Bataille sur la côte
Le portable de Christian vibra. Riche idée qu'il avait eu de couper le son strident de son téléphone. Lui et trois de ses compagnons étaient calfeutrés dans les cartons d'un appartement en travaux au 1er étage, à moins de dix mètres d'une Jeep de l'armée, et il n'était pas question de se faire repérer. La zone était en quarantaine, et leur présence ici était si illégale, qu'ils pouvaient très bien se retrouver en prison, voire pire, renvoyés chez leurs parents. Il avertit par signes à ses comparses de surveiller les alentours, et il décrocha avec précaution.
"J'écoute, chuchota-t-il le plus bas possible.
_ C'est moi, lanca la voix à l'autre bout du combiné.
_ Salut Thomas. On a toujours du mal à y croire hein ? Y'a une semaine on jouait aux cartes dans une salle de perm, et aujourd'hui voilà qu'on crapahute aux quatres coins de la France pour sauver notre jeu.
_ Je sais, mais on a plus le temps de s'étonner. Y'a eu des secousses sismiques et des évènements bizarres à Sièvres, un village perdu je sais pas où. Apparemment une nouvelle brèche va s'ouvrir. Comment ça se passe du côté de celle de Paris ?
_ On a du mal à croire qu'on est qu'à quelques kilomètres de la capitale. Ca tardera pas à être une ville fantôme, avant de devenir une base militaire. Pour l'instant on a de la chance, ils galèrent à faire évacuer toute la population, mais quand ils seront vraiment installés, on pourra pas rester sans être repérés, faudra qu'on se tire avant. E t toi de ton côté ?
_ On est de plus en plus nombreux. Le bouche à oreilles marche très bien, les "preuves" de l'existence de Dominaria aussi, et curieusement même ceux qui pourraient en profiter et tout foutre en l'air paraissent concernés.
_ Heureux de voir que ces saloperies de virus sont pas les seuls à proliférer... Comment elle va la petite qui...
_ Mélody ?... Elle est morte.
_ Merde... Fais chier... C'est vraiment la guerre...
_ Ouais, va falloir être encore plus nombreux, les rayonnants commencent à prendre forme de plus en plus souvent. J'ai encore été attaqué hier, j'ai une belle estafilade à la joue. Et les correspondants coréens de Julien ont réussi à en tuer un.
_ Putain, elles sont pas invincibles, ces merdes ! Comment ils ont fait ?
_ Un cocktail Molotof. Apparemment elle craigne vachement le feu."
La conversation fut interrompu par un comparse qui avertissait Christian d'un tumulte inhabituel parmi les militaires. Un soldat de base effrayé s'adressait à un gradé avec de grands gestes de mains.
"Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Thomas de l'autre côté de la France.
_ Un soldat vient d'avertir son supérieur que la brèche pulse plus violemment que d'habitude, qu'elle s'est entrouverte, et que l'on voit clairement ce qu'il se passe derrière.
_ Et vous pouvez pas la distinguer de là où vous êtes ?
_ Oh si mon pote, on a une vue imprenable sur la bête.
_ Et alors ?"
Christian ne répondit pas tout de suite, les yeux rivés sur la brèche.
"Alors on est dans la merde..."
Les bords de l'ouverture rougeoyaient, des rayons aveuglants fusaient de part et d'autres, des tourbillons d'énergie crevaient la surface, et de l'autre côté des créatures éthérées qui disparaissaient par intermittence fondaient sur des diables rouges déjà aux prises avec des êtres ailés et lumineux. L'Armée de l'Ombre était entrée en scène...
À Corellia, rien ne se passait comme prévu. Il faut dire que rien n'avait été réellement prévu, et tous avaient du parer aux éventualités dans l'urgence. À présent, la bataille faisait rage, aussi bien dans l'enceinte de la Cité qu'à l'exterieur, et les anges et les corelliens avaient beau se battre comme des forcenés, leur courage ne tarderait pas à être insuffisant. Les shälämäks étaient partout, il en sortait sans cesse des failles béantes ouvertes sur des flots de lave. Des parcelles de ciel s'embrasaient constamment, laissant des Ken-Voshs s'infiltrer sur Dominaria. À l'exterieur, l'élite d'Enaira avait réussi à disperser quelque peu les rangs ennemis, mais souffrait de son inferiorité. Il y avait des combats partout, aux alentours de Corellia, sur les plages avoisinantes, près de la brèche, trop près de la brèche. Traverser cette ouverture était le but principal des shälämäks, il ne fallait pas risquer de leur faciliter la tâche. Il fallait passer à la deuxième phase. Partout des plumes carbonisées voletaient au milieu des cendres tourbillonnantes, des ailes fumantes gisaient sur le sol tandis que des têtes de shälämäks tranchées grésillaient en tombant. Enaira était toujours aux prises avec Zorat, tentant tant bien que mal d'éviter ses coups mortels. D'autres anges déjà étaient venus à sa rescousse, et il s'étaient embrasés en voulant percer l'armure du guerrier, périssant dans un torrent de flammes. Elles seule devait mener ce combat, et elle seule devait trouver le moyen de l'atteindre. Pour l'heure, sa jambe profondément entaillée, l'arcade brûlée, elle essayait de toucher Zorat à distance, mes ses projectiles, quand il n'étaient pas déviés d'un revers de lance, prenaient feu en touchant l'armure-volcan.
