie qui fait rire, c’est toujours un bon début ; j’ai bien aimé la scène d’action finale aussi, montrant un Burton meilleur que d’habitude pour filmer du combat, et l’introduction renoue avec le Burton des grands jours, celui des classiques du début des années 90.
Ce gros bordel narratif a visiblement laissé beaucoup de fans et d’ex-fans sur la touche ; quant à moi, j’ai été à ma grande surprise très content du visionnage, sans pour autant être aveugle sur la panoplie de défauts d’un film qu’on réévaluera peut-être dans quelques années.
Boris, captures corrigées.