Le Décalogue ( Krzysztof Kieslowski, 1989 )
Quelques remarques préliminaires avant d’en venir aux épisodes.
- D’abord, qu’est-ce que
le Décalogue ? Il s’agit de dix films d’environ une heure chacun mettant en scène des personnages confrontés à un commandement divin, dans une situation ou il est difficile de respecter le dit commandement. Les épisodes 5 (
Tu ne tueras point ) et 6 (
Tu ne seras point luxurieux ) existent également dans des versions longues, celle du 6 s’appelant
Brève histoire d’amour - l’autre ne change pas de titre -. J’ai également vu ces versions mais il y a déjà un certain temps. J’avais également vu certains films du
Décalogue mais j’ai préféré tout revoir d’un coup, d’où parfois des sentiments contradictoires ( par exemple des points sur lesquels j’ai changé d’avis depuis ). En me relisant je me rends compte que ça ne se voit pas trop.
- Les personnages du
Décalogue se croisent parfois d’un film sur l’autre et on est souvent surpris de voir un figurant qui était aussi le héros d’un autre film. Surtout, il y a ce type que j’appellerai le Blond, qui est un observateur muet qui apparaît dans chaque épisode sauf le 10 au moment ou un personnage prend une décision cruciale. Cette apparition systématique, qui peut rappeler Hitchcock dans ses propres films, provoque parfois des effets assez curieux. Le Blond ouvre d’ailleurs le premier des dix films.
- Arbitrairement j’ai décidé de donner des notes aux segments. Je considère toutefois que le
Décalogue vaut bien plus que la moyenne des notes des épisodes, l’ensemble formant un remarquable tout d’une grande cohérence. Même les épisodes mineurs viennent éclairer la démarche du réalisateur, démarche qui me convient à 100 %.
- Si le compositeur Zbigniew Preisner revient à chaque fois ( il y a un thème général du
Décalogue mais également des thèmes spécifiques ), il faut noter que Kieslowski à employé neuf chefs opérateurs différents, un par film excepté les épisodes 3 et 9 partageant le même. D’où une grande variété dans la photographie avec des résultats forcément inégaux.
Épisode 1 : Un seul Dieu tu adoreras
Le jeune Pavel a été initié par son père à la science sous toutes ses formes, et manifeste une précocité très marquée. Toutefois, c’est auprès de sa tante que Pavel cherche les réponses à ses questions sur Dieu et le sens de la mort.
Premier film du
Décalogue, cet épisode est souvent cité comme l’un des meilleurs de la série et il est vrai qu’il jouit d’évidentes qualités : une photo sublime, des acteurs irréprochables et la pudeur du cinéaste qui montre avec beaucoup de retenue des séquences qui auraient pu donner des sommets de pathos entre les mains d’un Inarritu par exemple. Mon problème avec cet épisode et que je trouve que pour le coup, Kieslowski fait un film à thèse plutôt qu’un film à thème - la nuance est importante - et qu'au lieu de confronter des personnages à une morale vacillante comme dans les autres, ici Kieslowski me semble insidieusement insérer la sienne, à savoir " toute croyance absolue a ses failles ". D’où le fait que je le trouve moins riche de sens et moins profond que les meilleurs volets du
Décalogue. Ceci dit, c’est un des épisodes les plus émouvants également, et il est assez idéal pour attaquer la série étant donné que parfois, Kieslowski a tendance à être un peu opaque narrativement ( ce qui n'est pas du tout le cas ici ).
C’est dans cet épisode qu’on voit le plus le Blond. Son regard est plein de tristesse et d’empathie.
7.5/10
Épisode 2 : Tu ne commettras point de parjure
La célèbre violoniste Dorota rend visite à son mari à l’hôpital. Plus tard, elle demande à son voisin de pallier, également médecin, si son mari survivra. On découvre que Dorota est enceinte d’un autre homme et qu’elle hésite à avorter.
