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kakkhara

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Envoyé par kakkhara le Jeudi 05 Septembre 2019 à 19:33


J'aimerais bien des posts sur le topic littéraire cela dit


Comme le topic littéraire est momentanément indisponible pour cause de mort lente, je recrée un topic avec comme ambition d'arriver peut-être à trois pages en dix ans, ce qui au vu du reste ne serait somme toute pas si mal. (et encore, je suppose que ça ne marchera que si on trouve un fan de Marc Levy).

Bref je lis de tout et n'importe quoi, alors autant balancer pour commencer le dernier titre lu, ça tombe bien c'est un classique : 

Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier, assez fraîchement réédité chez Garnier.

Pourquoi faut-il le lire?

Déjà pour la préface, où Théophile Gautier pourfend les bien-pensants avec une verve déjà bien affûtée, à tel point qu'il en oublie de parler de son livre , ou bien le fait-il de manière détournée, lorsqu'il dit que le beau est ce qu'on doit viser en art. Parce que c'est ce que recherche Albert, le personnage principal, qui s'avère donc un possible alter ego de l'auteur lorsqu'il cherche la beauté extérieure comme vertu principale.

Le roman semble construit de bric et de broc, un peu comme un roman épistolaire sauf que personne n'écrit des lettres comme il recèle, Gautier en est bien conscient puisqu'il le fait dire à son personnage dans l'une des premières lettres. En quelque sorte c'est un roman hybride, on peut imaginer qu'il écrivait à l'instinct et se laissait guider par son imagination, avec de longues digressions qui semblent généralement n'avoir qu'un rapport minimal à l'intrigue, comme des pensées jetées en vrac qu'il ne savait où mettre.

C'est d'ailleurs pour ça que le livre est assez compliqué (pas trop quand même, qu'on se rassure), il a été un échec à l'époque, parce que les chapitres où se passent l'action sont certes de petites perles, mais ils sont dilués dans l'ensemble des considérations (qui valent tout autant le coup), le tout dans une langue complexe, le dictionnaire à portée de main risque de n'être pas inutile. En clair l'essentiel de Théophile Gautier est là. Amateurs de littérature facile et de livre à histoire simple, vous voilà prévenus.

Le plus important, c'est qu'il y a une espèce de rage dans cette publication, qui est loin d'être contenue entière dans la préface, et le romantisme n'a que très rarement été aussi loin d'être....romantique? Il y a beaucoup de cruauté dans les rapports entre les personnages dans ce livre, ce qui n'est pas rare, il n'y a qu'à relire La Confession d'un enfant du siècle, sorti plus ou moins la même année, mais en prime le thème du travestissement est une invitation à parler d'un désir plus trouble, souvent entre personnes de même sexe ou le semblant, la chose est d'ailleurs plus qu'explicite à certains moments.

On alterne donc entre considérations personnelles, tourments de l'âme, passages romanesques et aventures scabreuses.

Pour terminer, sans dévoiler quelle sera la fin, qui vaut bien la peine qu'on eu d'arriver jusque là, d'ailleurs le livre n'est pas si long, la morale ( de l'époque) ne sera pas rétablie à la fin du roman, loin s'en faut.

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madmerfolk

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Envoyé par madmerfolk le Jeudi 05 Septembre 2019 à 22:07


"Les limites à la croissance (dans un monde fini)" (fini par opposition à infini). Tout est dans le titre.. il s'agit d'un rapport (le fameux "rapport Meadows") rédigé par rapport à une étude ménée par les auteurs du livre (scientifiques du MIT, Massachusetts institute of technology) Concernant notre système/société à partir d'un modéle informatique représentant les corrélations et boucles de rétroactions entre des système, dans le système complexe qu'est le notre comme la corrélation entre la population, la consommation, les services, la nourriture, la polution etc avec comme corrélation, natemment, comment l'évolution de la population (naissances, décès) influent sur le reste etc.

Le modéle utilisé: 

Ils en ont fait des projections, différents scénario dont le pire est celui qui se rapproche le plus de ce qui s'est passé car à l'époque (1970) personne n'a écouté leur mises en garde et la course à la croissance à continué.. ce scénario est très fidèle (pas parfaitement car c'est un scénario choisi parmi d'autre avec valeurs choisis etc) donne une projection avec un effondrement de notre société vers 2030..



le livre:

 

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Le fait qu'on s'en branle fait consensus

kakkhara

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Envoyé par kakkhara le Mercredi 11 Septembre 2019 à 14:45


Deux nouveaux titres, l'un ancien, l'autre très récent.

Le Consul honoraire (Graham Greene, 1973)

De quoi ça parle?

Charley Fortnum est consul honoraire d'Angleterre en Argentine, il est alcoolique  et plus ridicule qu'autre chose, jusqu'au jour où il est enlevé par erreur, les ravisseurs pensant capturer l'ambassadeur des Etats-Unis, malgré tout ils maintiennent leurs prétentions. Malheureusement pour Fortnum, personne ne se soucie beaucoup de sa personne.

Pourquoi il faut le lire?

