House by the river ( Fritz Lang, 1950 )
Byrne ( Louis Hayward ) est un écrivain raté qui n’aime plus son épouse Marjorie ( Jane Wyatt ). En tentant d’abuser de sa femme de chambre, il la tue accidentellement et parvient à convaincre son frère John ( Lee Bowman ) de l’aider à faire disparaître le cadavre dans la rivière. Le corps est retrouvé et les divers indices accablent John.
Parfois réputé Lang mineur,
House by the river est une petite pépite du film noir portée par un incroyable sens esthétique. Je vais tacher de m’appliquer sur les captures pour vous le faire ressentir mais chaque plan de ce film est d’une très grande beauté, le travail d’esthète de Lang me semblant largement valoir celui de
Premminger sur
Laura par exemple.
La caractérisation des personnages est extrêmement réussie avec sa gallerie d’anti-héros tous plus ou moins coupables et misérables, et Lang est très fort pour donner une grande puissance symbolique aux éléments comme l’eau ou le vent. L’idée de faire du héros un pauvre type faillible renforce l’empathie du spectateur qui tend à se détacher du personnage principal au fur et à mesure que la bassesse de celui-ci est dévoilée au grand jour, notamment vis-à-vis de sa femme. En cela
House by the river devient malheureusement un peu plus conformiste durant sa deuxième partie jusqu’à un dénouement qui fait carrément office d’énorme facilité narrative, l’ambiguité du début du film s’estompant au profit d’une vision plus moraliste, on reste toutefois subjugué par la qualité de la mise en scène qui elle ne faiblit jamais tout du long, même dans des séquences pas très captivantes comme celle du procès qui ne sert guère qu’à récapituler l’enquête policière.
Splendide et iconoclaste,
House by the river est un excellent Fritz Lang qui faute de tenir toutes ses promesses mérite sa plage dans les anthologies du film noir. Si il est finalement moins corrosif qu’un
Furie par exemple, il est d’un point de vue de formaliste digne des meilleurs films de son rélisateur.
Bienvenue à Zombieland ( Ruben Fleischer, 2009 )
Columbus ( Jesse Eisenberg ), geek peureux et puceau, a survécu à une invasion de zombies grâce à sa connaissance de leur fonctionnement. Il croise le redneck Tallahassee ( Woody Harrelson ) qui se révèle son exact contraire, ainsi que deux sœurs, la très jeune Little Rock ( Abigail Breslin ) et l’attirante Wichita ( Emma Stone ).
La comédie de zombies est un genre que je n’aime pas beaucoup, aussi cette œuvre inégale et bancale m’a quand même relativement plu vu que pour une fois, j’ai bien ri. Plus que devant
Shaun of the dead que j’ai toujours trouvé très surestimé. Par contre, comme à chaque fois cela ne fait jamais peur, et comme souvent les tentatives de moments d’émotion sont lamentablement foirés.
Je suis étonné que personne n’ait pensé à comparer
Bienvenue à Zombieland et
Scream tant leurs mécanismes se ressemblent : on prend des situations archétypales du slasher d’un côté, et du film de zombie de l’autre, pour les faire vivre à des personnages complètement abreuvés de slashers et de films de zombies. D’où dans les deux cas une liste de choses à ne pas faire, comme ici aller pisser sans faire attention ou oublier d’achever les zombies.
Tout le côté décorticage du genre est marrant mais finit par s’essouffler ; la liste du héros comme running-gag ne fonctionne plus au bout d’un moment et le passage le plus célèbre du film ( qui consiste en un caméo d’un célèbre acteur gentiment has-been ) m’a semblé vraiment artificiel, et surtout pas très drôle. Ce qui marche le mieux reste le quatuor d’acteurs : Eisenberg montrait déjà son talent, Harrelson est évidemment le plus drôle des 4 et si par miracle Emma Stone me lit, Emma, tu es magnifique, je t’aime et je suis plus charismatique qu’Andrew Garfield, ton mec je le prends au LG quand il veut, Emma, je suis qu’un fantôme quand tu vas ou je suis pas, oui je suis Morgane de toi.
