Bon comme y a un peu trop de films je vais les critiquer par ordre décroissant d'appréciation (j'adore le premier, aime les trois suivants et pas les trois derniers).
Pandore de Virgil Vernier est un film que je vais sans doute être quasiment le seul à placer aussi haut (Crutch l'aime aussi, corum pas du tout). 35 minutes sur un videur de boite de nuit laissant ou non entrer des gens, parfois absurde, parfois odieux, le personnage ne manque en tout cas pas de fasciner tout en étant parfaitement détestable. C'est un film sur les codes (que moi je ne comprends pas du tout, normal, je suis en dehors de ce milieu), sur ceux qui les maitrisent et sur les autres, sur la connivence réelle ou feinte. Et puis il y a ces moments ou le film semble vriller : ceux qui rentrent malgré l'avis du videur ( " ne me tendez pas votre patte ; elle est sale. " ), l'engueulade avec l'habitué ( " moi j'vais payer des tchétchènes.... " ) ou cette femme qui se rend compte de la présence de la caméra en lui faisant un gros fuck. Je crois que rarement un film aussi court a dit tant de choses sur l'arbitraire, sur le libéralisme et sur les microcosmes " d'élus " en même temps. Le montage est irréprochable et en plus, sonnez trompettes, raisonnez clairons, il est trouvable gratuitement ici :
https://vimeo.com/139644588
La lettre inachevée est un Kalatozov moins connu et réputé que son prédécesseur (Quand passent les cigognes) ou son successeur (Soy Cuba) dans la filmographie du cinéaste russe. Il faut dire qu'il est inférieur à ces deux là ; il n'en reste pas moins que la lettre inachevée est un beau film de survie mélodramatique porté par la superbe Tatiana Samoïlova, la photo du génial Ouroussevski et un lyrisme total (il faut les voir batifoler sous la pluie ou extraire des diamants filmés comme des statues grecques, magnifiés dans l'effort). Je trouve la voix-off un peu envahissante au début et il me semble que certaines transitions sont trop brusques (le passage à l'hiver m'a semblé brutal par exemple) mais d'une certaine manière, c'est un Gravity en forêt, analogie qui peut paraître super bancale mais qui trouve son sens quand les personnages se retrouvent à affronter les quatre éléments les uns après les autres (des bourrasques, un feu de forêt, la neige, les marais). Un peu daté dans son propos mais la mise en scène " eisensteinienne " fait largement passer la pilule.
Tokyo Tribe de Sono Sion est sorti récemment en direct to video. Pour le décrire... imaginez un west side story rap mis en scène par un Takeshi Miike mais encore plus sous acides que Miike. C'est un bordel (dans l'histoire, la mise en scène étant étonnamment propre et soignée avec notamment un plan d'ouverture superbe) total. 90 % des dialogues sont rappés, on n'échappe a aucune outrance (le mec avec son musée à mobilier humain, le combat final ou le méchant sort un réacteur qui vient broyer tout le monde, l'obsession du méchant pour les gens qui ont une plus grosse bite que lui), à aucun truc débile. C'est quasiment impossible de critiquer un machin de ce genre tellement on est dans un cinéma " autre " ou les scènes sont à la fois surpuissantes individuellement mais aussi racoleuses voir abjectes (l'héroïne qui sort " viole-moi jusqu'à ce que j'en ai la chatte sèche "

, le nombre de " plans-culotte " totalement abusé lors du final). Je trouve que le rap japonais est pas hyper agréable à l'oreille, les acteurs surjouent comme des porcs (les méchants) ou sont plats (les gentils et surtout le narrateur-rappeur tout falot) et il y a un problème de rythme vers le milieu mais c'est un film comme on n'en voit qu'un tous les vingt ans.
Je devrais même pas juger un pétage de plombs pareil.
Au passage, avec ce film, Sono Sion enterre ses concurrents Tsukamoto et Miike dans le domaine du gros n'importe quoi qui cherche le culte.