Graham Greene est un romancier qui arrive à concilier une profondeur de vue avec une littérature de pur divertissement. Cette histoire d'enlèvement cache une réelle réflexion sur l'absurdité de la vie. D'humour, le roman n'en manque pas, spécialement dans ses dialogues, mais c'est bien un drame qui est relaté ici, avec le ton mélancolique propre à Graham Greene. Les personnages sont enfermés dans leurs schémas de pensée qu'ils se sont construit pour trouver un sens en ce monde, et si au début certains d'entre eux paraissent des imbéciles pompeux, ou de pauvres types marginaux, le développement n'est jamais manichéen, chacun a ses raisons d'agir et refuse d'en sortir, et ils n'arrivent pas à tisser de vrais liens entre eux.

Au final l'ironie de ce livre est que la mort de Fortnum est actée par tout le monde et ce sont les ravisseurs qui craignent le plus de mettre leur menace à exécution, car eux savent la valeur de la vie, mais n'ont pas trouvé d'autres moyens d'action que le terrorisme, mais même ce dernier est inutile face aux puissants du monde, qui vivent dans leur sphère et ne peuvent être inquiétés, à tel point que l'ambassadeur des Etats-Unis échappe à l'enlèvement sans s'en rendre compte.
En définitive ces gens s'accrochent à leurs habitudes et conceptions ridicules (le machismo), parce que sans ça leur vie n'aurait pas de sens, que de toute façon ils ont perdu l'espoir que le monde change, seule la foi tient lieu pour certains de raison de vivre, encore cette foi est-elle corrompue, d'ailleurs le seul prêtre qu'on verra est un défroqué faisant partie des terroristes, qui croit encore en Dieu mais plus en l'Eglise en tant qu'institution.

La réflexion sur la religion est un thème essentiel de l'oeuvre de Graham Greene, on peut rapprocher notamment la position du prêtre défroqué de celle du personnage du Fleuve sacré de Shusaku Endo, autre grand auteur catholique dont les considérations sont similaires à Greene. Un autre thème récurrent est celui d'une politique désincarnée qui ne s'occupe pas du réel mais seulement de maintenir sa propre position, et contre laquelle on ne peut pas lutter. Enfin les personnages qui ont conscience de leur impuissance et se laissent porter par le destin parce qu'ils savent que se débattre est inutile.

Le Consul honoraire se présente ainsi comme l'un des grands romans de Graham Greene, une synthèse magistrale des thèmes qui l'obsèdent, en même temps qu'un divertissement ironique.

1793, (niklas Natt och Dag 2017)

De quoi ça parle?

Mickael Cardell, vétéran de la guerre, trouve dans un lac le cadavre d'un homme démembré. Un homme de loi tuberculeux, mourant mais clairvoyant, se charge avec lui de l'enquête.

Pourquoi il faut le lire?

Sorti en avril 2019 en France, ce polar historique a créé une certaine sensation. Effectivement pour un premier roman c'est frapper fort, le style est direct et sans trop de fioritures, s'offrant des digressions réussies, l'intrigue sans étonner (beaucoup de clichés) se complique lors d'un final intéressant.
Même si ce n'est pas parfait, je trouve que les dialogues ne sont pas très réussis, il y a quelques procédés de racolage inutiles, par exemple le genre de suspens hérité du roman feuilleton, et toutes les parties ne sont peut-être pas égales, la première étant à priori la plus faible.
Dans l'ensemble c'est fort, certains personnages ressortent bien de l'ensemble, l'aspect historique en toile de fond semble et bien renseigné, et bien intégré à l'intrigue, la lecture est plaisante, on passe facilement outre les quelques défauts.
On suivra avec intérêt la possible carrière d'un nouvel auteur intéressant.

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Envoyé par kakkhara le Dimanche 22 Septembre 2019 à 17:51


Double post, parce que j'ai l'impression de parler tout seul.
Quelques livres donc, à commencer par une vieille chose: 

C'est un champ de bataille (Graham Greene, 1934)

De quoi ça parle?

Jim Drover, chauffeur de bus adhérent au parti communiste, est arrêté et condamné à mort pour avoir poignardé un policier qui frappait sa femme. Mais sa femme et quelques camarades veulent empêcher son exécution.

Pourquoi il faut le lire?

Disons le de prime abord, c'est l'un des premiers romans de Graham Greene et loin d'être des plus aboutis. Il y a pas mal de faiblesse quand on prend l'ensemble de l'oeuvre.
Mais paradoxalement, on se rend peut-être même mieux compte ainsi de la qualité de l'écriture de Greene, parce qu'on lit, et par moments, la prose étincelle, virevolte, se fait fulgurante. C'est pour de tels moments qu'il faut malgré tout lire C'est un champ de bataille.

Dans les thèmes abordés on retrouve déjà ce qui fera l'oeuvre de Greene plus tard. Une oeuvre désabusée où la vie ou la mort d'un homme est souhaitée ou non pour les enjeux et non pour l'homme lui-même, qui semble laisser tout le monde indifférent, sauf sa famille, et encore ne sont-ils pas sûrs de ce qu'ils veulent, supputant eux-aussi les avantages et les inconvénients. Ainsi la mort ou la vie est ramenée à une dimension triviale, de marchandage, de manoeuvre politique. Parce qu'ici encore on retrouve un ministre qui se demande s'il doit gracier ou se montrer inflexible selon les retours que son geste aura sur l'opinion publique.

