un nouveau passage :
Le soleil obscur, de Philip José Farmer : la Terre, dans un futur très très lointain. Elle n'abrite plus que des formes de vie sauvages, dont certaines ont manifestement été créé par l'homme dans un très lointain passé, et quelques tribus primitives. Deyv fait partie de l'une d'elle, et entreprend un périlleux voyage pour trouver l'âme soeur. Mais on lui vole son oeuf-âme en cours de route. Il doit donc retrouver son âme avant de pouvoir être réaccepté par les autres humains.
Clairement ce n'est pas très bien écrit, même en prenant en compte une traduction qui ne fait certainement pas d'efforts dans ce sens. L'intérêt réside dans la luxuriance de détails qu'on découvre dans un monde qui a été le notre il y a fort longtemps et qui est devenu méconnaissable. Les tribus sont primitives, mais elles possèdent des objets technologiques, comme des pistolets à pompe ou des armes blanches inoxydables, trésors venue d'une civilisation avancée engloutie depuis longtemps (sûrement plusieurs civilisations successives d'ailleurs.) On a un véritable foisonnement de nouvelles espèces/technologie qui font que le monde évoqué nous est tout à fait inconnu. Dans la démarche, on n'est pas très loin de celle de Larry Niven pour l'anneau-monde. (et non le disque monde, ne
lui en déplaise :p). Des compagnons que tout devrait séparer arpentent un monde en grande partie inconnue condamné à brève échéance à disparaitre.
Les personnages sont assez peu fouillés, en revanche tout manichéisme malvenu nous est heureusement épargné, ce n'est pas le groupe de gentil et les méchants qui se mettent sur leur route. Par contre je trouve les rebondissements souvent assez artificiels et convenus. Le rythme n'est pas mauvais, à défaut d'avoir un style brillant, le monde ne manque pas d'inventivité, ni les personnages rencontrés. Le monde développé fonctionne et ne manque largement pas d'intérêt grace aux découvertes des personnages qui émaillent leur parcours et sont autant de témoignages divers de civilisations disparues depuis longtemps mais largement postérieures à la notre. Bref, ce petit roman a l'art tout de même de concilier le style fantasy et le style SF avec un certain bonheur, autant se laisser faire.
Toi l'immortel, de Roger zelazny : Pour Conrad Nomikos, conservateur et chef du département art de la Terre, servir de guide touristique et de garde du corps à un Vegan n'est pas spécialement une sinécure, surtout quand un tueur professionnel fait partie du voyage, sûrement pas à titre de décoration. Surtout quand on ne sait pas ce que cache exactement la visite de ce Vegan.
Dès ce premier roman, couronné du prix Hugo (en même temps que Dune?), Zelazny plante son univers : une référence très marquée à la mythologie et au folklore, le thème de l'immortalité et du héros avec certains pouvoirs, en l'occurence celui d'avoir des mains capables de tout broyer, y compris un vampire araignée à main nue, et quelques petits détails se révélant au cours du récit. Plein de clins d'oeils amusant, un style pas désagréable quoique pas aussi clair que dans le série des
Princes d'ambre, et l'ambiguité de ses personnages dont on ne sait jamais vraiment si ce sont des salauds finis ou pas.
Clair, concis, rythmé, parfois amusant, souvent surprenant
, Toi l'immortel est une grande réussite sur le plan du récit.
Au niveau du monde décrit aussi, c'est un vrai bonheur, même si parfois on se pose des questions (un mélange entre l serpent et le crocodile? Le boadile bien sûr!). Une Terre ravagée par une catastrophe atomique, la plupart des terriens ont un gouvernement fantoche sur une autre planète, encouragés par les végans, "race supérieure". Ces mêmes végans sont passionés par ce qui touche à l'espèce humaine tant ça sort de leur ordinaire. Mais sur Terre, il y a le RadPol, une organisation pour la sauvegarde de la Terre, le Retour des terriens disséminés dans la galaxie et contre toute forme d'interventionnisme étranger, allant jusqu'à l'attentat terroriste pour parvenir à ses fins.
En clair, le monde comme les personnages sont vraiment fouillés, mais le tout révélé détails par détails sans que ça nuise au rythme endiablé du récit, jusqu'au twist final, fabuleux pour tout amateur de merveilleux/folklore/mythologie.
