Kill Me Again ( John Dahl, 1989 )
Fay ( Joanne Whalley ) et Vince ( Michael Madsen ) assassinent un mafieux et volent son argent. Fay réussit à fausser compagnie à Vince avec le magot et demande à un détective privé, Jack Andrews ( Val Kilmer ) de l’aider à simuler sa mort. A son tour trahi par Fay, Andrews se retrouve suspecté de meurtre par la police et traqué à la fois par Vince et par la mafia.
Ce premier film de John Dahl fait partie des néo-noirs les plus marquants des années 80, et ce en dépit du fait qu’il peine à faire preuve de la rigueur qu’on attend des classiques et que de fait, il ait été un peu oublié, peinant à rivaliser avec les relectures brillantes que les frères Coen (
Miller’s Crossing ) ou Quentin Tarantino (
Reservoir Dogs ) infligeront au genre. Si le travail esthétique est convaincant pour un premier film, le scénario qui accumule les rebondissements finit par céder à la surprise de trop, à celle qui fait malheureusement décrocher le spectateur au moment ou il devrait être le plus impliqué. Et si la mise en scène échappe à la plupart des effets 80’s qui vieillissent souvent très mal, j’ai trouvé le montage un peu trop hasardeux lors des moments d’action.
Alors, est-ce que
Kill Me Again méritait pour autant l’oubli dans lequel la postérité l’a enfermé ? Non. Non car les trois acteurs principaux sont en état de grâce et que leurs performances demeurent épatantes. Michael Madsen en psychopathe est tétanisant par sa simple présence ( son rôle de Mr Blonde de
Reservoir Dogs est déjà là ), Joanne Whalley est sexy en diable en femme fatale imprévisible et Val Kilmer, acteur que je n’apprécie pas plus que ça d’habitude, joue les Sam Spade des temps modernes avec une conviction irréprochable. Ce qui est très intéressant ici réside dans le fait qu’en dépit du fait que son personnage soit un brave type, le jeu de manipulation avec Fay est à double sens. On peut penser à une merveille comme
Tuez Charley Varrick ! dans la façon dont Andrews se débrouille pour que tous ses ennemis se neutralisent les uns les autres, avec de surcroît une forte dimension émotionnelle ( Andrews se sent responsable de la mort de sa femme et tente sans succès de revivre son mariage à travers Fay ).
Kill Me Again est un très bon polar qui aurait peiné à marquer autant le spectateur sans son trio d’acteurs au sommet.
Pacific Rim ( Guillermo Del Toro, 2013 )
D’immenses créatures, les Kaijus, attaquent les villes bordant l’océan Pacifique. Les différents gouvernements mondiaux ont mis en commun leurs ressources pour créer d’immenses robots, les Jaegers, conduits par le biais d’interfaces neurales par deux pilotes. Après la mort de son frère, Beckett ( Charlie Hunnam ) a voulu tirer une croix sur sa carrière de pilote, mais les vagues de décès parmi les pilotes conduisent ses supérieurs à le rappeler.
Gedat m’a demandé un jour si je défendrais un
Transformers bien mis en scène.
Pacific Rim est un
Transformers bien mis en scène qui tombe dans une sorte d’entre-deux frustrant : meilleur que la plupart des blockbusters, il apparaît toutefois comme un Del Toro mineur décevant de la part du réalisateur de l
’Echine du diable ou
Blade II. La faute à un scénario qui, si il nous donne toute satisfaction rayon baston contre des grosses bestioles, se foire dans les grandes largeurs quand il s’agit d’émouvoir ; la faute à un casting tellement fade que le cabotinage d’un Ron Perlman en devient presque reposant et la faute à une bande-son immonde qu’Hans Zimmer certainement signé sous pseudo.
Par contre, si Del Toro peine parfois à imposer sa patte dans un projet aussi colossal, on lui sera gré de nous épargner le patriotisme idiot ( sur les 8 pilotes de Jaeger, un seul est américain ) et surtout d’avoir particulièrement réussi le design des Kaijus. Le passage en mode film catastrophe à Hong-Kong est certainement le plus convaincant du film avec le flashback sur l'enfance de la japonaise et sa rencontre avec le commendant.
