Bonjour,
Ayant suivi depuis quelques pages l'échange intéressant qui se déroule sur ce topic, je souhaiterais, moi aussi, y aller de mon petit lot de remarques. Je ne compte poster qu’un seul message : celui-ci sera donc long.
Je commencerai en donnant ma réponse à la question qui intéresse cette équipe de personnes ayant pour projet de relancer le magazine
Lotus Noir (magazine que j'ai acheté et lu assez régulièrement à l'époque de Ice Age et de la IVème édition) : suis-je intéressé par le retour de ce magazine ? Suis-je partant pour m'y abonner, ou pour l'acheter périodiquement ?
Mes réponses : non, et non.
Pourquoi ?
D'une part parce que je ne suis nostalgique que des choses objectivement bonnes, et, de mémoire (vague et confuse), je n'ai pas le souvenir que
Lotus Noir était un truc extraordinaire. Je veux dire : c'était sans doute suffisant pour faire fibrer l'enfant / l'adolescent que j'étais alors, au même titre qu'un Player One ou Console+ pouvait le faire, mais, avec le recul, c'était, si vous voulez, comme Dragon Ball Z : du mauvais, objectivement.
La nostalgie, ce n'est pas de s'émerveiller aujourd'hui des choses du passé, c’est regretter ce doux moment de l'enfance, de l'adolescence, où des crottes de nez suffisaient à nous divertir.
Pour moi, le paradoxe (ou la triche marketing ?) de ce projet se situe ici :
- Ce nouveau
Lotus Noir est-il destiné aux enfants et aux adolescents d'aujourd'hui ? Pourquoi alors vouloir appeler ce magazine "Lotus Noir", ça ne leur parlera pas. Et les anciens seront déçus du fait que le magazine n'a pas mûri avec eux.
- Ce nouveau
Lotus Noir est-il destiné aux enfants et aux adolescents d'hier, devenus aujourd'hui des trentenaires et des quadragénaires ? Ce public étant devenu adulte, donc exigeant, ce qui faisait la recette du vieux
Lotus Noir ne pourra plus leur convenir à présent... et donc, pourquoi appeler ce nouveau magazine "Lotus Noir" alors qu'il n'aura plus grand chose à voir avec l'ancien
Lotus Noir, sinon le nom seul ?
D'autre part, le format "magazine papier" me semble terriblement daté. Ou, plutôt, terriblement indicatif de la qualité passagère de l'objet. Certes, nous sommes à l'air de l'Internet, du smartphone, etc., et, du coup, la presse papier perd de son attrait. Mais notez-bien : j'ai dit "presse papier", je n'ai pas dit "papier" tout court. Car il faut distinguer, je crois, le livre du journal (et du magazine). Un livre lu se range dans une bibliothèque. Un journal sert à allumer le barbecue. Tout ce qui est au format papier et qui vise à rendre compte de la quotidienneté, a perdu définitivement la bataille contre l'internet. Car l'internet suit, actualise et remplace l'information temporaire infiniment plus rapidement que n'est capable de le faire le papier. Donc : dans la compétition avec l'internet, le salut du papier ne peut pas être dans la communication portant sur l'actualité. Or j'ai l'impression que le magazine, de part son papier de mauvaise qualité et sa vente dans les halls de gare, n'est pas le support le plus à même de viser non pas l'éternité, mais disons un peu de permanence dans le temps. Le magazine - contrairement à la revue, par exemple - n'est pas vraiment quelque chose qu'on rouvre. Bon, et si on l'a rouvert 4 ou 5 fois, la couverture s'est séparée du corps, le papier s’est déchiré, les pages cornées, et l’ensemble est bon pour la poubelle.
Je synthétise mon opinion :
- Soit le contenu de ce nouveau
Lotus Noir est essentiellement du commentaire d'actualité Magic, de l'éphémère, et dans ce cas là, le format "magazine papier" est bien indiqué, mais la bataille avec l'internet est perdue d'avance.
- Soit le contenu de ce nouveau
Lotus Noir a une valeur plus permanente dans le temps, et dans ce cas la bataille contre l'internet est envisageable, mais le format magazine papier est un choix assez mauvais.
