The Yakuza Papers volume 4 : Police Tactics ( Kinji Fukasaku, 1974 )
Les clans Uchimoto et Yamamori sont en guerre. Dans le premier, Uchimoto et Hirono ( Bunta Sugawara ) sont en conflit quant à l’attitude adopter tandis que dans le second, les oppositions entre Yamamori et Takeda ( Akira Kobayashi ) s’amplifient.
Après un épisode 3 trop dense, trop touffu et trop condensé, ce quatrième Yakuza Papers à la bonne idée de calmer son rythme narratif ; qui plus est, pour une fois qu’il y a assez peu de nouveaux personnages ( par contre c’est clairement le premier épisode qu’il est absolument impossible de voir si on n’a pas regardé les précédents ), l’histoire gagne en clarté ce qu’elle perd en vitesse : cet opus est parfois trop long, là ou les précédents brillaient par leur concision. Mais ces longueurs sont compensés par une fin d’épisode ou pour une fois Fukasaku filme en plan fixe une rencontre émouvante entre Hirono et Takeda, tous les deux constatant leur échec personnel et leur incapacité à réformer le système des clans yakuzas.
La grande nouveauté ici c’est que les yakuzas ne sont plus seuls ; l’opinion publique est contre eux et la police cherche à éradiquer la violence après divers exactions commises dans des lieux publics. Le désir de se reconvertir dans les activités légales pointe son nez à travers Uchimoto tandis que Takeda souhaite transformer son clan en parti politique. De plus en plus désabusé, Hirono donne l’impression d’être une victime sacrificielle, le martyr d’un système qu’il déteste. Sa tentative de revanche n’aboutit pas et aucun des personnages dont il cherche à se venger ne subira un sort plus sévère que le sien.
Cette série est décidément une petite merveille de cinéma populaire nippon. L’excellence des acteurs ( on retrouve les habituels seconds rôles de Fukasaku comme Hiroki Matsukata, Kunie Tanaka ou encore Tatsuo Umemiya ), la qualité du scénario et le style si caractéristique de Fukasaku ( assagi ici, comme dans le précédent volet ) en font un épisode qui redresse la barre par rapport au pourtant très recommandable épisode précédent. L’ampleur des évènements racontés durant cette série en fait une version japonais de la trilogie du
Parrain qui n’a pas à rougir de la comparaison.
Killer Joe ( William Friedkin, 2012 )
Chris Smith ( Emile Hirsch ) est un jeune dealer criblé de dettes qui parvient à convaincre son père de l’aider à engager un tueur à gages pour assassiner sa mère. N’ayant pas les moyens de payer le tueur Killer Joe ( Matthew McConaughey ), ils lui offrent en caution Dottie ( Juno Temple ), la petite sœur de Chris.
On va faire simple : j’ai haï ce film. Il vient de détrôner le Cronenberg au rang de truc le plus insupportable que j’ai pu voir cette année en salles, car autant
Cosmopolis battait tous les records d’ennuis profond, autant ce
Killer Joe met une raclée à
Irréversible dans la catégorie grosse merde complaisante et abjecte.
Le fait est que cinématographiquement, c’est plus que défendable ; les acteurs sont excellents, la mise en scène ne comporte pas de scorie qui m’ait vraiment dérangé et le film ne manque pas de tension. Le problème c’est cette horreur de scénario qui consiste en gros à prendre des péquenauds à la limite de la consanguinité, à bien nous faire comprendre qu’ils sont une bande de connards et enfin à les faire souffrir tous les maux de la terre en conséquence de leur imbécillité.
Certains cinéphiles ont comparé
Killer Joe à la comédie italienne de la grande époque ; je pense que c’est une comparaison idiote et hors de propos. D’abord parce que la comédie italienne s’est souvent attachée à ses personnages ( l
’Argent de la vieille,
Nous nous sommes tant aimés ) et que même parmi les comédies les plus vachardes (
les Monstres,
Affreux, sales et méchants ) restaient un fond politique ( la critique du libéralisme économique en filigrane dans le film de Scola ) ou des touches d’humanité ( le dernier sketch du Risi ) qui nuançaient la violence de la satire. Qui plus est, ni Scola ni Risi ni aucun autre cinéaste du genre ne s’est abaissé à filmer un tabassage à coups de poing pendant dix minutes ou une femme obligée de mimer une fellation durant trois plombes. En plus de n’avoir AUCUNE utilité scénaristique ( les rapports entre les personnages sont sensiblement les mêmes avant et après ces scènes ), ces moments sont cadrés de la manière la plus complaisante et voyeuriste possible histoire de bien donner au gros con de spectateur voyeur la merde qu’il voulait voir.