Bref, on peut tomber sur
Pacific Rim ( et beaucoup ne se sont pas gêné pour le faire ) pour ses personnages unidimensionnels ou son scénario encore plus court que ma critique. Il faut être honnête, tous ces défauts font que
Pacific Rim est un blockbuster très inférieur à
Blade II et
Hellboy II. Mais le contrat est totalement rempli niveau spectaculaire et l’objectif numéro 1, donner au public ce qu’il attend rayons combats entre des bestioles de cinquante mètres et des robots géants, est plus que respecté.
A noter que le duo de scientifiques, qui font office de sidekicks comiques, ne sont curieusement pas du tout insupportables. Il faut dire que je les ai trouvé plus attachants que les pilotes de Jaegers et qu’à eux deux, ils résument un petit peu le problème de
Pacific Rim : si on a toujours de quoi se rattraper, reste que l’essentiel n’est pas tout à fait là.
Drug War ( Johnnie To, 2012 )
Timmy Choi ( Louis Koo ), un trafiquant de drogue, est capturé par le capitaine Zhang ( Sun Honglei ). Risquant la peine de mort, il accepte de collaborer avec Zhang pour l’aider à démanteler un important traffic de drogue.
Johnnie To fait partie des très rares cinéastes de premier plan à Hong-Kong à ne pas avoir tenté sa chance aux USA. Plus conciliant qu’un Tsui Hark, plus commercial qu’un John Woo, To a su continuer à faire ce qu’il aimait au prix de quelques concessions, concessions qui ici sont autant de balles qu’il se tire dans le pied. Si il parvient à gérer efficacement la volonté du gouvernement chinois de se placer du point de vue des policiers ( que To se garde bien d’humaniser plus que de raison ), reste que l’objectif de réaliser une charge anti-drogue aboutit parfois à une certaine lourdeur et culmine lors d’un plan final que je trouve absolument dégueulasse.
C’est d’autant plus chiant que
Drug War est l’un des meilleurs films de l’année, actuellement sur mon podium aux cotés de
Django Unchained et
Zero Dark Thirty. Louis Koo réalise l'une de ses meilleures prestations, l’ensemble du casting est convaincant et certains seconds rôles sont typiquement des personnages à la Johnnie To ( le trafiquant de drogue déglingué surnommé Haha car il rit tout le temps, le duo de transporteurs défoncés, les frères sourds-muets qui se transforment subitement en psychopathes lors d’une scène d’action impeccablement découpée ). To se recycle énormément ( fusillade à la
Expect the unexpected, personnages qui convergent tous les uns vers les autres à la
PTU - le plan sur Sun Honglei constatant le départ du bus rappelle le " tu m’as baisé Saï " -, statisme occasionnel à la
The Mission… ) mais arrive toujours à créer des variations suffisamment spectaculaires sur son propre style pour impressionner. Le gunfight de DOUZE MINUTES, contre-pied réaliste à celui d’
Exilé par exemple, est peut-être le moment de mise en scène le plus génial de l’année et démontre une fois de plus que Johnnie To est actuellement le meilleur cinéaste asiatique dans la catégorie polar.
Un des talents incroyables de To, c’est sa capacité à créer des moments de flottements, d’inaction ou d’attente. Par exemple, n’importe quel cinéaste aurait certainement écourté la scène ou Louis Koo, menotté à un cadavre, cherche comment s’échapper, ou celle de la fuite des sourds-muets. Ce rythme entre Kitano et Melville est une des nombreuses raisons pour lesquelles Johnnie To possède une place singulière dans l’histoire du polar, et après une demi-douzaine d’œuvres en demi-teinte, on se doit de savourer le retour en forme d’un réalisateur aussi talentueux.
Monster Brawl ( Jesse T Cook, 2011 )
Un grand tournoi de catch oppose des créatures mythologiques : le Cyclope, le Loup-Garou, la créature de Frankenstein, la Momie….
Déjà, on peut dire que l’idée de départ était violemment débile. Le résultat se situe quelque part à la frontière entre le nanar et le navet, parfois drôle malgré lui, souvent chiant comme tout et toujours complètement nul sur le plan cinématographique.
