D'accord avec toi dans l'ensemble des Bruce Lee (
le jeu de la mort mon dieu... ) mais dans mon souvenir,
La fureur de vaincre était un peu meilleur et
La fureur du dragon moins bonne. Après, je les ai vu il y a longtemps et je n'ai absolument pas envie de les revoir, donc je peux confondre. Reste que pour moi, ça ne pèse vraiment pas grand chose cinématographiquement, contrairement aux meilleurs Jackie Chan ( et je ne parle pas des Jet Li ).
Six femmes pour l’assassin ( Mario Bava, 1964 )
Un atelier de couture italien dirigé par la comtesse Como ( Eva Bartok ) est secoué par l’assassinat d’une des mannequins, Isabella. Une de ses collègues, Nicole, récupère le journal intime d’Isabella qu’elle se fait voler par une troisième femme, Peggy. Après avoir tué Nicole, le tueur masqué traque Peggy…
Au début des années 60, Mario Bava frappe trois coups successifs qui donneront naissance au giallo : avec
La fille qui en savait trop en 1963, il lance les stéréotype de l’assassin mystérieux, et de l’héroïne traquée dans une déco pop. La même année, son film à sketches
Les trois visages de la peur, en couleur cette fois, voyait sa première partie confronter une jeune femme apeurée à un tueur au couteau à la sexualité refoulée. Mais c’est
Six femmes pour l’assassin un an plus tard qui sera le premier film à cumuler tous les ingrédients qui feront le succès du genre : jeunes filles girondes trucidées de manière atroce, tueur masqué aux gants de cuir, prédominance de l’arme blanche, suspicion exacerbée entre les personnages et esthétique flamboyante. Car chaque plan de
Six femmes pour l’assassin est une petite merveille picturale : ancien directeur de la photographie, Bava est au moins aussi doué qu’Argento pour profiter de toute la gamme chromatique possible et de l’ambiance délicieusement pop des années 60. Au-delà de cette beauté picturale indéniable,
Six femmes pour l’assassin est une sorte de roman d’Agatha Christie beaucoup plus violent mais surtout beaucoup plus inventif dans ses scènes de meurtre jamais redondantes. Le scénario est suffisamment bien écrit pour occuper la faible durée du film ( à peine une heure et demie ) et le petit jeu de chercher le coupable fonctionne très bien. C’est plutôt mal joué mais comme chez Argento, ce défaut est compensé par le fait que les acteurs ne sont que des figures prêtes à se faire égorger au cas ou, sacrifiés au profit de l’ambiance visuelle, du rythme et du suspens.
Évidemment les flics sont complètement à côté de leurs pompes. Évidemment le spectateur est conduit vers des pistes fausses en permanence, et évidemment l’histoire va se résoudre dans un bain de sang. L’amateur de giallo connaît la mécanique, reste qu’elle a rarement fonctionné aussi brillamment qu’ici. Pas forcément fan de Bava ( ses réussites les plus célébrées,
Le masque du démon et
La fille qui en savait trop, ne m’ont pas totalement convaincu ), je vois en
Six femmes pour l’assassin un film trônant fièrement au sommet de mon podium giallesque, aux côtés des non moins brillants
Les frissons de l’angoisse et
Ténèbres du futur successeur de Bava, le talentueux Dario Argento.
Le fils de Dracula ( Robert Siodmak, 1943 )
Le comte Dracula ( Lon Chaney Jr ) arrive aux Etats-Unis sous l’identité d’Alucard où la charmante Kay Caldwell ( Louise Albritton ) l’a invité. En dépit des avertissements de l’entourage de Kay, Alucard l’épouse, conduisant l’ancien fiancé de Kay à tenter d’assassiner le comte.
Troisième opus de la saga vampirique après le
Dracula de Browning et
La fille de Draula de Hillyer,
Le fils de Dracula est un drôle d’objet qui a la particularité d’être le seul film de monstres Universal des années 40 à avoir été mis en scène par un grand réalisateur, à savoir Robert Siodmak qui s’est illustré notamment dans le film noir ou il a donné des grands films comme
Les Tueurs ; si les années 30 avaient vu Browning, Whale ou Mamoulian se succéder, la décennie suivante sera bien moins glorieuses quant aux choix des cinéastes qui donneront vie à nos créatures fantastiques préférées et la présence de Siodmak derrière la caméra ( accompagné de son frère Curt au scénario ) donne quelques beaux mouvements d’appareil et surtout un scénario qui, bien que complètement bancal, mélange des ambiances de fantastique et de film noir, avec des figures comme l’amant tirant sur sa maîtresse ou la femme fatale inhabituelles dans le cadre des films de monstres.
