On ne m'arrête plus, on ne m'arrête plus, et en plus je vais voir des films en salles !
Le Démon des armes ( Joseph H Lewis, 1949 )
Bart ( John Dall ) a toujours été obsédé par les armes à feu ; ni spécialement violent ni spécialement excité, sa vie change lorsqu’il rencontre la troublante Annie Laurie Starr ( Peggy Cummins ) qui partage ses talents de tireur et sa passion pour les flingues. Ils s’engagent dans une vie de criminalité…
Extraordinaire film noir de série B,
le Démon des armes, sorte de
Bonnie and Clyde avant l’heure, laisse une impression très forte après visionnage car il assume la perversité de son histoire et ses métaphores sexuelles jusqu’au bout. A cet égard, le concours de tir est emblématique tant on a l’impression que l’homme et la femme ont un désir l'un pour l'autre qui ne demande qu'à exploser.
Une chose qui est très différente des habituels films noirs : la femme n’est pas du tout une femme fatale. Elle ne ment jamais à son amant, elle n’est pas sournoise, elle l’aime avec une force évidente et une grande sincérité. Le fait qu’ils choisissent une voie criminelle ne fait pas d’eux des gens détestables ( Bart apparaît vraiment comme un brave type un peu trop amoureux des flingues et de sa maîtresse ) et on peine à les condamner définitivement, d’autant plus que la mise en scène prend plaisir à nous embarquer avec le couple de braqueurs et à ne les lâcher pratiquement jamais. La plus célèbre scène du film, véritable bijou de mise en scène, est un braquage commis par Bart, filmé du siège arrière de la voiture, durant lequel Annie Laurie, au volant, attend avec anxiété le retour de Bart, distrait un policier qui passe, l’assomme, avance la voiture… Le final dans le brouillard est visuellement sublime et beaucoup de réalisateurs actuels devraient prendre des leçons de la manière dont Lewis a réussi à concocter, ici ou dans son excellent
Association criminelle/The Big Combo, des trouvailles formelles impressionnantes pour combler l’incapacité à filmer ce qu’il voulait ( ici la censure interdisait de filmer un hold-up de façon continue par exemple ). Vénéré par la critique française en son temps,
le Démon des armes est un diamant noir parfaitement à la hauteur de son élogieuse réputation.
La maison de Frankenstein ( Erle C. Kenton, 1944 )
Le docteur Niemann ( Boris Karloff ) pense être le disciple spirituel de Frankenstein. Il s’évade de prison avec son assistant Daniel ( J. Carrol Naish ) et le projet diabolique de ressusciter le comte Dracula ( John Carradine ), le loup-garou ( Lon Chaney Jr ) et la créature de Frankenstein ( Glenn Strange ) pendant que la Momie et l’Homme invisible font une crapette ( non, là je déconne ).
On a donc un film qui est à la fois le cinquième Frankenstein de la série, mais aussi le quatrième Dracula et le deuxième film du loup-garou. En effet, après le succès de
Frankenstein rencontre le loup-garou, les studios Universal ont décidé de récidiver avec cette fois-ci leurs TROIS principaux monstres dans le même film. Et c’est la grosse arnaque parce qu’ils se croisent à peu près aussi souvent que Niic fait un bon move au LG, c’est-à-dire jamais : on a une demi-heure consacrée à Dracula au début, puis une demi-heure sur le loup-garou, et dix minutes de fin sur la créature, d’ailleurs aussi mongolienne que dans les derniers épisodes.
Ce que je préfère, c’est qu’on sent que les scénaristes ont parfaitement conscience du ridicule de l’histoire, d’où un extraordinaire dialogue entre le savant fou et son assistant Daniel : « Maître, pourquoi on ressuscite toutes ces bestioles incontrôlables ? » « Elles peuvent nous être utiles ! » « Ah bon d’accord. » Superbe justification.
