Les anges de la nuit ( Phil Joanou, 1990 )
Terry Noonan ( Sean Penn ) revient dans son quartier d'enfance après plusieurs années d'exil ayant suivi l'assassinat par Noonan de deux petits voyous. Il retrouve son meilleur ami Frankie ( Gary Oldman ) dont le frère Jackie ( Ed Harris ) est le chef de la mafia irlandaise. Jackie tente de négocier une paix avec les italiens, tandis que Frankie, dégoûté par la situation, ne rêve que de carnage.
Les années 90 aux Etats-Unis donnèrent lieu à un bon nombre de réussites dans le polar. Scorsese et De Palma offrirent un trio de classiques du film mafieux, Mann opposait Al Pacino et Robert De Niro dans un
Heat qui demeure son chef d'oeuvre, Tarantino enchaînait les relectures iconoclastes du genre, Ferrara offrait à Christopher Walken son meilleur rôle dans
King of New York, Curtis Hanson devenait le seul réalisateur à avoir totalement réussi à adapter Ellroy pour son superbe
LA Confidential tandis que
Usual suspects et
Se7en bousculaient les habitudes narratives du genre. Néanmoins, si il faut rapprocher
Les anges de la nuit d'autres polars de la décennie, c'est à deux films tout aussi oubliés que l'on doit se référer : les superbes
Little Odessa de James Gray et
Nos Funérailles d'Abel Ferrara. Le film de Joanou partage avec le premier la thématique du retour au quartier et la peinture d'une petite communauté ethnique, du deuxième le fratricide et l'idée d'un personnage rendu cinglé par la situation ( Chris Penn/Gary Oldman ). Étant antérieur aux deux autres,
Les Anges de la nuit apparaît ainsi comme un film matriciel qui, si il reprend bon nombre d'éléments déjà vus, allait à sa manière faire date en réactualisant le modèle " tragédie familiale " du
Parrain.
Je m'oppose à 100 % à l'avis de kakkhara pour lequel il n'y a rien à sauver dans ce film. Sean Penn est pour une fois d'une magnifique sobriété, tandis que Garry Oldman trouve certainement son meilleur rôle jusqu'ici. Les seconds rôles sont tout aussi bons ( on retrouve notamment John Torturro et John C Reilly ) et la photo est splendide. La mise en scène de Joanou ne réinvente pas le cinéma mais est dénuée de fautes de gouts et sait se faire ample, comme lors du très long plan suivant Ed Harris allant à la rencontre de sa soeur ou lors du final ou le montage et l'usage du ralenti sont dignes de Sam Peckinpah, et c'est moi le puriste casse-couilles du grand Sam qui vous le dit ! Si l'on y ajoute une très belle partition de Morricone et un tragique qui culmine durant le dernier quart d'heure, on obtient un grand film de gangsters qui mérite absolument de sortir de l'oubli. N'écoutez pas kakkhara ( en plus sa critique sent le syndrome " je me suis fait chier devant et je saurais pas dire pourquoi " ) et regardez-le.
Pour le fun, mon top 10 des films de gangsters ricains 90's en excluant les films purement " de mafia " ( dont pas de Scorsese/De Palma ) et les films à la frontière du genre ( pas de
Jackie Brown ni de
Miller's crossing qui tient plus du hard-boiled ).
1 )
Heat
2 )
King of New York
3 )
Reservoir Dogs
4 )
Nos funérailles
5 )
Little Odessa
6 )
Les anges de la nuit
7 )
LA Confidential
8 )
Pulp Fiction
9 )
Usual Suspects
10 )
Se7en
Daredevil ( Mark Steven Johnson, 2003 )
C'est Matt Murdock ( mais on sait tous que c'est pas vraiment lui puisque c'est le boooo Ben Affleck ), il est pas content, parce qu'on a tué son père et qu'en plus il est aveugle depuis un accident radioactif. Mais comme tous ses autres sens ont décuplé au passage, il devient un super héros juriste, Daredevil. Et ça devient dur quand la meuf qu'il veut serrer, Elektra ( Jennifer Garner ) est convaincu qu’il a buté son papa, alors que le très méchant Caïd envoie le Tireur ( Colin Farrell ) flinguer Daredevil.