Pour en revenir au film, en dépit d’un bon nombre de défauts pas négligeables ( c’est un premier film après tout ), le casting et plusieurs grands moments comiques comme le coup des clés de voiture ou le gag des Twinkies font que j’ai passé un agréable moment devant une œuvre qui ne prétendait sans doute à rien de plus. Bon film pop-corn.
Puis le générique sur du Metallica est grave cool.
Avengers ( Joss Wheldon, 2012 )
Le centre de recherche du SHIELD est attaqué par Loki, qui parvient à convertir à sa cause l’Oeil-de-faucon ( Jeremy Renner ), à voler un artefact nommé le Cube cosmique mais échoue à tuer Nick Fury ( Samuel L. Jackson ). Fury envoie la Veuve Noire ( Scarlett Johansson ) recruter Bruce Banner alias Hulk ( Mark Ruffalo ) tandis que lui-même réussit à convaincre Captain America ( Chris Evans ). Rejointe par Iron-Man ( Robert Downey Jr ), l’équipe parvient à capturer Loki en Allemagne. Ils sont alors attaqués par Thor ( Chris Hemsworth ).
Cela faisait cinq films que la Marvel préparait lentement mais sûrement le projet
Avengers, consistant à réunir une équipe de super-héros volants habituellement en solo pour péter la gueule aux méchants. Le projet était aussi attendu que craint ( la qualité des films annonciateurs étant franchement médiocre ), et Wheldon tranquillement réalisé le film de super-héros le plus jouissif depuis
Spiderman 2.
Le scénario est totalement foutraque ( et le méchant assez honteux ), tandis qu'un casting inégal est dominé par les géniaux Mark Rufflo et Robert Downey Jr ; et si le film met un certain temps à démarrer, il est de plus en plus réussi au fur et à mesure et l’énorme scène d’action finale va forcément faire date tant elle combine tous les fantasmes que peuvent avoir les lecteurs de comics rêvant de voir une équipe de grandes gueules déglinguer des aliens venus nous exterminer. A ce propos, si certains ont critiqué la mise en scène soi-disant télévisuelle de Wheldon ( procès facile, celui-ci venant de la série télé ), je ne suis pas franchement d’accord tant l’assaut final regorge de plongées, de faux plan-séquence et autres travellings dans tous les sens qui lui permettent de maximiser le spectacle présent à l’écran.
Deux grandes qualités du film sont suffisamment rares dans le genre pour être notées : d’abord, tous les héros existent. Aucun n’est sacrifié et le scénario n’est certes pas un modèle de finesse mais à au moins le mérite d’utiliser toute l’équipe au maximum de leurs capacités. Ensuite, l’humour a beau être très présent ( notamment autour de Hulk et d’Iron-Man ), il fonctionne parfaitement ( mouhaaahaha la dynamite de chez ACME ! Hulk qui cogne Thor puis Loki ! ) et pour une fois ne plombe pas le film par un second degré hors-propos mais retourne aux sources des comics Marvel, ou les personnages ne se sont jamais gêné pour faire des blagues durant les combats. Et je veux le T-shirt Black Sabbath de Robert Downey Jr.
Très imparfait mais hyper enthousiasmant. Quant à moi, ça vaut franchement un
The Dark Knight peut-être plus rigoureux mais qui se prenait tellement plus au sérieux…
L’antisémite ( Dieudonné M’Bala M’Bala, non-sorti )
Dieudonné n’est pas antisémite.
Voilà un résumé concis du « message » de ce qui s’impose tranquillement comme la grosse daube irregardable de l’année. D’ailleurs, j’ai violé une de mes règles fondamentales : ne pas critiquer un film que l’on n’a pas regardé en entier. Sauf que 50 minutes de ce machin, c’est déjà une remarquable performance, et seul JB pourrait supporter cette horreur plus longtemps.
Le, hum, film commence par une vidéo des camps d’extermination en noir et blanc pour expliquer que c’était en gros les jolies colonies de vacances, merci maman merci papa. Puis on se retrouve sur le tournage d’un film ou joue Dieudonné lui-même dans le rôle d’un antisémite que sa femme pousse à faire une thérapie. Au milieu d’un réalisateur homo totalement hystérique ( normal ), de juifs insupportables qui se prennent pour les rois du monde ( normal bis ), le mec le plus cool est Robert Faurisson qui dans son propre rôle est juste un grand-père tout mignon ( normaaaaaaal ! ).
