Wu Zetian ( Carina Lau ) doit devenir la première impératrice de Chine en raison de la mort de son mari. Un énorme Bouddha doit être érigé en son honneur, mais le meurtre de l'architecte et celui de son assistant, brulés depuis l'intérieur de leurs corps, compromettent gravement l'avancée des travaux. En vue de résoudre ce mystère, Wu Zetian fait sortir de prison l'un de ses plus farouches opposants, le juge Ti ( Andy Lau ) qui doit mettre à jour la machination avec l'aide d'une courtisane discrète mais vaillante de la future impératrice.
Contairement à ce qu'on a pu lire ici et là, l'histoire de cette version mi-Sherlock Holmes mi-Luke Skywalker bénéficie d'un scénario compréhensif pour peu que l'on s'immerge suffisament dans le film et qu'on accepte l'intrusion du fantastique typique du cinéma de Hong-Kong. Andy Lau est dans un bon jour et certains seconds rôles tirent leur épingle du jeu, notamment Chao Deng en mystérieux albinos et Tony Leung Ka-Fai en rebelle rentré dans le rang. Tsui Hark se lache sur les scènes d'action ( les adversaires se dédoublent, des héros nus évitent des dizaines de flèches ) mais celles-ci, replacées dans un contexte moins radical que d'habitude, tombent un peu à plat, d'autant plus que le rythme est franchement mal geré entre des personnages importants complètement expédiés et un combat de fin dénué de dramaturgie. Les effets spéciaux sont moches et assez tape à l'oeil avec notamment un combat contre des cerfs qui fait assez pitié et la morale de fin, pas du niveau d'un Zhang Yimou mais assez hallucinante quand même de la part de Tsui Hark, met un peu mal à l'aise. Dommage car c'est un intéressant retour en forme d'un des plus grands cinéastes de Hong-Kong, au talent évident et au punch vitalisant mais qui manque considérablement de la poésie et/ou de la barbarie de ses meilleurs films. Allez quand même le voir, les films originaux ne courent pas les rues.
Batman et Robin ( Joel Schumacher, 1997 )
Batman, fraichement sorti de la série Urgences ( George Clooney ) est dégouté parce que lui et Robin ( Chris O'Donell ) ont envie de baiser Poison Ivy ( Uma Thurman ) qui a envie de voir les " deux gros glaçons " de Freeze ( Arnold Schwarzenegger ) qui veut détruire le monde pour sauver sa femme con-gelée.
Dire que j'ai aimé ce film quand j'avais neuf ans.
Reconnaissons lui un mérite : Batman et Robin est extrèmement drôle, là ou son prédecesseur Batman forever était simplement pénible. Là c'est un festival de moments grotesques, de dialogues ridicules, de gadgets débiles ( les fausses lèvres de Robin ! La bat-carte de crédit ! ), de costumes immondes, de couleurs criades, de gros plans sur le cul de nos deux héros, de non-jeu de George Clooney, de méchants sous LSD, de sous-intrigues qui ne servent à rien et de punchlines mongoloides à propos du froid ( " prévision météo : ça va geler " ; " Freeze ! T'es givré " ). Notez qu'on nous salope quand même bien comme il faut deux méchants uniques de Batman : d'abord Feeze, dont l'épisode introductif dans le dessin animé de 1992, Heart of ice, constituait à mes yeux le meilleur épisode de cette série que je vénère ; ici difficile de retrouver l'ampleur tragique du pauvre scientifique brisé derrière les biscotos de Mister Californie. Mais le massacre subi par son personnage, ou celui d'Ivy jouée par une Uma Thurman en mode grosse nympho hystérique, ne sont rien, rien, rien face à ce que prend Bane dans la poire ; Bane, pour les puristes, c'est avec l'Homme-mystère le méchant le plus intelligent de la bande dessinée, celui qui a mis temporairement Batman à la retraite après l'avoir vaincu - et accessoirement presque tué -. Ici Bane est un gros débile sous stéroides qui semble attendre la fin du film, se coltinant deux pauvres répliques dont l'une est quand même assez hallucinante, attention, REPLIQUE DE BANE :
Poison Ivy : On a du pain sur la planche.
Bane : LA PLANCHE CLOUE !
C'est formidable.
Mes funérailles à Berlin ( Guy Hamilton, 1966 )
J'ai parlé en page 17 de ce topic du très bon Ipcress, danger immédiat, premier film mettant en scène l'agent secret Harry Palmer ( Michael Caine ), version mi-boriste mi-Gordon Ramsay de James Bond. A l'occasion de la ressortie de la série au cinéma, la médiocre émission Frisson Break avait recommandé de s'en tenir au premier ; soupçonnant ses animateurs de n'avoir vu que cet épisode tant il est vrai que peu de gens peuvent se flatter d'avoir vu plusieurs avantures d'Harry Palmer( j'en fais désormais partie ), je me suis attelé à la découverte de ses suites.
Le premier épisode, doté d'un scénario perfectible, vllait avant tout pour Michael Caine et pour la mise en scène quasiment expérimentale de Sidney J Furie ; il était très probable qu'avec Guy Hamilton, médiocre réalisateur essentiellement connu pour ses James Bond ( un Goldfinger très surestimé qui demeure son seul Bond regardable, et ces grosses daubes que sont Les diamants sont éternels, Vivre et laisser mourir et L'homme au pistolet d'or ), on allait avoir affaire à une mise en scène beaucoup plus planplan qui rend le tout franchement moins intéressant à suivre. Si Caine est toujours aussi formidable dans son cynisme face aux institutions comme face aux femmes, si le scénario est meilleur que celui du premier film - Palmer est appelé pour aider un colonel russe souhaitant trahir et passer à Berlin-ouest - avec plusieurs retournements de situations bien vus, les seconds rôles manquent de charisme et le thème musical de John Barry ( qui n'est pas le seul membre de l'équipe à être un habitué des James Bond, on retrouve également le producteur Harry Saltzman et le décorateur Ken Adam ; on a en revanche perdu l'excellent Peter Hunt au montage entre les deux films, cela expliquant peut-être l'aspect beaucoup trop molasson de celui-ci ) est insipide. Le film manque énormément d'action et demeure bien trop conventionnel, le problème étant que la série vaut en grande partie pour l'anticonformisme de son héros blasé assez en avance sur son temps. Moyen donc, ce qui n'est déja pas si mal pour un film de Guy Hamilton.
