A la recherche du temps perdu (Marcel Proust)
Présentation
A la recherche du temps perdu est un roman en 7 volumes, dont 3 posthumes :
Du côté de chez Swann, A l'ombre des jeunes filles en fleur, Le côté de Guermantes, Sodome et Gomorrhe, La prisonnière, La fugitive/Albertine disparue et
Le Temps retrouvé. J'utiliserai pour le sixième tome le titre initialement prévu par Proust,
La Fugitive, parce que je le trouve plus poétique. Na.
C'est selon wikipedia le plus long roman couremment lu. Il contient plus de 200 personnages, et de façon assez intéressante un bon nombre d'erreurs chronologiques, des personnages qui rescussitent principalement, surtout à partir de
Sodome ce qui s'explique par la mort prématuré de l'auteur qui n'a pas pu tout relire.
Principaux personnages :
Le narrateur : atteint d'une maladie nerveuse, adoré de sa mère et de sa grand-mère, remet toujours en question et au lendemain sa vocation littéraire.
Charles Swann : modèle du narrateur. Amateur d'art et grand jaloux, il ne réalisera jamais sa vocation. Il épouse sa maîtresse Odette de Crécy, avec qui il aura une fille Gilberte, dont le narrateur tombe amoureux.
Albertine Simonet : le grand amour du narrateur.
Robert de Saint-Loup : son grand ami, neveu des Guermantes.
Le baron de Charlus : beau frère d'Oriane. Modèle de l'inverti. Doté d'une sensibilité exaccerbée, de grands dons artistiques qu'il n'exerce pas, sa conversation et ses colères sont légendaires.
Oriane de Guermantes : ancienne Princesse des Laumes. Son nom fait l'objet des rêveries du narrateur, avant qu'il en tombe amoureux. Il finit par la fréquenter et devenir ami avec elle. Elle est l'un des grands personnages du monde.
Mme de Villeparisis : tante d'Oriane, amie de la grand-mère du narrateur, maîtresse du marquis de Norpois, ambassadeur et collègue du père du narrateur. Elle est déclassée dans le monde malgré son très grand nom. Elle est doté d'une certaine sensibilité artistique.
Mme Verdurin : tient un salon son petit "noyau", qu'elle commande d'une volonté de fer. Sous des dehors de protectrice des arts, une grande snob.
Résumé :
Comme l'ont plaisanté les Monty Python (
www.youtube.com/watch) il est très difficile de résumer la Recherche. De façon extrêmement elliptique, on peut dire que c'est l'histoire d'une vocation littéraire.
Le premier tome se divise en trois parties.
Combray, à partir de deux souvenirs introductifs, dont la fameuse madeleine, où le phénomène de mémoire involontaire est exposé pour la première fois, expose l'enfance du narrateur dans cette petite ville de province, ses angoisses nocturnes, ses rêveries opposées sur le côté de Méséglise et de Guermantes, la beauté de la nature et une première rencontre avec la fille de Swann, Gilberte.
Dans
Un amour de Swann, véritable roman autonome à la troisième personne, le narrateur raconte l'histoire de Swann et d'Odette de Crécy et nous introduit le milieu des Verdurin. Si quelques descriptions du monde et de ses vanités sont déjà présente, Swann est introduit comme modèle du narrateur, et dans sa jalousie maladive, et dans sa vocation littéraire non réalisé.
La troisième partie, plus courte,
Nom de pays : le nom est à relier aux
Jeunes filles. Le narrateur raconte d'abord ses rêveries sur les différents nom de lieu qui le font rêver, principalement Balbec en Normandie, et Venise. S'ensuit une description de son amour pour Gilberte Swann, la fille de Charles et d'Odette. Le livre se termine par un retour aux promenades au bois, des années après, qui déçoit le narrateur et lui fait perdre foi sur les pouvoirs de la mémoire.
A l'ombre des jeunes filles en fleurs est lui divisé en deux partie.
La première, Autour de Mme Swann raconte le renoncement du narrateur à Gilberte, introduit le marquis de Norpois, Bergotte, l'écrivain préféré du narrateur, et nous parle longuement de Mme Swann.
