La cité de la violence ( Sergio Sollima, 1970 )
Jeff ( Charles Bronson ), tueur à gages, est en vacances avec sa compagne Vanessa ( Jill Ireland ) lorsque surgissent des tueurs auxquels Jeff échappe de justesse. Après un séjour en prison, Jeff élimine son ancien associé Coogan, le commanditaire de la tentative de meurtre, et se voit proposer par le mafieux Weber ( Telly Savalas ) de rejoindre son organisation ; Jeff découvre au passage que Vanessa est désormais la maîtresse de Weber.
Mon premier poliziottescho ( néo-polar italien ) est également un des plus réputés du genre puisqu’il s’agit du premier polar de Sergio Sollima, réalisateur vénéré des fans de westerns transalpins pour avoir donné au genre trois fleurons avec le cubain Tomas Milian : le dyptique
Colorado-
Saludos Hombre et le grandiose
Le dernier face-à-face.
La cité de la violence suit chronologiquement cette remarquable série et ne dépareille pas qualitativement vis-à-vis de ses prédécesseurs.
La cité de la violence réussit l’exploit d’être un film gauchiste plutôt intelligent. En effet, le parcours de Jeff le conduit à lutter contre une organisation décrite comme le prolongement légal de l’ancienne mafia ( Telly Savalas explique que pour les gangsters, l’heure est à la bureaucratie ) et ou chaque ordure éliminée se voit remplacée par une autre. Ainsi, le film se termine par une scène ou les salauds prennent un ascenseur pour aller rejoindre ce pourquoi ils ont fait tuer autant de monde : le conseil d’administration. A l’opposé, Bronson, en individualiste à l’ancienne, apparaît comme un croisement à l’italienne des héros du
Point de non-retour de Boorman et du
Tuez Charley Varrick de Siegel, à ceci près que le film de Sollima est moins expérimental que le premier, moins bien rythmé que le second et que Bronson fait du Bronson sans trop se fatiguer. De plus, la trame générale semble piquée au superbe
La griffe au passé de Jacques Tourneur, avec ce héros blasé manipulé par la salope de service et le gangster en quête de respectabilité. Et le rythme faiblit vraiment à mi-film. Qu’importe. Il y a d’excellentes séquences dans
La cité de la violence ( magnifique poursuite en bagnole en introduction, aussi muette que le sera un peu plus tard la scène ou Bronson tente d’abattre au fusil à lunettes celui qui l’a trahi ), une superbe musique de Morricone comme d’habitude ) et un personnage féminin très réussi. En espérant que l’encore plus réputé
Revolver du même réalisateur soit à la hauteur des éloges formulées.
La jeunesse du massacre ( Fernando Di Leo, 1969 ) alias
l’Exécution alias
La fiancée de la mort
Une jeune professeur italienne est violée et tuée par ses élèves. Le commissaire Duca Lamberti ( Pier Paolo Capponi ) enquête et se convainc très vite du fait que les élèves n’ont pas agi d’eux-mêmes mais on été pilotés en sous-main par quelqu’un. Les élèves, quand à eux, accusent tous l’un d’entre eux, dont Lamberti découvre rapidement l’homosexualité.
Di Leo est avec Sollima le plus réputé des réalisateurs de polars italiens, ce qui, ajouté au fait que
La jeunesse du massacre soit adaptée d’un roman du grand Giorgio Scerbanenco rend le tout assez décevant et frustrant. Car il faut l’admettre, l’intrigue est un peu débile et la résolution finale grotesque. Capponi n’incarne pas son personnage avec assez de présence pour donner de l’intérêt à des séquences d’interrogatoire qui s’éternisent durant la première partie du film, et il se dégage de l’ensemble une impression d’homophobie qui passe mal en 2011.
Plus intéressante est la critique sociale en filigrane, puisqu’au lieu de nous présenter les gamins comme de la racaille bonne à passer au Karchër, Lamberti s’attarde sur le milieu social dans lequel ceux-ci ont évolué et tente même de réinsérer certains d’entre eux dans la société. Il est aussi intéressant de voir que globalement, le film refuse le spectaculaire pour tenter une voie plus psychologisante, qui malheureusement peine à captiver. C’est quand la mise en scène se fait plus stylisée qu’on comprend le potentiel inabouti du film la scène de viol, présentée en flash-back en fin de film, montée de manière très découpée, cadrée en biais et portée par une musique dissonante, exploite quant à elle parfaitement son potentiel dégueulasse et malaisant.
La jeunesse du massacre est un polar loin d’être honteux, mais qui ne marquera pas durablement les esprits.
Drive ( Nicolas Winding Refn, 2011 )
Le driver ( Ryan Osling ) travaille le jour dans un garage, et effectue parfois des cascades pour des films. La nuit, il est chauffeur pour la mafia. Il rencontre Irene ( Carey Mulligan ) et son jeune fils Benicio. Lorsque Standard, le mari d’Irene, sort de prison, le driver découvre que celui-ci est endetté vis-à-vis des gens l’ayant protégé, et accepte de lui servir de chauffeur pour ce qui devrait être le dernier coup auquel Standard participe. Ce ne sera pas aussi simple…
Très peu client de Refn, j’ai été assez surpris ici de découvrir un polar urbain planant, avec des accès d’ultraviolence particulièrement dégueulasses. Tout ce qui traite autour de la conduite est un véritable plagiat du bancal
The Driver de mon chouchou Walter Hill, avec notamment une scène d’introduction qui est EXACTEMENT la même. Ce qui démarque le Refn du Hill, c’est que là ou
The Driver forçait la déshumanisation jusqu’à en devenir ennuyeux, le film de Refn est au contraire assez sentimental, l’ultraviolence du Driver n’étant qu’un réflexe pour sauver Irene et Benicio. Le personnage de Standard évite intelligemment les clichés du genre ( il est plus sympathique que le héros ) et la mise en scène est aussi carrée qu’efficace. Comme dirait Skarr, tout sonne 80’s ici, des musiques jusqu’à la psychologie du héros en passant par l’ambiance visuelle, mais les 80’s qu’on aime, celles de
Police fédérale los Angeles. Autre chose sur laquelle je suis d’accord avec lui, une grande qualité de
Drive est que la violence est très fréquemment ( l’ascenseur, la noyade, la fin ) soit en arrière-plan soit hors-champ, qui dégage le film de toute accusation de racolage tendance Luc Besson. Au final, bien qu’imparfait et un peu écrasé par ses influences,
Drive apparaît comme un des films les plus stimulants de l’année, et comme une proposition de cinéma qui fait plaisir à voir.
