Augustine - Alice Winocour (2012)
Augustine (Soko) est servante dans une maison bourgeoise, jusqu'au jour où elle a une crise d'hystérie et est internée à l'hôpital de la Salpêtrière, où le Dr Charcot (Vincent Lindon), pionnier de la neurologie, essaie de la soigner. Persuadé que la maladie d'Augustine est suffisamment sensationnelle pour que celle-ci soit exhibée devant l'Académie dans le but d'obtenir des fonds, il va passer de plus en plus de temps à l'étudier, les frontières de leur relation se flouant petit à petit.
Porté par une musique et une caméra oppressantes, le film n'est pas vraiment un documentaire sur la neurologie, et on en apprendra beaucoup moins sur l'histoire de la science que dans A Dangerous Method de Cronenberg, mais il a comme point commun avec ce dernier qu'il s'intéresse de façon approfondie à la relation médecin-patient. Si dans le Cronenberg la relation entre Jung et Spielrein s'étale dans un long laps de temps, celle entre Augustine et le docteur Charcot est d'autant plus intéressante qu'elle ne souffre pas de longues ellipses temporelles. Et plus qu'une illustration d'une théorie psychoanalytique, elle est plutôt l'histoire de deux êtres humains séparés par un fossé social. La fracture entre patients et médecins est en effet exacerbé dans le film (on est au IXXème siècle) et la différence entre animaux et fous y est ténue. C'est cette violence imposé par le système médical sur les sujets qui rend l'histoire intéressante, faisant osciller la relation entre le Dr Charcot et Augustine entre affection et instrumentalisation, créant une tension qui ne se résorbera que dans le climax final.
Il faut aussi noter que Soko fait une performance splendide, que sur le plan de l'image on ne s'en prend pas plein la gueule avec des costumes/décors d'époque à outrance, et qu'il y a deux-trois vues de la Salpêtrière depuis l'extérieur qui sont esthétiquement superbes, presques vénéneuses. Je n'ai pas vraiment saisi ce que venaient faire là les scènes d'interview de patientes, mais à part ça, on a un très bon film.
Un Roi à New York - Charles Chaplin (1957)
Forcé de quitter fuir le trône d'Estrovie à la suite d'une Révolution, le roi Shadov se réfugie à NewYork. Ruiné à la suite d'une félonie de son premier ministre, il est contraint d'apparaitre dans des publicités pour pouvoir poursuivre son train de vie. Dans le même temps, il rencontre Rupert, enfant de 10 ans lecteur de Marx et dont les parents ont des problèmes avec le HUAC.
Contraint à l'exil en 1952 par McCarthy, Chaplin ne manque pas l'occasion de se venger avec ce film qui est d'une grande férocité dans sa dénonciation des méthodes inquisitoires du McCarthysme. Même si le fait que le sénateur anti-communiste avait déjà perdu sa bataille en 1957 (alors que Le Dictateur par exemple est réalisé en 1940) rend l'attaque moins jouissive qu'elle aurait pu l'être, elle est tout de même un des grands moment de dénonciation politique dans l'oeuvre de Chaplin. Un Roi à New York est également une satire de la société de consommation telle qu'elle prend son essor à l'époque, avec notamment le monde de la télévision et de la publicité. Sans doute moins franchement hilarant que d'autres films chapliniens, il souffre de quelques passages à vide (l'histoire du lifting n'apporte pas grand chose à l'intrigue, si ce n'est une sorte de clin d'oeil de Chaplin au Slapstick à un moment), mais a ses bons moments, notamment les discours politiques enflammés du petit garçon qu'on arrive plus à arrêter dès qu'il se met à s'attaquer au gouvernement et à l'oppression capitaliste.