Samedi 07 Janvier 2012 à 15:22
#298
J'ai lu Dune il y a longtemps, pour ma part je me rappelle juste avoir globalement aimé les 3 premiers tomes et pas les autres ^^.
Mais je ne rentrerais pas dans le débat car mes réminiscences en sont vraiment trop lointaines. Ceci dit comme les passages sur l'eau sont ce qui est le plus clair dans ma mémoire, je pense que c'est aussi ce que j'avais préféré. ^^
Italo Calvino, ça fait longtemps qu'il est sur ma liste de lecture et que je l'oublie malencontreusement ^^. Je voulais lire la trilogie, mais celui que tu présentes, gedat, a l'air également particulièrement savoureux.
Au passage :
Park Life, de Yoshida Shuichi : la vie interne d'un grand parc de Tokyo, vue par le regard d'un employé de bureau plutôt excentrique.
Déjà qu'on se le dise, dans ce livre, il ne se passe rien. Pas d'intrigue. Une sorte de poésie douce-amère enveloppant les relations à peine ébauchées des étonnants personnages rencontrés dans ce récit. Relations tout ce qu'il y a de plus superficielles d'ailleurs, de deux principales personnes qui aimeraient se rencontrer mais s'enlisent dans une désespérante banalité malgré leur caractère original. Au final, le personnage principal du livre, c'est bien ce parc, considéré sans ambiguité comme un organisme vivant par l'auteur.
La ville au crépuscule, de Kazumi Yumoto : Tête-de-mule est un grand père hors du commun, qui a tout fait et qui est maintenant un clochard porté disparu. Mais quand il réapparait, les anecdotes refont surface et le petit garçon qu'est le narrateur essaye de les concilier avec la vie actuelle.
Récit court et touchant d'une famille d'excentrique, surtout avec le personnage du grand père clochard, qui est juste génial. Je ne connaissais pas cet auteur, qui écrit habituellement pour les jeunes. Mais ce récit ne manque pas de subtilité, et surtout, il est très très agréable à lire.
La joie, de Mo Yan : Yongle aspire à avoir son diplôme de fin de lycée pour rentrer à l'université, seul moyen pour lui d'échapper à la vie de paysan pour laquelle il n'est pas fait. Mais il s'est planté déjà 3 fois, et sa famille ne manque pas de faire pression, bouche à nourrir inutile alors qu'ils ont tellement peu.
Je ne connaissais encore cet auteur que de nom. Très prolifique, il semblerait qu'une minorité de ses romans soit déjà traduite, ce qui fait déjà de quoi faire. Je ne sais donc si La joie est représentative de son style, qui si oui est très représentatif. En effet il y a une exubérance lyrique et poétique dans l'écriture, qui cotoie la trivialité la plus crue. En tout cas l'écriture est on ne peut plus rythmée, et le déroulement des évènements est d'une grande clarté malgré un style très dense. Loin de tout auto-apitoiement ou misérabilisme malgré le sujet traité, La joie porte paradoxalement bien son titre.
Et je me rend compte que dans mon dernier post j'avais parlé de science-fiction....
Bon du coup on va essayer de soigner un peu tout ça, ça va être un pavé ^^ :
Le gouffre de la luneet Les habitants du mirage, d'Abraham Merritt.
Je vais parler de ces deux là ensemble, car la trame est à peu près exactement la même. Il s'agit à chaque fois d'un héros qui se retrouve confronté sur terre à un autre monde inconnu, suite à une situation exceptionnel, et qui tombe au milieu d'une lutte de 2 factions, les 2 factions menées par une jeune et belle femme, qui tombent toutes 2 amoureuses du héros, sinon c'est pas drôle. Le problème de Merritt est que les péripéties/retournements restent les mêmes, les caractères des personnages secondaires également.