Mais je dois admettre avoir un petit faible pour cette
maison de Frankenstein, car il est extrêmement ludique en son genre, bien moins emmerdant que les précédents Frankenstein ou Dracula, et en plus visuellement très beau. Vu le peu de temps qu’ont chacun des monstres à l’écran, il est évident que leur traitement sera complètement superficiel mais cela donne au film un rythme trépidant ou on passe d’une action à une autre sans s’appesantir et je préfère ça a trois plombes de psychologie foireuse. Enfin, le casting est inégal : Boris Karloff est un génie, Lionel Atwill et Glenn Strange, habitués de ce genre de produits, ne servent à rien ( pire que d’habitude ), Lon Chaney Jr est nul comme d’habitude mais quand on l’a vu jouer Dracula on relativise le loup-garou grotesque qu’il joue d'autant que justement John Carradine joue le meilleur Dracula de la saga à mes yeux ( certes on le voit peu mais il n’est ni dans le jeu théâtral ridicule à la Lugosi, ni dans le hors-sujet à la Chaney Jr ) tandis que J. Carrol Naish rate totalement son interprétation du personnage le plus intéressant sur le papier.
Un film totalement oubliable, mais un petit plaisir coupable pour ma part.
Une séparation ( Asghar Farhadi, 2011 )
Simin ( Leila Hatami ), une jeune femme issue de la bourgeoisie iranienne, veut divorcer de son mari Nader ( Peyman Moadi ) pour aller travailler à l’étranger, Nader refusant de la suivre car il s’occupe de son père gravement malade. Pour combler le départ de Simin, Nader engage une aide-soignante enceinte, Razieh, qui est enceinte. Un jour, Razieh quitte son lieu de travail et laisse le père de Nader sans surveillance. Nader et Razieh se disputent, et Razieh finit à l’hôpital après une fausse couche…
Je n’avais jamais vu le moindre film iranien avant celui-ci et je serais parfaitement incapable de replacer
Une sépration dans le contexte local. Ceci dit, une chose est dès les premières minutes du film tout à fait réjouissante :
Une séparation n’est nullement un film d’auteur élitiste mais au contraire une œuvre parfaitement claire, accessible et très écrite sur le plan du scénario, au rythme qui fait penser aux meilleures séries télé américaines en dépit de son caractère naturaliste.
Ce qui intéresse Farhadi ce sont ses personnages, qu’on peut décrire simplement : deux couples en crise, l’un bourgeois et l’autre pauvre, avec chacun une fille. Les quatre adultes ont tous une incroyable densité, sans manichéisme et sans facilités, et lorsque l’on voit les personnages se crier dessus, on comprend très facilement les raisons de chacun comme dans les meilleurs Pialat ou Cassavetes. A partir d’une histoire domestique, Farhadi construit un vrai thriller social ( les différences de classe sont au cœur du conflit ). Au fur et à mesure du film, le spectateur découvre les personnages dans toute leur complexité et ne cesse de nuancer son point de vue initial sur eux, et c’est très fort d’arriver à rester cohérent scénaristiquement tout en apportant systématiquement un nouvel angle par lequel on obscerve la vie de ce gens.
Comme beaucoup de films de scénariste ( cela dit la mise en scène révèle quelques belles idées ), le film n’échappe pas toujours au didactisme et je le trouve plus faible quand il décrit des personnages d’enfants auxquels j’ai du mal à croire ( ils sont trop ostensiblement là comme objets de démonstration ) alors que les acteurs adultes sont tous exceptionnels. En tout cas, ne fuyez surtout pas
Une Séparation au motif qu’il serait un film d’auteur iranien chiant ou un drame social engagé de mes deux : c’est hyper bien. Le meilleur film sorti en 2011 que j’ai vu, merde quoi !
Millenium : les hommes qui n’aimaient pas les femmes ( David Fincher, 2011 )
Mikael Blomkvist ( Daniel Craig ) est un journaliste discrédité depuis qu’il s’est attaqué à un puissant industriel à l’aide de faux documents. Il est engagé par un vieil industriel, Henrik Venger ( Christopher Plumer ) pour enquêter sur la disparition de sa nièce il y a plusieurs décennies. Blomkvist requiert l’aide de la jeune hackeuse Lisbeth Salander ( Rooney Mara ).