Second volet et antithèse totale du premier sur plusieurs plans : visuellement, je pense qu’il s’agit d’un des épisodes les plus pauvres de la série ( lumière très laide ) et thématiquement d’un des plus riches. L’art du détail de Kieslowski est ici à son sommet : le quotidien du vieux médecin ( il peine à se déplacer ), la manière dont Dorota taille ses plantes ou leur extraordinaire premier dialogue ( " vous me connaissez ? " " Oui, c’est vous qui avez écrasé mon chien " ) apparaissent tellement riches de sens à la fin du film qu’on pardonne très largement la lenteur du rythme. Là encore, le final est absolument bouleversant et je pense me souvenir jusqu’à ma mort du plan sur la mouche dans le verre d’eau. On notera que Dorota est jouée par Krystyna Janda, une très belle actrice qu’on a pu voir récemment chez Wajda. J’ai une énorme tendresse pour cet épisode, un de ceux ou le dilemme d'un des personnages est le plus intéressant philosophiquement. D'ou une très forte impression à la fin.
8/10
Épisode 3 : Tu respecteras le jour du seigneur
C’est Noel et Janusz s’est démené pour faire plaisir à sa femme et ses enfants. Dans la rue, il recroise Ewa qu’il a aimé des années auparavant. Il accepte d’aider Ewa à retrouver son mari disparu et s’échappe quelques heures avec elle.
Un des épisodes les plus déroutants de la série, un de ceux ou le spectateur attend le plus longtemps avant de comprendre exactement quelle est la teneur des relations entre les deux personnages.
Pour le coup, c’est trop long. L’ennui pointe son nez à mi-film et la balade des deux anciens amants s’éternise. La visite dans l’asile, scène qui s’insère assez mal dans la trame, est l’occasion pour Kieslowski d’établir une charge extrêmement violente contre le système polonais et la manière dont il traite les fous. Comme souvent, les dernières minutes rattrapent le film et moins que la conclusion de l’histoire entre Ewa et Janusz, ce sont les ultimes répliques entre celui-ci et sa femme qui m’ont ému. Et il faut reconnaître que la psychologie du personnage de Janusz est extrêmement intéressante. Un épisode imparfait donc, plutôt un des maillons faibles de la série, mais beaucoup moins mauvais que sa réputation peut le laisser penser. On notera que pour le coup le titre n’a rien à voir avec ce qui se passe dans le film.
6.5/10
Épisode 4 : Tu honoreras ton père et ta mère
La mère d’Anka est morte peu de temps après sa naissance et celle-ci vit seule avec son père Michal, dans une entente absolument parfaite. Anka découvre que Michal garde une lettre de sa mère et se décide à l’ouvrir.
Une merveille. Avec le deuxième ( qui pourrait presque être vu comme un prequel vingt ans avant de celui-ci ), un des épisodes les plus sous-estimés à mon goût et vraiment l’un de ceux dans lesquels le talent de Kieslowski éclate le plus : le thème de l’inceste est quelque chose de tellement difficile à aborder sans tomber dans le sordide ou le glauque facile qu’on est ébahi par la capacité du cinéaste à peindre des personnages dans toute leur humanité et leur complexité : Anka et Michal sont certainement parmi les héros les plus attachants du
Décalogue et l’empathie du réalisateur pour eux ne fait aucun doute. Il y a plein d’éléments sous-entendus ou à peine entrevus ( l’espace d’un dialogue on comprend que Michal aurait pu se remarier mais s’est sacrifié pour sa fille ) et les deux acteurs sont absolument phénoménaux. Un chouia trop dialogué mais splendide de bout en bout.
On notera une des apparitions les plus incongrues du Blond puisque dans cet épisode, il se promène tranquillement sur les bords d’une rivière avec un canoë-kayak sur le dos ; seule son apparition dans l’épisode 8 rivalisera d’étrangeté avec ce moment ( ceci dit, son échange de regard avec Anka a quelque chose de captivant ). Faites bien attention au passage dans l’ascenseur, vous y croiserez deux personnages déjà vus dans d’autres épisodes.
8.5/10
Épisode 5 : Tu ne tueras point
Trois personnages : Yatzek, jeune homme étrange errant dans les rues et trainant avec lui une photo de petite fille ; un chauffeur de taxi antipathique et enfin Piotr, un jeune avocat. Lorsque Yatzek assassine le chauffeur de taxi, Piotr est chargé de le défendre.
La version longue du même nom est un chef d’œuvre et celle raccourcie est un tout petit peu moins bonne. La photo de
Tu ne tueras point est certainement la plus atypique de toutes : bardée de filtres jaunâtres, elle donne l’impression de voir Yatzek déconnecté du décor dans lequel il évolue, et ce notamment du fait qu’il soit souvent filmé en plans serrés ( l’avocat et le chauffeur étant eux cadrés d’une manière beaucoup plus large ).Ce travail esthétique me semble plus cohérent dans la version longue et la courte est également handicapée par la suppression d’une séquence que je trouve extraordinaire ( l’avocat et Yatzek buvant dans le même café ) et le raccourcissement d’une autre ( le discours introductif de l’avocat ).