Et puis bien sûr, il y a la fin du roman, où se dénouent toutes les trajectoires, commençant à partir du moment où l'un des personnages touche un héritage. Ce dénouement est assez long, et il est magistral.


Et puis quelques nouveautés, parce que c'est la rentrée littéraire, tout de même : 

âme brisée (Akira Mizubayashi, 2019)

De quoi ça parle?

Rei voit le cours de sa vie changée, lorsque pendant la seconde guerre mondiale, à Tokyo, il voit un militaire briser le violon de son père, emmené pour interrogatoire, qu'il ne reverra jamais.

Pourquoi il faut le lire?

Dès le titre et son double sens le ton est donné, ce livre parlera de musique. Rei qui garde le violon brisé de son père deviendra luthier pour le restaurer, et dès lors l'état du violon marquera son évolution personnelle.

Simpliste? Oui, et c'est ce qui fait tout le charme de ce livre. Tout y paraît simple, évident. Et en même temps l'écriture est subtile, délicate. Ca se lit très vite, c'est court, c'est léger, c'est plaisant. Si le titre laissait craindre de l'apitoiement sur le personnage il n'en est rien.

Ce qui fait la principale force de ce livre est ce qui fait aussi sa faiblesse : il est empreint de musique classique, à tel point que quelqu'un de complètement étranger à ce style musical pourrait être fatigué par les constantes références. Cependant avec sa légèreté de ton, brasser pêle-mêle la guerre et son héritage, l'héritage également que nous laissent nos parents, que nous laissons aux plus jeunes que nous, et bien sûr la musique.

Boule de foudre (Liu Cixin, 2004)

De quoi ça parle?

Le jour de son quatorzième anniversaire, Chen voit ses parents réduits en cendres par de la foudre en boule. Il met toute son énergie à comprendre le phénomène, croisant ainsi la route de la séduisante et un peu inquiétante Lin Yun, qui veut mettre au point des armes utilisant la foudre.

Pourquoi il faut le lire?

Clairement, Liu Cixin fait partie des auteurs majeurs de la hard science, aux côtés d'auteurs tels que Arthur C. Clarke, ou Greg Egan. Cependant il a un avantage certain sur nombre d'auteurs de ce genre, c'est qu'en plus de ses connaissances scientifiques, il écrit bien. Il s'impose aujourd'hui comme l'un des auteurs avec lesquels il faut compter.

Il imagine ici ce que pourrait être la foudre en boule (celle qu'on voit dans Les 7 boules de cristal). Ecrit avant la trilogie du problème à trois corps, même si ce livre vient d'être traduit, il contient déjà ce qui fera la force de cette trilogie, dont le deuxième tome, l'exceptionnel La Forêt sombre, fait largement partie de ce qu'on a fait de mieux et de plus ambitieux dans le genre ces vingt dernières années.
La difficulté, c'est que les développements scientifiques, condition du genre, priment parfois sur l'intrigue, ou sur le développement des personnages, qui restent assez simplement ébauchés, mais là où un Greg Egan nous entraîne dans des considérations souvent incompréhensibles au profane, Liu Cixin reste assez simple.
L'explication proposée du phénomène, pour peu réaliste qu'elle soit, témoigne d'une volonté ambitieuse de s'affranchir des frontières du monde connu, et de revenir à une science-fiction de facture classique, qui rêve d'ailleurs, où la science n'est pas forcément l'épouvantail qui mettra notre monde en lambeaux, mais plutôt le flambeau qui éclairera demain.

Le clou (Zhang Yueran, 2016)

De quoi ça parle?

Chen Gong et Li Jiaqi, amis d'enfance, se retrouvent après des années. ils vont se raconter leurs souvenirs, tournant autour d'un secret de famille inavouable.

Pourquoi il faut le lire?

Premier roman de Zhang Yueran traduit en français, qu'une rapide recherche sur internet donne à voir comme un écrivain très moderne, une étoile montante de la littérature chinoise, nourrie de littérature européenne.

Dans la postface elle dit s'être nourri d'une histoire réelle mais le romanesque ressort à chaque instant de cette histoire de personnes brisées par un secret remontant à la révolution culturelle. Car le roman interroge cet héritage, deux générations plus tard les séquelles de la révolution culturelle sont bien sûr toujours présentes et les jeunes protagonistes continuent à en souffrir.
C'est un dialogue entre deux personnages qui se cherchent mais n'arrivent pas à se trouver, fantasmant des souvenirs qu'eux-même ne sont plus sûrs d'avoir vécus.
Le rythme est lent, mais le style est imagé, ça se lit bien, au niveau de la structure, on resserre peu à peu l'intrigue autour du secret qui sera finalement révélé à mi parcours, quoiqu'on ai déjà deviné bien avant, mais ce n'est pas un roman policier il n'y a rien à deviner, pas de twist, donc peu importe au final.