Ceux qui l’ont comparé à Tarantino ou aux frères Coen ont de la merde dans les yeux.
Un film d’un gros con pour des gros cons. Je ne modèrerai pas mes propos et je n’ai aucun respect pour ceux qui défendent ça. Puis faudra m’expliquer à quel moment c’était censé être drôle ( la plupart des gens qui se marrent auraient chialé si il leur arrivait un dixième de ce que subissent les personnages ).
La balade sauvage ( Terrence Malick, 1973 )
La jeune Holly ( Sissy Spaceck ) tombe sous le charme de Kit ( Martin Sheen ), un éboueur plus agé qu’elle. Le père d’Holly désapprouvant cette liaison, Kit le tue et s’enfuit avec Holly dans une cavale qui aboutira à de nombreux meurtres.
Énième variation sur le thème de
Bonnie and Clyde ( lui-même reprenant en partie le scénario de l’excellent
Gun Crazy de Joseph Lewis dont j’ai parlé en ces pages ),
La Balade Sauvage fait partie de ces coups d’essai/coups de maître de l’histoire du cinéma comme un
Reservoir Dogs, un
Citizen Kane ou un
A bout de souffle. Je le placerai légèrement en-dessous au sens ou je le trouve un tantinet moins maîtrisé que les Malick des années 90-2000 - plusieurs transitions m’ont semblé un peu abruptes - mais tout l’univers du cinéaste est déjà là : voix-off omniprésente, violence sèche, longues plages contemplatives et amour des décors naturels. C’est un film très ambigu : on ne comprend pas grand-chose des relations entre les personnages principaux, Kit est à la fois présenté comme un gars sympathique et un gros psychopathe tandis qu’Holly semble se désintéresser de plus en plus des cadavres qui s’accumulent autour d’elle ; opposé dans son style au cinéma énervé des années 70, ce film le rejoint dans le fond au travers duportrait de héros perdus et désenchantés. Le fait qu’Holly abandonne Kit à la fin, plus par ennui que par dégoût, est une vraie trouvaille scénaristique qui contraste avec les habituels couples de tueurs inséparables.
Martin Sheen, Sissy Spaceck et mon chouchou Warren Oates ( qui joue le père de Holly ) sont tous parfaits et j’ai été étonné de découvrir une musique que de toute évidence Hans Zimmer a plagié dans le score de
True Romance et bien comme il faut ( en même temps, une musique écoutable de Zimmer c’était un peu suspect ). Il est rare de voir un cinéaste prêter autant d’attention aux moments de creux et aux gestes apparemment anodins ; c’est aussi cela qui fait le prix des films de Malick, cette sérénité qui s’en dégage et cette vision d’une nature observant des hommes s’agiter sans but réel.
Un excellent premier film.
The Mack ( Michael Campus, 1973 )
A sa sortie de prison, Goldie ( Max Julien ) décide de devenir le plus grand maquereau de tous les temps.
The Mack n’est resté dans les annales déviantes de l’histoire du cinéma que pour deux raisons ; d’abord, un court dialogue du
True Romance de Tony Scott ou il est cité ( quand Christian Slater se pointe chez Gary Oldman ) et surtout son incroyable bande originale signée Willie Hutch qui se place à mes oreilles parmi les plus grandes réussites d’un genre dont la BO était souvent l’unique intérêt.
Pourtant, à ma grande surprise
The Mack est plutôt un bon blaxploitation. Max Julien est l’un des interprètes les plus atypiques du genre, beaucoup plus faible physiquement comme moralement que les habituels Fred Williamson ou Richard Roundtree par exemple. Très charismatique, il arrive à donner une crédibilité réelle à des scènes totalement ridicules sur le papier : l’élection du meilleur mac de l’année, les retrouvailles avec son frère devenu une sorte de prêcheur Black Panthers, le passage ou Lulu le supplie d’être son mac car elle en a cruellement besoin… A ce propos, je crois que si une féministe découvre
The Mack aujourd’hui, elle a de grandes chances de faire une crise cardiaque au bout d’un quart d’heure tellement le film est d’un machisme proprement délirant.