Si vous n’avez pas vu la version longue, cet épisode est indispensable. La manière qu’il a de traiter d’un sujet extrêmement sensible, la peine de mort, est tellement à des années-lumières du simplisme de
La ligne verte ou des conneries de ce genre. L’avant-dernière séquence est l’un des moments les plus glaçants de l’histoire du cinéma et le personnage de l'avocat permet au cinéaste d'insérer les questionnements fondamentaux sur le droit dans son film. Notons que Wong Kar-Wai a piqué le thème de Preisner pour son
2046.
8.5/10
Épisode 6 : Tu ne seras point luxurieux
Le jeune Tomek observe depuis son appartement sa voisine Magda. Petit à petit, Tomek tente des intrusions dans la vie de celle-ci, notamment en faisant rater ses rendez-vous avec ses amants. Finalement, Tomek révèle à Magda qu’il l’observe.
C’est bien simple, c’est mon préféré de tous et je le trouve extraordinaire : il y a plus de cinéma dans ce téléfilm là que dans 99 % des sorties salles, et en plus, contrairement à
Tu ne tueras point, ici la version courte se paye le luxe d’être encore supérieure à la longue qui était pourtant déjà un sacré morceau de cinéma. Il faut dire que l'actrice principale avait plus ou moins forcé la main de Kieslowski pour qu'il opte pour un happy-end, inexistant dans cette version là.
Tout est merveilleux. Le thème de Preisner est sublime, les acteurs sont parfaits et la dureté des scènes de rencontre entre les deux s’accompagne de l’habituelle empathie d’un cinéaste qui jamais ne prend ses personnages de haut et semble toujours éprouver une sympathique discrète mais réelle pour eux. J’adore le fait que l’amour fou de Tomek pour Magda le pousse complètement en dehors des conventions sociales les plus élémentaires, ce qui rend cet amour irréprochable question crédibilité. La réplique finale est certainement parmi les 4-5 répliques qui m’obsèdent le plus de toute l’histoire du cinéma. Puis c’est le seul épisode ou le Blond sourit lors de son apparition même si en y repensant, son sourire n’était pas dénué de mélancolie, comme si il anticipait la suite. De toute façon, le Blond ne parlant jamais, on peut lui faire dire ce que l’on veut.
Chef d’œuvre absolu.
9.5/10
Épisode 7 : Tu ne voleras pas
La jeune Ana, six ans, a été élevée par sa grand-mère qu’elle prend pour sa mère. Sa véritable mère, Magda, enlève Ana et s’enfuit avec elle. Magda rend visite au père d’Ana, un professeur dont Magda est autrefois tombée amoureuse.
Un épisode au thème très intéressant mais qui ne m’a pas totalement convaincu, à sa décharge il passait après les trois merveilles qu’étaient les épisodes 4, 5 et 6. J’ai eu un peu du mal avec les personnages de Magda et de sa mère, leurs psychologies me semblant pour une fois limite question crédibilité. Il y a en effet une haine absolue entre les deux femmes qui se ressent dans la volonté qu’a chacune d’élever Ana à elle seule, et elles peinent à être autre chose que deux blocs de haine froids et sans âme, là ou je trouvais justement Kieslowski à son sommet quand il s’agissait de peindre des personnages humains, complexes et ambigus. Ici on retrouve cela dans le portrait de deux personnages secondaires ; le père de Magda, sympathique et nonchalant mais écrasé par sa femme, et le professeur tiraillé entre ses sentiments et son devoir. Un bon épisode mais pas mon favori.
J’ai raté l’apparition du Blond dans cet épisode là et ça m’a vraiment emmerdé. Imdb est formel, il était pourtant présent, mais il semblerait qu’il ait échappé à ma vigilance pour le coup. Blond, mes phrases sur ton sourire t’auraient-elles vexées ?
7/10
Épisode 8 : Tu ne mentiras pas
Zofia est une professeur d’éthique à l’université. Elle rencontre Elzbieta, une grande admiratrice de ses travaux. Il apparaît en fait que les deux femmes se sont déjà rencontrées alors qu’Elzbieta n’était qu’une petite fille.
