Arrêtez cet homme !
You're next (Adam Wingard, 2013) est un slasher dans lequel une bonne famille américaine en vacances se fait impitoyablement massacrer par des assaillants masqués. Sauf que parmi les conjoints de la petite famille, l'une des belles-sœurs a des capacités de survie supérieures à celles de John Rambo.
Bon c'est con comme tout hein. Quand je pense qu'on me l'avait vendu comme " un film d'horreur ou les gens réfléchissent " non ils sont aussi cons que d'habitude (et là c'est même pas des ados donc zéro excuse). Genre les assaillants t'ont coincé et ont foutu des pièges dehors je pense que c'est évident que le bon plan c'est d'aller sortir en courant comme un bon gogol (heureusement à l'intérieur ils préfèrent se séparer en six groupes c'est une technique qui a fait ses preuves). Et évidemment on a la fille cachée de Piero San Giorgio qui va péter la gueule aux agresseurs (qui deviennent subitement totalement cons) à mi-film. Au crédit du film, il est plutôt rythmé, le jeu des acteurs est potable mais alors niveau mise en scène c'est pas possible de secouer tout le temps sa caméra comme un abruti (t'as un plan en début de film : ils sont au calme, la nana regarde un tableau sans importante et la caméra TREMBLOTTE, putain ça n'a aucun sens).
J'attends le " bon divertissement du dimanche soir " de Joker
Le Dernier samaritain (Tony Scott, 1991) voit Bruce Willis et Damon Wayans faire le duo de choc dans un buddy movie rempli à ras-bord d'humour idiot et de violence.
Entre sa période Bruckheimmer des débuts et sa période formaliste de fin de carrière, Tony Scott a eu une période " cacheton " ou le véritable auteur de ses films était plutôt le scénariste : ainsi, True Romance porte indiscutablement la marque de Tarantino comme Le Dernier samaritain porte celle de Shane Black (comparez le scénar à celui de The Nice Guys si vous n'êtes pas d'accord). D'où un film ayant toutes les qualités et tous les défauts du style Shane Black : c'est rythmé, c'est malin (la bombe à la fin, le coup du coffre), ça se fout complètement du politiquement correct (on empile les cadavres d'une manière que seules les années 90 pouvaient offrir) et ça balance assez de punchlines pour tenir un Rap Contenders. Mais au bout d'un moment vient toujours l'overdose de pseudo-cool, l'overdose de la-petite-réplique-qui-va-bien, l'overdose des morts dégueus, l'overdose de cynisme. C'est difficile de se positionner par rapport à un cinéma aussi frimeur : l'accepter totalement serait une porte ouverte à des horreurs façon Guy Ritchie ou Robert Rodriguez, le refuser complètement montrerait surtout la dramatique incapacité d'un critique à ne pas voir que Black est quand même bien plus talentueux que les tacherons pré-cités. Alors faisons le centriste : c'est pas ma came, mais ça fonctionne.
Memories of murder (Bong Joon-Ho, 2003) est l'histoire de la traque d'un serial killer violant et assassinant des femmes dans la Corée des années 80.
On parlait récemment de ce film avec Crutch, film que je considère comme mon film de genre coréen préféré et de loin. Je craignais un petit peu le revisionnage tant j'en gardais un souvenir grandiose et la bonne nouvelle, c'est que justement le revisionnage n'a rien altéré du tout.
Certes, les acteurs sont fabuleux (Song Kang-ho dans le rôle de sa vie ?). Certes, pour un deuxième film seulement, la maitrise de Bong impressionne (les plan-séquences lors de la découverte du cadavre ou de la reconstitution sont vraiment d'une précision fabuleuse). Mais ce qu'a Memories of murder que la plupart de ses concurrents coréens n'ont pas, c'est un scénario dense, riche qui tient en haleine durant 2 heures tout en se permettant des digressions délirantes, des ruptures de ton " à la coréenne " qui fonctionnent toutes (la salle, qui majoritairement découvrait la film, était pliée de rire lors de l'enquête parallèle de Song Kang-ho sur la personne sans poil de zboub !). Sans parler de cette manière dont est évoquée l'air de rien la dictature militaire (on peut pas chercher de flic pour protéger les lycéennes, ils sont déjà occupés à tabasser des étudiants). Grand film, vraiment.
Office (Johnnie To, 2015) m'a vraiment horripilé. Ce n'est pas le pire To (il y a une maitrise formelle évidente) mais bon Dieu ce que cette comédie musicale vantant les bienfaits de l'entreprise m'a cassé les couilles. Il faut s'imaginer des costards-cravates dans un building top-moderne chanter (mal) " je suis content d'aller travailler, làlàlà, quelles parts de marché vais-je conquérir aujourd'hui ? Yabeda-bedou ! ". Tous les personnages n'ont quasiment d'existence que par leur vie professionnelle, les intrigues se résument à " qui va se faire le mieux voir de la boss ? " et franchement je vous mets au défi, sans même parler de sympathie, de vous sentir concerné par les enjeux narratifs. Même le " méchant " j'arrivais pas à comprendre en quoi il était pire qu'un autre. Le personnage féminin, son intrigue c'est " je suis la fille du big boss et je ne veux pas que ça se sache " et ça tient une heure et demie là-dessus ! Mais ce qui m'a le plus gonflé, c'est le sort du personnage joué par Tang Wei : c'est la seule personne de toute la boite qui semble s'intéresser à quelqu'un d'autre qu'à elle-même (d'abord son petit ami puis David), ce qui en fait évidemment la cruche de service qui se fera virer avec pertes et fracas. Que le film veuille me faire apprécier deux merdeux opportunistes et détester ce personnage-là est un truc que je n'arrive vraiment pas à lui pardonner.
Au gré du courant (Mikio Naruse, 1956) nous plonge dans l'univers déclinant des geishas par le biais de leur nouvelle bonne, interprétée par une formidable Kinuyo Tanaka. Dans un dévouement aussi discret qu'efficace, la bonne s'évertue à ce que les problèmes d'argent de la maison ne soient pas trop remarqués, qu'un policier de passage puisse se faire offrir à manger, qu'une petite fille malade soit bien soignée. C'est un film sans héroïne, sans méchante (tous les personnages sont appréciables, aucune ne vampirise les autres même si la jeune fille jouée par Hideko Takamine a sans doute une aura supérieure, ça me semble surtout lié à l'actrice), sans lourdeur. Les geishas partent progressivement ou se mettent à coudre, le tout étant traité sans le moindre misérabilisme. Gros casting dans tous les cas (deux des principaux persos masculins, le père de la petite fille et l'oncle-tailleur de pierre, font partie des 7 samourais !) et encore une fois un énorme travail pour donner l'impression que tout coule de source, sans artifices scénaristiques, sans deus ex machina. Naruse était vraiment un immense cinéaste.
Boris.