La guerre a commencé
"Je ne les vois plus, cria le garde, ils ont disparut avec la nuit !"
Ceux qui s'étaient eux-mêmes nommés l'armée corellienne se réveillèrent en sursaut. Toute la nuit, ils n'avaient dormi que d'un oeil, attendant le moment où l'armée shälämäk serait aux portes de la ville qu'ils occupaient sous l'initiative de Serra, et ce n'est qu'au matin qu'un évènement se produisait. L'armée ennemie avait disparue. Tous se levèrent d'un bond, l'arme prête à être dégainée. Les cinq meneurs de l'armée, Serra, Enaira, Fezall, Shaghnar et Fielok, se précipitèrent vers la butte d'où un corellien gardait les alentours. Il disait vrai, plus une trace des shälämäks sur le sol de la lointaine plaine. Sur le sol...
"Sont-ils... partis ? demanda Fielok sans y croire.
_ Non, lanca Serra en s'acroupissant, ils ont simplement quitté notre champ de vision..."
Elle colla son oreille contre le sol. Là-bas, loin derrière le gargouillis des rivières souterraines qui peu à peu se gorgaient de lave, le son des tambours de guerre, des piaillements des vermines et des chants des soldats, résonnaient comme une oraison funèbre. Il n'était plus temps d'attendre. Il fallait se préparer à faire face. Serra se leva et s'adressa à ceux qui seraient à présent ses généraux.
"Il faut faire vite, d'ici une dizaine de minutes ils seront là. Les shälämäks sont les enfants du feu, ils circulent par la lave pour accroitre leur vitesse et surprendre leurs adversaires. Heureusement pour nous j'ai appris à comprendre leurs tactique. Je l'ai payé de ma vie mais je sais maintenant les prendre de vitesse. Ecoutez-moi bien. Le gros des troupes restera dans la cité. Elle est assez grande et solide pour supporter un siège, et même si nous nous enfermons, nous les tiendrons plus facilement à distance derrière des murs. Enaira, tu meneras une escouade au devant des premières lignes. Il faut à tout prix diviser les rangs avant qu'ils n'atteignent Corellia. Repoussez une partie vers les plages avoisinantes, laissez les autres venir à nous, nous saurons les acceuillir. Fielok. Shaghnar. Je sais que cela est dangereux pour notre mission même, mais nous allons avoir besoin de vos pouvoir..."
Quelques minutes plus tard, tous étaient en position, prêts à en découdre avec cet ennemi, qui pour les uns augurait un inconnu, et pour les autres un triste souvenir. Une cinquantaine d'anges, sur les 500 présents, suivirent Enaira au devant du danger qui avait déjà coûté la vie à tellement de leurs frères et soeurs.
"As-tu peur Enaira ? demanda Serra à sa soeur qui s'éloignait.
_ Je n'ai jamais été tuée, répondit-elle sans se retourner, je ne sais pas ce que c'est, je n'ai pas peur. Nous n'aurions jamais du être créés pour nous battre, Serra, mais le sang a déjà coulé entre nos doigts, et il est trop tard pour espérer finir nos existence paisiblement. Peut-être souffrirons-nous, peut-être mourrons-nous, mais nous n'avons pas su sauver notre monde, et il est temps de se racheter."