Évidemment
The Mack n’échappe pas à l’habituel racisme anti-blanc des blaxploitation et nous délivre deux magnifiques personnages de flics blancs sadiques, racistes et totalement abrutis qui font chier le héros pendant une heure et demie, jaloux qu’ils sont de sa classe ! Et si le casting noir s’en sort globalement très bien, comme souvent les blancs rivalisent de nullité quitte à rendre les scènes ou ils apparaissent involontairement comiques.
En revanche, une petite subtilité apparaît ici et là : d’abord, le fait que les actions du héros soient contraires à ce qu’exige la communauté noire ( son travail de maquereau est très mal vu par ses frères, là ou dans
Coffy ou
Foxy Brown l’héroïne était parfaitement intégrée ), ensuite le fait qu’il soit beaucoup plus faillible que les personnages de blaxploitaiton habituels ; il assassine ainsi un maquereau concurrent supposé avoir tué sa mère alors que des blancs en sont responsables.
Filmé avec légèrement plus de dynamisme que d’habitude,
The Mack n’en demeure pas moins un film très bête dont les considérations politico-sociales ont mal vieilli du fait de leurs outrances caricaturales. Cependant, la présence de Max Julien, la BO et l’originalité de l’histoire en font mon blaxploit’ préféré après
Coffy, mais ne vous enthousiasmez pas : la blaxploitation reste un genre n’ayant pas à ma connaissance donné le moindre grand film, d’où la bonne surprise quand on tombe sur une œuvre à peu près regardable.
Rose Bonbon ( Howard Deutch, 1986 )
Dans un lycée cloisonné entre les riches et les pauvres, la jeune Andie ( Molly Ringwald ) tombe amoureuse de Blane ( Andrew McCarthy ). Peinant à s’intégrer dans l’entourage de Blane et privée du soutien de Duckie, amoureux d’elle depuis toujours, Andie ne peut même pas compter sur sa famille, son père déprimant depuis que sa femme a abandonné leur famille.
Ca ressemble à du John Hughes, on retrouve les acteurs de John Hughes et le scénario a été écrit par John Hughes ; cette réalisation de l’illustre inconnu Howard Deutch est en réalité une œuvre portant tellement la marque de son producteur qu’au bout de cinq minutes on se plait à chercher les éléments communs avec
Breakfast Club, par exemple.
Rose Bonbon est l’un des films les plus 80’s que j’ai pu voir : TOUT, que ce soit les fringues, le langage, la musique ou la mise en scène semble contaminé par l’esthétique de l’époque mais avec un relatif bon gout ( New Order ou les Smiths à la BO c’est mieux que Whitney Houston non ? ) et un entrain communicatif. Les personnages secondaires sont absolument excellents notamment la punkette SM qui finit par trouver l’amour avec un bourgeois ( ce qui au passage permet de nuancer l’opposition méchants riches/gentils pauvres que certains verront évidemment, déjà quand on lit les conneries écrites sur
Titanic… bref ) et surtout l’amoureux transi d’Andie et ses blagues débiles ( " bon, sur ce, je m’arrache comme une dent de sagesse ! " ), sans oublier un impérial Harry Dean Stanton en père célibataire au bout du rouleau. C’est un film qui sans conteste a inspiré énormément une série comme
Véronica Mars. Dommage qu’en revanche l’acteur qui joue le " gentil riche ", Andrew McCarthy, soit d’une désespérante platitude et se fasse voler la vedette par le sale con incarné par un tout jeune Christian Slater. Et les personnages de riches auraient mérité que le film s’attarde un peu plus sur eux.
Divertissant et souvent drôle, moins idiot qu’il n’en a l’air,
Rose Bonbon a beau ne pas avoir été réalisé par John Hughes, il me semble égaler ses meilleurs films comme
Breakfast Club.
Boris.