Je voudrais maintenant réagir à certains messages qui ont été postés sur ce topic, en signalant immédiatement que je trouve que
Morosophe n'a pas été très bien traité sur ce forum, globalement, dans les réponses qui lui ont été faites. C'est ce sentiment en partie d'injustice qui m'a fait sortir du bois (vous savez, ce fameux bois où se cache le spectateur qui mange du pop-corn en assistant à une énième confrontation sur l'internet). Alors, j'y vais, donc :
Le 11/05/2018 à 14:42, tisseur_de_reves avait écrit ...
L'utilisation du "je" est-elle une consigne éditoriale ? Journalistiquement parlant, c'est une hérésie, parce que ça donne tout de suite un côté très "amateur" au papier.
L'utilisation du "je" ne donne pas un "côté très "amateur"", mais un côté subjectif. Ce qui peut notamment permettre de ne pas tricher avec le lecteur : "voici ce que je pense, moi". Il convient alors, si on vise la rédaction d'un article de qualité, de ne pas s'en tenir là et fournir les faits et les arguments qui justifient le pourquoi de ce "je pense cela". Or je ne crois pas qu'on puisse reprocher à
Morosophe le fait qu'il n'ait pas essayé de justifier un tant soit peu sa position.
Au reste, l'hérésie, de nos jours, serait bien plutôt du côté de ces masses de journalistes qui dissimulent leurs préjugés, leurs idéologies, leurs partis pris dernière cette "objectivité" à peu de frais de la troisième personne du singulier ou de la première du pluriel.
Le 11/05/2018 à 17:06, tisseur_de_reves avait écrit ...
C'est une convention dans le monde du journalisme, qui est très largement répandue. [...]
Les conventions des journalistes n'engagent que les journalistes.
L'article de
Morosophe est-il un article de presse ?
Morosophe s'est-il présenté comme un journaliste?
Non, et non.
Donc il n'a pas à être jugé à l'aune des critères du journalisme.
Il doit, certes, satisfaire aux règles de la langue française, puisqu'il écrit en français, il doit également argumenter, puisqu'il se propose de faire de l'analyse, mais, jusqu'à preuve du contraire, ni la grammaire ni la logique ne sont sous le giron des journalistes.
Le 11/05/2018 à 17:06, tisseur_de_reves avait écrit ...
Ce qui m'a vraiment fait tiquer : "Je n'ai pas de réponse pour le moment, mais je me permets une hypothèse.". C'est un aveu de faiblesse. Si tu écris quelque chose qui est destiné à être lu par d'autres, c'est que tu sais de quoi tu parles.
Ce n'est pas un aveu de faiblesse, c'est de la politesse. Plus précisément : ce genre de tournures de phrases, très employé entre autre dans le milieu universitaire, permet à l'orateur de se présenter modestement vis-à-vis d'un sujet ou d'un thème qui a déjà été abordé par plein d'autres éminents chercheurs. "Je vais essayer dans cette conférence de...", etc.
La phrase de
Morosophe peut et doit également être comprise ainsi : "Je n'ai pas
[ENCORE] de réponse
[ASSURÉE] pour le moment, mais je me permets une hypothèse.
[Cette hypothèse servira de point de départ à la réflexion, et pourra, par suite, être révisée ou rejetée à partir des arguments et des contre-exemples qui se présenteront, et certainement ne manqueront pas de ce présenter. L'important étant pour le moment de débuter une réflexion sur le sujet.]".
Cette manière de poser les choses est une convention dans le monde universitaire, qui est très largement répandue.
A l'inverse de cette manière modeste - ou faussement modeste ? - de poser les choses, on a donc : "Si tu écris quelque chose qui est destiné à être lu par d'autres, c'est que tu sais de quoi tu parles." Maxime assurément vraie pour les journalistes, puisqu'étant spécialistes de tout, ils savent très bien de quoi ils parlent, lorsqu’ils écrivent sur tout et n'importe quoi.
Le 11/05/2018 à 17:06, tisseur_de_reves avait écrit ...
Petite précision : j'ai une formation de journaliste, et je travaille depuis 9 ans dans le monde des médias au sens large.
Ça tombe très bien pour nos amis de
Lotus Noir : explique-leur comment bénéficier d'une TVA à 2% tout en profitant de financements publiques. Explique-leur comment, aujourd'hui, une entreprise de presse française n'a plus besoin de lecteurs, pourvu qu'elle ait l'Etat. Explique-leur, et épargne-nous tes leçons de rigueur et de style.
Le 12/05/2018 à 15:24, tisseur_de_reves avait écrit ...
