Samedi 25 Janvier 2020 à 11:49
#3317
L'Exorciste (William Friedkin, 1973)
L'actrice Chris McNeil est inquiète au sujet de sa fillette Regan : après que l'on ait entendu des bruits curieux venant de sa chambre, la petite a changé, proférant de constantes insanités. Une force para-normale l'habite, qui coûte la vie au metteur en scène de Chris. Désespérée, cette dernière fait appel à deux exorcistes...
Je lis souvent ici et là que l'Exorciste serait un film qui aurait particulièrement vieilli, voir serait devenu irregardable. En ce qui me concerne, à le revoir alors que j'ai passé la trentaine, le film est toujours aussi incroyable. Même les trucages " visibles " provoquent toujours le dégout, notamment grâce au côté super-organique de la créature (on pourrait y voir un ancêtre de Cronenberg), l'ambiance sonore et visuelle est parfaite et j'ai été surpris de retrouver autant de similitudes narratives entre ce film et un autre grand Friedkin, Police Fédérale Los Angeles, avec dans les deux cas un duo d'experts, l'un vieillissant et l'autre " novice ", la mort de l'un créant un déclic chez l'autre dont la vocation déclinait. Je suis d'ailleurs toujours impressionné de voir la manière anti-Hollywoodienne dont est tué Max Von Sydow. De manière générale, l'alternance entre une mise en scène sobre, voir austère, ou les personnages sont assez froids et distants avec le Grand-Guignol autour des apparitions démoniaques (on hurle des horreurs, on vomit, on pisse) réussit à donner un film un ton à la fois ultra surprenant et angoissant. J'adore.
Un classique de l'horreur qui mérite parfaitement son statut.
Blacula, le vampire noir (William Crain, 1972)
En 1780, le Prince Mamuwalde est transformé en vampire après avoir rendu visite à Dracula. Condamné à vivre dans un cercueil, il est réveillé en 1972 et sème la terreur à Los Angeles.
Big up à la cinémathèque pour l'avoir diffusé ; il s'agit comme son titre l'indique d'une tentative blaxploitation visant à " noiriser " des personnages du fantastique européen (suivront Blackenstein et Docteur Black et Mister Hyde).
Les lacunes budgétaires sont criantes, les costumes des figurants horribles, la VF de la cinémathèque semble sortir de la Classe américaine, le film tire pas mal en longueur mais est curieusement assez regardable pour un blaxploitation au pitsch aussi absurde. Le fait est que William Marshall, l'acteur principal, et Vonetta McGee jouent bien mieux que les acteurs habituels du genre ou que le film se permette quelques libertés surprenantes (un couple gay interracial quand même), mais surtout que les dix dernières minutes assument totalement le ton tragique et l'héritage vampirique aident à faire passer la pilule. OK c'est pas franchement terrible mais je le trouve plus agréable que des supposés classiques comme Shaft ou Superfly. Puis admettez que le titre suscite un minimum votre curiosité, non ? Non ? Allez vous faire voir.
Le Jardin du diable (Henry Hathaway, 1954)
Trois passagers d'un bateau a vapeur , se retrouvent coincés dans une petite bourgade du Mexique, appelée Porto Miguel, après une avarie de machines. Alors qu'ils prennent un verre, une femme surgit et les supplie contre récompense de secourir son mari bloqué au fond d'une mine par un éboulement. Les trois hommes ainsi qu'un client du bar acceptent (aprés une longue réticence). Ils l'accompagnent dans une région isolée aux mains des Apaches.
Superbe point de départ, avec tout ce que ça peut impliquer de cool en matière de féminin évoluant dans un milieu masculin (Susan Hayward est excellente), d'ambiguïté morale, de fièvre de l'or avec en plus un duo Gary Cooper/Richard Widmark, l'aventurier droit dans ses bottes et le joueur de cartes cynique. Ce qui empêche le Jardin du diable d'être totalement convaincant est la comparaison avec le chef d'œuvre de John Huston, Le Trésor de la Sierra Madre, largement plus puissant et fou. Je trouve aussi qu'en dehors de Widmark les personnages sont un peu trop monolithiques, le mec dur et austère, le chien fou avide de reconnaissance etc. là ou chez Huston les anti-héros étaient plus complexes. C'est quand il assume son aspect mélodramatique que Le Jardin du diable donne le meilleur de lui-même (le type blessé convaincu que sa femme n'en veut qu'à son argent, alors qu'elle suscite malgré elle la convoitise du reste du groupe). Hathaway est un bon metteur en scène classique, qui sans donner un classique de la dimension des grands Ford ou Mann livre ici un western qui gagne largement à être connu, supérieur à des films plus connus du même réalisateur (True Grit notamment).
