Ce film est un chef d'oeuvre.
C'est l'histoire d'un militaire américain qui s'est fait rapatrié au pays mais qui veut retourner au Viêt-Nam. Là, il se voit confier la mission de retrouver un haut-gradé américain qui a mal tourné et qui continue la guerre selon ses propres règles depuis le Cambodge. Le personnage principal (joué par Martin Sheen) remonte le fleuve en bateau jusqu'à atteindre le camp où vit celui qu'il cherche (joué par Marlon Brando).
Sûrement mon film préféré sur le Viêt-nam. Ca montre des trucs complètement barrés, absurdes, et pourtant j'imagine sans mal que des choses du même accabit se sont vraiment passées pendant cette guerre. Les dialogues sont délicieusement ironiques. "Rechercher un mec reconnu coupable de meurtre, ici au Viêt-Nam ? Ca fait autant de sens que vouloir arrêter un mec pour excès de vitesse à l'Indy 500" j'ai du mettre sur pause pour pas rater la suite tellement je me marrais.
Les acteurs sont très bons, surtout Robert Duvall qui est incroyable dans le film. Après l'avoir vu, je me suis dit que c'est pas étonnant si la phrase sur le napalm est si connue, parce que dans ce passage il est exceptionnel. J'étais très décu de Brando par contre, qui est en tête d'affiche sur le film, et qui ne prend qu'une place mineure sur la pellicule (même si son personnage est évidemment primordial pour le film, sans lui, il n'y a pas d'histoire). Sans être vraiment mauvais, j'ai trouvé son jeu complètement quelconque ; Martin Sheen se distingue bien mieux de ce coté-là.
La symbolique du film est très forte aussi ; l'immense déploiement de moyens des américains (hélicoptères, spectacles de danseuses qui dégénère...) face au dénuement des vietnamiens (particulièrement la scène du bateau de pêche). Cette scène est d'ailleurs très marquante car elle retranscrit la tension à la limite de la psychose que devaient connaître les soldats dans ces moments-là. Mais là où la tension est insoutenable, c'est quand Sheen arrive finalement dans le repaire de Brando, les premières minutes, quand il ne l'a pas encore rencontré. Je me demandais comment ça allait se terminer, là, et contrairement aux films d'action où on peut deviner à peu près ce qui va se passer, j'étais complètement sur le cul et absorbé dans l'attente du dénouement.
Au final, si je trouve ce film si bien, c'est parce qu'il présente des travers de la guerre qui ne doivent pas être tant exagérés que ça, alors que ça reste du film-spectacle, qui se veut prenant, irréaliste, grossissant volontairement les traits. Une grande expérience si on le regarde pour la première fois. Et après ça, vous reconnaîtrez du Wagner en deux notes.
L'ombre d'un doute - Alfred Hitchcock (1943)
Là aussi, un très bon film. Surtout ne lisez pas de synopsys sur internet, ça vous ruine le plaisir !
L'histoire, (je vous dis juste le début) c'est un type nommé Charlie qui est poursuivi par deux autres et qui va se cacher chez la famille de sa soeur, où vit sa nièce, qui s'appelle elle aussi Charlie. Les deux sont très complices mais l'oncle ne dit rien à sa nièce, qui va essayer de deviner ce qui se trame.
Le génie du film tient dans la simplicité de son intrigue. On voit une famille au train de vie relativement banal, les personnages secondaires sont assez caricaturaux et comiques (le père de famille et son voisin sont à se claquer le zygomatique par étirement constant), le film commence d'ailleurs plus comme une comédie que comme un thriller. Mais (et c'est là toute la maestria d'Hitchcock), le genre du film va progressivement basculer pour s'achever comme un pur film de suspense, tout en le faisant de façon très progressive et quasi-imperceptible. C'est assez dur de décrire ce sentiment sans spoiler mais c'est exactement comme ça que je l'ai senti. Le jeu de caméra est excellent, notamment la façon de cadrer les personnages pour susciter des émotions (le plan où l'oncle récupère son journal, surtout à ce moment du film, est admirable).
Et puis un très bon point du film c'est qu'il n'utilise que peu d'effets spéciaux, la grosse majorité de l'intrigue reposant sur la mise en scène. Le film a donc très peu vieilli (si ce n'est les costumes et les personnages), mais d'un point de vue technique les effets marchent très bien.
Après, je n'ai pas trouvé de réflexion particulière, comme j'ai pu le voir dans Fenêtre sur Cour par exemple, qui est là un vrai prisme de la société. Pour moi, tout concorde dans le film à faire simplement avancer son intrigue finale. Mais c'est très bien fait et on ne s'ennuie pas un instant, donc pourquoi en demander plus ?
PS : la citation de l'acteur principal me fait penser qu'il me faudra bien mater Citizen Kane un de ces jours.
Catch me if you can - Steven Spielberg (2002)
L'histoire de Frank Abagnale Jr qui, malgré son jeune âge, parvient à se faire passer pour un pilote d'avion, un médecin, un avocat, et à gagner un paquet de pognon en éditant des faux chèques.
L'histoire est sympa et malgré quelques défauts agaçants sur le fond, la mise en scène réserve quelques passages délectables (j'ai l'impression que c'est la marque de fabrique de Spielberg en fait).
