The Yakuza Papers, volume 5 : Final épisode ( Kinji Fukasaku, 1975 )
Après Hirono ( Bunta Sugawara ), c’est au tour de Takeda ( Akira Kobayashi ) d’être arrêté par la police. Un conflit de succession s’annonce entre le jeune Matsumura, désigné par Takeda, et le plus agé Otomo ( Jo Shishido ) qui s’allie avec un ami d’Hirono, Ichioka ( Hiroki Matsukata ).
Ce résumé n’est en réalité que celui de la première partie du film ; le conflit entre Matsumura et Otomo se règle plus rapidement qu’on pourrait le penser et durant la seconde moitié la question posée devient celle du retour d’Hirono, que Takeda souhaite laisser en paix contre l’avis de son clan.
C’est donc le dernier volet de cette merveilleuse série de films que sont les Yakuza Papers et je suis très heureux de constater que TOUS les épisodes sont bons, le dernier étant tout à fait à la hauteur. Il y règle un pessimisme total : Takeda assiste impuissant au retour à la case départ après avoir tenté de faire de son clan un parti politique tandis qu’Hirono est toujours incapable de contenir ses hommes ; le meurtre de Makihara, qu’on a quand même souhaité de toutes nos forces notamment durant les deux épisodes précédents, est un grand moment de sauvagerie digne des deux premiers films ( qui restent les meilleurs ). Comme dans l’épisode 4 la police a pris en puissance et interfère entre les luttes de clan. Il y a un vrai passage à témoin entre la génération d’Hirono et de Takeda et celle de Matsumura, pourtant vouée à entraîner autant de morts inutiles.
Ce qui est dommage c’est que pour un volet de conclusion, ce volume 5 ne conclue pas grand-chose et on aurait très bien pu avoir un volume 6 ( Fukasaku a d’ailleurs tourné une saga " Nouveaux combats dans code d’honneur " que je regarderai prochainement ) ; il aurait peut-être fallu régler une bonne fois pour toutes les sorts d’Hirono et Takeda, d’autant plus que lorsque le film se termine, une nouvelle guerre des clans a en quelque sorte éclaté puisqu’une tentative d’assassinat sur le grand chef a échoué de peu. Pour autant c’est toujours aussi bien joué, bien filmé et plus qu’intéressant pour qui veut comprendre la mafia japonaise après la seconde guerre mondiale. C’est un vrai plaisir de retrouver Jo Shishido, l’acteur fétiche de Seijun Suzuki, chez Fukasaku et le fameux score de Toshiaki Tsushima.
J’en ai fini avec cette saga, mais pourtant j’aurais volontiers accepté quelques épisodes de plus.
Hell Driver 3D ( Patrick Lussier, 2011 )
Milton ( Nicolas Cage ) n’est vraiment pas content. Une secte de satanismes a tué sa fille et enlevé le bébé de celle-ci, aussi Milton s’énerve, embarque la première greluche venue ( Amber Heard ) et leur court après. Cependant, un homme mystérieux ( William Fitchner ) est également déterminé à retrouver Milton.
Bon, c’est encore plus con que ça en a l’air, et vous avez du remarquer à quel point, pourtant, ce film avait l’air con. C’est bien simple : Kiwi aurait écrit un meilleur scénario. Là l’histoire débile de Nicolas Cage poursuivant des satanistes mais lui-même poursuivi par un envoyé du diable nommé " le Comptable " ( WTF ??? ) ne sert qu’à aligner des pseudos scènes culte plus ridicules qu’autre chose. En vrac : Nicolas Cage fait le kéké, Nicolas Cage tire au pistolet tout en faisant l’amour avec une pute, Nicolas Cage fait le kéké, Nicolas Cage casse la gueule du copain de la greluche de service d’une seule main, Nicolas Cage fait le kéké, Nicolas Cage ressurgit d‘entre les morts, Nicolas Cage fait le kéké… William Fitchner lui semble s’amuser de la façon plutôt sympathique qu’il a trouvé de régler ses problèmes fiscaux et fait une tête de mec content de lui entre deux dialogues grotesques durant tout le film. A noter que la caractérisation des méchants satanismes est… pour faire simple : j’ai vu des personnages de flics blancs dans les blaxploitation moins caricaturaux. C’est dire.
Pourquoi regarder
Hell Driver 3D alors ?
