Veuve mais pas trop ( Jonathan Demme, 1988 )
Angela de Marco ( Michelle Pfeiffer ) souhaite divorcer de son mari mafieux ( Alec Baldwin ). Lorsque celui-ci est assassiné par son boss Tony ( Dean Stockwell ), elle y voit l’occasion de refaire sa vie, sans savoir qu’elle est traquée à la fois par Tony et par un agent du FBI ( Matthew Modine ) convaincu de sa culpabilité.
Sans atteindre le niveau du formidable
Dangereuse sous tous rapports du même cinéaste, cette comédie 80’s se révèle être une autre excellente surprise. Les codes du film mafieux sont joyeusement dynamités ( Tony est tenu en laisse par sa femme acariâtre, les règlements de compte virent au grand n’importe quoi ) et toute la vulgarité pathétique de leur mode de vie ne cesse de sauter aux yeux du spectateur. Si Angela est si sympathique, c’est parce qu’elle ne ménage jamais ses efforts pour changer de vie ( elle se débarrasse de l’argent sale de son mari, déménage et accepte un travail au rabais ), tombant finalement amoureuse de l’agent du FBI pour le moins incongru joué par Modine ( la scène de planque ou il se cache au milieu d’un groupe de gospel mon dieu…. ). Quelque part,
Veuve mais pas trop a une thématique en commun avec le
Scarface de De Palma : une critique au vitriol du bling-bling 80’s par l’exacerbation de celui-ci comme les romans de Bret Easton Ellis le seront. Dean Stockwell est phénoménal en parrain libidineux régnant sur une troupe de débiles mentaux aux surnoms plus foireux les uns que les autres ( Modine semblant quant à lui tout droit sorti d’un épisode d’Inspecteur Gadget ).
Pour le coup, certains gags sont quand même violemment couillons ( le gunfight de fin ou l’agent du FBI fait des saltos pour rien ) mais ont le mérite de m’avoir pratiquement tous fait rire. A noter, comme dans
Dangereuse sous tous rapports, une bande-son absolument irréprochable ( les Feelies encore, New Order, Brian Eno, les Pixies… ).
Pour le coup, j’ai beau avoir beaucoup ri pendant le film, j’ai quand même le sentiment que peu de gens l’aimeront autant que moi, du fait de son esthétique tellement 80’s et du cabotinage outrancier des acteurs. M’en fous, moi je me suis vraiment marré et comme c’est tout ce que je demande a une comédie…
71 fragments d’une chronologie du hasard ( Michael Haneke, 1994 )
Un étudiant tue trois personnes dans une banque. Le film retrace le cheminement de l’étudiant et de ses futures victimes les jours précédents le drame.
En dépit de quelques longueurs ( environ 376 minutes sur un film d’une heure 40 ) un jalon décisif dans la tentative de Michael Haneke de conjuguer tout ce que le cinéma d’auteur peut produire de pire. Réussissant l’exploit de dépasser un Loach ou un Inarritu sur leur propre terrain misérabiliste ( TOUS les personnages ont une vie de merde ), Haneke se paye de surcroît le luxe de réaliser peut-être le film le plus chiant que je n’ai jamais vu, en tout cas certainement l’un des pires dont j’ai pu parler ici. Rien que l’intro, entre les extraits de journaux télé sur lesquels je reviendrai et le plan loooooong sur une voiture prenant l’autoroute dure quasiment DIX MINUTES. On a pu voir ce type de plans dans le
Solaris de Tarkovski, et ils me semblaient déjà pénibles dans un film de ce type mais ils étaient contrebalancés par la qualité de la photographie ( qui leur donnait une certaine force hypnotique ) et avaient un certain intérêt thématique puisque le héros était petit à petit coupé de sa dimension " terrienne ". Ici il n’y a aucune évolution des personnages et la photo est dégueulasse, ce qui conduit simplement à se faire chier lors des multiples scènes sans intérêt autour des protagonistes ( et machin joue au ping-pong contre une machine pendant trois minutes, et le vieux regarde la télé pendant cinq minutes…. ).
