Allez je reprends :
Ex Machina
Quand il n'est pas question de voyage dans le temps ou de martiens, la s-f aime traiter de la robotique, notamment de l'IA qui a vu plusieurs films déjà traité ce sujet. Ici il va s'agir de prouver à quel point un robot au visage humain est-il conscient de soi et des autres.
I)
Un monde de machines
Le film nous présente un personnage principal du nom de Caleb qui a le profil typique du geek : physiquement banal, célibataire, et programmeur de métier.
il va gagner à un tirage au sort lui permettant de passer une semaine en compagnie de son boss : Nathan , un individu aussi énigmatique qu'antipathique. Ce dernier est par ailleurs décrit comme étant très doué, une sorte de génie du codage puisqu'a l'âge de 13 il sera à l'origine de la création du plus grand moteur de recherche utilisé sur le web.
Le séjour de Caleb va être divisé temporellement en "session d'Ava", au nombre de 6. Ava, c'est le nom du robot au visage féminin que Caleb est chargé de "tester". Il va devoir interagir avec elle à travers une vitre au fil des jours, pour voir jusqu'à qu'elle point l'IA est doué d'une conscience.
La quasi totalité du film se passe dans un batiment ultra sécurisé (caméras de surveillance, certaines portes qui s'ouvrent avec badge et d'autres non) le tout sur une île accessible uniquement par hélicoptère. A l'intérieur du bâtiment la plupart des pièces n'ont pas de fenêtres (Nathan craint la divulgation d'informations sur ses activités) et donne une impression de confinement, de monde à part sur lequel règne en maître Nathan.
Ce dernier va vite s'imposer comme un personnage doté d'un énorme égo (il n'a pas peur de se comparer à Dieu) et semble vouloir tout contrôler (il s'impose d'office comme voulant être l'ami de Caleb, il surveille tout ses caméras auxquelles seul lui a accès, il est libre de circuler partout contrairement à Caleb. Il est donc le "dieu" de l'endroit).
Le malaise va vite s'installer car au fil du temps Caleb va apprendre à découvrir qui est Ava, et s'apercevoir que Nathan est terriblement avare en réponses (d'où vient elle ? Est elle le seul robot qui a été créée ? Pourquoi l'avoir créé ?). Le film nous livrera les réponses et si on en devine la plupart, la mise en scène demeure efficace.
Ava semble plutôt docile, elle sourit, elle dessine (mais elle ne sait pas ce qu'elle dessine) , elle semble vouloir ressembler à un être humain (elle se met à porter des vêtements féminin et des perruques)...mais elle présente aussi un autre visage. En effet, régulièrement des coupures de courant mystérieuses mettent tout le système du batiment temporairement hors service. C'est à ces moments précis qu'Ava va avertir Caleb qu'il faut se méfier de Nathan.
Plus le film avance , plus les zones d'ombres s'agrandissent. Un nouveau personnage va faire son apparition : une jeune asiatique, muette, du nom de Kyoko, qui d'après Nathan "ne comprends pas un mot de ce qu'on lui dit".
Le lien qu'entretien Nathan avec elle est des plus étranges : elle semble lui servir de bonne à tout faire, mais une simple maladresse de sa part le rend fou de rage. Elle lui sert aussi de partenaire de danse et semble avoir un certain automatisme à défaire ses vêtements quand on lui parle un peu trop près.
Bref, tout semble régit par et pour Nathan et seul Caleb semble encore humain dans cet univers froid où il perdra ses illusions au fur et à mesure du film. Un moment fort du film rejoint cette idée dans une séquence où Caleb va s'entailler lui même le bras pour se faire saigner...car il en vient à douter s'il est lui même encore un humain.
II)
Un conte de fée ?
Le film emprunte de nombreux codes au conte de fée. Pour commencer tout se passe sur une île inaccessible (un pays lointain ?). Ensuite on a une jeune "femme" robot (Ava) enfermé dans un bâtiment dont elle n'a pas le droit de sortir. Or, sa relation avec Caleb va rapidement s'orienter vers une idylle. On a en quelque sorte la princesse qui attend la délivrance de son prince charmant.
