Le locataire ( Roman Polanski, 1976 )
Je ne suis pas Simone Choule. Je suis Trelkovsky !
Un jeune célibataire d'origine polonaise, Trelkovsky ( Roman Polanski lui-même ), emménage dans un petit appartement parisien peu attirant. La concierge ( Shelley Winters ) lui apprend que l'ancienne locataire, Simone Choule, s'est défenestrée sans que quiconque ne comprenne la raison de son geste. En visitant Simone à l'hopital, Trelkovsky rencontre la meilleure amie de celle-ci, Stella ( Isabelle Adjani ), qui se remet péniblement du drame. Après le decès de Choule du fait de ses blessures, Trelkovsky remarque que tout l'immeuble semble se comporter dans le but de le pousser à se prendre pour elle et à le pousser au suicide...
C'est le chef d'oeuvre de la série, c'est un des meilleurs Polanski avec
Chinatown et
Rosemary's baby ( il partage d'ailleurs de nombreux points communs avec celui-ci et
Répulsion comme la présence d'un héros faible, enfermé et paranoiaque ) ou tout les objets les plus triviaux, le quotidien le plus banal et les conversations les plus attendues se transforment en instruments de persécution. Trelkovsky enchaine les dialogues absurdes avec ses voisins ( l'ex de Simone Choule qui se met à pleurer parce qu'il est exclu d'une tournée générale, Michel Blanc qui vient se plaindre de bruit mais se fait écraser par les copains de Trelkovsky, le propriétaire qui lui fait remarquer que la nuit ou il a été cambriolé, il a fait pas mal de boucan ) ; Polanski capte le moindre regard entre deux personnages et les rend succeptible d'être révélateur d'une connivence générale poussant Trelkovsky vers la folie. La séquence de l'église ou Trelkovsky se met à prendre pour lui tout ce qui est contenu dans le sermon ( Trelkovsky est coincé et timide et vit sans arrêt avec la peur de déranger ), le fait qu'il n'obtienne jamais la marque de cigarette qu'il souhaite mais uniquement celles que Simone fumait ( alors qu'on peut appercevoir d'autres clients obtenir la marque requise par Trelkovsky ), le rappel constant du fait qu'il ne soit pas français comme justificatif à sa paranoia, la splendide photo de Sven Nykvist ( chef op de Bergman ), la malaisante musique minimaliste de Philippe Sarde, l'excellence générale de l'interprétation, le ton flirtant constamment avec l'absurde, la peur qu'inspire petit à petit le film, tout concourre à élever le locataire au rang de chef d'oeuvre. Que ce soit dit.
Easy A ( Will Gluck, 2010 )
Les livres qu'on étudie sont toujours liés aux drames que l'on traverse. Sauf Huckleberry Finn : aucun ado n'a jamais fui avec un grand noir.
Olive Penderghast ( Emma Stone ) est une lycéenne banale jusqu'au jour ou, pour éviter de passer une soirée chez son amie Rhiannon ( Alyson Michalka ), elle raconte qu'elle avait un rendez-vous avec un étudiant, que la rumeur transforme vite en histoire de dépucelage. Après avoir tenté sans succès de démentir, Olive accepte pour rendre service à son ami gay persécuté, Brandon, de laisser le lycée croire qu'elle a également eu une relation sexuelle avec lui ; prise en grippe par le groupe de lycéens catholiques menés par Marianne ( Amanda Bynes ), Olive perd peu à peu le contrôle des rumeurs et se retrouve considerée comme la plus grosse salope du lycée.
Merci, merci aux distributeurs pour ne pas l'avoir sorti en salles, après le très beau Moon de Duncan Jones, c'est la deuxième belle réussite de l'année 2010 qu'on ne pourra jamais voir sur grand écran. Bande de cons.