En clair, un roman moderne, ample, prenant son temps, une fresque d'une génération, et au vu de sa qualité, on surveillera les prochaines traduction de Zhang Yueran

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Envoyé par Crutch le Mercredi 09 Octobre 2019 à 01:43


Très bel article d'une écrivaine (que je ne connaissait pas du tout) sur le rapport à la fiction de nos jours : https://www.nybooks.com/articles/2019/10/24/zadie-smith-in-defense-of-fiction/

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kakkhara

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Envoyé par kakkhara le Mercredi 16 Octobre 2019 à 13:38


Dernières lectures classées du plus vieux au plus récent : 

Loin de la la foule en colère (Thomas Hardy, 1874)

Gabriel Oak demande en mariage la belle Bathseba, mais un incendie ravage sa ferme et ses prétentions. Il trouve du travail dans une ferme qu'il ignore dans un premier temps appartenir à Batsheba, justement.

Pourquoi il faut le lire?

Un grand classique de la littérature anglaise. Disons le de prime abord, l'intrigue est convenue, Batsheba hésite entre différents prétendants qui tous ont leurs qualités. Les personnages sont loin d'avoir la qualité de ceux, par exemple, de Jane Austen. Ceux qui sont perfides le sont d'un bout à l'autre et ceux qui sont droits le sont également. Jusque dans les noms des personnages on peut deviner ce qu'ils seront.
L'intérêt est surtout à chercher dans la description imagée de la ruralité anglaise. Pourtant, contrairement à un roman pastoral classique les paysages sont mornes et monotones, c'est l'activité des hommes qui leur donne un relief. On a donc la description d'une campagne fade et tranquille décrite avec force détails, tranchant avec les deux activités du roman, celle du coeur des hommes bien sûr, mais aussi l'activité physique, avec des travaux des champs minutieusement décrits également. Cependant le calme de l'environnement est trompeur, et lors de brèves bouffées de rage les éléments peuvent se déchaîner et mettre à mal les projets des hommes.
L'ensemble manque certes de nuance, mais la beauté de la langue compense.

Un Américain bien tranquille (Graham Greene, 1955)

Fowler, reporter anglais lors de la guerre du Viet-Nam, que les français sont en train de perdre inexorablement, fait la connaissance de Pyle, un américain bien naïf et confiant. 

Pourquoi il faut le lire?

Difficile de parler de ce livre sans spoiler, comme on dit. On a déjà une grande précision dans la reconstitution du contexte, tirée de l'expérience personnelle de Graham Greene, ce qui confère un aspect des plus intéressants à ce roman. Ensuite le personnage de Pyle, symbolisant à merveille l'esprit américain, est une réussite majeure. L'action se situe à cette période charnière où les français s'accrochent au Viet-Nam bien qu'ils soient désespérés, et où les américains commencent également à arriver. Le contexte est lourd et tendu, sur fond d'attentats réguliers et d'escarmouches continuelles.

Difficile donc d'en dire plus, sinon pour dire que c'est l'un des grands romans de Greene, ce qui n'est pas peu dire, et qu'il conjugue ses thèmes habituels à l'aune de son expérience personnelle, ce qui explique probablement la qualité de l'oeuvre.

Cycle de Chanur (C.J Cherryh,1982)

Le capitaine hani Pyanfar Chanur recueille une créature étrangère lors d'une escale à La Jonction, port intergalactique. Malheureusement cette créature était prisonnière des Kif, qui feront tout pour la récupérer

Pourquoi il ne faut pas le lire?

Oui au vu de la formulation, on comprendra que je n'ai pas vraiment aimé. Réédité en deux volumes, les six tomes de la saga font une taille respectable, et j'ai arrêté au deuxième tome. Déjà parce qu'il n'y a tout simplement rien à en tirer. Les personnages sont archi convenus, on pourrait aussi bien être en train de lire du Honor Harrington  ou du Traquemort ou n'importe quel autre habitué des bas-fonds de la SF. Le recueil déroule son intrigue mille fois lue au travers de personnages inexistants, le personnage principal honorable et inflexible, les adversaires inexistants, sauf le premier d'entre eux, intelligent et habile mais sans scrupule. Vous l'aurez compris, Chanur c'est effectivement le degré zéro de la création.
De plus l'action est mal décrit et confuse, ce qui n'aide pas. J'ai quand même lu par espoir le second tome, me disant, on ne sait jamais, et là, l'horreur intégrale : situations confuses parce que très mal écrit, défauts du premier tome exacerbés, intrigue coupée arbitrairement et non résolue (il faut bien vendre le troisième tome). Bref, le reste de la saga, je m'en passerais.

Au soleil couchant (Hwang Sok-Yong, 2015)

Park Min-Woo, directeur d'une grande agence d'architecture, se rappelle avec nostalgie son passé dans un quartier populaire.

Pourquoi il faut le lire?

Au Soleil couchant n'est probablement pas le roman le plus réussi de Hwang Sok-Yong, néanmoins il vaut le détour par certains aspects.
Critiquant la modernité galopante de la Corée du sud qui laisse de côté la plus grande part de sa population (refrain connu), c'est un architecte qui est de manière assez évidente la figure de ce grand bouleversement. Satisfait de la réussite de sa vie, lui qui était né pauvre, il s'interroge à la suite d'une rencontre fortuite sur ce qu'il a en effet accompli : corruption, intimidation, violences, sa société n'a reculé devant rien pour défigurer le paysage urbain coréen dans le but de se remplir les poches.
La construction du roman n'est pas évidente ; il y a deux voix qui s'entremêlent et il est un peu compliqué de situer vraiment ceux qui s'expriment. On sent qu'il y a quelque chose qui ne va pas sans pouvoir se l'expliquer. La chose en soit est intéressante mais gâchée par une "révélation finale", qui je trouve n'est pas à la hauteur, et donc on ne peut s'empêcher de penser que tout ça était un peu vain.
Cependant il y a des morceaux très réussis, notamment la description du quartier de l'enfance et des petites frappes qui y vivent.

