Quelques remarques avant de livrer ma sélection du jour :
1 ) Skarr, t'es un mec cool ! Pour te récompenser, inclusion du Patrick Yau dans la sélection

( bon, j'attends ton développement sur le Ferrara par contre ).
2 ) Joker, t'es un mec moins cool. Avec ta chronique d'un Martin débile mental méprisé par les gens qui se chie dessus, tu as spoilé l'intégralité de " La vie de Boris, chapitre 8 : les concours administratifs ". Je ne te remercie pas.
3 ) Les caps de cette semaine sont d'une qualité allant de médiocre à nulle. La raison est simple, les trois films que je vous recommande sont des raretés indisponibles en DVD et qui n'existent que dans des rips VHS de qualité discutable. Si vous cherchez à rentabiliser votre lecteur blu-ray, passez votre chemin. Si comme moi vous avez été élevé à la VHS et que vous faites primer la soif de découverte sur les conditions de visionnage, ces chroniques sont faites pour vous.
Légitime violence ( John Flynn, 1977 ) alias Rolling Thunder
Le major Charles Rane ( William Devane ) rentre du Vietnam dans son Texas natal. Lorsque sa femme lui annonce qu’elle ne souhaite pas reprendre la vie commune, Rane ne réagit pas : les semaines passées à se faire torturer l’ont rendu insensible à la douleur. Des voyous voulant s’emparer de l’indemnité reçue par Rane lui broient une main et le laissent pour mort après avoir tué sa femme et son fils. Rane demande de l’aide à un des compagnons du Vietnam, Johnny Vohden ( Tommy Lee Jones ) pour l’aider à retrouver les malfrats.
Les deux tarés au fond qui me lisent encore attentivement auront peut-être remarqué que John Flynn était le réalisateur d’un Steven Seagal « haut du panier » ( c’est TRES relatif quand on voit le niveau général ), à savoir
Justice Sauvage ; ce fait conjugué au pitsh plus auto-défense tu meurs ne donnent pas franchement envie de voir ce
Légitime violence qui pourtant est un bien meilleur film qu’il n’en a l’air. Moins qu’à
Un justicier dans la ville, c’est à
Taxi Driver que l’on pense, tant les similitudes thématiques ( homme déphasé rentrant du Vietnam, indifférence de la communauté, pulsions fascisantes, violence intériorisée jusqu’à un gunfight final explosif ) sont évidentes, Paul Schrader étant le scénariste des deux films. Gros point fort, John Flynn évite la complaisance habituelle des films du genre au profit d’emplois du hors-champ dans plusieurs séquences ; on peut d’ailleurs être surpris du fait que ce qui a fait rentrer le film dans la légende du cinéma bis, à savoir le crochet que porte le héros en guise de main, est franchement peu employé. Devane n’est pas Robert De Niro mais joue un héros convaincant, tandis que Tommy Lee Jones trouve ici l’un de ses premiers grands rôles avec le talent que l’on lui connaît. Le script est très intéressant et veille bien à couper l’empathie du spectateur pour Rane, en enchaînant les séquences montrant le déphasage absolu de celui-ci avec la société qu’il retrouve, au point qu’il en devienne plus flippant que les bad guys. Le règlement de comptes final est un très grand moment de cinéma, pour le reste, si le film n’est pas aussi réussi sur l’ensemble de sa durée que
l’Ange de la vengeance d’Abel Ferrara, il demeure l’un des rares films d’autodéfense largement fréquentables cinématographiquement, parce que son réalisateur et son scénariste ont délaissé la complaisance droitière propre au genre au profit de la vision d’une Amérique post-Vietnam désenchantée. Pas tout à fait à la hauteur de sa réputation, mais largement au-dessus de la mélée.
Désigné pour mourir ( Dwight H Little, 1990 )
John Hatcher, en plus d’être un sosie de Steven Seagal, a de graves problèmes. Il avait beau avoir pris sa retraite, il est confronté à de la racaille jamaïcaine qui fait du vaudou et trafique de la drogue, avec à sa tête le terrible, le démoniaque, le terrifiant Screwface. Et comme Hatcher ne peut pas s’empêcher de péter la gueule au premier jamaïcain qui l’emmerde, forcément, ça va partir en cacahuète.
C’est un Steven Seagal du début et c’est totalement nul à chier, l’avantage étant que ce qu’on perd en qualité de mise en scène ( à l’échelle Steven Seagal, attention ! Faut pas croire que c’est brillant ! ) par rapport à un
Justice Sauvage ou un
Piège en haute mer, on le gagne en débilité profonde tellement Steven fait rire malgré lui. C’est, je crois, le premier film ou Steven expérimente l’une de ses deux techniques magiques ( l’autre étant le « moulinet dans le vide » ), à savoir le pétage de bras avec bruit d’os qui craque, et là, franchement, je peux vous dire que ça déguste bien concrètement du côté des jamaïcains ! Et comme d’habitude la bonasse du film est raide dingue de Steven tellement elle voit que c’est un homme un vrai un tatoué, et comme d’hab Steven semble s’en foutre comme de l’an 40.
