blue-monday  Hors Ligne Membre Inactif depuis le 13/11/2007
Grade : [Nomade]  Inscrit le 29/12/2005 226 Messages/ 0 Contributions/ 0 Pts | Envoyé par blue-monday le Lundi 03 Septembre 2007 à 22:56
Au sujet de Las Vegas Parano...
@ Soutzeverc, pour les précisions qu'il m'a demandé.
Ce film est absolument tout (pour ceux qui ont de l'imagination) sauf futile. Il est la chronique, ou plutôt le témoignage d'un journaliste célèbre du magazine Rolling Stone, à savoir Hunter S. Thompson, ici joué avec un mimétisme bluffant par Johnny Depp.
C'est une adaptation du livre du même nom ; un livre que Thompson a rédigé au même moment où son journal lui demandait de faire un reportage sur une course de moto qui a lieu chaque année dans le désert du nevada. Thompson est un journaliste singulier, il pratique le journalisme gonzo, à l'instar de Lester Bangs le légendaire critique rock (le plus grand surtout). Le journalisme gonzo est une émanation beatnik elle-même reprenant certaines pratiques des surréalistes ; c'est à dire écrire dans un état second, et uniquement dans celui-ci, bref abuser des drogues puis essayer d'écrire.
Pour bien comprendre Las vegas Parano (si tant est que "comprendre" puisse avoir un sens dans cette histoire), il faut se replacer dans le contexte historique et sociologique de l'époque que raconte Thompson.
On est en 1971, Nixon est au pouvoir, il est considéré comme un démon par certains intellectuels (Philip K. Dick romancier de science fiction lui-même perfusé de drogues) ; la guerre du Vietnam a toujours lieu (d'ailleurs c'est la première fois qu'une guerre est ouvertement couverte médiatiquement par des journalistes non encore contrôlés par l'armée), et durant cette année vont mourir, Jim Morrison, Jimi Hendrix et Janis Joplin, trois des plus illustres représentants du rock'n roll. Du feu des sixties, il ne restera bientôt que des cendres. 1971 c'est tout simplement la fin de pas mal d'illusions pour tout une jeunesse et pas mal d'intellectuels tous symboliquement "nés" en 1967 (summer of love, le début des hippies tout ça...l'avénement des drogues, du LSD surtout, l'année du rock).
On est donc en 71, et là ou le film de Giliam est captivant, c'est qu'il retranscrit avec génie (oui l'adaptation est géniale, c'est la copie visuelle du bouquin) tout le malaise de Thompson qui lui-même est en train de raconter de façon prophétique la fin des idéaux d'une génération. Qu'est-ce qu'il cherche le Thompson ? Le rêve américain. Il profite donc de son reportage dont il se fout royalement pour faire un tour à Las Vegas, qui selon lui est l'incarnation de ce fameux rêve américain. Las vegas, un kyste urbain et de néon, au milieu de rien, au mileu du désert ; on a déjà là l'incarnation architectural de ce rêve (partir de rien.....etc..) ; ensuite à Vegas, si tu as de la chance, tu peux être milionaire aux jeux (enfin c'est comme ça que c'est vendu dans les casinos) ; c'est un peu la reproduction moderne de l'ancienne quète de l'or au far-west, si tu as de la chance de trouver le bon filon, tu peux être milionaire. Donc Las Vegas, c'est à la fois sur la forme et le fond, LE rêve américain.
Mais c'est un rêve de merde, ou plutôt la modernité en a fait de la merde.
En 67, les hippies ont inventé un truc, ils ont prôné un retour au sensible, c'est à dire au plaisir simple de la sensation et uniquement cela. Les drogues étaient à l'époque perçues non pas comme aujourd'hui comme un échappatoire vers des paradis artificiels, mais plutôt comme des vecteurs et des amplificateurs de ces sensations. Ce retour à la nature dans lequel sont souvent caricaturés les hippies, traite aussi de cela : se débarraser de l'acquis pour ne se consacrer qu'à l'inné, à l'essence même des choses, soit là encore la recherche de sensations comme finalité.
L'amour constitue une partie de cette finalité.
Là ou ça se gâte, c'est que ce mouvement a rapidement emporté une partie de la jeunesse de pas mal de pays occidentaux, sur les pentes de nouvelles révolutions : "un nouveau monde est possible !" "Faites l'amour pas la guerre !" "aux chiottes les ainés !" ; bon pour résumé les sixties ont amenées pas mal de choses cuturellement (le rock, le pop art) et socialement (les drogues et la libération sexuelle).
Il n'est donc pas étonnant qu'aux Etats-Unis, ces mouvements de contestation aient été particulièrement féconds, puisque ce nouvel élan de vie porté par tout une jeunesse, s'incarnait très bien dans l'image du rêve américain où tout peut être possible, une vie meilleure etc. Mais là où ça déconne, c'est que le rêve américain, c'est d'abord un rêve individuel, certes porté par tout une nation, mais ça reste individuel ; or ces mouvements de contestation prônaient au contraire une image collective de celui-ci, une nouvelle société (aaahhhh les communautés de l'amour chère aux hippies !).