Eastern condors de Sammo Hung est un sous-douze salopards à la hong-kongaise ou Sammo mène toute une joyeuse équipe de condamnés (Yuen Woo-ping, Yuen Biao, Charlie Chin) pour péter la gueule à des vietcongs. On appréciera le record de temps de présentation des personnages (une minute pour les dix !) et après ça pète quasiment tout le temps avec juste un peu de temps pour les morts (trop) mélodramatiques des personnages. En tant que metteur en scène Sammo ne s'en sort pas mal du tout, à part l'abus de ralenti c'est relativement bien filmé et monté d'autant plus que les acteurs font très bien le taff sur le plan martial. Le méchant joué par Yuen Wah ferait passer les japonais chez Bruce Lee pour des figures ambiguës et le scénario ne se fait vraiment pas chier (on pète tout et on mitraille tout le monde) mais faut reconnaître que tout cela remplit très bien son contrat dans le rayon divertissement décérébré avec un combat final tout ce qu'il y a de plus sympathique. Pas un incontournable du divertissement HK mais un film quand même tout à fait recommandable.
Mia Madre de Nanni Moretti est un mélodrame ou comme souvent le cinéaste mêle intime, fiction et politique au travers de l'histoire d'une réalisatrice de films sociaux confrontée au cancer de sa mère. Je n'ai pas vraiment aimé. Les parties mélo sont mes favorites mais le film ne me semble trouver l'émotion qu'à l'occasion des cinq dernières minutes, avant on reste dans quelque chose de trop " digne " et trop intello pour toucher vraiment. Les parties " tournage " sont parfois très drôles mais gâchées par l'écriture du personnage de l'acteur américain joué par John Torturro qui est totalement outrancier et caricatural. Je trouve aussi qu'il y a un gros déficit d'écriture des personnages secondaires (l'adolescente, l'amant de l'héroïne, son frère joué par Moretti lui-même) qui parfois rend leurs dialogues très artificiels tant ils semblent juste là pour donner la réplique à l'héroïne. Après je pense que la plupart des gens du forum aimeront ce film qui n'a rien d'une daube, c'est simplement que cette veine " retenue " est quelque chose qui fonctionne très rarement sur moi quand il s'agit de mélodrames.
Le fils de Saul de Laszlo Nemes est au contraire un film qui m'a paru vraiment sans intérêt. Non pas nul mais sans intérêt tellement on a l'impression d'avoir déjà vu (et dormi devant) cet énième film sur la Shoah qui ne se démarque que de par son influence d'Elem Klimov, mais un Klimov sans force, sans puissance émotionnelle. Car on est forcément détaché de tout ce qui arrive au personnage-titre. Car au-delà du fait qu'il soit antipathique, sa quête qui lui fait perdre de vue l'objectif réel des prisonniers (l'évasion) fait qu'on en vient vite à souhaiter sa mort car il gène plus ses camarades qu'autre chose à force de ne jamais se préoccuper de ce qui motive tout le monde sauf lui : la survie. On le voit déambuler en lui collant aux fesses sans qu'on s'intéresse à son ressenti ou à son histoire or on est dans un récit ultra-subjectiviste ou tout n'existe qu'à travers lui. Qui plus est la partie " action " à la fin m'a paru être un ressort scénaristique complètement loupé pour appuyer le propos sur la fuite impossible (physique ou mentale). Déconseillé.
Massacre au camp d'été de Robert Hiltzik est la vraie daube de cette sélection. Enième slasher stupide des années 80 encore inférieur à un vendredi 13 de base (c'est dire !) il ne doit son statut de culte qu'à la dernière minute qui contient la seule idée visuelle un tant soit peu originale du film. Pour le reste c'est un festival de clichés d'adolescents tête à claques, de scènes de meurtres montées n'importe comment et toujours amenées la même façon (une gamine un peu autiste est la cible de moqueries ou d'autre chose, le coupable meurt juste après), de réactions mongolos des personnages (le directeur qui refuse de fermer le camp après une demi-douzaine de meurtres est franchement brillant) et surtout, le film n'a pas la moindre efficacité horrifique. Les meurtres ne sont pas inventifs, les situations semblent vues et revues et j'en viens à me demander si les gens qui érigent ce machin en étendard du cinéma d'horreur 80's l'ont vraiment vu. Tout pourri.
Boris.