Perfect Blue - Satoshi Kon (1999)
Mima, jeune chanteuse idol japonaise, tente une reconversion en tant qu'actrice. Mais certains fans ne lui pardonnent pas ce changement qu'ils considèrent comme une trahison...
Prenant comme thème le côté sombre du show-business, souvent angoissant et n'hésitant pas à jouer avec la frontière entre réalité et imaginaire, Perfect Blue est sans doute ce qui se rapprocherait le plus d'un Mulholland Drive de l'animation japonaise. Dès l'ouverture du film sur une sorte de scène de théatre, on sent que le fictionnel va prendre une place importante. Et plus l'intrigue se déroule, plus on est perdu dans ses méandres, à ne plus du tout parvenir à distinguer la fiction de la réalité. Les scènes auxquelles on assiste sont-elles réelles, sont-elles les scènes du film dans lequel joue Mima, où sont-ils simplement des rêves? On arrive des fois à un point où on ne sait même plus à quel niveau de mise en abyme on se situe. Bref c'est fascinant mais ça peut aussi être un peu lourd à un moment, question de sensibilité, surtout que après seulement un visionnage je ne peux pas vraiment dire si Satoshi Kon s'en sort vraiment bien ou pas, j'ai le sentiment d'avoir compris la trame globale mais que certains détails m'échappent carrément. A côté de ça, l'ambiance est une pure merveille. Le contraste entre les évènements et l'image gnangnan des chanteuses pop, la tête hébétée du stalker, la violence graphique de certaines scènes (et leur musique), la solitude de la chambre de Mima, tout concourt à tresser une ambiance oppressante, dont les moments clés sont une scène de viol simulée et un zoom out sur la chambre après que Mima ait découvert l'existence d'un site internet de calomnie. Un anime remarquable, et qui emprunte aussi certainement beaucoup à Alfred Hitchcock.
Paranoia Agent - Satoshi Kon (13 épisodes, 2004)
Composée de 13 épisodes de vingt minutes chacun, Paranoia Agent fait preuve de la même obsession qu'à Kon a de démonter l'univers de l'entertainment japonais. Là où dans Perfect Blue il dissolvait l'univers idillyque de la pop dans une série de crimes horribles, c'est au phénomène Kawai auquel il fait ici référence. La figure emblématique de la série est Maromi, une peluche de chien rose tout mignon à l'air endormi, déssinée par la jeune Sagi Tsukiko et connaissant un succès considérable. C'est d'ailleurs Maromi qui se trouve au centre de l'espace dans le générique de fin des épisodes, entourant les divers personnages de la série, qui eux connaissent tous des problèmes. Pression scolaire, stress professionel, obsession de la réussite, mauvaise intégration à l'école, obnubilation par les jeux vidéos, ces maux de la société japonaise sont le point commun de la plupart des personnages de Paranoid Agent qui deviennent la cible des attaque de Shounen Bat, un mystérieux collégien à rollers qui attaque ses victimes à l'aide d'une batte métallique. Lui et la peluche Maromi sont les deux faces d'un Janus qui représente les échappatoires à la pression qui s'exerce sur les personnages: le refuge dans un monde de fantaisie édulcorée et la violence auto-destructrice.
Paranoia Agent est inégal dans le traitement de son idée de base pourtant très originale. D'abord, la série, pourtant courte (13 épisodes de seulement 20 minutes chacun) manque cruellement de rythme, et parfois plusieurs épisodes se déroulent sans que l'intrigue n'avance d'un iota. Cela est dû au parti-pris de concentrer chaque épisode sur un personnage différent: c'est un procédé qui présente l'avantage d'apporter de la variété dans la série, mais qui fait que l'on se retrouve avec des épisodes de qualité très inégale, certains (comme celui sur Taeko ou son père) étant à mon avis tout à fait dispensables, tandis que par exemple l'épisode 8 qui suit les tribulations d'une sorte de club de suicide est particulièrement émouvant. Ensuite, à trop vouloir insister sur le côté métaphorique de Shounen Bat, on finit par se faire à l'idée qu'aucun grand mystère ne sera dévoilé par l'enquête de police, et on accueille les révélations finales avec une sorte d'indifférence; mais peut-être le scénario devait-il être sacrifié pour que puisse être développé l'aspect contemplatif et de satire sociale de la série.
Si Paranoia Agent n'est pas particulièrement réussie pour ses caractères principaux standards qui manquent de relief, elle peut compter sur ses figures emblématiques: le vieux sage est aussi mystérieux que loufoque, Maromi pourrait vraiment être lancée avec succès sur le marché des figurines kawai et est un personnage d'une troublante ambiguité quand elle se met à parler, et surtout Shounen Bat, qu'on croit démystifié à partir de l'épisode 4, avant qu'il retrouve son pouvoir de fascination. Jamais proprement terrifiant comme un tueur ou un monstre classique, c'est le genre d'agresseur que son profil non conventionnel rend encore plus déstabilisant, et on se prend à avoir de légers frissons lorsqu'on le voit apparaitre subrepticement dans un rétroviseur de voiture.
Dernier point important, positif, pour finir: les génériques sont aussi réussis graphiquement que musicalement. (
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