Tu es peut-être excellent dans ton domaine professionnel, ça ne fait pas forcément de toi un bon journaliste.
Reste à savoir si un bon journaliste fait un bon magazine...
La question est ouverte.
Pour ma part, je préfère lire des textes de "spécialistes" plutôt que des textes de journalistes.
Ceux qui, dans Magic, peuvent légitimement être appelé des spécialistes, sont les arbitres, les joueurs compétitifs, les propriétaires de boutiques, les illustrateurs, les concepteurs du jeu, etc. (Et je précise : il n'y a pas besoin d'une carte de presse pour interviewer convenablement ce genre de personnes, ou pour retranscrire l'interview sur papier.)
Mais on peut aussi imaginer des spécialistes dont la spécialité n'a rien à voir avec Magic - des mathématiciens, des psychologues, des critiques d'art, des philosophes comme dans le cas de
Morosophe, ou des juristes comme dans le cas de
Superarcanis, dont j'ai aimé la qualité du message à la page 6 de ce topic, etc. - et qui parlent et discutent de Magic à partir de ce domaine de spécialité. Chaque spécialité implique sa manière de voir les choses, de poser les sujets, de les traiter, chaque spécialité implique son style d'écriture, son vocabulaire, autant de choses qui permettent de voir Magic sous de nouveaux jours.
Ce type d'articles aurait, me semble-t-il, une forte valeur ajoutée, ils seraient des articles beaucoup plus stables, solides, que les articles évanescents dont sont spécialistes les journalistes lambda.
Le 13/05/2018 à 17:32, Leland_Palmer avait écrit ...
- L'article de Morosophe est clairement celui qui a posé le plus de soucis, faisant réagir plusieurs forums !
Au lieu de multiplier les réponses longues et obscures, tu gagnerai à assumer tes erreurs et proposer de faire mieux la meilleure fois plutôt que de tout prendre pour des attaques persos voir critiquer le ton supposé d'un forum.
Forcément comme l'article n'est pas top ni sur le fond ni sur la forme c'est normal qu'on s'interroge sur ton parcours, d'autant plus qu'on comprend bien que tu n'es ni journaliste, ni arbitre, ni forcément un gros joueur de Magic. En soi ça ne t'enlève rien à ta légitimité mais ça t'incite à te montrer un peu plus humble et ouvert dans tes réponses pour le bien de tes futurs articles et l'image du projet.
Je ne suis pas d'accord avec ce message.
Non pas que je veille défendre outre mesure l'article en question : je suis, par exemple, sensible à la critique qu'en a fait
Superarcanis avec sa rigueur de juriste, et à
la façon respectueuse dont a été exposée cette critique. Je n'ai pas non plus aimé la pique gratuite sur les échecs et le poker (
TheRoxen a bien formulé la chose dans le dernier paragraphe de son message du 13 mai 2018). Mais j'estime néanmoins que
Morosophe est parfaitement dans son droit lorsqu'il répond aux critiques qui lui sont faites. (Tout comme, cela va sans dire, on a le droit de lui opposer des objections et de lui faire des reproches. L'important étant, pour chacun des camps, de justifier sa position, et d'accepter l'objection à l'objection, et, aussi, de ne pas se plaindre si le topic prend des proportions démesurées ! (Ou alors on ne fait pas de forum de discussion, n’est-ce pas !))
Ceci étant dit : je ne trouve pas que le manque de respect soit du coté de
Morosophe. D'accord, il ne veut pas lâcher le morceau, il ne cesse de relancer en répondant encore et encore, mais, et d'une, ceux du camp d'en face ont sensiblement le même comportement que lui : eux aussi s'obstinent; et de deux, c'est une confusion mentale de penser que quelqu'un qui répond à des critiques sur son travail les prend nécessairement personnellement, ou, pour mieux dire : que la réponse de quelqu'un qui a pris la critique sur un plan personnel, est condamnée à n'avoir aucune valeur. On peut parfaitement prendre les choses à cœur et "se venger de l'attaque" en produisant des arguments parfaitement valides.
Le 13/05/2018 à 18:26, TheRoxen avait écrit ...