Hwang Sok-Yong poursuit avec Au soleil couchant une oeuvre de dénonciation. Connu pour son engagement politique, c'est aussi un formidable conteur. On peut néanmoins regretter que dans ce dernier livre la dénonciation prenne souvent le pas sur la narration, la lecture néanmoins en vaut la peine.

Miss Islande (Audur Hava Olafsdottir,2018)

Hekla se voit écrivain ou poète. Seulement d'autres la verraient plutôt candidate pour miss Islande)

Pourquoi il faut le lire (ou pas)?

En fait, je n'ai pas trop aimé. C'est un évident manifeste féministe, en soit ça ne me dérange pas, mais tous les personnages sont là pour le rappeler et pas autre chose. Il y a l'amie ménagère dont le mari n'est pas vraiment présent, l'immarcescible copain homosexuel en butte aux agressions machistes, et j'en passe. Tous les personnages ne sont rien de plus que des stéréotypes, ce qui en fait un livre de démonstration, mais ce n'est pas vraiment ce que j'attends d'un roman.
L'ensemble se veut alerte et piquant, et une déclaration d'amour à la littérature islandaise, mais pour cette dernière partie cela semble réussie, malheureusement je n'ai aucune connaissance dans le domaine donc je ne puis juger, mais pour ce qui est de la légèreté, c'est surtout du vide que j'ai ressenti. Il est vrai que la plume malicieuse de l'auteur, sur un fond un peu plus réussi, devrait faire des merveilles.
 

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Envoyé par Crutch le Mercredi 16 Octobre 2019 à 15:23


Le film de Mankiewicz adapté de Un américain bien tranquille est très bien, mais je ne sais pas comment il se compare au livre. Je le trouve très intéressant parce le personnage de Fowler dans le film est un des personnages principaux les plus méprisables du Hollywood classique (à ma connaissance du moins), méprisable justement parce qu'on ne peut pas non plus le haïr, vu 1) on peut comprendre ses raisons 2) il n'est jamais vraiment actif, il a une espèce de haine passive qui a tout de même des conséquences dramatiques en plus d'être emprunte de lâcheté, et le film devient la démonstration de sa déchéance morale complète plutôt que de juste le peindre en méchant. Je me demande si c'est la même chose dans le bouquin.

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Envoyé par kakkhara le Mercredi 16 Octobre 2019 à 20:09


1) très clairement on comprend ses raisons
2) un personnage de Graham Greene est très généralement passif, il se laisse porter avec une sorte de fatigue morale et le dénouement, heureux ou non, est rarement de son fait. Mais il s'agit plus d'indifférence que de lâcheté. Fowler est assez représentatif, et très proche du personnage du docteur dans le consul honoraire.
A noter néanmoins que c'est plus probablement le marasme dans lequel il évolue qui est cause de sa déchéance. L'univers de Greene est sombre.

Cependant je ne peux pas dire si l'adaptation est fidèle, ne l'ayant pas vu, et cela dépend d'un autre élément, mais tellement principal que je m'en voudrais de le révéler ici, la lecture du premier tiers du roman en perdrait de son charme.

En revanche j'ai également lu ministry of fear et clairement l'adaptation de Lang est fidèle.

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Envoyé par kakkhara le Dimanche 20 Octobre 2019 à 19:39


Et un double post, un : 

Parce que pressé par le temps, je n'ai pas fini ma liste de la dernière fois.

Ce que le jour doit à la nuit (Yasmina Khadra, 2008)

La vie de Younès bascule lorsque son père accepte de le laisser à la garde de son oncle, plus riche et plus à même de lui procurer aisance matérielle.

Pourquoi il faut le lire?

Fresque au souffle épique, à mon sens Ce que le jour doit à la nuit n'est pas exempt de défauts. Par exemple je comprends le besoin d'une histoire d'amour impossible et le symbole que ça représente, mais force est de constater que l'intrigue manque du coup de fond. Cependant c'est rattrapé par l'ampleur de la fresque, et par quelques moments de bravoure, sans parler de la langue. Si le niveau d'écriture est très correct sur l'ensemble, l'introduction, grâce à la chaleur du ton et à la précision des images, est époustouflante, et si le ton avait été gardé tout le long du récit, on aurait eu un indubitable chef-d'oeuvre. Néanmoins le style reste bon sur la durée.
Très codifié, le récit n'est pas épargné par les poncifs et n'offre pas de réelle surprise lors du développement, ni de la conclusion d'ailleurs.
En résumé, un livre aux personnages bien sages, qui déroule son programme sans surprise, mais dont la qualité d'écriture rattrape les défauts.

Esprit d'hiver (Laura Kasischke) 

Cette fête de Noël ne sera pas très réussie. Les invités décommandent à cause du blizzard qui rend la circulation périlleuse, sinon impossible. Un moment où Holly pourrait se rapprocher de sa fille adoptive Tatiana. Malheureusement le comportement de cette dernière se fait de plus en plus imprévisible.