À l'intérieur de la ville, le deuxième rempart résistait vaillemment aux assauts. Les pyromanciens tentaient d'atteindre les arbalétriers et les shamanes guidaient les vermines le long des murs, mais les défenseurs de la ville arrivaient tant bien que mal à contenir ces attaques. Seules les Ken-voshs qui apparaissaient au-dessus des remparts commencaient à devenir un réel problème. Elles attaquaient par les airs, fondant sur les corelliens tels des oiseaux de proie, et les anges devaient redoubler de vigilance. Serra venait de mettre un terme à un affrontement avec une de ces créatures, évitant sa lame enflammée et la tranchant de part en part quand, regardant la tournure que prenait les choses autour d'elle, elle compris que si de l'aide n'arrivait pas bientôt, malgré ce qu'elle avait prévu, ils ne tiendraient pas la cadence. Elle décida néanmoins de passer à la deuxième phase du plan. Il était temps. Alors que plus bas, le duel entre Stroehk et Fezall continuait, toujours plus violent, l'un évitant les flammes et l'autre les coups d'épée rageurs, Serra ferma les yeux, se concentra, et lanca un appel dans l'Entremonde.
"Ouvrez les portails et déferlez. Il est l'heure..."
Au même instant, Zorat se figea une seconde, assez pour qu'Enaira en profite et plante son épée entre deux plaques de sa jambe, lui entaillant profondément la cuisse dans un bref cri de douleur et de surprise. Ce fut assez douloureux pour qu'il reprenne ses esprits, et d'un revers de bras, éjecte l'arme et l'ange qui la tenait loin de son armure. Ses yeux étaient plus rouges et furieux qu'un volcan en éruption. Il avait compris. Il avait su ce que Serra préparait. Mais il était trop tard.
Aux quatres coins du Champ de bataille l'espace se déchira sans un bruit dans un véritable concert de lumière. Le sol s'entrouvrit de puits bleus en de multiples endroits, des failles noires strièrent le ciel au-dessus des combats, des gouffres blancs apparurent derrière les Diables rouges, et l'Armée de l'Ombre réunifiée déferla sur ses ennemis. Des hordes de formes bleues, noires, blanches réunies dans une masse houleuse et cosmopolite qui prenaient l'ennemi à revers, émergeant de leurs portails dans le dos des shälämäks, sur les plages bordant la côte corellienne vers lesquelles l'ennemi avait été repoussé, au milieu même des duels qui opposaient l'élite d'Enaira aux premières lignes de Zorat, dans l'enceinte du premier quartier de la ville, où sévissaient vermines, shamanes et pyromanciens, tentant farouchement de prendre le quartier suivant, et tous les autres.
Plusieurs dizaines de shälämäks furent tués sur le coup dans cette première attaque, déchiquetés par les lames éthérées et vivaces, et au moins autant furent emportés dans l'Entremonde pour faciliter les attaques de soldats de l'Ombre. Zorat, qui avait envoyé Enaira paitre une dizaine de mètres plus loin, pris le temps d'éviter la charge d'un dauthi avant de le broyer d'un coup d'épée, et consuma d'un souffle un soltari qui s'était accroché à son armure, laquelle semblait n'avoir aucun effet sur lui. Dans Corellia, le combat entre Stroehk et Fezall qui continuait rageusement sous un étal d'artisan en feu fut interrompu par l'arrivée de deux thalakos qui s'en prirent à la générale shälämäk. L'un deux fut bien vite carbonisé par la main incandescente de son adversaire, et l'autre, après avoir réussi à lui laisser une estafilade sur l'épaule, vit sa tête éjectée comme un bouchon de Champagne par la lance de Stroehk. Cet intermède permit à Fezall d'en découdre avec un guerrier shälämäk écumant de rage, et de répandre les entrailles d'une vermine qui lui plongeait dessus sur le sol fumant avant de l'envoyer brûler dans un brasier. Puis, sentant la présence de Stroehk derrière lui, il eu juste le temps de s'agenouiller et de se cambrer dans un grand mouvement chorégraphique, pour voir la lance de son ennemie passer devant son visage, lui brûlant les sourcils, et venir se planter dans le sol entre ses deux cuisses. Il voulut dans un même élan labourer le ventre nu qui s'offrait à sa vue, mais Stroehk, toujours agrippée à sa lance, sauta pour décrire un arc de cercle au-dessus de Fezall, et se retrouva de nouveau face à lui, prête à combattre.