Dans sa structure, le film pourrait se rapprocher de l’
Elephant de Gus Van Sant qui suivait lui aussi une dizaine de lycéens avant que le carnage ne soit commis. Mais là ou Van Sant présentait des hypothèses pour mieux les réfuter ( les tueurs prennent un jeu vidéo puis l’abandonnent car cela ne les intéresse pas ; il y a bien un fils d’alcoolique mais il ne tuera personne, etc. ) Haneke s’y prend différemment. Il n’apporte aucune solution directe sauf que comme on se tape CINQ PUTAIN DE FOIS des extraits de journaux télé rapportant toutes les horreurs du monde, que ses extraits n’ont rien à faire dans l’intrigue et que qui plus est ils ouvrent et referment le film, il me semble difficile de ne pas y voir l’explication d’une originalité folle avancé par Haneke : la violence est le reflet d’une société violente.
Rigolez pas, je suis sur que vous n’y avez jamais songé. Heureusement qu’Haneke est là pour penser en notre nom ( ce grand comique va même jusqu’à s’auto-congratuler sur sa grande finesse en interview, et sur le fait qu’il " laisse des portes ouvertes "… fous-toi de ma gueule ! ).
Bref, un film de merde d’un cinéaste de merde, après regardez ce genre d’étrons si vous le voulez mais personne ne pourra dire que je ne vous ai pas prévenu.
Inside Llewyn Davis ( Joel et Ethan Coen, 2013 )
Llewyn Davis ( Oscar Isaac ) est un chanteur de folk a qui la chance ne sourit pas vraiment. Entre deux chansons, il vivote, squatte chez les gens en espérant enfin faire carrière.
Film plutôt difficile d’accès car reniant très souvent la notion de cause-conséquence comme on a l’habitude de l’appréhender au cinéma ; il ne présente d’ailleurs aucune évolution ( la scène d’intro est aussi la scène finale non pas parce que le film se déroule en flash-back mais pour montrer l’absence de progression dans la vie de Davis ), aucune prise de conscience. C’est à la fois la beauté et les limites du film : détruire l’académisme habituel des biopics type
Ray ou
Walk the line pour mieux faire ressentir le doute. Cela pourrait être un mélange de deux films précédents des Coen :
Barton Fink ( ou on trouvait déjà un artiste incapable de percer et ratant totalement sa carrière hollywoodienne ) et
A Serious man ( ou aucun des doutes du personnage principal ne trouvaient de réponse claire ). Ce qui me conduit à relativiser un peu l’originalité du film, d’autant plus que pour une histoire se déroulant chez des folkeux sans avenir et sans argent, la mise en scène comme la photo de Delbonnel ne font pas du tout ressortir cet aspect là : Oscar Isaac me semble trop propre, se promenant dans des taudis qui n’en ont pas l’air et ou seuls les dialogues nous font comprendre que ce qu’on voit est censé être très sale. Ah, bon.
Ce qui emporte le morceau, là ou
A Serious Man me semblait franchement pénible, c’est Davis lui-même, excellemment interprété par Oscaar Isaac. Ses chansons sont magnifiques et le personnage, toujours gentiment à côté de ses pompes, est une des figures les plus attachantes du cinéma des Coen. On ne peut pas dire qu’il soit totalement idiot mais il manque certaines occasions ( celle d’obtenir des droits d’auteur sur la chanson jouée avec Jim et Artie par exemple ), refuse les compromis et persévère dans une voie sans issue pour lui. Le passage plus que surprenant dans lequel notre héros rencontre John Goodman en jazzman imbuvable est à la fois incongru et excellent. Un peu à l’image d’un film qui sans m’avoir totalement convaincu demeure à mes yeux leur meilleur depuis
No Country For Old Men.
Pas de captures car vu au cinéma.
The Insider ( Dante Lam, 2010 )
Le policier Don Lee ( Nick Cheung ) a perdu son indicateur à la suite d’une mission ratée. Il en recrute un nouveau, Petit Diable ( Nicholas Tse ) afin de s’infiltrer dans un gang de braqueurs. Au sein du gang, Petit Diable noue une relation avec la femme du chef.
