Macadam à deux voies ( Monte Hellman, 1971)
Un conducteur ( James Taylor ) et son mécanicien ( Dennis Wilson ) vivent des courses de voitures. Après avoir embarqué une jeune hippie ( Laurie Bird ), ils défient un autre conducteur, GTO ( Warren Oates ) contre qui ils vont faire la course jusqu’à l’autre bout des Etats-Unis.
Film EXTREMEMEMENT atypique,
Macadam à deux voies devrait plonger dans un insondable ennui quatre spectateurs sur cinq, ce qui n’est pas si grave vu que je suis le cinquième. Pour commencer, l’idée de départ sera bafouée tout du long, tant aucun personnage ne semble réellement prendre la course au sérieux : Warren Oates continue de prendre des auto-stoppeurs, échange de voiture avec James Taylor puis Dennis Wilson ( tandis que Laurie Bird ne cesse de passer de l’une à l’autre ), s’arrête au restaurant avec Laurie Bird qui, plus tôt, a passé dix minutes pour rien au point mort quand James Taylor a voulu lui apprendre à conduire, évidemment sans succès. Tout cela ne va nulle part, et le vide existentiel qui entoure les personnages n’a pas besoin de long discours - Taylor et Wilson sont mutiques et ne parlent quasiment que de mécanique entre eux - pour être palpable. GTO, quand à lui, raconte à chacun des nombreux auto-stoppeurs qu’il accepte durant le film - et il y en a ! - une version différente et améliorée de sa vie ; sa tentative de se confier à James Taylor avorte ( « c’est pas mon problème » ) et au final, l’on n’apprend absolument rien sur les quatre personnages de tout le film.
Hellman étire ses plans d’une manière qui a fait date - on peut y voir la matrice de certains films de Gus Van Sant - et place les personnages dans une sorte de boucle infinie ou chacun répètent les mêmes gestes, les mêmes actions, indéfiniment : Laurie Bird repart comme elle est venue, Warren Oates recommencera sans doute à raconter sa vie et le duo Taylor-Wilson va reprendre ses courses idiotes, grâce auxquelles ils peuvent payer le carburant et l’entretien de leur voiture… jusqu’à la prochaine course. Non seulement Hellman refuse la dramatisation mais en plein période de contre-culture, dans laquelle son film s’inscrit d’ailleurs, refuse également le sexe, la drogue, l’alcool et la violence. Le film ne raconte pas grand-chose, et le seul personnage bavard est mythomane ( le cinéma de fiction, besoin du spectateur de se voir raconter des histoires ? ) ; pour autant, on sent une passion des personnages masculins pour la figure libre et indomptable de Laurie Bird, sans maison et sans attaches, capable de se débarrasser du peu d’affaires qu’elle emporte avec elle pour disparaître de nouveau dans la nature.
Tout cela étant magnifié par un sens du cadre sans faille et un réel talent pour filmer les grands espaces,
Macadam à deux voies est un film absolument fascinant, emblématique d’une époque ou toutes les audaces étaient permises, à l’image de sa fin complètement expérimentale.
Il était une fois le diable/Devil’s story ( Bernard Launois, 1985 )
Une sorte d’elephant man nazi trucide des campeurs au milieu de la Normandie. Ensuite, une blondasse se perd avec son mari ; les deux sont recueillis par un aubergiste du coin qui va ensuite passer à peu près tout le film à tirer sur un cheval ( c’est d’autant plus difficile que le cheval n’est pas dans le même film, et déjà qu’un champ-contrechamp quand on a deux films différents c’est toujours splendide, mais quand en plus ce sont les mêmes plans cinq fois de suite, cela confine au génie ), mais qui là va raconter l’histoire de naufrageurs qui ont fait couler un bateau avec à l’intérieur une momie qui est le sosie de la blondasse ( ??? ), mais en fait, c’est un sosie de la sœur décédée du monstre nazi ( ????? ).