Fielok et Shaghnar, armés de leur faux respective, labourraient les champs ennemis, déversant sur la terre craquelée par la chaleur un sang bouillant comme de la lave. Un shälämäk qui avait eu la présence d'esprit de se baisser ne fut ps assez rapide face à la vivacité de Fielok, et se retrouva une faux plantée au somment du crâne, le fil sanglant de l'arme émergeant de sa bouche écartelée. Shaghnar, lui, faucha les jambes d'un groupe ennemi qui s'en prenait à l'élite toujours plus réduite d'Enaira. Les os craquèrent au niveau des genoux, les corps s'effrondrèrent, et les visages contemplèrent ces moignons sanguinolents qui n'étaient plus rattachés à ces jambes qui restaient debout, immobiles comme des êtres à part entière.
La balance s'égalisait peu à peu. Avec l'arrivée surprise planifiée de l'Armée de l'Ombre, les corelliens et leurs alliés avait repris espoir et courage. On pouvait les surprendre. On pouvait leur faire mal. Mais cela ne suffirait pas. Ils étaient toujours en infériorité, et Zorat avait d'autres atouts. Alors qu'une dizaine de soldats dauthis, soltaris et thalakos se ruaient sur lui, permettant à Enaira de reprendre son souffle, et que son épée n'arrivait à les toucher tous, il hurla vers le ciel, et un torrent de flammes se propagea autour de lui dans un bref soubresaut, liquéfiant ses adversaires. Puis, le regard bouillant de rage, il lanca un appel silencieux vers son plan natal. Il fallait plus de troupes, et quelques secondes plus tard, c'est une marée de Ken-voshs qui se répandit dans le ciel. Des portails s'ouvrirent par centaines, et l'horizon ressemblait à la paroi d'une immense ruche de lumière écarlate. À nouveau les shälämäks reprennaient le dessus, laissant ces prêtresses ailées s'attaquer par grappes aux anges postés en altitude, fondant sur eux comme des piranhas sur un morceau de viande. D'autres apparaissaient au ras du sol, se précipitant sur les soldats de l'Ombre sans qu'ils puissent ne serait-ce que se réfugier dans l'Entremonde. Comme il venait de décapiter proprement un pyromancien trop préçis, Shaghnar vit apparaitre à un mètre de lui le portail de l'une de ces créatures, arme en main, prête à en découdre. Le soltari assura sa prise sur sa faux. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'à quelques centimètres de son visage s'ouvrit un autre portail, tourné vers la Ken-Vosh, qui luisait d'un éclat d'albâtre. Il en sortit un chevalier en armure qui plongea à la rencontre de son adversaire et l'empêcha d'attaquer le soltari. Shaghnar se retourna vivement, tracant un cercle avec sa faux pour éventrer le fantassin qui voulait l'attaquer par derrière, et contempla une nouvelle fois le champ de bataille et son ciel. Une myriade de portails éclatant s'ouvrait face à ceux des Ken-Voshs, comme une ruche concurrente, atténuant les couleurs agressives des ouvertures vers le Plan shälämäk.
Les prêtres de Larsäk avaient réussi à ouvrir un passage dans l'espace, et tout ce que la plaine comptait de chevaliers, d'aventuriers, de rebelles échappés de Mercadia, se rua de concert sur ces ennemis universel. Ils sortaient du ciel sur des aigles apprivoisés, sur de petits dragons blancs rapides comme un souffle d'air, ils arrivaient à pied et se lancait à corps perdu dans la bataille. Leur foi et leur courage semblait innébranlables. De plus en plus de duels se profilaient, et les anges n'étaient plus contraints de livrer bataille à un contre cinq. Les épées se plantaient dans les nuques, les armes s'entrechoquaient, des griffes d'acier grincaient sur les armures de plattes, des casques volaient sous le choc des masses et des haches, parfois accompagnés de la tête qui les occupaient, des combat aux corps à corps finissaient à même le sol, et parfois dans la bouche béante et mijotante des failles de lave, mais les pelerins de Larsâk restaient nobles, et fiers, et pieux.