Un article de recherche n'est pas un article de vulgarisation, les codes ne sont pas les mêmes. Un article de recherche appelle à des lectures multiples : il faut laisser mûrir l'interprétation, la compréhension des donnés ou de la thèse. Un article de vulgarisation (car, à mon sens, c'est le statut qu'il faut donner à ton article dans Lotus Noir) est très différent : il faut que le lecteur, à l'issue d'une lecture, ait progressé dans sa compréhension du sujet. Si la cible du magasine est jeune, il est très peu probable qu'ils lisent plusieurs fois l'article (même si il concerne leur hobby ou un point d'intérêt !) : ils passeront à la suite du magasine, iront éventuellement lire un autre article sur le sujet pour les plus motivés, mais ne reliront surtout pas le tien. Et éviteront peut-être même ta rubrique à l'avenir. Cela fonctionne aussi pour les autres catégories d'âge, si ils ne veulent pas se prendre la tête.
Cela est bien dit.
Mais, à l'inverse de toi,
TheRoxen, je pense que
Lotus Noir ne doit pas se priver d'articles de recherche, pourvu - et là je me range volontiers une nouvelle fois dernière tes mots - qu'il y ait un vrai effort d’accessibilité. Si c'est pour faire du jargonnant et de l'incompréhensible comme à l'université, ce n'est pas la peine, ça ennuie tout le monde, y compris les universitaires eux-mêmes !
Cependant, entre le jargon de l'universitaire et le creux du journaliste, il y a un espace. Si ce journal ne se destine pas à un public jeune mais aux trentenaires et aux quadragénaires, alors c'est, selon moi, sur cet espace qu’il faut miser.
Car j'en reviens à ce que je disais au début : soit
Lotus Noir vise la production de contenus légers et éphémères, et dans ce cas là, quid de la plus-value par rapport à ce qu'offre maintenant l'internet ? Soit il vise la production d'articles substantiels, solides, ayant une permanence et un potentiel de relecture dans le temps, et dans ce cas là, les articles de recherche (parmi d'autres choses) sont à mène d'offrir cette résistance au temps.
Le 14/05/2018 à 20:40, Inari avait écrit ...
Pour un article, il faut savoir être concis et donner malgré tout suffisamment d'informations sur un sujet, précis. Je n'ai pas la prétention d'écrire de meilleurs articles et pour cause : être journaliste est un métier à part entière. Et comme dans tout métier, les premiers mois sont compliqués, même avec la meilleure des formations (que tu n'as pas).
Alors plutôt que de vouloir à tout prix te justifier, peut-être vaut-il mieux accepter la critique et tenter de l'intégrer dans les articles suivants. Le but est de plaire à un plus grand nombre, pas d'écrire ce que tu veux en méprisant ceux qui sont incapables de voir ton talent.
Je m'oppose à cette vision journalistique des choses. Et je prends au passage le risque de me répéter.
La concision n'est pas une valeur décisive pour un article. Être clair et précis, oui. Être concis, pas nécessairement. Ou sinon, on relance
Lotus Noir, mais sur Twitter.
Mais ce qu'il faut rejeter absolument, selon moi, c'est précisément ceci : "Le but est de plaire à un plus grand nombre". Non ! C'est là un objectif qui vaut certainement pour se faire élire Président de la République, mais qui ne s'applique plus du tout lorsqu'il est question, comme ici, d'un marché de niche.
Lotus Noir doit choisir à qui il veut plaire, quel public il vise. Et c'est malheureusement une question que tout le monde se pose ici, moi compris, et qui n'a pas été résolue par l'équipe, ce qui, au final, rend peu clair ce projet. C’est parce qu’on a l’impression que ce nouveau
Lotus Noir veut précisément plaire à un plus grand nombre, qu’il est flou.
En écrivant ce message, en déployant ma critique du journalisme, du style journalistique, je ne veux pas dire autre chose que ceci à l’équipe qui porte le projet :
Si
Lotus Noir est, sera un magazine "journalistique"consacré à Magic, avec son lot d'articles courts comme des dépêches AFP, une factualité qui se périme en 24h, des recensions d'évènements, de tournois, qui décrivent des platitudes ("Le tournoi a réuni beaucoup de monde. L'ambiance était survoltée. Il faisait froid dans la salle"), moi, personnellement, je ne serai pas client. Les articles façon "Métro", "20 minutes" ou "Direct soir", c'est du concis, c'est du journalistiquement impeccable, ça plaît à tout le monde, mais ne comptez pas sur moi pour lâcher 1 centime dans l’achat de… ça.
Aussi perfectible que soit l'article de Morosophe, c'est bien plus vers cela qu'il faut tendre que l'article journalistique défendu par plusieurs ici.