Bon alors soyons clairs : je suis tout sauf un fan de Millenium, les bouquins m’emmerdent, les films suédois m’emmerdent et je me suis franchement demandé ce que Fincher allait foutre là-dedans. Ben, il vient faire du Fincher avec son obsession pour les tueurs en série bibliques (
Seven ? ), les enquêtes qui n’aboutissent pas (
Zodiac ? ) et les recherches à 300 à l’heure sur internet (
Social Network ? ). C’est emballé avec classe par Fincher ( superbe photo hivernale, superbe bande-son de Reznor ), Rooney mara est aussi bonne que Noomi Rapace et Daniel Craig fait facilement oublier l’acteur dénué de charisme des films suédois.
Problème numéro 1 : euh, si on n’a pas vécu sur Pluton ces dernières années, on connaît tout et donc c’est suspens zéro, ce qui est embêtant pour un thriller, d’autant plus que souvent, le film de Fincher se contente un peu d’être le film suédois en bien mieux filmé qui sent gravement le déjà vu.
Problème numéro 2, qui vient aggraver le numéro 1 : l’histoire est d’une incroyable bêtise, je m’excuse auprès des fans du roman mais la super-hackeuse qui pirate tout ce qu’elle veut en trois minutes et le criminel nazi psychotique qui fait des monologues ce n’est PLUS POSSIBLE EN 2012 BORDEL.
Problème numéro 3 : Le générique, je dois être le seul à penser ça mais non seulement je le trouve hyper ringard ( c’est subjectif ) mais en plus complètement inadapté à l’histoire ( c’est moins subjectif ).
Problème numéro 4 : Paye ta fin à rallonge qu’on aimerait écourte le plus vite possible, heureusement un peu compensée par un très beau plan final.
Bref, ce
Millenium version Fincher est à peu près ce qu’on pouvait faire de mieux en adaptant un roman médiocre après qu’un mauvais film l’ait fait, c’est-à-dire une œuvre correcte, très loin d’être honteuse mais qui ne laissera pas une trace dans l’histoire aussi forte que les réussite de Fincher durant la précédente décennie.
The Yakuza papers volume 2 : Deadly fight in Hiroshima ( 1973 )
Après les évènements du premier Yakuza papers (
Combat sans code d’honneur ), Hirono ( Bunta Sugawara ) est envoyé en prison pour le meurtre de Doï, où il rencontre le jeune Yamanaka ( Kin’ya Kitaôji ). A sa sortie, Yamanaka rejoint le clan yakuza Muraoka et tombe amoureux de la nièce du parrain, Yasuko ( Meiko Kaji ).
Ce deuxième volet d’une très célèbre série de films de yakuzas est une formidable réussite signée du non-moins formidable Kinji Fukasaku, connu en France pour son brûlot
Battle Royale. Ici, comme dans la plupart de ses films 70’s, on retrouve le style incandescent du réalisateur : arrêts sur images, caméra portées, zooms brutaux, cadrages penchés, violence extrême, musique stridente et vision désenchantée du monde de yakuzas ou le code d’honneur est jeté aux orties. De manière très curieuse, le sympathique héros du premier volume, Hirono, est laissé en dehors de l’histoire pendant une demi-heure et jouera un rôle assez passif ensuite, d’une manière qui rappelle un peu Horatio dans Hamlet. La place de personnage principal est donc prise par celui de Yamanaka qui est tout aussi captivant, chien fou romantique, violent, humain et brutal qui se fait manipuler par son clan ; Kin’ya Kitaôji est incroyable et les seconds rôles font plaisir à voir puisqu’on retrouve les célèbres Meiko Kaji et Sonny Chiba en bad guy ; même si il est un peu absent, Bunta Sugawara irradie de son charisme les scènes ou il apparaît.
Similairement au premier film de la série, l’histoire est foisonnante et multiplie les personnages, les lieux, les alliances, les meurtres… et c’est encore plus dur à suivre ici. Cela part dans tous les sens, les personnages sont imprévisibles et Fukasaku sait mieux que personne filmer le chaos bouillonnant. Comme souvent chez lui les dernières minutes sont une sorte d’apogée de la violence et on est déjà impatient de voir comment Hirono évoluera durant le troisième volume.
Souvent, ces dernires temps je me suis senti vieux, fatigué, dépassé. Ici, l’espace d’une heure et demie, j’ai perdu six ans et je suis retourné à l’époque ou, lycéen, je découvrais avec stupéfaction les films de Kinji Fukasaku et leur mise en scène barbare. Et cela, ça n’a pas de prix.
Boris.