Cependant Merritt est un auteur intéressant à plusieurs égards. Déjà comme source d'inspiration d'un certain Lovecraft par exemple (également auteur répétitif s'il en est par ailleurs.) Mais surtout il représente un jalon dans l'histoire de la SF. (pour ça je renvoie à la très bonne enthologie de la SF de Sadoul). Effectivement, c'est l'un des auteurs des pulp. Or ses histoires, contrairement à beaucoup de créations de pulp fiction, sont relativement bien écrites, avec même des passages narratifs descriptifs très réussis. Certes on peut citer d'autres auteurs qui ont écrits de bons livres dans les pulp, notemment Lovecraft d'ailleurs, et tous les auteurs de SF de l'époque de toute façon, à ma connaissance. Cependant, rappellons à la décharge de Merritt, que les pulps sont par définition redondants, et de moins bonne facture encore que les comics de bas étage, c'est dire. Les thèmes demandés dans les pulps spécialisés de SF était toujours les mêmes. Alors effectivement, les livres de Merritt reprennent ces constantes : endroits mystérieux, héroïnes si possible légèrement vêtues (oui il y a des illustrations aussi dans les pulps ^^), méchants, soviétiques de préférence, et monstres et autres joyeusetés.)
Ce n'est certes pas de la grande littérature, et n'a jamais prétendu en être. On a un peu le "syndrome roman-feuilleton", à savoir on veut de l'argent, du coup il faut produire, écrire prend du temps, si le canevas est déjà prêt, on gagne du temps, alors on change l'endroit, on change les noms, on garde le scénario et les personnages, un coup d'enduit par dessus, et c'est reparti.
==> Ca vaut le coup d'en lire un, si le coeur vous en dit c'est pas désagréable d'en lire plusieurs, et si vous aimez la SF, vous en avez là un jalon important.
Honor Harrington, de David Weber : Gros pavé de plusieurs tome, best seller, la série d'Honor Harrington met en scène une héroïne (dont vous ne devinerez jamais le nom :p), qui sort du centre d'entrainement militaire du royaume de Manticore. Mais la première affectation d'Honor Harrington risque de ne pas être de tout repos, en un temps où la république populaire du havre (pourquoi les méchants doivent avoir au moins une terminologie communiste d'ailleurs?) projette de mettre à bas le royaume par une série de coup bas vicieusement mis en place. En plus, la dame a forcément des ennemis dans les rangs même de son armée, sinon, ce ne serait pas drôle.
Cette série est crée dans un seul but : être un best-seller. Et ça marche. C'est du space opera basique et classique. Ca marche en affichant une grande précision sur les technologies évoquées, pour créer un univers on ne peut plus réel. Il ya évidemment des combats, mais aussi un éventail de manipulations politiques, pièges, trahisons, religieux obscurantistes (forcément). Les gentils ont une technologie de pointe, mais ils sont peu nombreux. En plus ils sont pour la plupart loyaux (pour la crédibilité il faut certains vicieux dans les rangs des gentils). Du coup ils ont du mal à déjouer les pièges des méchants, qui eux sont moins avancés technologiquement mais représentent une masse énorme et inépuisable de soldats (moins compétents, bien sûr), et de matériel. Honor Harrington doit se battre contre les ennemis, mais également contre les alliés stupides ou malveillants, normal. Et puis le problème, c'est qu'il y a toujours le ratio d'ennemis compétents, sinon c'est pas drôle, y a pas de challenge. Du coup comme personne n'est immortel, il faut trouver des amis qui doivent mourir, fatalement. Bon bien sûr, heureusement, Honor Harrington est quelqu'un d'exceptionnel, du coup son équipage la vénère, mais pas au début non, faut la vénérer pour ce qu'elle entreprend, c'est bien ça, la distinction du mérite, ça prouve que le mérite offre l'accès aux récompenses.
Bref, si vous voulez des combats, de grands méchants politiciens et de la SF, vous l'aurez, et ça marche.
La lune des mutins, L'héritage de l'armagueddon et Les héritiers de l'empire, de David Weber.
Cette fois ce n'est qu'une trilogie (ouf!), qui raconte la prise de conscience que la terre est peuplé de gens qui ont oublié leur appartenance à un empire galactique, à cause d'une rébellion qui s'est passé il y a 50 millions d'années. Et oui, toutes les guerres sont dues à un groupuscule de mutins qui sont très méchants, d'ailleurs ils tuent plein de gens, c'est à ça qu'on les reconnait (nous en tout cas, car bien sûr ils oeuvrent secrètement.)