Bon, là c’est simple, tout est raté, raté et encore raté. Daredevil a beau être un héros passionnant, peut-être le plus captivant après Batman, ce film est une catastrophe totale sur tous les plans. Ben Affleck est une endive et Jennifer Garner n’a aucun charme. On en vient pratiquement à apprécier le cabotinage digne d’un Nicolas Cage des grands jours de Farrell qui fait n’importe quoi. La laideur esthétique du film est incroyable et en plus on doit se taper du Evanescence en fond sonore pendant que Jennifer Garner tape dans des sacs de sable. Pitié. Evidemment c’est monté n’importe comment et les bastons sont illisibles, sauf la première entre Daredevil et Elektra qui ressemble à une démo de Tekken 3, ce qui n’est pas franchement mieux. Les dialogues sombrent dans la niaiserie la plus totale ( « je ne te vois pas mais c’est magnifique d’entendre le bruit de la pluie rencontrant ton corps » non mais franchement… ) et le scénario ne donne aucune, mais vraiment aucune épaisseur aux personnages. Les rares pistes intéressantes ( le sens radar de Daredevil, la propension pour l’auto-justice du personnage ) restent méchamment sous-exploités.
Parmi les innombrables défauts de ce machin, l’un d’entre eux est vraiment symptomatique des grands ratages de films de super héros : l’absence de catharsis. Là ou un
Spiderman ou un
Blade II, par exemple, donnaient l’impression d’un héros se purgeant de la rage accumulée pendant le film durant le final, ici l’on ne ressent rien du tout parce que ni Ben Affleck ni la mise en scène ne parviennent à rendre ce sentiment de défoulement qui permettrait une montée en puissance. Je me demande si
Elektra est pire, du coup.
L’Etrange vice de Mme Wardh ( Sergio Martino, 1971 )
Julie Wardh ( Edwige Fenech ) s’est mariée à un homme d’affaires, Neil, pour échapper à son amant Jean avec qui elle avait entretenu une relation sado-masochiste. Alors qu’un maniaque enchaîne les meurtres de femme, Julie se persuade qu’il s’agit de Jean dont elle serait la prochaine victime, et rencontre un séducteur, George ( George Hilton ) qui devient son amant et son protecteur.
Dans le genre particulier qu’est le giallo ( polar stylisé italien avec généralement des couleurs flashy et un peu de cul ), on retient souvent deux cinéastes, Mario Bava et Dario Argento, comme l’on réduit le western à Sergio Leone. Sans nier que ces cinéastes aient donné à leurs genres de prédilection les plus grandes œuvres, on peut parfois être énervé de voir être rejetés par principe des films d’artisans moins connus comme Giulio Questi, Antonio Margheriti ou Sergio Martino qui, si son incursion dans le western n’a pas laissé un grand souvenir ( son
Mannaja, l’homme à la hache était une redite ratée du
Keoma d’Enzo Castellari ), livre ici un giallo convaincant et réussi bien que moins abouti que les meilleurs Argento.
Parmi ses points forts, on peut citer la présence de la magnifique Edwige Fenech dans le rôle titre, ainsi que des meurtres de femmes peu nombreux ( 4 au total ) mais vraiment bien filmés. Le scénario est plutôt prétexte mais réserve un bon retournement de situation aux 2/3 du film et l’ambiance perverse dans laquelle baigne le film ( superbes flashbacks de Jean maltraitant Julie ) tout à fait réussie. On sera plus sceptique sur une fin qui tombe comme un cheveu sur la soupe, sur des scènes de cul s’insérant assez mal dans la trame générale et sur le manque relatif de surprise que propose le film. A noter ce plus indéniable du giallo sur la majorité des films d’horreur US : l’absence de ton moralisateur ou d’aspect tu-couches-à-droite-à-gauche-et-tu-mérites-de-mourir. Au final,
L’Etrange vice de Mme Wardh, bien qu’imparfait, mérite sa place parmi les réussites méconnues du genre.
Les amitiés maléfiques ( Emmanuel Bourdieu, 2006 )
A la faculté de lettres, Eloi ( Malik Zidi ) et Alexandre ( Alexandre Steiger) rencontrent André ( Thibault Vinçon ), étudiant extraverti et charismatique, qui devient leur mentor. André pousse Alexandre à devenir acteur et Eloi à continuer sur la voie littéraire, mais petit à petit, il apparaît qu’André n’est pas tout à fait ce qu’il prétend être.