La seconde,
Nom de Pays : Le pays raconte le premier voyage à balbec avec la grand-mère du narrateur. Il y rencontre quatres personnages essentiels : Mme de Villeparisis, amie de sa grand-mère, le marquis de Saint-Loup, avec qui il se lie d'amitié, le peintre Elstir qui l'aide à poursuivre sa formation artistique et dépasser la déception de Balbec qui ne correspondait pas à ses réveries onomastiques de Nom de Pays : le Nom, et Albertine Simonet et son groupe de jeunes filles, desquelles il tombe amoureux.
Le troisièmre tome,
Le côté de Guermantes, est divisé en deux grandes parties.
Dans
Guermantes I, la famille du narrateur emménage une dépendance de l'hôtel des Guermantes. Inspiré par ses rêveries sur ce nom et la proximité de la duchesse, le narrateur tombe amoureux et la suit dans ses promenades au grand énervement de celle-ci. Pour la forcer à l'inviter, il rend visite à son neveu Saint-Loup à Doncières, sa ville de garnison où il discute longuement d'art militaire avec les jeunes sous-officiers. Mais Saint-Loup ne peut lui avoir l'invitation rêvée. Une scène avec Saint-Loup et sa maîtresse lui révèle qu'elle est en fait une ancienne prostituée d'un bordel qu'il fréquentait. S'ensuit une réflexion sur l'image de la femme, puis sur le métier d'acteur. Le narrateur visite le salon de Mme de Villeparisis, déclassé sans qu'il sache pourquoi. Nombreuses réflexions sur la mondanité, ce qui fait la valeur d'un salon et l'affaire Dreyfus. Le narrateur apprend la maladie de sa grand-mère qui a une crise lors d'une promenade avec lui.
Guermantes II s'ouvre sur l'agonie de la grand-mère et sa mort, le peu de tristesse qu'éprouve le narrateur et la tristesse de sa mère. Le narrateur est guéri de son amour pour Mme de Guermantes. Saint-Loup le visite juste après une déception amoureuse, s'ensuit une rêverie sur la valeur de l'amitié. Comme il n'est plus amoureux, le narrateur est invité à une soirée des Guermantes, qui occupe la plus grande partie de ce livre II. Un long portrait du monde, du peu de valeur de celui-ci, entrecoupé par des rêveries sur les Elsir que possèdent le duc et la duchesse et le plaisir qu'éprouve le narrateur à l'écoute des histoires généalogiques, qui rendent aux noms leur pouvoir de rêveries. Une visite au baron de Charlus, frère du duc de Guermantes plonge le narrateur dans la stupeur, tant la conduite de celui-ci lui paraît étonnante. S'ensuit une courte évocation d'une visite chez la Princesse de Guermantes, cousine de la duchesse. Le livre se termine sur évocation de d'une après-midi dans la cours des Guermantes. Swann rend visite à la duchesse et lui apprend qu'il est mourant. Celle-ci ne sait que faire, prise entre le devoir de le consoler et celui d'aller à ses rendez-vous mondain. Le duc de Guermantes met fin à ses hésitations...
Le quatrième tome,
Sodome et Gomorrhe est divisé entre
Sodome I et
Sodome II. C'est en quelque sorte la suite des évocations sociales de
Guermantes, et la transition vers "le roman d'Albertine".
Sodome I occupe en fait la plus petite partie du roman : il s'agit de l'évocation d'une scène dans la cour de l'hôtel de Guermantes se déroulant juste avant l'arrivée de Swann. Cette scène est la rencontre entre le baron de Charlus et Jupien et la découverte par le narrateur de l'homosexualité masculine, et une théorisation de celle-ci les "hommes-femmes".
Sodome II est divisé en quatre chapitres. Le premier décrit une autre soirée chez la princesse de Guermantes, en quelque sorte une relecture des découvertes mondaines de Guermantes à la lumière de "l'inversion". Les colères du baron de Charlus sont encore évoquées. Dernière conversation avec Swann. S'ensuit une visite d'Albertine chez le narrateur. Enfin, ce chapitre ce termine sur un passage nommé "Les intermittences du coeur". Le narrateur retourne à Balbec et les souvenirs de sa grand-mère lui revennant, il réalise enfin qu'elle est morte, et le chagrin le prend.