C’est joué…. Non en fait c’est pas vraiment joué. C’est hurlé, on croirait que les acteurs tentent d’imiter Whitney Houston trop cokée qui vient d’overdoser. La prestation d’Alain Soral en producteur juif arrogant prouve qu’à ses multiples casquettes de mec sans talent peut s’ajouter celle d’acteur pitoyable.
La photo est dégueulasse. Les images sont d’une laideur vomitive mais n’est rien comparé aux « procédés comiques » du film. Un type est gros ? On passe un gémissement de cochon quand il parle. Et puis on répète le gag 14 fois de suite histoire que ça reste hyper drôle. Et je préfère ne pas vous décrire le personnage de dragueur accompagné sans arrêt d'une musique à la con.
En fait, les seuls personnages traités avec respect dans le film sont évidemment les iraniens ( pour un mec qui prétend rire de tout Dieudonné à une façon de sucer la bite du régime iranien qui met limite mal à l’aise pour lui, même si il faut préciser que cet état de fait s’explique par le financement franco-iranien de son étron ) et forcément Faurisson ; on peut regretter l’absence de caméo de Marine Le Pen mais une bonne partie du zoo répond présent.
Vous vouliez que j’aille voir le film de Morsay ? J’ai commencé à le regarder, mais à côté de celui de Dieudonné, c’est
Citizen Kane.
Heureusement que ce film est une merde totale, car son fond idéologique abject se perd dans l'incroyable amateurisme de sa fabrication.
Les ensorcelés ( Vincente Minnelli, 1952 )
Jonathan Shields ( Kirk Douglas ) est un producteur sur la descente. Il tente de se refaire avec un projet qui nécessite le concours de trois de ses anciens collaborateurs : l’actrice Georgia Lorrison ( Lana Turner ), le réalisateur Fred Amiel ( Barry Sullivan ) et le scénariste James Lee Barlow ( Dick Powell ). Tous se souviennent alors de leur rencontre, leur collaboration puis leur brouille avec Shields.
Allez, zou, chef d’œuvre total, absolu, immense, regarde dans les yeux
Boulevard du crépuscule sans ciller et s’intègre directement à mes films favoris de tous les temps.
C’est un regard captivant sur l’industrie cinématographique que nous offre ici Minnelli. Toutes les situations vécues par Shields rappellent au cinéphile les grandes histoires hollywoodiennes ( par exemple, le début du film ou il réalise des film fantastiques fauchés sur des homme-chats avec Fred Amiel évoque forcément les productions Val Lewton de Jacques Tourneur ). Tout est là : les conflits d’ego, les questions d’adaptation des romans, les rapports conflictuels entre l’équipe technique… Le réalisateur Von Ellstein, au profit duquel Shields écarte Amiel, fait beaucoup penser à un autre destin brisé par Hollywood, le cinéaste Erich Von Stroheim ( qui jouait d’ailleurs dans Bouelvard du crépuscule ). Kirk Douglas est comme toujours exceptionnel et Minnelli transcende par son lyrisme les meilleures scènes : Lana Turner brisée qui conduit sa voiture comme une folle, Douglas qui imagine l’idée d’un film d’horreur entièrement basé sur la suggestion, Dick Powell réalisant que Douglas a indirectement tué sa femme… Ce qui est incroyable dans ce portrait violent et frontal, c’est qu’il n’est pourtant pas à charge : Kirk Douglas n’y incarne pas du tout un monstre, juste un homme qui sacrifie son confort et celui des autres pour son art. Intelligent, compétent, capable de se remettre en question et bourré d’idées, il est l’artiste, parfois attachant, parfois imbuvable, dont tous reconnaissent le talent même si son comportement fait que ses anciens collaborateurs ne lui pardonneront jamais.
Un film parfait de la première à la dernière seconde, au rythme irréprochable, au scénario incroyable et dont la richesse thématique fait que je pourrais en parler 3 pages. Reste que bon je pense avoir fait passer le message : il faut à tout prix le voir.
Boris, et j'espère que vous êtes bien dégoutés de l'absence de Morsay !