Revolver/La poursuite implacable ( Sergio Sollima )
Un chanteur reconnaît un bandit à la morgue. Un politicien est assassiné. Après un casse, Milo ( Fabio Testi ) enterre son complice. Enfin, le commissaire Vito Cipriani ( Oliver Reed ) est contacté par les ravisseurs de sa femme qui lui demandent de faire évader Milo. Tous ces évènements ont un lien que Vito et Milo finiront par comprendre.
Complexe, pas vrai ? De par son ambition thématique et politique, on est bien obligé de reconnaître la place à part de Sergio Sollima dans le polar italien, similaire à sa place dans le western d‘ailleurs. Coincé entre les polars bourrins - Lenzi, Martino… - et la veine plus intello-gauchiste ( Damiani, Petri ),
Revolver est une merveille qui parvient à cumuler les avantages des deux sous-genres, palpitant comme les meilleurs films d’actions mais aussi intelligent et engagé. C’est à mes yeux le meilleur film d’un cinéaste que j’aime particulièrement, et qui s’était déjà illustré dans le domaine du western (
Colorado,
Saludos Hombre et surtout
Le dernier face-à-face ) ainsi que dans le polar (
La cité de la violence avec Charles Bronson ).
Revolver se concentre sur la cohabitation forcée, puis l’amitié naissante entre Vito et Milo, le flic et le gangster. En cela ils est une sorte de précurseur du buddy movie ( type
48 heures ) mais sans l’humour viril ou l’action testostéronée : une seule séquence de fusillade a lieu et Sollima semble vouloir vite passer à ce qui l’intéresse le plus : la dénonciation du système politique en place et la machination enclenchée contre ses héros. On retrouve une des spécificités de ses westerns : la figure du bandit ignare, un peu chien fou, qui prend conscience de l’horreur du système et se décide à le combattre - Fabio Testi reprenant l’habituel rôle de Tomas Milian. La complémentarité des deux acteurs principaux n’est d’ailleurs pas un moindre atout, le jeu très sec et intériorisé de Reed contrastant avec la nonchalance de Testi. La dernière séquence m’a ému aux larmes et conclue
Revolver avec pessimisme et lucidité.
J’ai parlé récemment de
Quartier Violent d’Hideo Gosha, une sorte de brûlot gauchiste au sein du film de yakuza.
Revolver et lui partageant un certain nombre de points communs ( et plus généralement Sollima et Gosha auraient sans doute eu beaucoup à se dire ) et prouvent qu’au sein d’un cinéma de genre codifié, des fortes individualités pouvaient accomplir des merveilles de cinéma contestataire.
Notons une curiosité : l’acteur jouant la rock star, et chantant d’une voix aigue le thème original de Morricone ( thème sublime et réutilisé dans
Inglourious Basterds ) est également le doubleur d’Arnold Schwarzenegger !
Revolver est un polar sublime, intelligent et émouvant.
Le bien et le mal se resseeeeeemblent, et les hommes s’y laissent preeeeeeeeendre…
Hell Up in Harlem ( Larry Cohen, 1974 )
Contrairement à ce que l’on pouvait penser, Tommy Gibbs ( Fred Williamson ) n’est pas mort à la suite des évènements de
Black Caesar mais a survécu grâce à l’aide de son père. Une fois remis de la tentative d’assassinat dont il a fait l’objet, le parrain noir compte bien se venger..
Les bons films de blaxploitation sont rares ; c’est d’autant plus étonnant d’en trouver un quand sa réputation est aussi médiocre que celle de ce
Hell Up in Harlem, suite du plus réputé
Black Caesar du même réalisateur qui dépasse en tous points le premier volet.
Pour commencer, c’est un des blaxploitation les mieux joués que j’ai vu : Williamson en tête - quand on pense que ce type est allé se perdre chez Pallardy alors que son talent crève les yeux ici… - mais tout le casting semble pour une fois motivé, y compris les seconds rôles blancs racistes et détestables ! La relation entre le héros et son père était un élément intéressant, dans la continuité du premier épisode ; il est simplement dommage que comme bien d'autres aspects potentiellement sympathiques de scénario ( l‘ex-compagne de Gibbs, le prêtre pacifiste ), le film les bâcle un peu pour passer à ce qui intéresse le plus le réalisateur : les moments d’action. A ce niveau, c’est relativement correct sans être transcendant ( puis faut aimer les nanas en bikini qui font du karaté, les mafieux qui se font trucider par paquets de trente et tout l‘attirail très bis qui accompagne tout ça ), avec quand même une belle course-poursuite finale.