The Insider fait du neuf avec du vieux et de nombreux éléments viendront rappeler le fan aux souvenirs de très bonnes séries B hong-kongaises des années 90 : le gang de braqueurs infiltré à la
City on fire, une fusillade de rue façon
OCTB, quelques passages rappelant
Full Alert… En gros, Dante Lam est un héritier de la tendance la plus " réaliste " du polar HK, celle de l’antithèse aux chorégraphies de John Woo que représentaient très bien un Ringo Lam ou un Kirk Wong. Les goûts du public ayant évolué depuis, Dante Lam assume aussi l’héritage d’
Infernal Affairs et ajoute un certain nombre de sous-intrigues ( la femme handicapée de Don Lee, la sœur de Petit Diable, le premier indic de Don Lee devenu SDF paranoïaque.. ) et toute la psychologie qui va avec. C’est très maladroit et le film pâtit souvent de cette tendance moderne à la sur-psychologisation, particulièrement sensible au travers du personnage de Don Lee qui se tape quand même un double trauma à gérer, sachant qu’en plus Nick Cheung est loin d’être le top des acteurs HK ( Nicholas Tse s’en sort mieux mais il peine à convaincre autant dans ce type de rôles qu’un Lau Ching-Wan ou un Francis Ng ). Et la mise en scène est trop souvent brouillonne, loin de la précision d’un Ringo Lam.
Pour autant, tout n’est pas à jeter dans
The Insider, très loin s’en faut. Les personnages sont attachants malgré tout, le film tient en haleine durant deux heures, il possède une énergie bienvenue et l’intrigue amoureuse fonctionne impeccablement. Même si j’ai critiqué la mise en scène elle évite l’esbrouffe et recelle quelques beaux moments atmosphériques. Il y a quelques poursuites en ville bien troussées et la scène d’action finale à coup de machette est un grand moment de sauvagerie comme je les adore.
Victime d’un syndrome " le cul entre deux chaises ",
The Insider est néanmoins une petite réussite du polar HK qui se regarde tout à fait. Je pense aussi qu’il pourrait constituer une bonne initiation pour quelqu’un de moins habitué au genre.
J’ai tué Jesse James ( Samuel Fuller, 1949 )
Jesse James est abattu dans le dos par son ami Robert Ford ( John Ireland ) qui souhaitait bénéficier de la récompense promise afin d’épouser sa fiancée Cynthy ( Barbara Britton ). Confronté à l’hostilité générale, Ford décide de devenir chercheur d’or.
Premier film du génial Samuel Fuller et déjà une superbe réussite du western psychologique, prouvant d’une part que contrairement à ce que Bazin raconte le surwestern ne date pas des années 50 ( l’excellent
L’Etrange incident, dont je parlerai bientôt, dément encore plus cette idée ) et d’autre part que les années 60 n’ont en réalité pas apporté grand-chose au rayon déconstruction des grands mythes. En effet, l’idée de prendre pour héros un être lâche et vil crée un sentiment ambigu du spectateur, entre mépris et compréhension pour ce protagoniste original qui par amour crée une situation qui conduira sa fiancée à le quitter. Deux scènes magnifiques : Ford paye à boire à un chanteur qui pour le remercier, ignorant son identité, lui chante une chanson racontant l’assassinat de Jesse James par le " sale petit couard " ; et Ford, canardé dans la rue, se rendant compte que le tireur est un adolescent désirant entrer dans la légende en le tuant.
Contrairement à beaucoup de fans, je trouve John Ireland excellent en traître névrosé. Il me semble réussir à trouver un juste milieu entre une dramatisation forcée et l’absence d’empathie. Le film est très concis ( 1h17 ) et forcément très condensé, pour peu qu’on accepte l’idée principale du scénario ( tout ce que vit Ford le renvoie directement ou indirectement à son statut de meurtrier ) celui-ci est impeccablement mis en oeuvre jusqu’à la fin avec l’arrivée de Frank James venu révéler à Ford que sa fiancée ne l’aime plus qui me parait en revanche une énorme facilité narrative qui a du mal à passer.
Je trouve aussi Fuller moins sec et moins précis dans sa mise en scène qu’il le sera ultérieurement ( les flashbacks sur Ford abattant Jesse ne sont pas de la plus grande finesse par exemple ) mais quoi qu’il en soit,
J’ai tué Jesse James est un excellent western original et émouvant, coup d’essai d’un réalisateur génial qui se surpassera par la suite (
Le Port de la drogue,
Shock Corridor,
J’ai Vécu l’Enfer en Corée… ).
Boris.