Heathers/Fatal Games ( Michael Lehmann, 1989 )
Trois jeunes filles prénommées Heather sont les reines de leur école. Veronica ( Wynoma Ryder ), leur faire-valoir, s’émancipe de ses anciennes amies lorsqu’elle rencontre J.D. ( Christian Slater ). Une farce envers la chef des Heathers tourne très mal.
J’ai constaté avec grand plaisir le petit succès de mes critiques de bons teen movies 80’s : en voilà un de plus. Parfois perçu comme un cousin du
Pump Up the volume d’Allan Moyle qui bénéficiait également de la présence de Christian Slater, ce
Heathers ( le titre français est d’une incroyable idiotie ) est en réalité un ancêtre du très bon
Lolita malgré moi avec lequel il partage une volonté de plonger jusqu’à la nausée dans la micro-société d’adolescents avec ses ténors, ses marginaux, ses tortionnaires et ses victimes ; le scénariste du film étant également celui du
Batman le défi de Tim Burton, il semblait logique de ne pas avoir affaire à une énième idiotie conformiste.
Heathers est le film pour ado le plus violent dans son propos et le plus noir dans sa vision du lycée que j'ai pu voir. Il est sauvé de la complaisance par son humour ( très ) noir et omniprésent qui en fait une satire sociale parfois aussi jouissive qu’un
Battle Royale, à ceci près que là ou le Fukasaku tenait son concept jusqu’au bout, le film de Lehmann cède néanmoins sur le final à un peu de conformisme là ou il nous promettait une apocalypse absolue, une décennie avant Columbine.
Tout y passe : les parents amorphes, les profs incompétents ( la prof hippie est absolument merveilleuse ), l’intolérance face à l’homosexualité ( " Et là, le point culminant pour le faire passer pour un pédé : une bouteille d’eau ! " " Euh… ça fait gay une bouteille d’eau ? " " Ici, si tu ne bois pas de bière, t’es forcément homo ! " ) ou le narcissisme des lycéens ( les deux scènes d’enterrement sont les plus drôles et n’ont rien à envier à la dispersion des cendres dans
The Big Lebowski ). Wynoma Ryder était hyper craquante à l’époque et Slater prouve encore une fois qu’avant de se perdre dans les années 90, il peut se vanter d’avoir été l’un des meilleurs acteurs de teen movies.
Si j’apprécie énormément les acteurs et le scénario, la mise en scène de Lehmann me semble trop statique, trop académique. Pas de quoi plomber le film mais je pense que plusieurs passages auraient gagné à disposer d’un cinéaste plus dynamique. Le mélange de tons ne fonctionne pas à chaque fois mais qu’importe :
Heathers est un film comme l’on ne pourrait certainement plus en faire aujourd’hui, un vrai film d’ado hurlant sa haine au monde qui n’a guère d’équivalent dans la subversion et la méchanceté. Indispensable.
Sweet Sweetback’s Baadasssss Song ( Melvin Van Peebles, 1971 )
Sweetback ( Melvin Van Peebles ) est un jeune noir vivant d’exhibitions sexuelles devant des blancs. Lorsque l’un de ses amis est brutalisé par des policiers Sweetback les frappe. C’est le début d’une longue cavalcade.
Faute d’être le premier blaxploitation comme certains incultes le prétendent (
Le casse de l’oncle Tom critiqué ici a été réalisé un an avant ), ce film au titre absolument impossible à écrire est néanmoins le déclencheur de la frénésie blaxploitation, son important succès conditionnant l’explosion du genre.
Sa réputation est étrange : très apprécié par certains anti-blaxploit’ qui y voient un faux film de genre mais vrai film d’auteur, et conjointement laissé de côté par les aficionados le jugeant ennuyeux et daté. A vrai dire, l’œuvre de Melvin Van Peebles est indiscutablement bizarre et ressemble bien plus d’un point de vue formel à du Jean-Luc Godard qu’à du Jack Hill, par exemple. La musique et le montage sont complètement psychédéliques, les transitions abruptes se multiplient dans le pur esprit nouvelle vague, le héros passe un bon quart du film à courir et un autre quart à baiser, de la manière la plus crue possible ( peut-être Van Peebles voulait-il prouver que les clichés sur le sexe des noirs ont une part de vérité ? ) et l’histoire est réduite volontairement à ce qu’elle peut avoir de plus simple.