MAIS tout ça ne serait rien dans des dialogues magiques que je ne peux m’empêcher de vous faire partager, car en l’espace d’une courte scène de cinq minutes, ce n'’est pas moins de trois répliques anthologiques que l’on peut entendre :
Méchant : Je te vendrai pas la sueur de mes burnes !
Steven : Si tu me donnes ce que je veux, t’es un homme heureux. Sinon j’te pète la tête et t’es malheureux.
Collègue de Steven : Alors ?
Steven ( qui vient de buter un méchant, l’autre s’étant défenestré ) : Y en a un qui se croyait invincible et l’autre qui croyait savoir voler.
Collègue de Steven : Alors ?
Steven : Ils se trompaient tous les deux.
Notons également un superbe fight final ou Steven explose le méchant à coup d’épée, lui enfonce ses pouces dans les yeux, le fait passer à travers un mur, lui pète la colonne vertébrale à coup de genou, lui fait traverser une cage d’ascenseur ou le méchant finit, quatre étages plus bas, par s’empaler ! C’est ça Steven : humanisme et riposte graduée.
Le dernier train du Katanga ( Jack Cardiff, 1968 )
Le capitaine Curry ( Rod Taylor, le héros des
Oiseaux d’Hitchcock ) est envoyé en pleine décolonisation récupérer des diamants cachés dans le coffre d’une société minière au Congo alors que la révolution tourne à la boucherie. Il monte une équipe de mercenaires composée de l’ancien nazi Henlein ( Peter Carsten ), du docteur alcoolique Wreid, de l’inexpérimenté Surrier et du meilleur ami de Curry, le congolais Ruffio ( Jim Brown ).
Dans le genre film de commando bien bourrin,
Le dernier train du Katanga est un véritable sommet du genre, à placer aux côtés des
Douze salopards d’Aldrich ou des films de Brian G Hutton auxquels il n’a rien à envier question violence : enfants massacrés, civils exterminés, religieuses violées, certaines scènes sont impressionnantes de violence brute et les excellentes prestations de Rod Taylor et Jim Brown, sans oublier un Peter Carsten plus fils de pute tu meurs, portent le film vers le haut. Peu connu en temps que cinéaste, Jack Cardiff est néanmoins un nom vénéré des cinéphiles pour son travail de directeur de la photographie chez Mankiwewicz, Hitchcock, Powell ou Lewin, ce qui se ressent ici en dépit de la qualité très médiocres des copies circulant sur le net ( les caps ne rendent malheureusement pas justice à l’évident travail visuel réalisé ).
Le dernier train du Katanga a été charcuté au montage et cela se ressent au visionnage, avec des conséquences diverses. Au positif, un rythme trépidant, des bagarres filmées avec une énergie qui rappellent le travail du monteur/réalisateur Peter Hunt sur
Au service secret de sa majesté ( qui est le meilleur James Bond, quoi qu’en disent les détracteurs de Lazenby ) et une efficacité en temps que film de guerre indéniable, qui en fera d’ailleurs une influence visible sur l’
Inglourious Basterds de Tarantino ( dans lequel Mélanie Laurent s’appelle Mimieux, nom de l’actrice principale du
Dernier train du Katanga ). Au négatif, des personnages secondaires un peu taillés à la serpe, notamment Surrier, et la disparition de certains personnages amenée de manière trop abrupte pour que l’impact sur le spectateur soit maximal. Qu’importe. Voir des mercenaires mitrailler des cannibales, Rod Taylor affronter à mains nues Peter Carsten armé d’une tronçonneuse, des civils s’enfuir en train sous les bombes ennemies, ça ne se refuse pas même dans une copie digne d’une mauvaise VHS. Un grand film, peut-être le meilleur de toute ma sélection du jour. Ah, j'oubliais : la musique de Jacques Loussier est excellente.
Le fils de Frankenstein ( Rowland V Lee, 1939 )
Wolf Frankenstein, fils de celui qu’on connaît ( Basil Rathbone ) hérite de la demeure familiale ou il emménage avec sa femme et leur jeune fils. La population lui fait un accueil froid tant le souvenir de son père est encore présent. Wolf rencontre un policier manchot ( Lionel Atwill ), dont la créature a par le passé arraché un bras, et l’étrange Igor ( Bela Lugosi ) qui a recueilli la créature crée par le baron Frankenstein ( Boris Karloff ).