Le deuxième chapitre s'ouvre sur la reprise des relations entre le narrateur et Albertine. Alors que celle-ci danse seins contre seins avec son amie Andrée, une remarque du docteur Cottard fait naître chez le narrateur le début du grand soupçon : l'homosexualité d'Albertine. Pour se rapprocher d'elle il lui fait croire qu'il aime Andrée. S'ensuit une soirée chez les Verdurins, précédées de la rencontre entre Charlus et Morel, un jeune musicien. Celuic-i est en fait invité à la soirée à laquelle se retrouve donc le baron. Evocation du salon, des différents caractères de ceux qui le compose, et principalement de Morel.
Le troisième chapitre évoque d'abord la relation avec Albertine, plus intime, les promenades en automobile dans la campagne... Le narrateur est de plus en plus jaloux, et la surveille de près. Le départ du chauffeur rend la relation ennuyeuse. Une soirée chez les Verdurin permet d'évoquer la position qu'y prend le baron de Charlus. Le narrateur le rencontre en soirée, celui-ci, malade de jalousie, invente un duel pour faire revenir Morel. Le narrateur l'aide par amitié. Enfin, une longue évocation du parcours du petit train de Balbec jusque chez les Verdurins, et les dernières évocations mondaines clôturent ce chapitre.
Le quatrième chapitre et le plus bref. Le narrateur s'apprête à quitter Albertine, lorsque celle-ci lui réveille qu'elle connaît l'amie de Mlle Vinteuil. Or le narrateur sait que celle-ci est une invertie. Sa jalousie renaît brusquement, plus forte que jamais, et il convainc Albertine grâce à un subterfuge de rentrer à Paris et de venir s'installer quelques temps chez elle.
Les deux tomes suivants,
La Prisonnière et
La Fugitive constituent un récit presqu'autonome (aux quelques épisodes de Sodome et Gomorrhe qui s'y rattachent près), qu'on pourrait appeler le roman d'Albertine.
La Prisonnière est un roman très difficile à résumer, car presqu'entièrement psychologique (il s'y passe donc encore moins de chose que dans le reste de la Recherche^^). Pour faire simple, le narrateur et Albertine vivent ensemble dans l'appartement de celui-ci. Albertine sort en journée, surveillée par le chauffeur pendant que le narrateur rêve. Il sort une seule fois, chez les Verdurin car Albertine voulait les visiter. Le soir Albertine rentre, ils discutent, se caressent, et s'endorment. 5 journées sont évoquées ainsi, au cours desquels la surveillance du narrateur augmente et les relations entre les deux amants se tendent. Seul la visite chez les Verdurin nous sort du huit-clos et elle est l'occasion où le narrateur entend le septuor de Vinteuil ce qui lui permet de décrire la beauté de la musique et de réfléchir sur l'art. A la fin du cinquième jour, une dispute plus violente éclate. Albertine reste quelques jours, un matin Françoise, la domestique du narrateur, le réveille et lui annonce que celle-ci est partie.
La Fugitive reprend à la fin de la Prisonnière. Le narrateur négocie avec Albertine et sa tante par lettre, en envoyant Saint-Loup chez elle. Son retour et leur mariage semble alors possible, mais il reçoit soudainement une lettre de la tante d'Albertine qui lui annonce la mort de celle-ci. Chagrin du narrateur, enfermement, le narrateur enquête et finit par savoir partiellement la vérité sur Albertine. Quelques temps plus tard, guérit de son chagrin, celui-ci recroise Gilberte Swann, devenur Mlle de Forcheville sans la reconnaître. Il part plus tard pour Venise avec sa mère, y rencontre Mme de Villeparisis et Monsieur de Norpois, et se dispute sans raison avec sa mère. On apprend alors un double mariage, dont celui de Gilberte avec Saint-Loup. Mais celui-ci la trompera, et un nouvel aspect de celui-ci est révélé. Le narrateur rend visite à Gilberte pour la consoler, et celle-ci lui révèle beaucoup de choses sur ses sentiments passées et le côté de Guermantes et de Méséglise.