Pourquoi il faut le lire?

Laura Kasischke est indéniablement l'un des grands auteurs fantastiques contemporains. Comme souvent, Esprit d'hiver est une plongée au coeur du rêve américain, au moment où ce dernier se transforme en cauchemar. Il y a l'acuité de l'écriture, il y a le développement de la psyché du personnage principal, et les étrangetés qui émaillent de plus en plus le récit, conférant une atmosphère inquiétant alors que finalement, rien ne semble se passer. Parce que c'est la grande qualité de Laura Kasischke de développer ses personnages, et le fantastique ne vient finalement pas de ce qui les entoure, mais de leur propre psyché torturée.
Au démarrage tout est lisse, et de plus en plus, cela dérape, à partir de petits riens inexplicables (bien que finalement expliqués), et toujours, la construction magistrale qui confère un aspect inoubliable à ses conclusions.

Un livre de martyrs américains, (Joyce Carol Oates, 2017)

Luther Dunphy a accompli sa mission, il a exécuté le médecin avorteur Augustus Voorhees, sauvant les enfants à naître. Maintenant il attend sereinement sa condamnation.

Pourquoi il faut le lire?

Prendre à bras le corps le problème de l'avortement aux Etats-Unis, il n'y a là rien d'étonnant. Mais le faire avec une telle sensibilité que plus le roman avance, plus on se rend compte que Luther Dunphy, tueur de sang froid au nom du Christ, est aussi l'un des martyrs du titre, il fallait tout le talent de Joyce Carol Oates, ici à son meilleur, ce qui n'est pas peu dire.
Un livre de martyrs américains, c'est probablement l'un des livres les plus importants et jouissifs de l'année (sorti en septembre en France). Parce que chaque page (et il y en a beaucoup) est un enchantement, parce que le sujet se renouvelle sans cesse, parce que l'ampleur est inégalée, les personnages sont tellement touchants qu'il est difficile de ne pas s'y projeter, et pour autant chaque personnage est à sa manière original, et donc vrai.
Prendre parti sans pour autant condamner sans y réfléchir la partie adverse, ce n'était pas un parti pris évident. Mais c'est ce qui fait toute la force de ce magnifique livre.

Encre sympathique (Patrick Modiano, 2019)

Le narrateur se souvient d'un dossier sur lequel il a enquêté, une certaine Noëlle Lefèbvre qui aurait disparu.

Pourquoi il faut le lire?

Patrick Modiano construit une oeuvre cohérente, où les choses triviales acquièrent poétiquement un vernis de merveilleux, presque de fantastique. Ici l'objet de la quête est dérisoire, c'est la quête pour elle-même qui importe, alors que des informations, parfois contradictoires, affluent.
Ce dossier où figurent tant de trous et tant d'imprécisions, est à l'image de la vie, transformée par le souvenir que chacun garde.
Ce qu'il y a de formidable, c'est la grande simplicité et la grande tranquillité avec lesquelles Modiano déroule son écriture si particulière.
Concernant le sens, chacun est libre d'y voir ce qu'il veut, de pester après l'improbabilité du dénouement, mais c'est justement là qu'est la magie. Qu'à partir de rien, il se passe quelque chose. 

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brutal2luks

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Envoyé par brutal2luks le Mercredi 23 Octobre 2019 à 15:45


Je ne connaissais pas ce topic ! J'y ai trouvé quelques livres qui me branchent bien, même si je ne suis pas un lecteur régulier (de livres en tout cas).

Merci pour ta démarche. Je reviendrais !

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kakkhara

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Envoyé par kakkhara le Dimanche 27 Octobre 2019 à 13:47


Le film de Mankiewicz adapté de Un américain bien tranquille est très bien, mais je ne sais pas comment il se compare au livre.


Et donc maintenant que j'ai vu le film, je peux répondre précisément à ça.

Premièrement, je ne suis pas d'accord avec ton analyse de Fowler, dans le film comme dans le livre, il est juste humain, avec ses aspirations et ses défauts, et s'est constitué une armure de cynisme et son propre mythe de ne pas prendre parti pour lutter contre la déchéance qui l'entoure. Loin de le trouver méprisable, je le trouve plutôt pitoyable, au sens propre.
Comme dans le livre, c'est le personnage de l'américain, ici non nommé (je suppose que c'est pour souligner son caractère archétypale), que je trouve insupportable dans tout son égoïsme et son arrogance, malgré, ou peut-être par ce qu'elle a d'héroïque.

Mais je m'égare un petit peu, et la réponse à la comparaison entre le livre et le film mérite un développement.

Dans l'ensemble, le film se calque fidèlement et minutieusement sur les pas du livre, sauf, et je m'en doutais, pour la fin, qu'il détourne carrément. Je vois deux explications possibles à ça : la première étant que Greene étant notoirement anti-américain et pro-communiste, Mankiewicz aurait pu avoir des idées plus patriotiques.
La deuxième, et sûrement la bonne en ce qui me concerne, c'est que garder le livre tel quel aurait fait du film un brûlot politique, réalisé par un américain en 1958, ce qui n'intéressait pas Mankiewicz, qui aura préféré une fin plus neutre et acceptable pour ses compatriotes afin de se concentrer sur ce qui l'intéressait dans l'oeuvre.