Cet épisode à propos du remord, de la culpabilité et du mensonge me semble assez nettement être le maillon faible du Décalogue, le plus ennuyeux, le moins émouvant et celui ou même les dernières minutes ne semblent pas donner un sens à tout ce qu’on a vu avant. La balade des deux femmes se suit de loin, sans empathie et sans passion.
On se concentre sur quelques aspects curieux de cet épisode : le premier cours d’éthique ou une jeune femme expose un cas qui est exactement celui du
Décalogue 2 et auquel la prof conclue ironiquement que Varsovie est une petite ville ( cela confirme bien que tous les épisodes sont liés entre eux ) ; l’apparition surréaliste du Blond dans l’amphi dont le regard semble indiquer qu’il se demande bien ce qu’il fout là, ou encore cele du philatéliste de l’épisode 10 que d’ailleurs rien ne vient justifier…
Franchement je n’aime pas beaucoup cet épisode.
5.5/10
Épisode 9 : Tu ne convoiteras point la femme d’autrui
Romek vient d’être diagnostiqué impuissant et sa maladie est incurable. Il soupçonne sa femme d’avoir un amant et se met à espionner celle-ci, découvrant que ses craintes sont fondées. Romek tente de se suicider.
Comme le premier épisode, celui-ci est l’un des plus faciles à suivre parce qu’on a besoin de très peu d’informations sur les personnages pour comprendre leurs motivations, ici la jalousie. Encore une fois, le film est porté par le haut par le regard de Kieslowski qui loin d’accabler la femme adultère la montre dans toute sa complexité, ses remords et son mal-être. C’est aussi un des rares épisodes que vient éclairer un happy end et il est évident que Kieslowski n’est pas un pessimiste ou un nihiliste, simplement un homme qui cherche à apprécier une situation dans toute sa complexité. J’aurais toutefois apprécié que le scénario soit un petit peu plus étoffé ( la jeune patiente dont pour laquelle Romek semble avoir un faible ne sert absolument à rien ) et que son évolution soit moins linéaire : prise de conscience puis dépression puis tentative de suicide puis… bref. Un bel épisode toutefois qui remontre le niveau après un huitième très décevant.
7/10
Épisode 10 : Tu ne convoiteras pas les biens d’autrui
Deux frères se retrouvent aux funérailles de leur père, philatéliste. Ils découvrent que la valeur de la collection dépasse toutes leurs attentes mais rechignent à la vendre ; ils essayent même de compléter une des séries.
Kieslowski sait faire des comédies ? Car oui ce volet de clôture du
Décalogue tourne le dos au drame et plonge dans l’humour de la manière la plus réjouissante possible, rien que la scène de l’enterrement ou l’un des frères continue à écouter son walkman dans les oreilles valant beaucoup de points.
C’est un immense épisode, qui traite de comment une passion peut devenir communicative et comment un loisir qu’on raillait hier peut nous obséder le lendemain. L’intrigue générale n’est qu’un prétexte pour montrer la frénésie de la philatélie qui s’empare d’un rockeur ( qui fait l’apologie des transgressions des dix commandements dans ses chansons, tiens tiens ) et d’un bourgeois, puis petit à petit la méfiance qui naît en eux jusqu’à en devenir une réelle paranoïa.
Je trouve ça génial qu’en guise de conclusion, Kieslowski change radicalement son style - d’ailleurs le Blond n’apparaît pas ici -, surtout en prouvant au passage la polyvalence de son talent. Mon épisode favori après le 6.
9/10
Ca calme, quoi. L’une de mes plus grandes découvertes en cinéma contemporain depuis longtemps. Kubrick n’adorait pas le
Décalogue pour rien, sachez-le.
Jack Reacher ( Christopher McQuarrie, 2012 )
Un sniper a tué cinq personnes avant de se faire arrêter. Avant d’être agressé et de tomber dans le coma, il a écrit un nom : Jack Reacher ( Tom Cruise ). Mais pourquoi lui ?