Tous ces portails ouverts et ces passages à travers l'espace avaient redonné de l'énergie aux soldats de l'Armée de l'Ombre. Ils pouvaient repousser l'ennemi à distance, ou se dématerialiser pour éviter les coups. Certains envoyèrent des décharges d'énergie sur leurs adversaires. D'autres, dans une mêlée, se concentrèrent de concert pour déployer une énergie suffisante. L'espace saturé d'énergie se tordit un instant, puis se détendit dans un claquement en projetant plusieurs soldats shälämäks contre un monticule de pierres qui vola en éclat.
Le combat avait repris entre Enaira et Zorat, mais l'ange était soutenu par une vague continue d'alliés ayant repéré le statut de chef du shälämäk, et que celui-ci avait du mal à contenir.
Stroehk et Fezall bataillaient toujours, grimpant le long des escaliers qui menaient aux rempart du premier quartier, face au champ de bataille extérieur. Le corellien avait fort à faire avec le bras incandescent de son adversaire qui risquait de l'embraser à tout moment, tout en parant les coups de lance qui pleuvaient avec assiduité. Alors qu'ils ferraillaient à présent sur le chemin de ronde au-dessus de l'immense pont-levis de l'entrée, il dévia l'un d'entre eux qui vint frapper un créneau dans un son métallique, mais du se cambrer en arrière pour éviter une giffle enflammée, ce qui permit à Stroehk de lui asséner un coup à l'estomac avec le manche de sa lance, puis au poignet, ce qui fit voltiger son arme à plusieurs mètres derrière lui, avant de le propulser à terre d'un coup de bottes aux lanières de cuir parsemées de clous. La lance pointée vers sa future victime, elle aperçut un chevalier à dos de dragon qui s'approchait un peu trop en faisant tournoyer sa hallebarde. De son bras enflammé jaillit un jet brûlant qui transforma bien vite cet adversaire en carcasse fumante tournoyant en hurlant jusqu'à s'effrondrer sur le sol dans un craquement d'os. Le sang de Fezall ne fit qu'un tour et il profita de cette occasion pour saisir une écharde de bois grosse comme un poignard, la planter profondément dans la cuisse nue de Stroehk, et s'appuyer sur elle pour se relever d'un bond. Il la tenait toujours lorsque son regard croisa celui de la générale. Il pensait la déstabiliser et la faire hurler de douleur, mais elle ne bougea pas. Ses yeux exprimaient de la souffrance, mais elle restait figée. Alors, elle ouvrit la bouche, et il en sortit un souffle invisible et bouillant, presque compact, qui propulsa Fezall aux abords de son arme et le laissa à demi sonné, la peau rougit par la chaleur. Stroehk retira l'écharde d'un coup sec et un sang rouge vif s'écoula lentement de la blessure, le long de sa cuisse.
"La pierre et notre coeur, railla-t-elle, la lave est notre sang. La montagne est notre mère et veillera sur nous."
Fezall, reprenant ses esprits, attrapa son arme et retourna au combat en courant.
À quelques mètres d'altitude au-dessus du rempart du deuxième quartier, Serra était au prise avec trois Ken-Voshs. Elle avait déjà arraché l'aile de l'une d'entre elle, et elle voletait péniblement, tentant désespéremment de rester en vol stationnaire pour continuer à combattre. Serra était attaqué de toute part et tentait tant bien que mal de parer tous les coups qu'on lui portait. Elle évita le tranchant d'une lame en faisant pivoter son corps à l'horizontale, et réussit à trancher la seconde aile de son assaillante qui chuta en hurlant dans une charette en feu, mais elle fut rapidement remplacée. À présent les forces étaient à égalité. La rage des shälämäks aurait peut-être le dessus, mais ils pouvaient tenir la distance. Pourtant il fallait plus que ça, beaucoup d'entre eux n'étaient pas préparés pour la guerre, contrairement à l'armée shälämäk, et sur la durée, ils ne parviendraient pas à en venir à bout. C'est alors qu'une épe lui transperça violemment l'aile droite que le miracle se produisit. Une Ken-Vosh la tenait, une autre s'apprêtait à lui décrocher la tête d'un coup de glaive, et soudain une forme qui avait du ressembler à un ange s'élanca du sol, et vint éclater la tête d'une prêtresse entre deux chaines rouillées. Celle qui tenait Serra fut tranchée en deux dans le sens de la longueur moins d'une seconde après. La créature qui se tenait devant la déesse tenait de l'ange, son visage même semblait doux bien que son corps soit dur comme pierre, mais son regard reflétait un profond désespoir et une détermination à l'extermination. Cette être avait vécu dans les Tréfonds.