Je pourrais expliquer plus clairement, mais pour ça il me faudra spoiler et le livre et le film. Alors vous êtes prévenu si vous continuez à lire : 

Spoiler :


Cependant Mankiewicz c'est magistralement approprié l'oeuvre de Graham Greene, et qu'il en profite pour en faire son oeuvre propre plutôt qu'une reproduction de celle de Greene est parfaitement légitime. On peut regretter un message radicalement différent, pour ma part, je dirais que  le message n'est pas ce qui importe dans une oeuvre d'art, donc cela ne me choque pas.
Personnellement, pour ce que ça vaut, j'aurais tendance à être d'accord avec la vision de Greene, mais mon point de vue est celui d'un européen lisant ça à notre époque, donc ma vision est nécessairement faussée par rapport à celle de l'époque.
La conclusion de Mankiewicz est pertinente, les seules choses manquantes du livre sont celles qui se rapportent à ladite conclusion, et il change la fin de façon à ce que ça colle parfaitement au reste du film, donnant une adaptation cohérente, et donc très fidèle sur la forme, si elle ne l'est pas sur le fond.

Donc je conclurais en disant, un excellent livre, un excellent film, lisez l'un, voyez l'autre.

Et j'en profite pour balancer mes dernières lectures au passage : 

trilogie de la terre fracturée : -La Cinquième saison
-La Porte de cristal
_Les Cieux pétrifiés (N.K. Jemisin, 2015,2016,2017)

La terre est devenue instable car en colère contre les êtres humains, qui doivent lutter en permanence contre des tremblements de terre, éruptions, d'une grande violence. Surtout lors des cinquièmes saisons, où tout se dérègle et où beaucoup meurent. Les orogènes ont le don de manipuler la terre, pour déclencher ou calmer les cataclysmes. Ils devraient être admirés et demandés, ils sont craints et haïs.

Pourquoi il faut le lire?

Déjà parce que l'écriture est dans une moyenne haute, avec beaucoup de passages narrés à la deuxième personne, donnant un style abrupt et direct, contrastant avec la démesure de l'univers imaginé et des péripéties.
Ensuite parce que la construction du premier tome est très pertinente, et si les deux autres tomes sont de facture bien plus classique, ils n'en restent pas moins très corrects.
Et encore parce que les personnages ne sont pas sacrifiés au spectaculaire, comme c'est malheureusement souvent le cas. Ils sont cohérents, et évoluent avec le récit.
Et dernièrement pour le rythme, parce qu'il est à la hauteur de ses personnages déplaçant (au sens propre) les montagnes, l'histoire avance toujours bien, et même les sempiternelles révélations et descriptions du monde déployé s'insèrent généralement bien dans l'intrigue sans en déborder, et ça c'est également assez rare pour être souligné. Exception notable de chapitres insérés dans le troisième tome qui reviennent sur la genèse de la situation, c'était dispensable, heureusement c'est correctement fait, les choses se clarifiant au fur et à mesure sans qu'il soit nécessaire de les asséner.

En résumé, une oeuvre de SF dans la moyenne haute, c'est agréable et rapide à lire, et ça ne s'étale pas pour rien sur des pages et des pages.

Une cosmologie de monstres (Shaun Hamill, 2019)

Les parents de Margaret verraient bien son avenir tout tracé, fiancée à un riche étudiant à défaut de réussir ses études. Elle s'éprend cependant d'un jeune amateur de Lovecraft plus pauvre qu'elle. Mais tout irait bien, si son mari ne changeait pas soudain étrangement.

Pourquoi il faut le lire?

Premier livre d'un auteur manifestement intéressant, fan de culture Sf et fantastique, le livre n'épargne guère les références, surtout Lovecraft régulièrement cité.
Tout ça commence de façon banale, sympa à lire sans plus, mais heureusement c'est une fausse piste et bientôt l'intrigue change brusquement de direction. Et c'est là qu'est la réussite. Adapter Lovecraft à la middle class américaine contemporaine, l'idée est simple, et on aurait pu tomber dans le travers de la fan movie dénuée d'intérêt propre, réservée à quelques fans de Lovecraft.
Et même si ça en prend le chemin, c'est loin d'être le cas, grâce à la capacité de l'auteur à renouveler son intrigue en cours de route, ce qui fait qu'à l'instant où on pense s'installer paresseusement dans une lecture banale et qu'on se dit qu'on va compter les pages qu'il reste, tout est chamboulé et on est pris d'un regain d'intérêt.
Malgré tout, Hamill n'est pas Lovecraft, sa prose est correcte mais n'a rien de transcendante, et sa volonté à tout expliquer pour fabriquer un dénouement artificiel est dommageable.
Reste une lecture agréable, simple et plutôt originale dans un style où beaucoup se contentent de suivre les chemins codifiés archi empruntés. Au final parfois un peu fragile, mais attachant.
 

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kakkhara

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Envoyé par kakkhara le Lundi 11 Novembre 2019 à 17:12


Emma (Jane Austen, 1816)

La jeune Emma est bien persuadée de son intelligence et de sa position supérieure dans la société, et forte de son assurance, elle essaye de régenter la société en mariant qui bon lui semble.

Pourquoi il faut le lire?