Love and peace (Sono Sion, 2015)
Ryoichi rêvait de devenir un rockeur punk quand il était plus jeune, pour finalement devenir un vendeur timide dans une boutique d’instruments de musique. Il est amoureux de Yuko, mais n’ose pas le lui avouer. Un jour, il trouve une tortue sur le toit d’un grand magasin. Il la baptise Pikadon et l’adore, mais ses collègues se moquent de lui. Il finit par jeter sa tortue dans les toilettes, et regrette amèrement son geste. Pikadon se retrouve dans les égouts et rencontre un vieil homme qui vit dans les souterrains. Et quelque chose finit par se passer…
Avec Sono Sion, on ne sait jamais trop à quoi s'attendre. Ici, le japonais cinglé mélange film rock " à la japonaise " (comprenez : relou) et film de monstre " à la japonaise " (comprenez : trop cool) ou une tortue géante menace une ville façon Godzilla (mais heureusement la tortue est tellement lente que tout le monde a le temps de fuir).
C'est un peu difficile de s'y retrouver devant ce foutoir narratif : critique du consumérisme japonais et de ses boys band ? De l'amnésie sur la bombe nucléaire ? (la tortue a le nom de la bombe qui a ravagé Hiroshima, et le Godzilla d'origine était une réponse cinématographique au traumatisme atomique). On ne sait pas trop, et c'est pas très grave. Ca part dans tous les sens mais y a des vrais moments de poésie cinématographique qui sortent de nulle part, notamment les séquences dans les égouts avec des jouets reconstruits, sachant que c'est un des Sono Sion les plus soignés visuellement parmi ceux que j'ai vu. Sono Sion tente de mêler film de noel, rock, monstres, drame social et surréalisme ; ça aurait tenu du miracle que tout ça s'embranche parfaitement, mais c'est en tout cas un des rares films récents qui a réussi à me surprendre en permanence, et même à m'émouvoir à l'occasion.
The War Room (Chris Hegedus et Donn Alan Pennebaker, 1993)
Ayant la possibilité d'accéder à la "War Room" de Bill Clinton - son QG de campagne -, les réalisateurs mettent le projecteur sur le travail de deux personnages clés : George Stephanopoulos, le directeur de la communication, et James Carville, le responsable de la stratégie. Au début du film, l'équipe de campagne suit les primaires démocrates dans le New Hampshire puis elle s'installe pendant près de dix mois à Little Rock, le fief de Clinton qui, à l'époque, est gouverneur de l'Arkansas.
Projet a priori assez improbable (un documentaire sur une élection présidentielle par le roi du documentaire musical qui avait consacré des films à Bob Dylan, Depeche Mode ou Otis Redding) qui s'avère être un film formidable. J'avoue avoir été fasciné par ce personnage incroyable qu'est Carville, boule d'énergie à la vie familiale insolite (sa femme faisant campagne pour Bush pendant qu'il menait celle de Clinton...), habillé n'importe comment mais au sens stratégie fulgurant, capable de gérer l'image médiatique de son candidat et les dommages collatéraux comme personne. Pas de grands programmes politiques ici mais avant tout une question de présence, de ressenti, d'impact : il faut occuper l'espace, rassurer, conforter. Carville et Stephanopoulos improvisent des slogans en vingt minutes, mettent des coups de pression à des journalistes ayant des dossiers sur Clinton (avec le recul, c'est incroyable que tout ça ait pu rester confidentiel durant la campagne, entre les tromperies et le fils caché...), se font des blagues nulles entre eux, balancent les imitations de leurs adversaires ou amis, bouffent n'importe comment.
Les réalisateurs ont voulu filmer Clinton et se sont finalement rabattus sur ses lieutenants de campagne, les cadrant comme des rock stars préparant un show, intuition totalement juste. Même si ce documentaire est moralement ambigu, il est captivant de bout en bout et James Carville l'un des personnages les plus boristes que j'ai pu voir au cinéma.
Boris.