Enfin, le dernier tome s'intitule
Le Temps retrouvé. Il s'ouvre par une évocation de Paris pendant la guerre, les nouvelles situations mondaines, le courage de Saint-Loup, la germanophilie de Charlus qui s'oppose aux sensationalisme des journaux. Le narrateur découvre par hasard que Jupien a ouvert un hôtel de passe pour Charlus, et que celui-ci est devenu masochiste. Des années plus tard (ça n'est pas pour rien que Proust était un grand admirateur de L'éducation sentimentale), après des années de maladie, le narrateur rentre à Paris et va à une matinée de la Princesse de Guermantes. Sur les pavés de l'hôtel de Guermantes, puis dans l'antichambre, des révélations le frappent coup-sur-coup. Sa vocation est née, et il théorise le roman qu'il va écrire. Il assiste malgré cela a cette matinée, mais tout est changée par le Temps, il ne reconnaît plus les visages de ses anciens amis. Sa vieillesse le frappe. Il évoque les derniers chagements de cette société que nous croyions si bien connaître, de dernières révélations sont faites. Puis, dans les dernières pages du roman, il évoque son travail, son enfermement, ses exigences, et sa volonté de ne pas oublier le rôle essentiel du Temps.
Note sur le style :
Le style de Proust est bien sûr très particulier. Ses phrases sont réputées pour être longue, et elles le sont parfois (je crois avoir vu une phrase de deux pages dans Sodome...). Ceci dit il fait aussi des phrases courtes, il y a probablement une alternance entre les deux. Enfin bref, le style peut paraître difficile, mais lorsqu'on le comprend et qu'on s'y habitue, il est vraiment extraordinaire. La raison est en qu'il convient exactement au projet du roman, qui vise à extraire de la vie le plus de sens et de beauté possible : ce n'est pas une obsession du détail ou de la vérité qui guide Proust, mais une considération esthétique et l'idée que dans les particularités des choses se trouvent leur généralité. De même, cette obsession incroyable de la métaphore ("comme" est le mot significatif qui revient le plus dans le roman) s'explique toujours par cette considération esthétique.
Pour moi, une fois habitué, Proust n'est pas une lecture plus difficle qu'aucun roman du XIXe siècle.
Thèmatiques et appréciation :
Il est difficile d'être clair et concis lorsqu'il s'agit d'un roman de cette envergure. Il faut je pense tout d'abord noter que ce roman, trois fois plus longs que
Guerre et Paix, où il se passe finalement bien peu de choses est très rarement ennuyeux. Tout au plus quelques passages sur l'étymologie peuvent paraître un peu longuets, même s'ils sont justifiés.
Les thèmes du roman sont réellement variés, mais tous extrêmement approfondis, et de façon générale ils sont reliés dans le roman. On peut dire de la
Recherche que c'est un roman social, psychologique, une analyse de l'amour et de la jalousie, une réflexion sur la mémoire et sur le passage du temps, une recheche de l'art et de la beauté, un traité d'esthétique ou de l'imagination qui contiendrait sa propre mise en application. Bref, chacun des thèmes est relié aux autres, et peut-être le fameux "temps perdu" du titre n'est-il autre que le point central qui relie toutes ces thématiques.
C'est un roman dont le ton varie beaucoup. Souvent sur le mode descriptif, ou de sentiments ou de sensations, tout le temps pyschologique, chaque situation est retournée de tout côté, le narrateur tente d'imaginer toutes les explications aux réactions des personnages, en éliminent certaines, parfois elles seront validés par des éléments ultérieurs, parfois pas. Proust est un psychologue sans égal, et à travers un seul de ses personnages si minutieusement décrit, c'est tout une foule qui nous apparaît tant sa vérité est criante.
Proust sait également être mordant, et parfois drôle. J'ai ri un certains nombres de fois aux tirades du baron de Charlus, aux facéties d'Oriane de Guermantes, à certains portraits très acides, comme ceux de Norpois ou du noyau Verdurin, ou encore de la bêtise incroyable de tous ses gens du faubourg Saint-Germain. Mais en même temps, Proust reconnaît son goût pour le snobisme, l'accepte et l'explique. On finit par comprendre son plaisir à ses fréquentations, quand bien même elles ne lui apportent rien d'autre. La galerie de personnage est très plaisante, pas toujours attachante (le baron de Charlus est probablement mon personnage préféré, et pourtant il n'est pas sans défaut...), mais presque tous ont leurs bons côtés et leur sincérité.
