Bon ben pour ceux qui veulent qu'on parle d'autre chose, il se trouve que j'ai quand même vu d'autres films pas très bons. Ce coup là je vais y aller en ordre qualitatif croissant.
Cogan : Killing them softly (Andrew Dominik, 2012)
Jackie Cogan (Brad Pitt) travaille pour la mafia. Il est engagé pour traquer et tuer les responsables d'un hold-up commis pendant une partie de cartes entre mafieux.
Avec son précédent film (L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), Dominik osait désacraliser un héros désacralisé depuis environ 50 ans. Avec Cogan il ose donner une raisonnance politique et économique au polar, 40 ans seulement après John Boorman. Gageons qu'il rejoindra notre époque d'ici 4 ou 5 films sauf qu'en attendant, ce machin insupportable de prétention et de non-rythme viendra à bout de n'importe quel spectateur normal. Au programme donc : des gangsters qui t'expliquent pendant cinq minutes que leur vie conjugale est triste, des braqueurs plus abrutis que dans les films des frères Coen sans être attachants une seconde, une intrigue qui se résout n'importe comment (un des gangsters drogué divulgue tout et puis c'est bon), des effets de style formels absolument dégueulasses (la mort de Ray Liotta qui duuuuuuure alors que c'est moooooche) et environ 17 très discrets passages politiques avec des discours de Bush ou d'Obama en arrière-plan pour dire qu'on est dans une économie mondialisée, bonjour le scoop. C'est laid, c'est bête, c'est ultra-prétentieux et ça massacre un bouquin de l'excellent George Higgins. J'ai pas envie d'épiloguer là-dessus.
Le Pont des espions (Steven Spielberg, 2015)
Un avocat d'assurances (Tom Hanks) défend pénalement un espion russe.
Le film est aussi chouette visuellement qu'il l'est politiquement ; c'est-à-dire que ça prend selon moi des couilles en béton pour faire du véritable héros du film 1) un russe 2) qui espionne pour son pays 3) qui ne coopère jamais avec les américains. Car ce personnage se voit donner une dignité absolue par Spielberg sans qu'on doute de l'amour du réalisateur pour son pays et ça, c'est vraiment fortiche.
Le problème c'est que cette histoire (vraie), je n'y crois pas de la manière dont elle est racontée. Je ne crois pas à Tom Hanks que je ne trouve pas du tout bon acteur, je ne crois pas à son découragement zéro, je ne crois pas aux yeux de sa famille qui s'illuminent quand leur père revient en héros, je ne crois pas aux gens qui le regardent avec méchanceté dans le métro avant de lui sourire en fin de film. Cette structure à la Capra, ou un quidam est transformé en héros national par sa force de volonté, me semble trop difficile à mettre en application en 2015 sans que les ficelles ne semblent trop énormes (regardez en comparaison le Révélations de Mann ou là on croit totalement au perso de Russel Crowe). Y a des moments brillants (le crash de l'avion), les traits d'humour probablement liés au scénar des frères Coen marchent (le passage en Allemagne ou tout le monde est sous pseudo/fausse identité, le responsable avec ses cinq téléphones) mais si je respecte infiniment ce qu'est ce film sur le papier, ça ne fonctionne malheureusement pas sur moi. Comme pour le Moretti, je pense que la plupart des gens l'aimeront quand même beaucoup.
Le règne des assassins (John Woo et Su Chao-bin, 2010)
Dans la Chine antique, Bruine (Michelle Yeoh), membre d'une secte d'assassins, s'enfuit avec une relique. Ses anciens camarades sont envoyés pour la tuer.
La première demi-heure du Règne des assassins est vraiment très bonne, et laisse présager du meilleur John Woo depuis Volte-Face. Sauf qu'à partir du moment ou Bruine se range, le film devient progressivement plus prévisible, plus lourdaud et moins imaginatif. Je trouve qu'il y a un problème lié d'une part au manque du charisme du grand méchant (et à ses sbires qui sont tous ultra-stylés mais incarnés par des acteurs sans grand relief comme Shawn Yue ou Babrie Hsu). On retrouve parfois une superbe séquence (j'ai kiffé le combat contre le Magicien et ses épées qui s'enflamment) mais il manque ce qui faisait les grands John Woo : ce jeu sur les parallélismes. Passe que l'amitié virile ait été remplacé par un amour contrarié, pourquoi pas. Mais dans The Killer, tu as toute une correspondance entre la vie de Chow Yun-fat et celle de Dany Lee (la perte de leur meilleur ami, leur foi en ce qu'ils font malgré leur hiérarchie, leur fidélité, leur croyance en l'amitié). Ici, Lei Bin, le Magicien et les autres n'interagissent pas de manière réellement forte avec le couple moteur de l'action, et le deuxième couple (le grand méchant et une tueuse semi-nympho) ne fonctionne pas du tout. Et John Woo (ou Su Chao-bin ?) filme moins bien les combats au sabre que les fusillades.
Il reste largement de quoi en faire un visionnage agréable. Parmi les films de sabre chinois récents, il est certainement le meilleur après Seven Swords (et ne lui ressemble pas du tout, celui-ci étant aussi fantastique que celui de Tsui hark se voulait réaliste). Pis ça reste mieux que tous les Hero du monde
L'Exorciste chinois (Sammo Hung, 1981)
Cheung le brave (Sammo Hung) est un brave homme que sa femme trompe avec son maitre. Craignant d'être débusqué, celui-ci engage le taoïste Chin pour tuer Cheung le brave.
Ce n'est certainement pas un " accomplissement cinématographique " mais de cette série, il s'agit certainement du film qui m'a donné le plus de plaisir au visionnage. Parce que malgré le nombre incroyable de défauts cinématographiques (photo moche, fin ULTRA abrupte, progression narrative zéro, personnages qui réagissent parfois en dépit du bon sens) il s'agit d'un divertissement jouissif comme seuls les chinois savaient en faire à cette époque : fantômes bizarres (on dirait un mélange de vampire et de zombie pour reprendre dans nos canons), affrontements entre deux taoïstes sur des monticules, hypnose et combats de marionnettes, envoutement... tout s'enchaine à un rythme survolté et même les parties carrément vaudeville ( " il y a un homme dans le placard " ) sont en fait assez drôles, il faut dire que Sammo est sans doute le plus rigolo des grands acteurs de film de kung-fu. C'est de l'horreur, du vaudeville, du kung-fu et du fantastique en même temps ; forcément ça part dans tous les sens ( boudiou cette séquence comique avec Sammo qui dort à côté de son " clone zombie "), et ça se termine par Sammo qui colle des grandes baffes dans la gueule de sa femme. Réservé à ceux qui acceptent un minimum de sens du délire.
Boris, je répondrai ce soir à kakkhara sur le fils de Saul et éditerai ce message.