Mais le conte de fée a aussi ses aspects les plus sombres. Nathan est le maître des lieux, agressif (il pratique régulièrement la boxe...pourquoi ?) dominateur, totalitaire, et qui surtout
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cache dans son armoire les "cadavres" de ses ex créations robots féminines dont il n'a plus besoin. Si on ajoute à cela que c'est une pièce défendue d'accès à Caleb et que Nathan porte une barbe (alors qu'il a le crâne rasé) j'ai directement pensé au conte de Barbe Bleu. Tout y est : la princesse, la pièce interdite, le château lointain, Nathan qui découvrira que Caleb à trouvé ses secrets, sa volonté de tout contrôler fait qu'il "dévore" l'espace et ses occupants comme un ogre).
Par ailleurs il y aura à plusieurs reprises des passages ou Ava
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et Kyoko s'enlève et/ou se recouvre de morceaux de peau synthétique , comme si elle voulait s'habiller en humain pour échapper à son créateur (qui se considère comme son père et semble faire son deuil de toute relation charnelle possible avec). Bref, on marche pas loin de peau d'âne sauf que
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l'histoire ne finira pas aussi bien . Cette volonté de ressembler à une vraie femme ira jusqu'à la faire paraître entièrement nue mais habillée de chair , comme si elle était la première femme venue au monde (et là je vous renvoie au titre).
Fruit d'un homme qui voudrait la contrôler, Ava va chercher à s'éloigner le plus possible de son créateur (qui pour le coup est un énième Prométhée moderne ) tout comme l'ont fait
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les précèdentes versions robots féminins qui ont tenté d'échapper à Nathan. Deux scènes montre particulièrement l'emprise que Nathan peut avoir dessus, la première qui m'a terrifié est
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une scène où Caleb voit sur une vidéo surveillance l'une des répliques précédentes de Kyoko enfermée dans une pièce et s'éclater progressivement les mains sur la vitre en la martellant et en criant qu'elle veut sortir. L'image est passée en accéléré et c'est une vraie horreur de la voir transformer ses mains "humaines" et débris jusqu'à ne plus avoir à la fin que deux moignons , car en tant que robot elle ne ressent pas la douleur et ne se rend pas compte qu'elle est en train de se mutiler. Ca m'a fait penser à ce que disait Georges Franju sur ce film qui l'avait traumatisé : trépanation pour epileptique, et qui explique que comme le cerveau est indolore, le patient sur le film sourit durant son opération. Ce non partage de la souffrance avec le spectateur rend la chose insupportable et j'avais du mal à le croire jusqu'à cette fameuse scène.

L'autre scène qui m'a terrifié c'est ce passage où
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Kyoko s'enlève la peau du visage avec un air rêveur, comme si elle ne se rendait pas compte de ce qu'elle faisait. Le personnage est présenté par Nathan comme étant sans importance, sans intelligence, pourtant on voit à son visage renfermé qu'elle souffre , et bien qu'on devine assez rapidement sa vraie nature, à savoir qu'elle n'est pas un humain, cette séquence d'écorchement est un vrai accès de folie. Or la folie n'est elle pas une preuve que cette IA est douée d'une conscience ? Et l'horreur atteint son paroxysme quand Kyoko fixe la caméra pendant plusieurs secondes, dévoilant ainsi non plus un visage mais un crâne aux yeux exorbités, sans dire un mot. La séquence se prolonge sans couper, et le malaise s'installe, de voir ce robot/femme/mort nous regarder droit dans les yeux sans dire un mot. Très fort.

Si la fin peut être attendue, elle se présente néanmoins sous la forme d'un petit twist qui sera en toute logique dans la ligne du film. Le destin d'Ava, de Caleb , de Nathan et de Kyoko sera conforme au genre de l'apprenti sorcier et si le message passé reste traditionnel, le film demeure suffisamment bon pour qu'on lui pardonne ce manque d'originalité.
Bref, j'ai bien aimé