C’est vraiment l’écriture scénaristique qui pêche : à trop raccourcir les scènes justifiant certains comportements, on les rend incohérents. Gibbs fait une confiance totale à son père puis d’un coup se met à l'accuser ; Gibbs suspectait en revanche un membre de son gang mais juste quand il y a des problèmes semble ne plus se rappeler de ses griefs… Une succession de raccourcis faciles de ce type fait que ce qui aurait pu être, enfin, le grand blaxploitation qui met tout le monde n’accord n’est qu’un film tout à fait honnête, soit bien mieux que la moyenne du genre. Comme souvent, la BO est superbe, ici c’est Edwin Starr qui s’y colle.
Certainement dans mon top 3 du genre aux côtés de
Coffy et
Sweet Sweetback’s Baadasssss Song.
Chasse à l’homme ( Fritz Lang, 1941 )
En 1939, le capitaine Thorndike ( Walter Pidgeon ) est capturé en Allemagne alors qu’il tentait d’assassiner Adolf Hitler. Le gouvernement nazi fait pression sur Thorndike pour qu’il implique les services secrets anglais ; il refuse et après une tentative d’assassinat, Thorndike parvient à s’enfuir en Angleterre.
Après
Le port de la drogue, voilà ici une autre réussite du cinéma de propagande, cette fois anti-nazie. Si Lang et Fuller sont deux cinéastes sensiblement aussi talentueux, je mets ce film-là un cran en-dessous parce que je le trouve moins subtil dans sa caractérisation des personnages, moins riche. Il se conclue par un appel brutal à la mobilisation qui, si il était parfaitement justifié historiquement reste une fin un peu lourdaude et évidente, même si en 1941 les films de propagande anti-nazis étaient encore relativement rares.
Ces réserves liées à la nature engagée de l’œuvre exprimées,
Chasse à l’homme est une pépite du film d’action/suspens ou la personnalité du héros est bien plus complexe et ambiguë que ce qu’on pouvait en penser. Sa relation avec la jeune fille qui l’accueille durant sa fuite est également curieuse : il s’agit vraisemblablement d’une prostituée - c’est sous-entendu -, dont Thorndike feint de ne pas remarquer les sentiments, les moments de confrontation avec la bonne société anglaise étant par ailleurs savoureux. C’est en fin de film, lorsque la carapace de Thorndike se fissure durant un face-à-face avec un dignitaire nazi que réapparaissent les obsessions de Lang : les pulsions, l’ambivalence de la nature humaine, le mensonge… La peinture du dit officier est également réussie, il faut dire qu’en tant qu’allemand, Lang savait de quoi il parlait.
Avec le recul,
Chasse à l’homme fait beaucoup penser à du Hitchcock, et l’on est pas prêt d’oublier la superbe séquence introductive ou le sniper sourit en observant Adolf Hitler dans le viseur de son fusil. De même, la séquence de confrontation est un très grand moment de tension et de violence contenue, tout comme la poursuite dans le métro ou le héros se bat contre mon chouchou John Carradine.
Chasse à l’homme est un excellent polar qui faute de se hisser à la hauteur des chefs d’œuvre de Fritz Lang du fait de son caractère trop démonstratif se range néanmoins parmi les excellents films du cinéaste.
Possédée ( Orne Bornedal, 2012 )
Clyde ( Jeffrey Dean Morgan ) et sa femme Stéphanie vivent désormais séparément. Leur fille Emily, chamboulée par cette séparation s’attache à une boite mystérieuse abritant un démon.