Dans Las Vegas parano, Thompson cherche le rêve américain avec l'esprit renouvelé des années 60, il a du vécu, il a fait parti de cette révolution culturelle et sexuelle ; bref il est du sérail, mais c'est un journaliste, en enquètant sur ce fameux rêve américain avec ses propres représentations du dît rêve, il prend du recul (et oui même avec un abus festif de drogues, d'ailleurs la voix off est là pour nous signifier ce recul), et perd ses illusions.
Cette révoulution des sixties, c'est que du vent : les technocrates sont toujours au pouvoirs et ce sont toujours nos ainés ; les drogues sont considérées comme un fléau pire que les armes à feu, la jeunesse comme des délinquants paumés éloignés de Dieu ; bref il n'y a que les jeunes qui ont prit le train quand la société toute entière est restée figée sur le quai de la gare. A ce titre le passage du séminaire anti-drogue est significatif.
Thompson dépeint en fait un monde qui n'a pas bougé, immuable et ce malgré la fin des sixties qui prométait un changement radical des mentalités ; bref il y avait de l'espoir et pas mal de gens y ont cru, y compris Thompson, mais la société elle, non.
Alors que reste t-il de ce rêve américain tant recherché par Thompson ? du fric, du conformisme réactionnaire, bref rien de surprenant, et c'est pas l'avènement du rock et son cortège de révolutions qui a changé les choses.
Mais en cherchant bien, il est resté une chose : la drogue. Certes elle n'est plus l'arme des révolutionnaires hippies, elle ne sert plus l'objectif de changer les mentalités pour fonder une société nouvelle et sensible. La drogue est simplement devenue, une arme pour fuir un monde incapable de se transformer. Alors quitte à être incapable de changer le monde, il reste la capacité d'en changer la perception de celui-ci, et ce gràce aux substances illcites.
Et c'est pour ça que Las vegas parano est si outrancier ; la surconsommation de drogues est une terrible fuite en avant de Thompson et de son avocat ; faire que la perception de ce monde aille le plus loin possible dans la folie, que les drogues montrent ce que la société a toujours été : des dinosaures dansant sous des spotlights et forniquant sur des canapés (allégorie splendide d'un monde archaîque et fier de l'être).
Autre image forte : La fameuse chanson "white rabbit" des Jefferson Airplane, soit l'hymne par excellence des hippies ; chanson qui raconte un trip au LSD ; chanson tant aimée par un Benicio del toro en pleine agonie (en pleine de descente) dans sa baignoire remplie d'eau, et celui-ci qui souhaite mourir électrocutée en écoutant ce morceau : quoi de plus belle image que celle d'un hymne ayant berçées une génération d'utopistes, sacrifié avec un de ses apôtres dans un pseudo-suicide glauque.
Bref un film brillant, qui embrasse tout une période historiquement riche, et ce de façon jubilatoire, avec le sourire, mais avec un sourire de supplicié, celui des hommes qui savent qu'il font parti de l'histoire ancienne, emportant avec eux leurs espoirs et un rêve.
Putain ! je crois que je viens de faire ma meilleure chronique ! Et pourtant Las vegas parano n'est pas un de mes films préférés...
J'espère Soutzeverc que j'ai éclairé ta lanterne.
Merci à ceux qui auront euent le courage de me lire.
[ Dernière modification par blue-monday le 04 sep 2007 à 10h00 ]
___________________ blue monday, misanthrope ? Affirmatif ! Anarchiste ? No comment !
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jokerface  Hors Ligne Membre Passif depuis le 20/07/2025
Grade : [Modo Forum]  Inscrit le 22/08/2003 4554 Messages/ 0 Contributions/ 7 Pts | Envoyé par jokerface le Jeudi 27 Septembre 2007 à 23:01
Kung Pow
Bon ben j'ai fini par le regarder. Et comme l'avait dit Abitol, ya de bons passages (le combat contre la vache, les rats ninjakus) , mais ça reste lourdingue.
Le doublage doit y être pour le plus gros morceau de déception. J'ai déjà vu des extraits de vieux films dont le doublage avait été refait pour le fun, mieux réalisé qu'ici. D'ailleurs des fois je me suis demandé si c'etait pas carrément le divix qui déconnait (un chien ouvre la gueule et l'aboiement est perçu 2 secondes après, le tout entre 2 dialogues synchro).
Sans compter que je soupçonne les doubleurs d'avoir improvisé certaines répliques, on les entends hésiter un peu trop longuement pour que cela soit fait exprès. Alors leur méthode quand ils ne savent pas quoi dire comme chute à une vanne, c'est de faire aaaaaaaah ou yaaaaah. Mais au bout de la 25 ème fois ça lasse.
Quelques bon effets visuels quand même, l'integration dans les vieux films de kung fu est bien faite, même si l'acteur principal à le charisme d'une huitre passée au micro onde.
Globalement : Bof, je suis plus ennuyé qu'amusé, mais tout n'est pas à jeter.
Joker, dans le genre parodie , je préfère de loin Hot Shot.
___________________ Le 23/02/2017 à 16:10, David avait écrit ...
Mon papa me disait : "on n'écrase par les fourmis, fils"
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