L'escouade vint se poster sur la butte qui servait de vigie. Ils ne pouvaient émerger qu'ici. Les armes scintillaient autant que les âmes sous le soleil matinal. Ils attendirent longtemps, calmes, concentrés, sans qu'aucune alerte ne vint les perturber. Puis petit à petit, le silence se fit total. Les oiseaux côtiers s'étaient tu, le vent était tombé, ne subsistait que les respirations des anges, et profondément enfoui sous la terre, la respiration brûlante de l'armée shälämäk qui se rapprochait, les tambours de guerre battant en cadence comme le coeur d'une seule entité. Les stridulations des Ken-voshs étaient plus proches maintenant. Elles étaient quelque part dans l'Entremonde, et attendaient que l'énergie du feu se déverse pour entrer sur Dominaria. Le glougloutement bouillant de la lave était proche maintenant, et les tambours emplissaient l'espace sonore. Le sol commenca à trembler lentement, alors que le crépitement du magma indiquait qu'il n'était plus qu'à une dizaine de mètres sous terre. Les cris des soldats retentissaient, ils étaient comme des entités sans visage qui attaquaient déjà leurs adversaires. Le sol se fendit devant les pieds d'un ange, qui recula brusquement sous la surprise. Un peu de lave incandescente se déversa, alors que la terre tremblait de plus belle et que la fissure s'agrandissait jusqu'à être une marmite béante où l'on aurait pu faire cuire un boeuf entier. Le grondement cessa net, de mêmes que les tambours, les cris et les grognements. Un silence de mort s'abbattit sur le futur champ de bataille. Seule une rumeur sourde montait progresivemment des profondeurs de la terre. La lave annonciatrice de l'arrivée des shälämäks gargouilla un instant dans le sol fissuré, et Zorat du sang de la terre apparut. Le maître de l'armée shälämäk, incandescent dans son armure forgée à même les flammes d'un volcan, jaillit du trou béant sur son cheval de foudre et fit tournoyer son épée, emportant au passage la moitié du crâne d'un ange trop peu rapide. Devant une telle apparition, les soldats anges eurent une seconde d'immobilité, juste assez pour que Stroehk, sa seconde, émerge à son tour de la roche en fusion. Puis les anges reprirent leurs esprits, et se jetèrent sur leurs ennemis. C'est à ce moment là que l'armée shälämäk se déversa sur terre comme une lie rageuse et effilée. Une multitude de failles s'ouvrirent autour des anges, et les Diables rouges commencèrent à les encercler. Comment diable avaient-ils pu savoir quelle serait la manoeuvre des anges ? Ceux-ci ne défaillirent pas et firent face à ce changement de stratégie. Des shälämäks émergeaient tout autour d'eux ? Très bien, ils formeraient un grand cercle pour ne pas les laisser attaquer par derrière. Pourtant la majeure partie de leurs ennemis ne les attaqua pas, préférant se diriger directement vers la cité, avec à leur tête Stroehk. Le plan pouvait toujours tenir. Il fallait les disperser et les écarter sur les plages. Les anges bataillaient ferme, tentant tant bien que mal d'entamer les armures, certains s'effondrant sous les coups de dents rageurs des vermines, d'autres déviant du plat de leur lame les salves des pyromanciens qui allaient embraser les arbres fraichement soignés de la veille, quand Zorat, contemplant le champ de bataille qui s'élargissait devant lui, et les troupes qui atteindraient bientôt les portes de la ville, chargea sur son cheval d'éclairs l'escouade angélique qui lui faisait face, son épée tournoyant au-dessus de sa tête, prêt à éventrer la masse qui lui faisait face. Enaira, dont l'armure portait la marque d'une main bouillante qui avait bien vite été arrachée à son possesseur, prit le shälämäk de vitesse, et alors qu'il allait atteindre l'escouade déjà bien mise à mal, plongea sur lui, évita en se déportant sur la droite un coup d'épée enflammée, et le percuta de plein fouet, l'éjectant de son cheval qui partit se perdre en éclairs dans le ciel lourd après avoir carboniser le bras d'un ange et la tête d'un shälämäk. Les deux adversaires tombèrent lourdement sur le sol et roulèrent sur plusieurs mètres. Enaira se releva la première, maculée de terre, les ailes entaillées. L'armure de Zorat elle même semblait fulminer de rage...