Autre fait marquant, voir choquant : les acteurs sont bons. Que l’acteur-réalisateuir Melvin Van Peebles livre une excellente performance, passe encore, mais même les blancs débiles en guise de seconds rôles sont pour une fois crédibles. Il y a d’ailleurs une ou deux séquences ( la torture du pote de Sweetback, la fin ) qui sont les meilleures du genre. Sauf que comme pour
La mort a pondu un œuf, trop d’expérimentations tuent le film. On s’emmerde énormément au début de la seconde moitié, Sweetback court dans tous les sens, baise une blanche, se bat avec un blanc, court, baise, se bat, court, baise, STOOOOP ! Et forcément avec 58 plans à la seconde c’est tout sauf reposant.
En résumé, un atypique et bancal blaxploitation à la frontière entre l’expérimentation et la pornographie, qui ironiquement représente pour certains un genre dont il est certainement un des films les plus inclassables. Clairement l’un des meilleurs, aussi, et l’un de ceux ou le racisme anti-blanc passe curieusement le mieux ( et ce en dépit d’une intro le dédiant à tous les frères noirs qui en ont plein le cul des méchants blancs ).
Into the abyss ( Werner Herzog, 2011 )
Werner Herzog étudie le cas d’un triple homicide aux Etats-Unis commis par deux jeunes garçons. L’un d’eux, Michael Perry, est dans le couloir de la mort, tandis que son complice Jason Burkett a été condamné à la prison à vie.
La carrière et la personnalité d’Herzog font partie des grandes curiosités de l’histoire du cinéma, tant le cinéaste allemand a fait son chemin des tournages chaotiques aux conditions extrêmes au documentaire en passant par un remake de Murnau avec une constance : l’étude de la folie humaine.
L’erreur serait de voir
Into the abyss comme un documentaire à charge contre la peine de mort, comme si les films à la con de Darabont et Alan Parker n’avaient pas suffi. Si Herzog se déclare sans ambiguïté opposant à celle-ci, il nous présente ici deux tueurs absolument terrifiants, la folie de Perry étant aussi évidente que l’absence totale de remords chez Burkett.
Au fur et à mesure qu’on apprend des éléments sur ce qui ne semblait être qu’un banal fait divers, on se rend compte que les tueurs ne sont qu’un syndrome d’une société totalement délirante. Lorsque le père de Burkett explique que désormais, toute la famille ( il a deux fils ) est réunie en prison à perpétuité, il est impossible de ne pas se demander comment peuvent se former de telles dynasties de petits criminels sans que quiconque ne vienne l’empêcher. A la fin du documentaire, la femme de Burkett révèle qu’elle est enceinte ; tout se répètera probablement une nouvelle fois dans l’indifférence générale.
L’évidente tendresse d’Herzog pour les victimes me semble se marier parfois assez mal avec le caractère très brutal de ses questions ( type " vous vous sentez comment d’avoir retrouvé le cadavre de votre frère dans un bois ? " ) un peu limite question complaisance. C’est en revanche dans les passages les plus déconnectés du reste de la narration que le documentaire est le plus bouleversant : un jeune ouvrier, papa depuis peu, qui raconte sa confrontation avec Burkett ayant abouti à ce que celui-ci lui tire une balle dans la tête ( le pistolet n’a pas fonctionné ), et surtout l’interview d’un bourreau ayant exécuté 120 personnes avant de craquer. Pas de voix-off, pas de jugement, Herzog a l’immense mérite de ne pas faire dans le militantisme lénifiant et de ne pas juger les gens qu’il filme.
Ereintant, déprimant,
Into the abyss est un documentaire indispensable. Exceptionellement j'ai laissé les sous-titres comme il s'agit d'une oeuvre qui passe bien plus par la parole que le visuel.
Black Swan ( Darren Aronofsky, 2010 )
Nina ( Nathalie Portman ), danseuse, rêve d’interpréter le Lac des Cygnes dans le ballet donné par Leroy ( Vincent Cassel ). Si elle est excellente dans le rôle du cygne blanc, elle craint de se faire voler celui du cygne noir par l’aguicheuse Lilly ( Mila Kunis ).
Attention : grand cinéma. Enfin, grand cinéma pour les gens qui n’aiment pas le cinéma, parce que
Black Swan me semble l’incarnation la plus absolue du film non seulement plus con qu’une émission de Morandini mais qui en plus se croit extrêmement fin avec sa symbolique pachydermique. C’est vrai qu’il est très dur de comprendre que l’héroïne est " schizo " ( elle est filmée environ 14 fois devant un miroir ), que Mila Kunis est son double négatif ( l’une est TOUT LE TEMPS en noir, l’autre en blanc ) etc etc. J’ai l’impression d’entre le mec hurler T’AS VU MA METAPHORE SUBTILE ! JE SUIS UN ARTISTE MOI ! ET Y A DE LA PERFORMANCE D’ACTEUR !