Bien que le teen-movie soit un genre assez peu apprécié sur MC, j'ose penser qu'il y a un véritable public pour ce film bancal, qui s'inspire autant de John Hughes ( avec un hommage tout à fait explicite à plusieurs de ses films dont
Breakfeast Club ) que des productions de Judd Apatow ( Emma Stone était d'ailleurs la fille convoitée par Jonah Hill dans
Supergrave ) mais possède un ton assez singulier. Certains critiques l'ont rapproché de
Juno, mais d'une Emma Stone est cent fois plus sexy qu'Ellen Page, de deux on évite ici les dialogues " Mademoiselle je-sais-tout " qui rendaient le film de Jason Reitman aussi pénible. Si certaines idées comiques tombent à l'eau ( le proviseur un peu facho, les parents irresponsables de l'héroine, le personnage de Rhiannon ), si la mise en scène est juste assez correcte pour ne pas couler le film, il reste suffisament d'excellentes idées pour transformer cette comédie en petite réussite, comme l'héroine payée en places de cinéma uniquement valables pour des comédies allemandes ( ??? ), le groupe de lycéens cathos jouissivement demeurés ( " pourquoi ton mec est encore au lycée à 22 ans ? " " Si Dieu avait voulu qu'il en sorte, il lui aurait donné les réponses. " ), les scènes de pétasserie d'Olive, le délire sur la mascotte du lycée ( anciennement un diable, transformé sous la pression des cathos en castor ! ) et surtout ce gros moment d'hilarité qu'est la fausse scène de sexe entre Olive et Brandon. Pas tout à fait aussi bon que
Supergrave ou
Lolita malgré moi, mais une belle petite réussite dans son genre.
Confessions d'un dragueur ( Alain Soral, 2001 )
Perdre son temps dans la rue à draguer les filles, c'est vraiment un truc de loser.
Paul ( Thomas Dutronc ) est un jeune friqué timide incapable de passer à l'action avec les filles. Lorsqu'il rencontre Fabio ( Said Taghmaoui ), dragueur vulgaire et doué, il décide se suivre ses traces, sans se douter que l'exemple donné par Fabio va le conduire dans des situations de plus en plus critiques.
Alain Soral, c'est mon avatar actuel ; avec ce film, il prouve qu'en plus d'être un penseur ridicule et un écrivain grotesque, il est également un cinéaste consternant avec cette grosse daube qui peine à provoquer chez le spectateur autre chose qu'un rire condescendant devant la nullité de l'ensemble. J'ai pu remarquer chez mes amis qui avaient vu le film ( du moins par bribes, je ne connais personne d'autre que moi qui a pu le supporter sur la longueur ) que tous étaient convaincus qu'il n'était pas de 2001 mais des années 80, faute à une coupe de cheveux de Said Taghmaoui qui accuse tranquillement ses 20 ans de retard, à une mise en scène aussi dynamique qu'un épisode de Des chiffres et des lettres ( un jour Alain Soral apprendra qu'il existe autre chose que le plan fixe ) et à un langage de rue que plus personne n'emploie depuis trente ans ( " un taudis " pour désigner une fille moche, sérieux qui parle comme ça ? ). Thomas Dutronc est le pire acteur du monde ( là il semble dormir pendant tout le film ), Taghmaoui ne peut rien faire pour tenter de rendre supportable un personnage, double évident du réalisateur, pitoyable, prétentieux et en plus moralisateur ( voir la scène ultra-démagogique ou il fait la leçon à un groupe de bobos parce que lui, il vient de la rue, il connait la vraie vie ), qui récite ses dialogues qui se veulent poétiques avec une gène évidente. Les femmes sont toutes des salopes qui ne demandent qu'à se faire baiser par Taghmaoui, la voix-off de Dutronc récite les pires lieux communs insupportables en se prennant complètement au sérieux, on a droit à un flashback de Taghmaoui expliquant qu'il a conduit une fille à se brosser les dents avec de la merde, le tout formant une espèce d'apologie total du gros beauf obsedé sexuel, plein de principes foutrement modernes ( " quand tu dragues, pas de trucs intellos, ça fait super pédé ) et évidemment sans le moindre recul. Ce film ressemble à Alain Soral, c'est dire à quel point il est con.
L'ouragan de la vengeance ( Monte Hellman, 1965 )
Ils ont un boulot plus facile que moi. Sauf que je ne tiens pas à décorer un arbre.
Trois cowboys dont on ignore les motivations, Vern ( Cameron Mitchell ), Wes ( Jack Nicholson ) et Otis ( Tom Filer ) rencontrent une bande de pilleurs de dilligence menée par Dick l'aveugle ( Harry Dean Stanton ) qui leur propose se passer la nuit dans leur cabane. Le lendemain débarquent une milice pourchassant les bandits qui attaque tout le monde à la fois. Otis est tué dans dans l'altercation, Dick l'aveugle et ses hommes sont pendus tandis que Vern et Wes parviennent de justesse à s'enfuir, poursuivis par une bande de " justiciers " qui tire avant d'écouter.
L'ouragan de la vengeance précède en réalité
the Shooting, dont j'ai parlé la dernière fois, et si on y trouve déja le style dépouillé particulier à Monte Hellman, l'histoire comme la mise en scène y sont ici plus classiques, ce qui est gagné en limpidité étant malheureusement perdu en pouvoir de fascination car, hélas, l'Ouragan de la vengeance, western très réussi, n'est pas aussi marquant que son successeur.