Les fantassins shälämäks et quelques pyromanciens, ayant courru vers la porte de la Cité, s'échinaient déjà à l'enfoncer, sous une pluie de flèche réduites en cendres avant de toucher le sol, et de plomb fondu qui ne semblait que légèrement les incommoder. Quelques traits et quelques lances rapides et bien placées arrivaient tant bien que mal à déjouer la vigilance des pyromanciens, et se plantaient profondémment dans les gorges et les interstices d'armure. Stroehk, à quelques pas de là, avancait tranquillement vers la porte, entourée de vermines qui piaillaient en sautillant, un bras ballant encore coincé entre les dents. Des jets de flammes jaillissaient de ses doigts et foncaient antre les meurtrières, transperçant les corelliens qui s'y trouvaient, les marmites d'huile implosaient avant d'avoir été déversées. Voyant que la porte ne tenait pas à tomber, elle donna l'ordre de s'écarter, rassembla ses deux mains et projeta une énorme boule de feu qui fit éclater la porte dans un déluge de copeaux de bois calcinés. Les quelques soldats qui n'avaient pu s'écarter à temps brulaient à présent comme des fétus de paille. Mais la souffrance ne semblait pas les empêcher de combattre. Ils se ruèrent dans le premier quartier de Corellia, où les attendaient la première vague de soldats corelliens et anges. Le feu les rendaient plus difficile à tuer encore, et il fallait attendre qu'ils se consument entièrement à défaut d'utiliser son arme. Leur puissance venait peut-être du feu, mais celui-ci restait mortel quand ils n'étaient pas préparés. Alors que le conflit battait son plein dans l'enceinte de Corellia, que les têtes volaient, brûlaient, ou arboraient au choix une mine paniquée ou haineuse, Stroehk fit son entrée, majestueuse. Les vermines qui l'accompagnaient entreprirent de dévorer les cadavres qui trainaient. Un corellien courut vers elle l'arme au poing, mais n'eut le temps que de lever son arme avant que Stroehk ne pose sa main sur son visage, et le liquéfie dans un torrent de flammes, éclatant son crâne comme un fruit trop mur par la même occasion. Un ange plus entraîné parvint à lui asséner un coup de glaive vertical alors qu'il fondait sur elle depuis une tour. Elle n'eut aucun mal à éviter l'attaque, à tournoyer jusqu'à son dos, et à lui planter sa lance incandescente entre les deux ailes. L'ange eut le temps de hurler avant que Stroehk ne tire son arme d'un coup sec, lui arrachant la moitié du poitrail au passage. Des flammes bleues et rouges dansaient à présent au bout de sa lance, le long de son avant-bras gauche, et au fond de ses yeux. Deux corelliens de plus périrent de ses mains, l'un la gorge tranché, la trachée ouverte et cautérisée instantanément, l'autre le bras de son bourreau profondément enfoncé dans le ventre, sentant ses entrailles bouillir dans son corps. Puis, par pur plaisir, elle éventra les boutiques, embrasa les devantures dans un souffle, détruisit dans des gerbes de flammes tout ce qui avait fait la fierté des corelliens en son temps. Les réificateurs laissés à l'abandon, les Mémoires qu'on avait pu prendre faute de place éclatèrent sous un déluge de feu. Rien ne devait subsistait de cette "poche de résistance" prétentieuse...
Enaira et Zorat se toisaient, l'une serrant son épée étincelante, l'autre embrasant le sol de la pointe de sa lame brûlante. L'ange fut la première à attaquer. Elle fonca en avant, propulsé par ses ailes, et leva son arme en diagonale, prêt à atteindre son adversaire à la carotide. Celui-ci eut le réflexe de parer le coup de son épée enflammée. Enaira n'attendait que ça. Au dernier moment, elle vira à gauche, plogea en avant et frappa de toute ses forces ce qui lui semblait être l'interstice entre deux plaques de son armure. La douleur qui s'ensuivit n'en fut que plus grande. Un feu invisible remonta le long de son épée, et vint calciner ses doigts. Elle faillit lacher prise quand elle s'étala au pied de Zorat sous le choc. Pourtant, elle se retint de hurler et se releva aussi sec alors que son ennemi s'apprétait à la clouer au sol. Elle roula sur le côté au dernier moment, ne laissant que quelques plumes carbonisées près de la profonde entaille gorgée de lave que Zorat avait créé dans le sol.
"Je sais tout ce que tu penses, fillette, la nargua-t-il en retirant son arme du sol, provoquant un petit geyser en fusion, mais tu ne feras du mal qu'à toi..."
Elle s'abaissa pour éviter un coup transversal qui aurait pu faire de sa tête une braise à la chevelure brune, puis para un coup vertical puissant qui fit eclater de petites flammèches à la rencontre des deux armes. Le combat s'annoncait difficile...
Dehors, les anges se battaient avec toutes les armes mises à leur disposition, leur épée, leur courage, leur foi, mais cela ne suffirait bientôt plus. Ils ne pouvaient trop s'élever pour se mettre hors de portée des soldats, ils seraient des cibles faciles pour les pyromanciens, et au fur et à mesure que les corps shälämäks s'entassaient, de nouveaux soldats sortaient des profondeurs rougissantes de la terre, comme si son sang lui même vommissait ce mal hors de lui. Pourtant, ils parvenaient tant bien que mal à disperser les rangs, à les détourner vers les plages où, semblait-il, la deuxième partie du plan allait se dérouler.