Trop loin pour toi ( Nanette Burstein, 2010 )
Erin ( Drew Barrymore ) et Garrett ( Justin Long ) couchent ensemble pour le sexe puis se rendent compte qu'ils vont bien ensemble, à ceci près qu'Erin, journaliste, est vite envoyée à plusieurs heures d'avion de Garrett, mettant leur couple en difficulté.
Deux choses demeurent particulièrement intéressantes ici : la première est l'influence considérable de Judd Apatow qui, en trois films ( mais aussi en beaucoup de productions ) à imposé sa patte sur la comédie US. La deuxième est le fait que cette influence n'est pas toujours positive, et chez les gentils suiveurs sans réelle personnalité comme Nanette Burstein, elle n'aboutit qu'à une comédie romantique très vite oubliée en dépit, je l'admets, de quelques moments réellement drôles. Parmi les éléments made in Apatow, on signalera deux meilleurs amis complètement abrutis de Justin Long, une soeur de Drew Barrymore frigide et mariée à une espèce de paysan monolithique encore moins romantique que moi ; une scène de " sexe au téléphone " qui vire au grand n'importe quoi et une héroine assez cool qui ne semble jamais choquée même quand les potes de son copain foutent la musique de Top Gun pour rythmer leurs ébats.
Mais là encore le tout manque de folie, d'imprévisibilité, de sens du délire. Les personnages secondaires, excellement écrits chez Apatow ( le speech du black du métro dans 40 ans toujours puceau ou celui du videur de boite dans En cloque mode d'emploi venaient casser complètement les habitudes narratives de la comédie romantique ) finissent ici, comme d'hab, à expliquer la vie avec un air sérieux à leur copain qui n'aurait pas du laisser sa meuf partir ; la belle-soeur antipathique finit bien évidemment par aimer son beau-frère libidineux, on n'échappe ni au happy end ni à la " résurrection professionelle " du personnage qui ne sait pas ou il va, bref, des clichés qui faute d'être mis au service d'un minimum de créativité plombent le film, qui se révèle médiocre qui semble toutefois être un chef d'oeuvre quand on a revu Batman et Robin avant.
Chaines conjugales ( Joseph Mankiewicz, 1949 )
Trois femmes reçoivent une lettre dans laquelle la séductrice Addie Ross leur apprend qu'elle est partie avec le mari de l'une d'entre elles. Elles se rappellent alors comment leurs couples se sont fragilisés avec le temps, qu'il s'agisse de Brad et Deborah, qui ne parvient pas à s'intégrer dans l'univers de son mari, de Porter et de Lora Mae, qui s'envoient pique sur pique depuis que Porter est convaincu que sa femme l'a épousé pour son argent, ou de Rita et George ( Kirk Douglas) dont la différence sociale ( elle est une grande animatrice de radio alors qu'il n'est qu'un banal professeur ) provoque un conflit sourd et latent.
C'est magnifique, c'est grandiose, c'est superbe, c'est un chef d'oeuvre et si Mankiewicz est un réalisateur formidable mais dont certains films me semblent toutefois légèrement désincarnés, ici ces portraits de couple sont absolument captivants dans leurs nuances, leurs ambiguités et surtout dans cette incroyable intelligence avec laquelle Mankiewicz met en évidence la complexité du maintien de l'égalité dans le couple quand le statut social des époux n'est pas équilibré. A l'instar de Billy Wilder, Mankiewicz, scénariste de génie, n'est pas un branleur de mou qui veut impressioner son monde avec du concept sans intérêt mais qui met son génie au service de ses personnages, tous dépeints avec autant de drolerie que de sympathie. Si Kirk Douglas est égal à lui-même, avec notamment une superbe séquence ou il démonte avec un plaisir évident une productrice d'émissions de radio abrutissantes, le couple le plus intéressant est celui entre Porter et Lora Mae, qui convaincus d'être méprisé l'un par l'autre préfèrent s'insulter sans arrêt ( le contraste entre la face de gorille de Paul Douglas, qui joue Porter, et celle raffinée et malicieuse de Kirk Douglas le ramène insidieusement à sa condition de nouveau riche ). L'idée d'une narration provenant d'Addie Ross, qui n'apparait jamais à l'écran, anticipe les Desperate Housewives à ceci près que Marc Cherry n'a jamais égalé Mankiewicz dans son art de capter les détails les plus révélateurs.
A titre personnel, j'ai vu toute ma vie sentimentale, passée comme présente, passer devant moi en regardant Chaines conjugales. Faute d'avoir découvert une solution à tous les problèmes avec le film, j'ai toutefois eu le plaisir de constater qu'au fond, nous étions tous les mêmes, avec les mêmes névroses et les mêmes problèmes. Gloire à Mankiewicz.






Boris, je rajouterais des captures d'écran plus tard.
Edit : Captures ajoutées !
Je sais pas toi mais moi j'me fends la gueule.


