On est toutefois loin de la tradition du western : le trio de cowboys ne sont ni gentils ni méchants et ont une psychologie très minimaliste, le personnage de Nicholson, obsedé par l'idée de mouvement, s'oppose à ses deux camarades aspirant à la sédentarisation ; comme
the Shooting, le film contient son lot de scènes quotidiennes, banales, ou les personnages repètent les même gestes avec l'air blasé des gens amenés à disparaitre. Aucun héroisme là-dedans, aucune action d'éclat, aucune exaltation, juste une fuite jusqu'à ce que l'on n'ait plus l'énergie de galoper. Les poursuivants sont des figures abstraites tandis que la distinction entre les héros et les bandits devient parfois poreuse. Une bonne partie des scènes d'action, réussies par ailleurs, semble provenir d'avantage d'une incompréhension entre les personnages que d'une réelle motivation idéologique. En résumé, un western singulier, brouillon sympathique du style unique de Monte Hellman.






La fille de Dracula ( Lambert Hilyer, 1936 )
- Sandor, regardez moi : que voyez-vous dans mes yeux ?
- La mort.
Après avoir tué Dracula dans le premier film de Tod Browning, le docteur Van Helsing ( toujours joué par Edward Van Sloan ) est accusé de meurtre et demande à être défendu par son ami le docteur Garth ( Otto Kruger ). Simultanément, arrive à Londres la comptesse Zaleska ( Gloria Holden ) qui se révèle être la fille de Dracula et qui tente de controler ses pulsions la poussant à boire le sang d'humains.
J'ai dit ici le mal que je pensais du film de Browning. Cette suite directe ne fait pas beaucoup mieux, à ceci pris qu'elle demeure légèrement mieux rythmée, évitant au spectateur d'être aussi assomé que dans le premier film. Toutefois, le Browning avait pour lui une relative nouveauté ( bien que le cent fois meilleur
Nosferatu de Murnau lui soit antérieur ) là ou cette version est terriblement prévisible et attendue, pas franchement aidée par des personnages stéréotypés, un investissement minimal des acteurs et un humour qui détruit le peu de tension que le film parvenait à créer. Ici et là, on sent un potentiel inexploité, une idée qui pourrait être transcendée dans les mains d'un James Whale ( le serviteur amoureux de la comtesse, la volonté de celle-ci de lutter contre la malédiction familiale, la scène ou elle mort une jeune fille qui n'est pas sans évoquer une forme d'érotisme lesbien ) mais qui dans celles de Lambert Hilyer - auteur, soit dit en passant, du tout premier long-métrage
Batman de l'histoire du cinéma en 1943 - peinent à convaincre, d'autant plus que même l'univers visuel propre ux productions Universal est ici aux abonnés absents. Restent la beauté de Gloria Holden, la présence du serviteur Sandor ainsi qu'une espèce de triangle amoureux entre Zaleska, Garth et la secrétaire de celui-ci, parfois amusant, souvent pénible, pour un deuxième film confirmant que décidément, la série Dracula n'arrive pas à la cheville des films Frankenstein.
Voilà pour cette série, la prochaine fois, en plus de continuer mes thématiques " films de monstres " et " Monte Hellman ", j'amorce une série d'une demi-douzaine de films consacrés au cinéma d'Europe de l'est, à savoir la Pologne et plus tard la Hongrie, afin d'aborder des oeuvres demeurant méconnues du grand public.
Pour répondre enfin à Manouel et à Kirby, au premier je dirai qu'effectivement c'est la passivité et l'asservissement des paysans que Mifune critique, ce qui est d'ailleurs très subversif dans le contexte japonais de l'époque ( ou il était de bon ton d'héroiser les samourais ). Le film est d'ailleurs un bel hommage au monde paysan ( il me semble qu'en fin de film, Kambei dit que ce sont eux qui sont réellement sortis victorieux de l'affrontement ).
Kirby, Al Capone, c'est Al Capone, je sais qu'on vit une époque ou on cherche à présenter l'humanité chez Hitler ou Staline mais je te conseille d'aller voir, par exemple, les propos issus des écoutes téléphoniques de John Gotti pour constater à quel point les mafieux dans la vie réelle peuvent être tout aussi outranciers que le Capone de De Niro. Je comprends ni le reproche sur le comptable ni celui sur la musique, et sinon, si vous vouliez voir un film du genre du parrain.... ben il fallait revoir le parrain au lieu de reprocher à De Palma de faire autre chose, quoi.
Boris.