C’est d’une absolue laideur visuelle et pas seulement. Même dans des polars italiens débiles, on n’aurait pas osé l’une des pires scènes de cul de tous les temps entre les deux filles ( Nathalie Portman ayant à peu près le sex-appeal de Jaguar en pyjama orange ), ou on a droit à un cunnilingus pathétique avec des bruitages à la con qui font un bruit du genre " slurp slurp ". Sans parler des effets BOUH ! T’as peur ! qui viennent polluer le film toutes les trois minutes. Pitié, que Aronofsky ne fasse jamais un vrai film d’horreur, il serait capable de nous refaire le coup de l’héroïne qui psychote toute seule chez elle, sauf qu’en fait c’est juste son chat ( " Twinky ! Tu m’as fait une de ces peurs ! " ).
Je déteste tous les personnages du début à la fin. Il est absolument impossible de s’identifier à l’héroïne qui m’a donné des envies de meurtres au bout de dix secondes et l’accumulation de pathos ( la pauvre, sa maman est méchante, elle se mutile, et puis elle est sexuellement frustrée ) fait penser au pire d’Inarritu ou de Lars Von Trier. Ce sont tous, tous les pantins du scénariste qui n’ont aucune réalité, aucune chair. Et alors le parallélisme histoire du Lac des cygnes/histoire de l’héroïne je crois qu'en en plus de confirmer l’abus de métaphores neuneus par Aronofsky, donne l’impression d’avoir été vu deux mille fois en mieux chez des cinéastes un peu moins contents d'eux.
Une étron qui confirme tout le bien que je pense d’Aronofsky.
Je ne pense absolument rien de bien d’Aronofsky.
Le port de la drogue ( Samuel Fuller, 1953 )
Skip McCoy, pickpocket ( Richard Widmark ) vole le portefeuille de Candy ( Jean Peters ) dans le métro. La police suivait Candy, soupçonnée d’être en liaison avec un réseau communiste. Lorsque Skip découvre qu’il est en possession d’un important microfilm, il est traqué à la fois par la police et par les communistes.
Une lecture du script en diagonale pourrait laisser croire qu’on est en présence d’un énième film de propagande anti-communiste des plus idiots. C’est heureusement beaucoup plus complexe et plus intéressant que cela. Fuller filme les marginaux, et les trois personnages principaux qui sont donc un pickpocket, une prostituée et une indicatrice de police, sont montrés avec une incroyable bienveillance quand on repense au fait qu’ils sont tous des parasites aux yeux du système américain. Les flics qui recherchent Skip sont d’ailleurs contre-productifs dans leur zèle ( Skip est convaincu qu’on lui collera tout sur le dos ). Et surtout, élément qui m’a beaucoup plu : là ou les films à thèse jouent sur une prise de conscience progressive du personnage principal, ici Skip ne prend conscience de rien du tout ! Quand Skip accepte de se battre, c’est uniquement pour acquitter sa dette envers Candy - clairement amoureuse de Skip mais auquel celui-ci refuse systématiquement de faire confiance -, et absolument pas par devoir civique ou haine du rouge. Ou comment transformer la propagande en subversion.
Richard Widmark est génial. Son sourire narquois ( plus cynégétique tu meurs ) fait merveille et il est parfait en antihéros solitaire, ironique et méfiant. Jean Peters quant à elle parvient à rendre impeccablement une évolution pas forcément évidente ( le film étant très court, le personnage féminin tombe amoureuse très rapidement, ce qui pourrait décontenancer si l’actrice était moins talentueuse ). Et Fuller est l’un des meilleurs cinéastes de polars urbains, au sommet lorsqu’il s’agit de filmer une poursuite dans le métro, la sécheresse des scènes d’action les rendant exemplaires.
On notera un des plus beaux titres débiles ( mon préféré étant le
Coup de l’escalier ; y a aucun putain d’escalier dans ce film ! ) de la version française vu qu’il n’est absolument pas question de drogue ; il faut dire que le film a été en son temps censuré en France, pays légèrement plus bienveillant que les Etats-Unis par rapport au communisme.
Le port de la drogue est un chef d’œuvre et mon film préféré d’un cinéaste que j’ai en très haute estime (
Shock Corridor,
40 tueurs et
Steel Helmet sont tous les trois des sommets dans leur genre ).
Superbe DVD Carlotta ( dédicace à Dr_Z ).
Boris, problèmes de captures temporairement résolu.