Dans les points positifs, les décors, la musique sont très bons pour plonger dans une atmosphère old-fashioned séduisante, les voitures, les notes de jazz, les costumes. Les acteurs principaux (Tom Hanks et DiCaprio) délivrent une bonne prestation, surtout Hanks qui arrive à rendre son personnage drôle par son jeu, même quand la situation ne l'est pas. Les seconds rôles sont inégaux : Walken est exceptionnel (comme souvent), Baye est complètement fade (premier film où je la vois aussi, peut-être pas le bon). Les différentes miss rencontrées par DiCaprio valent toutes le coup (mais ma préférée, c'est l'hôtesse de l'air, la première fois).
Par contre, un point sombre qui gâche le film : les passages récurrents, qui se veulent drôle, un clin d'oeil au spectateur, etc. Ils sont en fait assez pénibles, et surtout nombreux : la blague avec "knock knock", le collier pour aborder une fille, la souris qui nage dans le beurre, les coups de téléphone à Noël (qui sont en plus chiants de base en ralentissant le rythme du film pour expliquer la relation qui unit les personnages alors qu'on s'en fout), mais surtout : la réutilisation du village natal en France ! Putain ! Comment ils peuvent faire reposer l'intrigue sur un truc aussi bancal, inexplicable, et alors qu'on le sent venir à 10 kilomètres ? (dès que la mère en fait mention pour dire vrai) Ce genre de détails empêchent le film d'en être un vraiment bon, alors que vu les moyens déployés il en avait le potentiel. Par ailleurs, je sais que ce serait ruiner son image de beau gosse, mais est-ce que DiCaprio est obligé d'obtenir un "success !" subliminal chaque fois qu'il regarde une fille dans ce film ?
Bon, pour finir sur une note positive, il y a des passages qui sont excellents dans l'écriture (biens servis par la mise en scène, mais c'est surtout un bijou de scénario) Globalement la première heure est riche en passages savoureux : le gamin qui enseigne, l'apprentissage de la falsification de chèques, et leur usage ; la première scène d'enquête avec le rétroprojecteur, la fois où il paie une fille avec un chèque de façon improvisée, les premières découvertes du flic sur Abagnale sont très bonnes aussi. Après c'est un peu plus mou et moins prenant, il y a toujours de bons passages mais plus parsemés (l'opération de chirurgie dirigée par DiCaprio, l'astuce pour s'échapper par l'aéroport). Au fur et à mesure de l'histoire les points énervants sus-cités deviennent en même temps de plus en plus apparents et je finis donc le film sur un sentiment mitigé : c'était un bon moment, mais gâché par des trucs bien relous qui l'empêchent d'être un excellent film.
Après c'est peut-être faire la fine bouche, mais j'estime qu'avec des moyens pareils, on peut exiger un peu mieux qu'une comédie policière hollywoodienne classique.
Autopsie d'un meurtre - Otto Preminger (1959)
Alors, ce film, je l'avais retenu des suggestions de kakkhara, et du coup, l'ayant vu, je me suis dit que ça valait le coup de donner un feed-back.
Voici l'histoire : un ancien procureur général (joué par James Stewart), fauché, est contraint par la force des choses de défendre un assassin qui déclare avoir tué le violeur de sa femme. Or, les éléments donnés par ce dernier et par sa femme sont assez embrouillés et donnent plutôt des raisons à l'avocat de douter de leur bien-fondé.
Disons-le d'entrée : le film ne m'a pas emballé plus que ça. C'est pas qu'il est mauvais, mais les scènes de tribunal ça m'ennuie... Déjà dans JFK j'aimais bien le film jusqu'au procès, après je me faisais chier (surtout que le procès c'est juste le plaidoyer soit le truc vraiment chiant). Ici le procès est deux fois plus long, et l'investigation est deux fois plus courte (heureusement on n'a pas de plaidoyer).
Bon je me suis pas fait droit chier pendant le film, mais c'est vrai que j'espérais voir plus d'intrigue reposer sur les enquêtes comme au début. D'ailleurs la première partie du film était très bien : Stewart est brillant, la femme de l'accusé est d'un sex-appeal que j'ai rarement vu au cinéma (encore moins dans du noir et blanc), et la situation est délicieuse : quand l'avocat accepte l'enquête j'étais sûr que ça laissait présager que des problèmes (pas tant que ça finalement).
Ensuite, une fois commencée le procès, c'est une longue joute verbale, ou comment utiliser au mieux les règles juridiques (que je ne connais pas, encore moins aux states) à son avantage... Si j'apprécie la découverte progressive des éléments de l'histoire (que Stewart ne connait même pas, en général), le combat juridique me fait un peu chier. Après, j'ai l'impression que c'est là qu'est tout l'intérêt du film (sinon on le filme pas en tribunal), le mélange entre intrigue de tribunal et apparition d'éléments d'enquête inattendus.
Pour ma part, je mettrais pas ce film parmi mes must-see, mais je peux pas dire qu'on perde son temps à le voir. Mais tant qu'à voir un film qui se passe au tribunal j'ai bien plus préféré 12 hommes en colère.

