En gros, on a droit à un ensemble de saynètes présentant les monstres, puis à des combats présentés par l’insupportable Jimmy Hart dans son propre rôle qui beugle comme un putois durant tout le film. Les saynètes sont totalement à la ramasse ( mention à celle sur la créature des marais qui ressemble à un mauvais documentaire animalier ) et les combats ben c’est du catch quoi. Donc un arbitre qui ne voit rien ( en même temps il se fait décapiter à coup de hachoir dès le premier combat ), des retournements de situation débile gnagna par-dessus la troisième corde et surtout l’hilarante voix-off qui ponctue les combats de commentaires type " QUEL COUP PUISSANT ! " ou " MAGNIFIQUE ! ". Et comme on n’est pas seulement dans un film de catch débile mais aussi dans un film de monstres débile, ça se termine par une invasion de zombies qui vont bouffer les commentateurs ( si ils avaient pu nous débarrasser de Jimmy Hart un peu plus vite… ).
Je veux dire, tout dépend de l’envie que vous avez de voir un Loup-garou tenter d’immobiliser la créature de Frankenstein avec une prise de soumission, on une Momie grimper sur le ring pour tenter d’exploser son adversaire. C’est filmé à l’arrache, esthétiquement très très très moche, y a des filles en sous-vêtements sans qu’on comprenne trop pourquoi, le manager de la Sorcière vient sur le ring coller un coup de tabouret au Cyclope, il manque des combats pour qu’on puisse vraiment parler de tournoi, puis surtout le problème est que passé la surprise du début et un premier combat encore rigolo dans sa débilité, plus le temps passe et plus le sentiment de répétition gagne le spectateur. Parmi les effets les plus drôles, la petite danse que fait le Loup-garou lors de sa présentation vaut des points, d’ailleurs je préfère vous laisser la surprise concernant la qualité des effets spéciaux.
Franchement, je ne vois que Jokerface pour arriver à supporter une couillonade pareille.
Perfect Blue ( Satoshi Kon, 1997 )
Mima, chanteuse d’une sorte de girls band, abandonne sa carrière pour devenir actrice. Devant les difficultés, Mima commence à se demander si la voie qu’elle a choisi était la bonne. En parallèle, les personnes ayant aidé Mima à changer de vie sont attaqués par un maniaque.
Superbe anime brassant tout un univers de polar ( Hitchcock, De Palma ou Argento ),
Perfect Blue est un premier film en forme de coup d’essai/coup de maître sur le thème de l’identité et du dédoublement. Le montage y est bluffant et l’enchaînement de séquences ou Mima fait l’actrice, se réveille, est en proie à une prise de panique qui s’avère n’être qu’une scène de son film, etc., achève de faire perdre tous ses repères au spectateur qui se retrouve dans le même flou que Mima, incapable de différencier la réalité de la fiction. En effet, Mima est un personnage passif qui semble être un jouet au centre d’une lutte d’influences ( la femme qui veut vivre son rêve d’être une chanteuse à travers Mima, le scénariste et le photographe qui l’utilisent comme un objet sexuel ) dans laquelle elle est incapable de maîtriser quoi que ce soit. Elle est une créature existant par le regard de ses fans avant toute chose, à l’image du blog tenu par Mimaniac qui parvient à exprimer les pensées que la vraie Mima n’ose par formuler.
Les plus futés auront peut-être remarqué à quel point le lourdaud Darren Aronofsky a piqué de nombreuses thématiques de
Perfect Blue dans
Black Swan ( ainsi que plusieurs plans dans
Requiem for a dream ) ; un des nombreux avantages thématiques du Satoshi Kon est qu’au lieu d’avoir une héroïne sainte-nitouche fasisant face à un double débridé, thème archi-éculé, on a ici une héroïne qui n’hésite pas à tourner des scènes de viol ou à poser nue pour maintenir sa carrière à flot agressée par un double qui lui reproche d’avoir abandonné la pureté illusoire de son rôle de chanteuse.
Perfect Blue nous parle de la difficulté à concilier l’image que renvoie une idole à sa personnalité réelle, et l’incapacité qu’ont les fans à accepter un monde désillusionné.
Seul un visuel moins abouti que celui du merveilleux
Millenium Actress fait que
Perfect Blue se situe un poil en dessous de ce film là dans l’œuvre de Satoshi Kon. Néanmoins, il me semble faire partie des meilleurs animes des années 90, et prouve une fois de plus que le genre est bien plus vaste que le trio Ghibli-Oshii-Otomo dans lequel on l’enferme trop souvent. Grand film.
Boris, le gars qui a horreur de faire des captures.