Serra se retourna. Si les circonstances s'y étaient prêtées, elle aurait pu pleurer.
Des anges, des anges par centaines, par milliers, son peuple, envahissait le ciel comme un nuage vivant et hargneux. Certains écumaient de rage, l'âme encore noircie, d'autres rayonnaient comme au premier jour, mais tous volaient en cadence, l'arme au poing, déterminés à redevenir ce qu'ils avaient été. Vaël avait réussi. Il avait sauvé ses frères et soeurs des Tréfonds, il avait constitué une nouvelle armée, et c'est une masse grouillante d'ailes blanches et noires qui déferla sur le champ de bataille comme une pluie de plumes et d'acier. Serra se retourna vers cet ange exterminateur qui poursuivait sa besogne vindicative, et enfin l'espoir refit surface. Cette fois-ci ils étaient en supériorité numérique. Ils pouvaient combattre.
Ils pouvaient gagner. Zorat arracha la tête d'un ange au passage alors qu'il se précipitait vers Enaira, et il continua de s'interdire une autre pensée. Ses ennemis avaient trouvé des alliés, ils l'avaient surpris grâce à l'Entremonde et l'Armée de l'Ombre, ils l'avaient surpris grâce aux passages ouverts entre Larsäk et la côte, mais il avait prévu l'arrivée de ces nouvelles troupes, et il ne laisserait pas le loisir à ses freluquets incapables de se battre le loisir de le surprendre encore. La supériotité numérique ne prouvait rien. Il avait pour lui la supériorité tactique, la supériorité d'expérience, la supériorité de la rage. La guerre était sa vie, son oeuvre, et ces "vaillants héros" ne pouvaient prétendre le battre sur son propre terrain. Il fallait faire basculer à nouveau la chance de son côté. Il laissa le soin à plusieurs de ses soldats de s'attaquer à une Enaira de plus en plus contusionnée et couverte de plaie, et il s'empara de l'esprit d'un de ces pyromancien. Il fallait un sacrifice pour que ce sort marche, celui qui le lancerait périrait, et il n'était pas question ni pour Zorat, ni pour son peuple il en était sûr, qu'il meure aujourd'hui pour leur venir en aide. Le pyromancien possédé perdit d'abord l'udage de ses yeux, liquéfiés de l'intérieur, signe de la possession, puis,sous l'empris de son maître, il se mit à psalmodier des paroles barbares et rugueuses, alors que sa peau fumait, que ses vêtements se consumaient sans flammes. Bientôt les paroles se firent scandées, et le feu commença à roussir ses poils. Quand une mélopée frénétique commença à sortir de sa bouche tordu par la douleur, il s'embrasa de la tête au pied, continuant de gesticuler alors que le corps de cette poupée humaine était dévoré par les flammes.
Un grondement sourd émergea du sol, alors que celui-ci tremblait. Un grondement qui se fit bientôt assourdissant, et la terre calcinée vibra de plus belle. Il semblait qu'une effroyable et gigantesque créature venue du fond des âges et du fond du monde allait éventrer le sol et jaillir hors de la lave. Mais ce n'est pas une créature vivante qui jaillit. Le sol, au lieu de s'éventrer, s'éleva, formant une protubérance qui ne cessait de grandir. Ce fut bientôt une colline noire, puis une montagne craquelée striée de veines rouges d'où suitait de la lave. Le pic de cette montagne creva, projetant quelques rochers à son pied, et la lave commença à se déverser. Une marmite terrestre déversant sa soupe incandescente n'allait en rien favoriser les shälämäks, mais c'est alors que l'impensable se produisit.
Le cratère explosa. Dans une déflagration assourdissante, le bord de la marmite éclata, éjectant non seulement roche, et lave, mais également un gigantesque nuage de cendre noire comme l'ébène qui se répandit dans le ciel, engloutissant les combattants qui s'y trouvaient. Alors que le nuage cessait de monter, le cratère continua à cracher sa poudre noire sans discontinuer. La cendre allait retomber en pluie sur le champ de bataille. Bientôt une vague de ténèbres allait s'abbattre sur la côte corellienne. Bientôt une nuit artificielle et irrespirable allait tomber. Dans quelques secondes, tous seraient dans l'obscurité la plus totale...
Walla. C'est trop cool d'écrire des chapitres bourrins. Je m'éclates