C’est un mauvais film mais avec lequel j’ai plutôt envie d’être indulgent pour des raisons sur lesquelles je vais revenir. Mais honnêtement c’est vraiment mauvais, la faute d’abord à un script… Comment dire ; pomper
l’Exorciste en 2012 c’est déjà moyennement intelligent parce que
l’Exorciste, c’est un chouia connu comme film. Pomper le
Jusqu’en enfer de Sam Raimi, ça passe peut-être un peu mieux mais le film ayant environ quatre ans, il est peu probable que ceux l’ayant vu l’auront oublié entre temps - j’en sais quelque chose -. Vous l’avez compris,
Possédée n’est qu’une compilation de situations déjà vues dans d’autres films d’horreur, avec en toile de fond une sorte de drame familial à la Stephen King. On n’échappe donc pas aux 14 scènes " je ne reconnais plus ma fille"» et aux 8 scènes ou celle-ci menace ses parents/son beau-père/sa maîtresse d’école. Qui plus est, le dibbouk - la bestiole dans la boite - semble quand même être un esprit maléfique un peu tout pourri : visiblement ultra puissant ( la manière dont il se débarrasse de la maîtresse d’école laisse quand même penser qu’il peut péter la gueule à n’importe qui en trois secondes sauf que non, durant le restant du film il va être à peu près totalement inefficace ) mais incapable de faire quoi que ce soit contre les personnages principaux, ce qui est un peu con ( surtout que le meurtre de la maîtresse d’école ou le passage horrifique avec le beau-père sont assez royalement contre-productifs ).
Handicapé par ce script indigne d’un livre de Bernard Werber, Bornedal fait ce qu’il peut et produit quand même quelques bonnes scènes égarées, notamment une ou la jeune fille possédée casse du verre partout dans la cuisine alors que sa mère marche pieds nus. Surtout, le cinéaste assume ce qu’il fait et ne livre aucun effet d’humour à la con, prenant au sérieux son sujet contrairement à 90 % des films d’horreur. On sort de
Possédée avec le sentiment d’avoir vu le film d’un type qui ne voulait pas le faire - c’est une commande réalisée par le cinéaste pour pouvoir financer son prochain film - mais qui a tenté de sauver les meubles. La conviction dont faire preuve le casting, Jeffrey Dean Morgan en tête, fait qu’au final
Possédée, contrairement à d’autres ratages de 2012, est un ratage sympathique.
La porte du diable ( Anthony Mann, 1950 )
Lance ( Robert Taylor ), un indien, retourne parmi les siens après s’être battu dans l’armée américaine. Les terres de Lance sont convoitées par un avocat qui utilise le racisme des cow-boys en vue de provoquer Lance, qui se prépare au combat.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Mann n’a pas fait un film centriste ! Sa défense des amerindiens est frontale et sans équivoque, et on ne peut qu’être admiratif du courage du cinéaste qui en 1950 se dressait contre l’opinion traditionnelle en pointant du doigt le sort des populations indiennes. Un de ses aspects les plus intéressants vient du fait que l’avocat engagé par Robert Taylor soit… une avocate et qu’ainsi le progressisme du film ne concerne pas uniquement une partie mais bel et bien l’ensemble de la population ( le machisme de Lance est d'ailleurs assez finement évoqué ).
J’ai deux gros problèmes avec ce film. Le premier, c’est que Mann, certainement mon cinéaste favori dans le domaine du western américain classique, est particulièrement à l’aise avec les personnages à la psychologie complexe, violente et ambiguë ; c’est typiquement le cas dans ses films avec James Stewart. Or, ici règne un certain manichéisme ( salauds de racistes contre bons indiens ) qui me semble entraver le développement psychologique des personnages. Probablement Mann se refusait-il à noircir son héros indien comme il noircira plus tard ses héros blancs, et il était bien difficile d’articuler cet aspect avec la défense des amérindiens.
Mon deuxième problème se résume à Robert Taylor, d’une crédibilité plus que limitée en indien. On peine à voir autre chose qu’un blanc grimé, et autant son jeu laisse parfois à désirer dans ses confrontations avec la population de la ville, autant dans les scènes plus sentimentales qu’on pouvait a priori craindre il parvient à exprimer plus d’émotions et à doter son personnage d’une réelle épaisseur.
Pour son premier western, Mann se révèle déjà un cinéaste talentueux pour ce qui est de filmer des scènes d’action, sèches et violentes. La conclusion ne laisse aucune place à la concession et a probablement du remuer la mauvaise conscience de plus d’un américain à l’époque.
Une légère déception mais un film nécessaire et courageux, encore une œuvre que devraient regarder les abrutis qui considèrent le western comme intrinsèquement raciste ( et qui en dit plus long sur leur propre racisme anti-américain que sur celui attribué au peuple qui a élu un président noir ).
Boris, à l'heure ou je termine ce post je suis en train de tenter de mettre des images sur ma chronique du
Décalogue, peut-être que j'y serais arrivé au moment ou vous me lirez.