Ce film est assez frustrant car il se situe dans l’entre deux du film de monstre Universal. D’abord, il faut noter qu’il bénéficie peut-être du meilleur casting de toute la saga tant les 4 acteurs sont des monstres sacrés, mais il est permis d’y apporter des nuances : Boris Karloff est un génie mais est bien trop peu présent à l’écran faute à un rôle beaucoup plus mal écrit que dans les deux Frankenstein précédents celui-ci. Lugosi s’en sort bien en dépit d‘un jeu excessif, Rathbone sauve les meubles tandis que l’étrange personnage de Lionel Atwill est pour une fois justifié : en effet, Atwill continuera à jouer des flics dans les 4 prochains Frankenstein ( rien que ça ), apparaissant à chaque épisode plus inutile que dans le précédent. Bref, un très bon niveau de jeu qui pâlit beaucoup d’un scénario déjà vu et revu, et qui surtout néglige un aspect fondamental des deux premiers films : l’humanité du monstre. Ici il n’est rien d’autre que le bras armé trisomique de Bela Lugosi et ne crée jamais l’empathie. Qui plus est, aucune scène n’est à la hauteur du meurtre involontaire de la petite fille de
Frankenstein ou de la rencontre avec l’aveugle dans le chef d’œuvre qu’est
La fiancée de Frankenstein. Ici, on a quelques bonnes idées, une photo superbe et des acteurs qui assurent mais jamais de grands moments qui persistent dans la mémoire après visionnage. L’intrigue autour du personnage de Bela Lugosi, qui a été pendu et qui se fait aider la créature pour faire assassiner ses bourreaux, est d’une absence d’intérêt assez gênante. Et là ou la fin pourrait sauver le film, elle se révèle au contraire d’une terrible platitude qui laisse une impression non pas de mauvais film ( il est meilleur que toute la saga Dracula ou la saga du Wolfman des années 30-40 ) mais de déception. Reste qu’il demeure le dernier Frankenstein correct, là ou les suites seront… comment dire… la suite au prochain épisode !
Expect the unexpected ( Patrick Yau, 1998 )
Trois hommes attaquent une bijouterie. L’arrivée de la police les conduit à fuir pendant que dans un café proche, trois types patibulaires importunent une serveuse. Parmi les attaquants de la bijouterie, deux parviennent à s’enfuir, le troisième ( Lam Suet ) décidant de se cacher dans un immeuble. Le trio dans le café téléphone à un habitant de l’immeuble : il faut qu’il se tire, la police va arriver. Aux pieds de celui-ci, deux femmes ligotées et bâillonnées. Ken ( Simon Yam ) et Sam ( Lau Ching-Wan ) seront chargés de l’enquête…
Normalement vous avez du lire au moins deux fois mon résumé pour comprendre ce qu’il se passe ; en effet, le script est particulièrement tortueux, bien que le spectateur attentif puisse suivre facilement le film. On va de rebondissement en surprise durant la première partie avant que le film bifurque sur des histoires amoureuses un peu moins captivantes ( bien que sauvées par un humour délicieusement con, du genre un flic blessé attendu à l'hopital par ses différentes copines, ou Lau Ching-Wan qui pique le fauteuil d'un handicapé

), puis qu’une fin imprévisible relance l’aspect polar. En moins d’une heure et demie, Patrick Yau a conduit le spectateurs dans des tas de directions différentes sans jamais le perdre en route, et pour cela respect.
Pour des fans des productions Milkyway comme Skarr et moi c’est du bonheur total : Simon Yam, Hiu Siu-Hung, Ruby Wong, Lam Suet et les autres sont tous irréprochables, avec en cerise sur le gâteau ce véritable génie qu’est Lau Ching-Wan ( meilleur acteur HK après Anthony Wong ? ) qui fait passer par son visage toute une gamme d’émotions contradictoires. La mise en scène est plus proche de l’aspect sec et brutal des polars HK des années 90 d’un Ringo Lam ou d’un Kirk Wong que des futures productions Milkyway plus recherchées esthétiquement, et le film est moins marquant visuellement que
The Longest Nite, sommet du polar HK que Patrick Yau ( ou Johnnie To ? ) réalisera la même année. Alors oui le milieu du film se perd dans les histoires sentimentales ( mais n’est-ce pas cette tendance à la digression qui fait le charme du cinéma HK ? ), oui ce n’est qu’une ( brillante ) série B sans discours sur le monde, oui la mise en scène n’est que très bonne et pas exceptionnelle comme dans un
The Mission par exemple. Mais l’extraordinaire casting, le brio des scènes d’action, le pessimisme noir du final et un script hyper-malin font de
Expect the unexpected un grand must du polar des années 90. Skarr, tu sais ce qui t’attend ?
Boris.