On a ici un cas assez typique du cinéma français intello : une bonne idée de départ qui n’aboutit à rien. Le thème du vampirisme intellectuel est effectivement intéressant mais je défie quiconque de tenir vingt minutes du film sans se dire « à leur place je lui aurait tarté la gueule à ce gros con » et la fascination qu’exerce André est, à mes yeux du moins, incompréhensible. Le casting n’est absolument pas convaincant : Zidi et Steiger dorment debout et Vinçon devient film après film ma tête à claques numéro 1 du cinéma français tant je trouve ce mec horripilant. Sa diction maniérée, son brushing à la BHL, ses récitations de dialogues et sa démarche anti-naturelle me sortent d’un film dès qu’il apparaît à l’écran plus de trois secondes. De plus, il y a un grave problème de dialogues dans ce film et si Bourdieu a travaillé avec Deplechin, il n’a pas un sixième du talent de dialoguiste de son camarade cinéaste et le spectateur doit se retenir de hurler « ON NE PARLE PAS COMME CA DANS LA VRAIE VIE BORDEL ! ».
Et pour aller avec des mauvais acteurs et des mauvais dialogues, on a donc un message, un vrai, sur la liberté de penser et le refus du conformisme, ou le personnage de Vinçon va bien morfler durant la dernière demi-heure du film comme si on était dans une sage mafieuse, sauf que c’est grotesque : le passage de l’histoire qui conduit à sa déchéance est d’un artificiel incroyable. C’est de la sociologie qui se prend pour du cinéma mais c’est nul, c’est un téléfilm pour bobos nombrilistes sans la moindre once de mise en scène. Sans moi.
Au loin s’en vont les nuages ( Aki Kaurismaki, 1996 )
Ilona ( Kati Outinen ) et Lauri ( Kari Väänänen ) forment un couple aimant. Le jour ou le restaurant d’Ilona ferme et ou Lauri est licensié de son emploi de conducteur de bus, les difficultés apparaissent et le couple tente de se sortir la tête de l’eau.
Je sais : cela fait peur. Un film social finlandais sur un couple au chômage, sachant qu’en plus le couple a perdu un enfant, cela peut légitimement donner l’impression qu’on risque de se fader du sous-Loach ou du sous-Inarritu. Mais heureusement, Kaurismaki est bien au-delà des pleurnicheries et transcende son scénario de plomb par une mise en scène tout à fait originale et par un humour omniprésent.
Le style Kaurismaki est en réalité proche de celui des grands comiques du muet et particulièrement Buster Keaton ; les personnages sont mutiques et leur absence de réaction à des situations absurdes désamorce tout le pathos facile qu’on pourrait craindre. Pour donner un exemple, lorsqu’Ilona tente de convaincre son banquier de lui accorder un prêt, on a un long plan fixe durant lequel on sent petit à petit le banquier céder, jusqu’à ce qu’il demande une garantie. Arrive un ami d’Ilona acceptant de se porter caution ; le banquier lui demande sa situation professionnelle, il répond qu’il est cordonnier. Long silence, puis raccord sur Ilona et son ami sur le trottoir : « on essaye une autre banque ? ».
De même la mort de l’enfant pourrait donner lieu à des excès lacrymaux, mais il faut bien se rendre compte qu’elle n’est jamais mentionnée explicitement, seulement indiquée par une photo d’enfant sur un cadre et un bref dialogue dans lequel Ilona explique qu’elle a arrêté de travailler après être tombée enceinte.
Si l’humour du film fait systématiquement mouche, on remarque quand même de nombreuses facilités scénaristiques apparaissant au fur et à mesure du film jusqu’au happy-end final. Mais au moins Kaurismaki prouve qu’on peut réaliser un film sur un sujet grave sans complaisance ni pathos, tout en ayant en plus un sens évident de la mise en scène. Mon premier Kaurismaki ne sera surement pas le dernier.
Pour finir je pense autant de bien, et même encore plus, du
Carrefour de la mort d'Henry Hathaway que monsieur K. Très grand film noir porté par un Richard Widmark incroyable en bad guy et un Victor Mature excellent en héros ambigu, doté d'une réflexion passionante sur la réinsertion. Premier film d'Hathaway qui me convainc totalement.
Boris, j'ai des problèmes d'upload.... j'éditerai dès que je pourrai.