Trois raisons possibles : d’abord, le quota d’action est globalement respecté et le film fournit son lot de bourrinades idiotes qu’on est en droit d’attendre d’un divertissement de ce genre. Qui plus est, la mise en scène a beau être horriblement racoleuse et putassière ( pour faire simple : dès qu’il y a un effet de style à la con à ne pas faire, on y a droit ), elle a le mérite de la lisibilité ce qui fait que c’est toujours plus fun qu’un
The Expendables par exemple.
Deuxième raison : les dialogues font tellement dans le débile assumé que par moments le film est sincèrement drôle, notamment le personnage du Comptable. Enfin, si comme moi vous avez une sympathie un peu trop marquée pour Cage et Fitchner et que vous pensez qu’un mauvais film avec eux reste plus agréable qu’un mauvais film avec The Rock… vous pouvez essayer.
Dans une interview récente, Nicolas Cage confiait que d’après lui, c’était son meilleur film depuis longtemps, avec aussi G
host Rider 2, tourné avec l’équipe de
Hyper-Tension 2 ( " Je suis jason Statham, et je suis pas content car on a remplacé mon cœur par une pile électrique… " ). De quoi confirmer que l’homme au mille perruques est définitivement perché trop loin pour nous, mais bon, ça occupe un dimanche soir.
Les nefs à vif ( Martin Scorsese, 1991 )
Max Cody ( Robert de Niro ) sort de prison après avoir purgé 14 ans pour viol. Il retrouve son ancien avocat Bowden ( Nick Nolte ), que Cody accuse de ne pas l’avoir défendu réellement. Cody se rapproche de la femme et de la fille de Bowden et transforme la vie de celui-ci en enfer.
Les nerfs à vif est d’abord le remake d’un film de Jack Lee Thompson que je n’ai pas vu et dont la réputation chez les cinéphiles est pour le moins médiocre. Ici, Scorsese semble s’éclater totalement en temps que metteur en scène et zoom de tous les côtés, enchaîne les plongées, les contre-plongées, les travellings dans tous les sens… Le récit ne pourrait pas être plus allégorique : Robert de Nioro est le mal absolu, indestructible, dénué de conscience et paradoxalement attirant ( la meilleure scène du film étant de loin celle ou il séduit la toute jeune Juliette Lewis en lui parlant d’Henry Miller ).
Pour autant, le côté absolument hystérique du film devient vite un peu pénible, à l’image du cabotinage de De Niro. C’est le film de tous les excès, l’exercice de style assez gratuit mais quand même impressionnant quant à sa mise en scène, le film de Scorsese qui ferait ( un peu ) penser à du De Palma des débuts dans son outrance, son mauvais goût revendiqué et le parti pris du cinéaste de ne pas chercher à améliorer un script idiot mais plutôt d’en profiter pour expérimenter dessus. La séquence de fin dans le bateau est d’ailleurs assez emblématique du film : à la fois bluffante par certains aspects et complètement ridicule par d’autres, certaines idées comme le faux procès ou le déguisement en femme de De Niro étant des tentatives franchement risibles.
Pour ou contre
Les nerfs à vif ? Plutôt pour quand même ; on voit tellement de cinéastes contemporains dénués de style visuel ( Nolan, Loach ), qui filment avec une Parkinson ( Bay, Greengrass ) ou qui se complaisent dans le dolorisme ( Aronofsky, Inarritu ) que même sur fond d’histoire peu intéressante, un Scorsese qui se lâche demeure quelque chose de cinématographiquement puissant. Et c’est meilleur que tous les Scorsese depuis
Casino, sans faire évidemment partie de ses grandes réussites.
Dark City ( Alex Proyas, 1998 )
Un homme ( Rufus Sewell ) se réveille dans une salle de bain. Poursuivi par d’étranges agents, il s’enfuit sur le conseil du mystérieux docteur Schreber ( Kiefer Sutherland ). Amnésique, l’homme est à la recherche de son identité alors que la police voit en lui un meurtrier.
Film très très culte chez les djeunz, il n’empêche que globalement ce
Dark City m’a assez copieusement ennuyé et qu’il ne faudra pas compter sur moi pour en faire le grand film oublié que certains admirent.