Déjà, le scénario est splendide. Mais si un grand nanar nécessite généralement un scénario profondément débile et incompréhensible ( on ne louera jamais assez celui de
White Fire ), il faut également une mise en scène (in)digne de ce nom pour transcender le matériau de base est là, là les copains,
Devil’s story est tout simplement PARFAIT. La momie a un sarcophage avec juste un couvercle, les affrontements cheval/monstre nazi, là encore dans deux films différents, sont EPIQUES, le chat noir qui ponctue le film donne un réel coté what the fuck à chacune de ses apparitions, la maquette de bateau est magnifique, et au début du film, on a un emploi de la toccata et fugue en ré mineur ( vous savez, ce truc à l’orgue qu’on associe toujours à Dracula sans trop savoir pourquoi ) de Bach encore plus pourri que dans
Turkish Star Wars tellement ça ne colle pas du tout aux images du film. En ce qui concerne les acteurs, si on ne peut pas trop en vouloir au monstre nazi vu le masque qu’il se trimballe ( bon, il a quand même l’air de jamais trop savoir quoi foutre ), la blondasse qui sert de premier rôle est formidable, entre hurlements grotesques et séquences de terreur risibles, et renforce l’étrangeté du film. Mention également à l’aubergiste « tireur fou » qui ressemble au vieux du
Lac des morts-vivants. J’ai encore un peu de place, aussi vais-je vous parler d’un effet spécial inédit, peut-être la marque du « style » Bernard Launois : plusieurs fois dans le film, quand un personnage meurt, le sang coule mais par petites giclées verticales discontinues. Ainsi, deux minutes après la mort du personnages, on continue à voir des mini-giclées de sang sautillantes.
Bref, une merveille totale et absolue du nanar, un plaisir incomparable de visionnage, et bonne nouvelle : l’équipe de nanarland sort à la fin des vacances un DVD collector !
www.youtube.com/watch?v=VXiYxRiBU9E
Ca va déchirer.
Le cauchemar de Dracula ( Terence Fisher, 1958 )
Jonathan Harker a été engagé par le comte Dracula ( Christopher Lee ) en temps que bibliothécaire. Arrivé dans les Carpates, il est supplié par une jeune femme de l’aider à échapper à l’emprise du vampire. Toutefois, celle-ci finit par le mordre, et Harker n’a que le temps d’éliminer la femme vampire avant d’être lui-même transformé. Harker ne revenant pas, l’homme qui l’a envoyé, le professeur Van Helsing ( Peter Cushing ), décide de pourchasser Dracula.
Splendeur esthétique de l’esthète Terence Fisher qui avait réalisé l’année passée le tout aussi réussi
Frankenstein s’est échappé, cette version du roman de Bram Stocker est bien plus explicite sexuellement que les réussites passées signées Murnau ou Dreyer. Ici, les morsures semblent remplacer l’acte sexuel ( Jonathan Harker attiré par la maîtresse de Dracula ; la fiancée de Harker, Lucy, en état de manque après la disparition de celui-ci ), cet aspect étant renforcé par l’extraordinaire présence de Christopher Lee qui, comme dans
Le corps et le fouet, arrive à érotiser à l’extrême un personnage monstrueux. Peter Cushing est tout aussi bon en Van Helsing, qui pose pour la première fois les ( fausses ) bases de ce qui constituera l’arsenal du chasseur de vampires pour les décennies suivantes : ail, lumière du jour, crucifix et pieu dans le cœur. Toutefois, quelques défauts subsistent et empêchent le film de rivaliser avec les meilleures versions du mythe du vampire. Les seconds rôles manquent d’intérêt, à l’image du couple Arthur-Mina qui au bout de dix minutes de tergiversations acceptent de laisser Van Helsing prendre les commandes. De plus, le film aurait sans doute gagné à étendre un peu plus les scènes de vampirisme : si l’on peut remercier Fisher de ne pas faire durer son film autant que certaines insupportables relectures contemporaines ( le
Van Helsing de Stephen Sommers qui, en plus d’être nul, aurait pu durer une bonne demi-heure de moins ), il reste que le déroulement de l’histoire semble peut-être un peu trop mécanique pour convaincre totalement. Mais l’importance historique de cette version ( introduction de la sexualité et d’une plus grande violence ), sa splendeur esthétique et le charisme de ses deux principaux comédiens qu’on retrouvera dans nombre de productions Hammer en font une date du cinéma fantastique. Et c’est mille fois mieux que le film soporifique du par ailleurs talentueux Tod Browning avec son Bela Lugosi à coté de ses pompes.
Boris, pour cause de serveur hostile, la suite sur le poste suivant.