Les années 80, c’est un peu comme Valéry Giscard d’Estaing : de temps en temps, on nous rappelle qu’ils ne sont pas morts et franchement ça fait chier. Ce
Jack Reacher est vendu ici et là comme un film proche du tout à fait réussi
Drive, de l’ami Refn. Sauf que là ou
Drive s’éloignait du livre de James Sallis en mixant héros chevaleresque à l’ancienne et ambiance digne de ce que les 80’s avaient donné de plus intéressant (
Police Fédérale Los Angeles, les films de Michael Mann,
The Driver ), ici
Jack Reacher est plutôt une sorte d’hybride qui commence comme un bon film de complot 70’s avant de sombrer dans une fin semblable à celles des Steven Seagal tout pourraves qu’on regarde avec Jaguar sur NT1.
Tom Cruise est beau. Tom Cruise est fort. Les nanas fantasment sur lui, font péter des décolletés de trois mètres de long quand il arrive et matent ses abdominaux avec envie. Tom Cruise est hyper intelligent, spécialiste en tout, il pète cinq loubards sans se fatiguer, tire plus vite que Lucky Luke, affronte un colosse dix fois plus baraqué que lui sans peiner… STOP !
Certes, dans son rôle de héros trop fort, trop malin et trop infatigable, Tom Cruise est parfait et son talent d’acteur est intact. On n’en dira pas autant d’une catastrophique Rosamund Pike en avocate idéaliste à la con, ou aux sympathiques Werner Herzog et Robert Duvall qui s’amusent bien mais dont les personnages sont tellement mal écrits qu’ils en deviennent ridicules. Et c’est globalement un festival d’incohérences, d’approximations et de comportements absolument débiles pour des super-méchants qui ont un plan démoniaque.
La fin est assez grandiose et voit Tom Cruise nous montrer que la justice expéditive est la seule solution possible dans un monde ou les méchants sont aussi méchants, parce que qui veut la fin veut les moyens. On attend le logo républicain, on se retrouve avec une conclusion digne des meilleurs spots de Bruno Mégret ( Tom Cruise dans le bus qui pète la gueule aux racailles ). Minable.
Si ça c’est le polar de l’année, moi je fais quatre mètres vingt et je pars en vacances avec Scyth.
L’Odyssée de Pi ( Ang Lee, 2012 )
Piscine Molitor, alias Pi ( Irrfan Khan ) raconte à un journaliste son histoire. Après avoir survécu à un naufrage en compagnie d’un tigre, il en est arrivé tout à fait logiquement à se dire que le tigre et lui pouvaient coopérer pour survivre.
La première demi-heure se place certainement sur mon podium des moments de cinéma les plus atroces de 2012 aux côtés des discussions dans la limousine de
Cosmopolis et de la séquence de fellation de
Killer Joe. Le reste du temps, le film est pourri mais vraiment la première demi-heure poussait la barre de la nullité si haut qu’on a au moins le sentiment que ça c’est un chouia amélioré après.
C’est le pire de la poésie de bazar, des bons sentiments insupportables, de la grande leçon de vie assénée avec la finesse d’un char allemand. Et en plus y a un twist tout bidon dès fois que ça ne suffise pas. On y voit des animaux en CGI glandouiller au milieu d’une mer qui sent le studio à des kilomètres à la ronde, Ang Lee adorant nous abreuver de petits reflets bleus, de petits reflets verts, de petits reflets violets… Ce sentiment d’artifice total fait que JAMAIS on ne peut croire à une histoire déjà bien coconne ( le meilleur moyen de survivre sur un radeau c’est de laisser un tigre en vie quand tu peux le tuer, c’est connu ), sachant qu’en plus on a droit à du prêchi-prêcha sur l’existence de Dieu qui ferait passer le dernier Malick pour une œuvre athée.
L’acteur qui joue Pi gamin est nul. On a envie qu’il crève dans d’atroces souffrances pour qu’il ferme sa gueule et arrête de nous gonfler avec sa panoplie de dieux. Ang Lee a souvent été un cinéaste à la frontière de l’académisme et de l’image de carte postale mais alors le moins qu’on puisse dire c’est qu’ici, il l’a traversée la frontière à la vitesse de Bip Bip. Au bout d’un moment, l’abus de trucages, d’effets rajoutés en post-synchronisation et de petits effets de style idiots écoeure comme un gâteau dans lequel on aurait mis tous les ingrédients.
Et puis, je suis désolé mais quand on a le même twist de fin que le Vidocq de Pitof, ça sent le sapin quoi.
Boris, captures du Décalogue arrivées.