No caps bicauz vu au ciné, forcément.
Un héros très discret ( Jacques Audiard, 1996 )
Albert Dehousse ( Mathieu Kassovitz) a vécu la deuxième guerre mondiale à distance, sans se mêler de rien. A la Libération, il quitte son village natal est part à Paris ou il accumule les informations sur les réseaux résistants afin de faire croire qu’il a lutté contre les allemands, et de mensonge en mensonge ne cessera de gagner de l’importance jusqu’à devenir lieutenant-colonel.
Jacques Audiard est une personnalité très attachante du cinéma français, ce qui me désole toujours quand j’admets que ses films me laissent souvent cironspect, excepté un
Sur mes lèvres ou il transcendait, par ses qualités de directeur d’acteurs et de metteur en scène un scénario un peu laborieux. Ici, pour son deuxième film ( après un
Regarde les hommes tomber qui demeure le seul que je n’ai pas pu voir ), Audiard raconte une histoire bien plus linéaire que dans ses films suivants… mais se plante quand même, voir passe totalement à côté de son sujet. En effet, si l’idée d’avoir choisi un héros mythomane qui n’est pas du tout un salaud mais un pékin de base est excellente, la narration en flashbacks ne sert à rien et devient vite pénible. Les seconds rôles sont extrêmement mal écrits, notamment celui d’Albert Dupontel qui est un des artifices scénaristiques les plus ratés que j’ai pu voir. L’ascension du héros n’est pas franchement crédible ( pratiquement personne ne semble se poser de questions excepté un soldat, qui va d’ailleurs disparaître de l’histoire très vite ) et Kassovitz manque de charisme, de bagout pour permettre au spectateur de s’attacher à son personnage qui reste un pauvre type sans grand intérêt. Les effets de style d’Audiard, du genre « le personnage s’adresse à la caméra », sont énervants. Si on peut être gré à Audiard d’avoir été très économe en pathos, ce qui est très rare pour un film évoquant les années 40 en France, on a aussi l’impression qu’il ne raconte pas grand-chose.
Audiard fera une longue pause avant de revenir avec son meilleur film (
Sur mes lèvres ), puis deux succès publics et critiques non dénués de qualités mais auquel je n’accroche pas (
De battre mon cœur s’est arrêté et
Un prophète ). Rétroactivement,
Un héros très discret apparaît comme un sympathique ratage d’un cinéaste inégal que j’espère voir un jour réaliser un vrai grand film.
Le récupérateur de cadavres ( Robert Wise, 1945 )
Dans l’Angleterre du XIXème siècle, Fettès ( Russell Wade ) entre au service du docteur McFarlane ( Henry Daniell ), docteur qui est sollicité pour guérir une petite fille qui ne peut plus marcher. McFarlane pratique des expériences sur des cadavres, que lui amène l’inquiétant capitaine Gray ( Boris Karloff ), qui semble savoir beaucoup de choses sur les activités passées du docteur.
Le récupérateur de cadavres est un petit classique doté d’indéniables qualités, qu’il s’agisse de sa très belle reconstitution d’époque, de son ambiance gothique tout à fait réussie ou encore de sa formidable séquence finale, toutefois il faudrait relativiser le culte qui lui est voué par certains. Certes, c’est un milliard de fois mieux que le
Dracula de Tod Browning par exemple, mais il ne faudrait pas prendre ce film pour ce qu’il n’est pas. Ainsi, vendu comme une rencontre explosive entre Boris Karloff et Bela Lugosi, il faut savoir que non seulement ils ont des seconds rôles ( le duo Wade-Daniell est bien plus présent à l’écran ) mais qu’en plus ils n’ont que deux scènes ensemble, Lugosi ayant vraiment un temps de présence extrêmement faible. Cela dit, l’incroyable Karloff domine par son magnétisme hallucinant un casting allant du correct ( Daniell ), au fade ( Wade, Edith Atwater ) et captive le spectateur dès qu’il est à l’écran. Cette prestation justifie le visionnage du film à elle seule, mais il faudrait noter d’autres points forts immergeant d’un ensemble trop bavard : un usage des ombres qui rappelle l’expressionisme allemand dans plusieurs séquences, une thématique intéressante de la folie scientifique ( il s’agit d’une adaptation de Stevenson ), un usage du hors-champ très bien vu ( on voit Karloff partir et quitter le cadre alors que la musique perdure, puis s’arrête : Karloff vient d’assassiner une musicienne de rue ), et une scène finale avec chevaux qui s’emballent, pluie, voix d’outre-tombe et fantôme dans laquelle Wise, ex-monteur pour Orson Welles, déploie son talent. Certes, il ne faut pas s’attendre à découvrir un chef d’œuvre, mais cette belle réussite de la série B fantastique est très largement supérieure à bien des films de monstres des années 30-40 (
Dracula,
La Momie,
le loup-garou… ).
Boris.