Autant ce genre de livres c'est rigolo 5 minutes, autant si vous vous êtes tapé les Honor Harrington, évitez de récidiver. Oui ça marche, oui c'est de la matière à best seller. Mais c'est... la même chose. Les technologies sont les mêmes, quand on a un filon, on le garde, logique, et il y a le lot de méchants en surnombre mais moins doués, de véreux chez les alliés et de balèzes chez les méchants, vous aurez vos religieux obscurantistes et vos politiciens corrompus, vos généraux héroiques, le mérite récompensé à sa mesure, et bien sûr vos batailles, spatiales ou non. Bref vous aurez ce que vous cherchez dans ce genre de bouquin. Pas plus malheureusement, pas par exemple d'innovation bienvenue qui nous ferait apprécier le pavé que constitue le dernier tome. C'est exactement comme Honor Harrington. Si le space opera c'est vraiment votre truc, vous allez adorer. Sinon, vous allez trouver le premier tome distrayant....Et contempler la taille du deuxième en vous demandant si vous aurez le courage. Puis vous verrez la taille du troisième et ça répondra à votre place.
Les loups des étoiles de Edmond Hamilton : Morgan Chane a un problème : à la répartition du butin, un loup des étoiles l'a attaqué et il l'a tué. Or Morgan Chane est d'origine humaine, et son acte est impardonnable pour le clan dirigeant l'attaque. Il doit donc s'enfuir. Mettons qu'il réussisse et qu'il soit recueuilli par des mercenaires terriens. Il a encore un problème. Car les loups des étoiles sont les pires pirates de l'univers, et si les gens savaient qu'il en était un, sa vie serait courte, malgré tous les avantages conférés par sa croissance sur une planète à lourde gravité.
Edmond Hamilton, c'est une autre carrure que David Weber, c'est même l'un des fondateurs du space opera. Ses héros sont sympathiques, plus que ceux de Weber. Normal, ce sont des salauds. Oui Chane est un loup, il pense à piller, à tuer ceux qui résistent, et à retourner piller. il est loup, les autres sont moutons, simple. Les mercenaires sont des humains, ils ont plus de sentiments, souvent des femmes, et des traits de caractère héroïques. Ils restent les fils de pute les plus endurcis de la galaxie, et s'ils veulent quelque chose, ils savent comment l'avoir. Bref tout ce qu'il faut pour avoir des aventures musclées. Bagarres, batailles spatiales, créatures, mondes à explorer, rythme haletant, c'est duspace opera catégorie poids lourd, le genre de bouquin, une fois commencé, vous le reposez quand il est fini. Oui bon d'accord, ça a vieilli. Mais c'est l'avantage du space opera, vieilli ou pas, c'est toujours dans un futur plus ou moins lointain (ou parfois tellement dans le passé, dans une galaxie lointaine, très lointaine, mais ça c'est une autre histoire), que ça parait toujours d'"actualité".
La cité et les astres, d'Arthur C. Clarke : Diaspar est la cité éternelle, figée et comme morte. Les habitants en sont immortels, car ils vivent très longtemps, ensuite leur personnalité est stockée dans les banques de mémoire de la cité et dans quelques milliers d'année, ils revivent, avec la conscience de leur vie antérieure. Mais quand un "né pour la première fois" s'éveille dans Diaspar, l'ordre séculaire menace de se briser.
L'âge d'or de la S.F. Arthur Clarke, c'est 2001, l'odyssée de l'espace. La cité et les astres, c'est un peu un melting pot de tous les thèmes de la S.F. De mystérieux envahisseurs, la ville au centre du récit et le despotisme innaccessible inhérent à cette structure, les robots, la génétique, les pouvoir para psychologiques, des extra terrestres, des écosystèmes différents, et j'en passe. Le pire, c'est que tout ça est saupoudré d'une réflexion psychologique sur l'immortalité, et que TOUT SE TIENT. Oui le récit suit son propre rythme sans s'embrouiller, se débrouille avec tout ça et forme un tout absolument cohérent. Plutôt un tour de force, non?
Bon je comptais conclure par une oeuvre de fantasy, mais ce sera pour la prochaine fois, écrire un pavé pareil, ça prend du temps ^^.
"_Je joue attirance mortelle sur mon pisteur invisible et je t'attaque avec.
_ouais, j'ai pris 1
_ok ..."