L'île des morts, de Roger Zelazny : Francis Sandow fait partie des 100 plus grosses fortunes de la galaxie. D'ailleurs il est le doyen des humains, né au XXème siècle et encore vivant au XXXIIème siècle. Il est également l'un des avatars du panthéon pe'ien et le seul non pei'en à en faire partie, un forgeur de mondes. Oui Francis Sandow est un Dieu vivant. Mais même les dieux ont leurs adversaires. Et quand il recoit des photos prises récemment de gens morts depuis longtemps, il sait qu'il y a un complot derrière tout ça.
Oui j'aime bien Zelazny ^^. Encore une fois les thèmes abordés sont les mêmes, mais ce qu'il y a de bien chez cet auteur, c'est que les trames, les univers, les personnages également, tout est à chaque fois suffisament différent pour se retrouver avec un canevas tout aussi passionant et original. Encore une réussite que je conseille, mais je passe dessus parce que Zelazny, j'ai déjà pas mal commenté sur ce forum ^^.
La geste des chevaliers dragons, bande dessinée d'Ange : oui ce n'est pas de la littérature, mais tant pis. Bref. Nul ne sait pourquoi les dragons apparaissent. Leur présence déforme la réalité. A leur contact tout ce qui vie se déforme et devient maléfique sous l'influence de ce qu'on appelle le veil. Seules les vierges peuvent subir son influence sans se déformer, et échapper à la perception magique des dragons.
Ca a l'air d'une série montée pour le prétexte de montrer de jeunes filles plus ou moins dénudées combattant de gros dragons, pour geek en manque. En fait, c'est plutôt cool. Plusieurs thèmes abordés, parmi lesquels celui du devoir et du sacrifice requis pour l'accomplir, et aussi la question de qui est le monstre le plus dangereux, de l'homme ou du dragon? Finalement sur plusieurs tomes, le veill fait office de révélateur de la folie humaine. Un hommage à Joseph Conrad en forme de reprise de
Au coeur des ténèbres vient d'ailleurs confirmer tout ça.
Tous les tomes sont inégaux, comme il arrive souvent dans ce genre de séries. Ils sont globalement indépendants, même si certains reprennent des personnages antérieurs. Si les trames se suivent et se ressemblent, il y a malgré tout une recherche d'originalité qui se voit dans le développement des intrigues qui abordent chacun un aspect différent du thème. Au final, il y a de la nouveauté à chaque nouvel opus. Dans l'ensemble, malgré les apparences et les dessins pas toujours géniaux, c'est malgré tout une bonne série.
Flamme, de Grue-noire Gerileqimuge : L'histoire de Flamme, molosse du Tibet atypique, chien de berger accompli, catapulté du jour au lendemain dans une vie qu'il ne comprend plus.
Livre exubérant, qui ne peut pas ne pas rappeller
Croc Blanc, c'est un véritable hymne à un monde dont la plupart d'entre nous (je me place dedans) ignorent tout. Les hauts plateau du Tibet sont le cadre des exploits de cet énorme chien, à moitié sauvage. Un monde rude, peuplé d'hommes à son image, où la nature sait encore se montrer féroce et insoumise. Flamme va accomplir un véritable parcours initiatique pour tenter de trouver une place dans un monde, dont la cruauté et la vénalité humaine ne sont malheureusement pas absentes.
Un beau jour de printemps, de Yiyun Li : en mars 1979, ça pourrait effectivement être un beau jour de printemps. Mais Gu Shan, une contre-révolutionnaire, va être exécutée. Or celà n'aura pas de répercussion que sur les parents de la victime, mais bien sur toute la communauté.
On prend quelques personnages d'une ville et on les suit, essayant de vivre dans un monde soumis à la dictature communiste, en proie à la terreur et au bourrage de crâne. Le style est simple, les personnages tous intéressants car bien fouillés. Sans fioritures, un témoignage sur la vie quotidienne de ces familles, perdues par l'endoctrinnement, la misère, se rattachant aux vieilles superstitions, celles-là même que le Parti décrit comme intolérables. Même si ce n'est pas particulièrement un chef d'oeuvre, pour un premier roman, celui-ci est une belle réussite, qui se lit d'une traite tellement on a envie de savoir ce qu'il va se passer pour nos personnages favoris ensuite. Si le rythme peut sembler à cette description celui d'un soap, il n'en est rien grace à la profondeur des personnages, qui ont leur part de lumière et d'ombre et se développe au fur et à mesure du récit, tandis que notre regard change sur chacun d'entre eux au fur et à mesure, en fonction de par qui ils sont vus. La grande réussite est là, de présenter les personnages tels qu'ils se concoivent eux-même et ce qu'en pensent les autres, caractère ébauché par un acte semblant choisi tout à fait fortuitement.