À l'intérieur de Corellia, le premier quartier, charnier en ruines aux maisons en proie aux flammes et aux cadavres fumant, était aux mains des shälämäks. Les quelques corelliens ayant pu y réchapper avaient eu la présence d'esprit de sortir de la ville, et grossissaient tant bien que mal les rangs de l'escouade d'Enaira. Stroehk ne se lassait pas de flamber les toits et d'achever les blessés d'un éclair bien placé dans les yeux, mais la seconde porte, bien plus solide, et la seconde muraille, bien plus haute, n'étaient pas prêtes à s'effondrer. En plus des jets d'huile bouilllante et des flèches, il fallait compter avec le nombre de pyromanciens s'amenuisant, cibles privilégiées, et surtout avec les anges qui savaient éviter les salves tout en projetant de longs tridents dans le crâne de leurs ennemis. Certes ils étaient parfois atteints par un jet de flammes, mais aussi continuaiet à se battre jusqu'au bout, et s'élançait alors sur les shälämäks, corps embrasés comme autant de projectiles. Des anges descendirent combattre au corps à corps, suivit par des corelliens qui descendaient le long des murs en rappel. Grouillant comme des fourmis dans une termitière, les deux armées s'entrechoquaient. Du haut de sa tour de guet, Serra menait les troupes et envoyait lances sur lances sur les vermines qui elles semblaient capable de grimper le long des murs. Soudain, l'air s'embrasa devant elle, l'univers se déchira, et une Ken-Vosh apparut, la gueule grande ouverte, l'épée prête à pourfendre. Serra ne lui laissa pas le temps de pourfendre qui que ce soit, et enfonça dans sa gueule une courte lance qui projeta la bête au milieu de ses congénères, une dizaines de mètres plus bas. Elle entendit un bruit d'os qui se brisait derrière elle, suivit d'un glapissement quimarquait autant la surprise que la douleur. Elle se retourna, et vit à ses pieds une Ken-Vosh qui s'apprêtait à l'attaquer dans le dos, et qui gisait maintenant lamentablement, les jambes tranchées, mise en joue par un ange qui s'apprêtait à la planter dans le sol de pierre de sa lance. Serra la toisa.
"Je ne suis pas revenu pour accomplir une quelconque vengeance, dit elle calmement, ou voler au secours d'un être aimé. Je ne suis que le doigt d'un Dieu en colère. Et malheureusement, vous êtes la raison de sa colère."
Ce furent les derniers mots qu'entendit la créature avant de quitter Dominaria. La lance lui transperça plusieurs fois le corps, et après quelques secondes elle ne fut plus qu'un tas de chair informe et dégoulinantes.
Serra contempla le spectacle de la guerre. De plus en plus de Ken-voshs apparaissaient dans le ciel, au-dessus de l'escouade d'Enaira, qui semblait avoir de plus en plus de mal à éviter les coups de Zorat, dans l'enceinte même de la cité, attaquées dès leur arrivée par de courageux anges. Il allait falloir dérouler la seconde phase du plan. Et espérer des renforts.
Fezall qui jusqu'alors se contentait de tirer traits sur traits sur tout ennemi passant à sa portée, ne put plus supporter d'être autant en sécurité au lieu d'être au coeur de la bataille. Stroehk venait de carboniser deux autres corelliens qui n'avaient pas réussit à descendre en rappel assez vite, et s'apprêtait à égorger un ange touché par une salve à qui elle avait brûler les ailes. Il decida que quel que soit l'issu de combat, c'est lui qui devrait s'opposer à Stroehk. Evitant un carreau d'arbalète qui alla se perdre dans le quartiers des artisans derrière lui, il attrapa une corde de rappel et descendit à toute vitesse le long du mur, découpant les vermines grimpantes qui passaient à sa portée. Voyant cet insecte dévalant la muraille, Stroehk lui décocha une gerbe de flammes, mais Fezall allait bien trop vite et le coup ne put que carboniser un bout de corde. La corde lacha, et en tombant Fezall pris bien la peine de tomber sur un corps mou, à savoir un fantassin shälämäk, à qui il transperça la nuque sans sommation. Puis il se tourna vers Stroehk, et avanca d'un pas décidé en coupant au passage la tête d'un pyromancien qui visait un peu trop bien. La Chef des armées shämäläk sourit. Enfin un adversaire à sa taille. Le combat promettait d'être pour le moins intéressant.
Walla, il m'a bien fait tripper ce chapitre... Et c'est pas fini
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[ Edité par Corvis Le 21 sep 2005 ]
[ Edité par Corvis Le 02 oct 2005 ]