Le problème numéro 1 c’est cette horreur qu’est Lon Chaney Jr. Mauvais en loup-garou, ridicule en Frankenstein, il est sans doute le pire Dracula imaginable tant son physique pataud, empesé et dénué de tout trait aristocratique n’aide pas ses très faibles talents d’acteur. Siodmak semble d’ailleurs vouloir le filmer le moins possible et il est curieux d’avoir un Dracula ou Dracula apparaît environ un quart d’heure seulement. Le reste du casting est tout aussi nul, avec une Louise Albritton extraordinairement fade et des scientifiques en mode Van Helsing au rabais net de taxe sans aucun intérêt. De plus, le fait de délocaliser l’action dans les Etats-Unis du XX ème siècle fait perdre énormément du charme est européen habituel de ce type de productions, ce qui ajouté aux personnages stéréotypés et inintéressants tire le film vers le bas. Reste qu’en dépit de tout cela, Le Fils de Dracula se regarde sans trop d’ennui et peut même être considéré comme supérieurs aux deux Frankenstein tournés l’année précédente. Cela reste du produit de série B médiocre.
Meurtre sous contrat ( Irving Lerner, 1958 )
Claude ( Vince Edwards ), un jeune homme poli et maniéré, cherche à se faire embaucher comme tueur à gages et après un temps de mise en épreuve accepte le contrat que l’on lui soumet : assassiner une femme témoignant contre le commanditaire de Claude.
Quand on s’intéresse un peu à l’histoire du cinéma de genre, on constate un phénomène récurrent : lorsqu’un genre arrive à sa fin, les dernières années de sa vie sont le théâtre de l’arrivée de productions délirantes. Par exemple, le western italien, sur le déclin au milieu des années 70, verra débarquer des films aussi perchés que
Keoma ou
Les 4 de l’apocalypse ; le film noir de la fin des années 50 quant à lui sera témoin de la sortie la même année du baroque
La soif du mal, du lyrique
Traquenard et de manière plus mineure, de ce
Meurtre sous contrat extrêmement atypique.
C’est en réalité un faux film noir à la limite de la parodie. Le héros fait franchement homo refoulé et passe le film à faire tout sauf ce qu’on lui demande ; les deux mafieux George et Mac qui l’accompagnent râlent quand le tueur à gages préfère aller se baigner ou jouer au golf qu’accomplir sons contrat, et les tentatives de meurtre foirent assez lamentablement. Claude aime faire part à tout le monde de ses théories sur la vie et la nature humaine, ce qui énerve George et rend Mac admiratif. Le film surprend en permanence par son ton décalé et nonchalant, à l’image de son héros qui refuse de tuer des femmes, non pas pour une quelconque raison morale mais parce que «les femmes sont imprévisibles, et allez assassiner quelqu‘un d’imprévisible vous ! »
Si Meurtre sous contrat a été tristement oublié par l’histoire officiel, on peut de manière évidente repérer trois cinéastes qui s’en sont certainement inspirés : Tarantino pour ses tueurs bavards et leurs conversations décalées et Scorsese, qui lui rend hommage dans son documentaire sur le cinéma américain et qui clairement reprend l’une des séquences du début du film dans son
Taxi Driver. Mais le cinéaste auquel Meurtre sous contrat fait le plus penser est Jim Jarmusch, son jeu sur les codes du genre et son humour délicieusement à l’ouest rappelant le travail de Jarmusch sur le western (
Dead Man ) ou le polar (
Ghost Dog ). Imparfait ( la fin est bâclée ), aussi vain que ludique, Meurtre sous contrat est un petit joyau du film noir qui doit être redécouvert.
Mission Impossible : le protocole fantôme ( Brad Bird, 2011 )
Ethan Hunt ( Tom Cruise ) est libéré de prison par ses amis Dunn ( Simon Pegg ) et Carter ( Paula Patton ). Le trio est chargé par l’agence Mission Impossible d’infiltrer le Kremkin pour y voler des informations sur le terroriste Cobalt. Celui-ci fait exploser le Kremlin et Hunt, blessé, est poursuivi par les soviétiques qui le croient coupable du forfait. Dans sa fuite, Hunt rencontre l’agent Brandt ( Jeremy Renner ) qui rejoint l’équipe.