Proyas s’est éclaté sur le décor et ça se ressent ;
Dark City fait preuve d’une indéniable ambiance visuelle qui a été reprise depuis un peu partout, notamment dans
Matrix qui possède plus d’un point commun avec
Dark City ( l’idée du monde comme fausse réalité, les décors qui se modifient, le héros qui possède des pouvoirs surhumains, le personnage qui l’aide à comprendre le système etc. ). Et si on échappe au côté philosophico-vaseux de la trilogie des frères Wachos, il n’en reste pas moins qu’environ la moitié des dialogues du film sont là pour vous expliquer ce qui se passe et que c’est un tantinet pénible. Je mets
Dark City dans la même catégorie que
Pi ou
Following, c’est-à-dire des faux films expérimentaux en réalité très conventionnels et didactiques, à ceci près que
Dark City a au moins pour lui son brio esthétique. Les personnages sont absolument désincarnés et les acteurs n’y peuvent pas grand-chose ; par exemple, la mort d’un des personnages principaux est dramatiquement ratée et totalement dénuée d’émotion. Il n’y a guère que dans les dernières minutes du film ou lors des scènes sur la plage un petit peu de magie opère mais ça fait maigre.
Ceci dit, thématiquement comme visuellement,
Dark City a fait date. Sans lui pas de
Matrix ou de
Memento mais outre le fait que cette tendance du cinéma ne soit pas du tout ma tasse de thé, il reste que
Dark City ne m’a vraiment pas convaincu question mise en scène ; par exemple le premier combat est catastrophique, non pas à cause du montage mais simplement parce que c'est cadré en dépit du bon sens, défaut que j'ai retrouvé ponctuellement par la suite. Donc j’aurais du mal à le recommander, d’autant plus que comme je l’ai dit je me suis pas mal emmerdé durant le visionnage.
Un film qui montre qu’un film culte peut-être tout à fait moyen.
Crimes et Délits ( Woody Allen, 1989 )
Cliff ( Woody Allen ), documentariste intransigeant affligé d’une femme qui ne l’aime plus, est forcé de travailler pour son beau-frère Lester ( Alan Alda ), un culturo-mondain qu’il méprise. Judah Rosenthal ( Martin Landau ) est quant à lui un homme à qui tout a réussi mais qui ne parvient pas à rompre avec sa maîtresse et se décide par conséquent à la tuer quand celle-ci commence à lui faire du chantage.
Ce Woody là est assez à part dans sa filmographie ; plusieurs de mes amis le rattachent à
Match Point et c’était d’ailleurs mon cas avant de le revoir, car en réalité les deux films traitent de choses très différentes : la culpabilité pour l’un et l’arrivisme social pour l’autre. Quoi qu’il en soit,
Crimes et Délits est un excellent Woody Allen, l’un de mes favoris dans sa filmographie. D’abord, il réussit quelque chose d’extrêmement difficile : mêler le tragique et la comédie avec une aisance déconcertante. Le film parvient très vite à trouver son ton propre sans jamais que l’équilibre ne soit rompu. Ensuite, les acteurs sont tous prodigieux, avec un Alan Alda en séducteur mondain dont le personnage est en plus écrit avec une finesse et une subtilité qui font plaisir à voir. Le scénario est l’un des plus fournis thématiquement à propos des obsessions de Woody Allen ( la psychanalyse, le judaïsme, la faute, la jalousie… ) et qui plus est Allen se dévoile ici un grand metteur en scène l’espace de quelques scènes, comme la découverte du cadavre ou la confession au rabin, ce qui m’a beaucoup épaté d’un homme auquel j’ai tendance à reprocher une certaine pauvreté visuelle ( ici la photo est signée Sven Nykvist, le chef op’ des grands Bergman, et comme toujours elle est superbe ).
Bref, vous m’aurez compris,
Crimes et Délits est un grand film. Toutefois, je ne le considère pas comme un chef d’œuvre pour deux raisons. La première, c’est que parfois, certains éléments symboliques ( le rabbin qui devient aveugle, le cadavre qui fixe son assassin ) passent assez mal dans l’univers réaliste de Woody Allen, même si c’est un détail. La seconde, plus importante, c’est que le fait de diviser son film en deux parties ( celle sur Woody lui-même et celle sur Martin Landau ) me semble assez peu concluant au final, et donne lieu en fin de film à une réunion des deux personnages que je trouve assez artificielle. J’ai eu l’impression que Woody avait du mal à faire croiser ses deux narrations et que par conséquence le dénouement du film faisait un peu pièce rapportée.
Pour autant,
Crimes et Délits est dans son style " allenien " l’un des meilleurs polars ( mais est-ce un polar ? Chacun jugera ) des années 80.
Boris, puis Bilbon le Hobbit j'en ai rien à shampouiner.