Contrairement à ce que son apparence touffue peut nous faire croire, la composition du roman a fait l'objet d'une extrême attention. Chaque personnage principal est peiont à plusieurs reprise, suite aux différentes révalétions du romans, certaines étant très suprenantes, Proust aimant relier ce qui paraissait si différent. De plus, la question narrative centrale ("comment le narrateur va-t-il enfin se mettre à écrire ?") finit par être un moteur de lecture en soi, on souhaite sa résolution autant qu'on peut souhaiter connaître le coupable dans un roman policier. J'aimerais d'ailleurs noter à quel point le héros, car il s'agit bien d'un héros et pas d'un anti-héros, est particulier. Sa perception et sa sensibilité sont exacerbés, son caractère extrême, il est a priori beaux... bref Proust nous dessine en quelques sortes le romancier idéal, celui qui va tenter de s'attaquer à ce qui serait son roman idéaL... Quelle ambition ! Celle-ci n'empêche d'ailleurs pas une modestie extrême et ce narrateur de nous énerver car si ses qualités sont extraordinaires, ses défauts le sont tout autant. C'est là encore un modèle du personnage proustien, les particularités les pls extrêmes nous révèlent des lois psychologiques générales.
Certaines pages sont d'une beauté fulgurante, il serait difficile de toutes les citer, mais on peut songer à la réalisation de la mort de la grand-mère, à la conversation avec Gilberte à la fin de
La Fugitive, aux passages très théoriques sur le roman, à la scène où Swann annonce sa mort à Oriane de Guermantes, à la madeleine bien sûr, aux regrets du temps passé à la fin de
Swann, à la fin de l'amour de Swann pour Odette, aux pages douloureuses qui suivent la mort d'Albertine, la célébrissime mort de Bergotte devant La vue de Delft, l'évocation des aubépines dans
Swann... J'en oublie beaucoup !
Le système narratif, au premier abord assez simple (le récit est à la première personne, quasi chronologique, excepté en gros l'insertion d'
Un amour de Swann, l'inversion (mwahaha) de la scène dans la cour de l'hôtel Guermantes) est en fait d'une grande complexité. C'est en quelque sorte celui de Sylvie de Nerval élevé au rang de système : Proust écrit, le narrateur raconte ce que la narrateur sait et ce que le narrateur saura, parfois dans un futur état intermédiaire qu'on ne connait pas encore. Une ou deux fois, le narrateur s'adresse au lecteur, grand moment de perplexité. Parfois le narrateur et Proust sont très distants, parfois très proches au point qu'on se demande qui parle (on peut songer à l'ultime description du travail d'écriture). Sans compter cet étrange paradoxe, lorsque le narrateur affirme vouloir composer un roman à partir de sa vie, c'est-à-dire au fond ce que fait Proust, cela signifierai qu'il existe une distance entre le narrateur et le narrateur...
Enfin la
Recherche comme traité esthétique est une réussite absolue. Je pense qu'on ressort du roman avec une meilleure compréhension de l'art, de l'artiste, et sans aucun doute une envie d'écrire, car après tout la thèse du roman, s'il y en a une, n'est-ce pas que seule la vie littéraire vaut vraiment la pein d'être vécue, la vie littéraire qui chez Proust est, par définition, celle qui extrait de la vie toute sa beauté et tout son sens...
Il y aurait encore bien à dire, mais je pense que sans rentrer dans le détail de certaines scènes, c'est déjà bien pas mal.
Conclusion : j'ai écrit un long résumé que personne ne lira j'ai fait une analyse toute pourrie et bien trop courte^^
Plus sérieusement, c'est sans aucun doute mon oeuvre littéraire préférée, et je ne peux que vous conseiller de vous y essayer. J'étais il y a quelques années paralysé à l'idée de lire ce roman, j'en ressors aujourd'hui au bout de près de trois mois de lecture comblé comme je l'ai été par peu d'oeuvres.
[ Dernière modification par corum le 17 nov 2012 à 11h55 ]
"car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision" Marcel Proust