Ce qui frappe dans ce quatrième Mission Impossible, c’est à quel point tout le décorum hi-tech mis en valeur d’habitude semble défaillant. La plupart des scènes à bases de gadget finissent par merder ou frôler la catastrophe à cause de la technologie, à l’image de Tom Cruise grimpant un gratte-ciel avec des gants-ventouses dont les piles ne tiennent pas, ou du fameux message qui s’autodétruira… et qui n’arrive pas à s’auto-détruire. On comprend assez bien la trouille qu’à Brandt quand on lui demande de sauter dans le vide «t’inquiète pas, j’active l’aimant et il va te rattraper ! ». L’autre aspect réussi, c’est Tom Cruise qui enchaîne les gamelles durant deux heures, foire ses sauts, échoue à rattraper les méchants à la course, le tout avec une présence et une vitalité qui confirment que sur le plan du charisme, il est toujours l’un des plus grands acteurs d’Hollywood. Et contrairement au deuxième épisode de la saga par exemple, la star Cruise ne phagocyte pas le film, ses trois collègues existent tout autant que lui ( et en général il est bien content de les trouver quand il se viande ) , notamment Simon Pegg, un des rares sidekicks comiques supportable ( et même drôle ) dans ce genre de productions.
Si la mise en scène est de très bonne facture, dynamisée par un montage impeccable ( Brad Bird ne vient pas de chez Pixar pour rien ) qui lui permet de délivrer d’excellentes scènes d’actions, le film rate malheureusement ses scènes intimistes autour de Cruise et Renner qui ne sont certainement pas le point le plus intéressant du film. Le méchant et sa tueuse française sont fades, heureusement qu’ils apparaissent peu à l’écran. L’épilogue est raté et le personnage du flic russe ne sert à rien.
Accessoirement, j’ai vraiment kiffé la poursuite dans la tempête de sables et la musique.
A Colt is my Passport ( Takashi Nomura, 1967 )
Kimimura ( Joe Shishido ) est un tueur à gages ( encore ? ). Chargé d’éliminer un chef mafieux, il s’acquitte de sa mission facilement, mais l’héritier du chef éliminé requiert en échange d’une paix entre les clans la tête de Kimimura. En fuite avec son partenaire, Kimimura tente de prendre un avion, puis un bateau, et se résout à se battre devant la détermination de ses poursuivants.
Je vais être clair : j’ai bien aimé. C’est une série B très bancale, bourrée de défauts mais aussi extrêmement attachante par certains aspects et c’est un petit film que je reverrais avec plaisir. Le film est sorti la même année qu’une autre série B de la Nikkatsu avec Joe Shishido, le bien plus célèbre
La marque du tueur de Seijun Suzuki à côté duquel
A colt is my Passport fait pale figure car moins maîtrisé, moins délirant, moins précis et plus avare en grands moments de cinéma. Le scénario y est plus conventionnel à ceci près que des influences western évidentes ( magnifique baston de fin au pistolet et au fusil d’ailleurs ), épaulées par une musique carrément Morriconienne, donne au film de Nomura une sorte de charme Leonien auquel je suis extrêmement sensible. Qui plus est, Joe Shishido, acteur fascinant qui ressemble à une fusion improbable de Tom Cruise et d’un hamster ( tapez son nom sur google image, vous verrez ! ) est plus sobre que d’habitude et élève le film de par son évident charisme, le reste des acteurs me semblant un peu plat en comparaison.
Ce qui est dommage, c’est l’absence de rigueur du film : la caméra n’a de cesse de zoomer quand ce n’est pas nécessaire, de se brusquer inutilement, de cadrer de manière brouillonne… Si on veut voir ce que peut donner un film de Suzuki réalisé par un réalisateur médiocre,
A Colt is my Passport semble parfaitement adapté. Dommage, car ses ruptures de ton sont fraîches ( les marins et la jeune fille semblent sortir de
Quai des Brumes de notre Carné national, l’amitié entre les deux héros renvoie à toute une tradition hollywoodienne ) et son noir et blanc splendide. Seulement, sa mise en scène bancale fait que le film n’arrive pas à s’extraire du rang de petit polar agréable, que je vous conseille toutefois de découvrir si vous le pouvez au moins pour son excellent final.
Boris, je suis particulèrement fier de mes caps de
Six femmes pour l'assassin, qui arrivent pour une fois à donner une bonne idée de l'esthétique du film.