Il n'est peut-être pas besoin de revenir sur ce genre de classiques dont tout a déjà été dit. Mais après tout, pourquoi pas?
Comme souvent (toujours?) les héroïnes de Jane Austen, Emma s'abuse, trop sûre de son jugement. A chaque fois évidemment, ses plans et ses prévisions tourneront mal. Ce qu'il y a d'intéressant bien sûr dans Emma, c'est la galerie de personnages, comme toujours admirablement croqués au détour d'une phrase, d'une attitude, pour ça Austen n'a pas son pareil. Il y a l'humour, bien sûr, et toutes ces relations dont le roman, très dense, est incroyablement rempli. Pour s'y retrouver, Jane Austen nous donne avec le personnage de Knightley un alter ego d'elle-même qui sera la voix de la raison, trop peu écoutée.
Ce qui convainc moins en revanche c'est l'intrigue, construite un peu sur le mode du roman policier, avec révélation ultérieure, ce qui ne fonctionne pas car ici il n'y a rien de très intéressant dans cette intrigue. Pour autant cela ne gâche pas le plaisir, tout au plus peut-on déplorer quelques lourdeurs inutiles, puisque ce n'est pas le fond du roman, qui est plutôt de disséquer ce microcosme campagnard anglais, vivant paresseusement au rythme des saisons, pour qui chaque changement de temps est une affaire.

Un Feu amical  (Avraham B. Yehoshua, 2008)

Yaari et Daniella sont maintenant un vieux couple qui a l'habitude de vivre ensemble. Pourtant lorsque Daniella entreprend un voyage en Afrique pour retrouver son beau-frère qui refuse de revenir en Israël, ils vont se retrouver séparés pour la première fois depuis bien longtemps.

Pourquoi il faut le lire?

Sur une histoire on ne peut plus banale, sur laquelle viennent se greffer des éléments qui pour paraître étrange n'en sont pas moins de l'ordre du quotidien, Yehoshua donne libre cours à son style particulier et à toute sa tendresse pour ses personnages. Le roman alterne régulièrement la voix de Yaari et de Daniella, dont les expériences entrent en résonance malgré leur séparation. Ainsi se tisse une trame discrète, autour de la question du feu, les bougies de hannnouka, le feu sur lequel rôtit la viande dans ce camp de recherche africain, mais aussi, plus dramatique, le feu "amical" qui a tué par erreur le neveu de Yaari et Daniella, occasion pour Yehoshua de parler du clivage israélien/palestinien, un thème récurrent de son oeuvre.
Ainsi le roman se ramifie petit à petit, tout en profitant de l'absence du conjoint pour parler du couple et de l'amour tranquille que se vouent de vieux époux, avec beaucoup de délicatesse. Ainsi cette séparation inattendue des deux époux sera plutôt une manière pour eux de se retrouver, en même temps qu'une façon de s'ouvrir au monde extérieur pour ne pas avoir à affronter la solitude.

L'exception (Audur Ava Olafsdottir, 2012)

Ca aurait dû être un réveillon comme tous les autres, seulement c'est ce moment que Floki choisit pour annoncer à Maria qu'il la quitte pour s'installer avec son collègue et amant. Elle va devoir réapprendre à vivre seule et faire bonne figure pour ses deux jeunes enfants.

Pourquoi il faut le lire?

L'histoire se passe dans un monde on ne peut plus normal et réel, sauf que rien ne l'est, finalement. Les personnages sont tous des excentriques, et ce qui se passe est à la marge entre un imaginaire étrange et le réalisme, le tout servi par un ton humoristique et décalé. Au final c'est le récit d'une reconstruction qui se joue ici, mais sans apitoiement sur le personnage qui au contraire, passé un premier découragement, ne baisse plus jamais les bras face aux étranges coups que lui envoie le sort. C'est original et amusant, plein d'idées de style et toujours renouvelé, ça se lit vite. Et si on sent, comme le précédent livre de l'auteur dont j'ai parlé, le message de vivre sa vie et ses envies comme on le souhaite, appuyé, c'est malgré tout beaucoup plus subtil dans l'Exception, on sent à chaque page le plaisir d'écrire et de créer, et c'est communicatif. 

Acadie (Dave Hutchinson, 2017)

La raison pour laquelle Duke est président de la Colonie, c'est qu'il ne voulait surtout pas du poste. Néanmoins il devra donner le meilleur de lui-même lorsqu'une sonde en provenance de la Terre est découverte, parce que les habitants de la Colonie ont tout intérêt à ce que l'Agence ne mette pas la main sur eux.

Pourquoi il faut le lire?

Déjà commençons par parler de l'édition : la collection une heure lumière, aux éditions Le Bélial. Comme le nom de la collection l'indique, il s'agit de textes courts, dont la lecture dure à peu près une heure, en science-fiction, fantasy ou fantastique, et en plus d'avoir l'avantage de se lire très vite, les textes sont le plus souvent modernes et originaux, de bonne qualité également, proposant des traductions d'auteurs excellents mais peu traduits et donc peu connus en France.

Donc passons au texte lui-même, écrit dans un style rapide, incisif et drôle, nous jetant in medias res dans un univers foutraque et joyeusement débridé, se développant jusqu'à une conclusion plus sombre et ouverte, le tout excédant à peine la taille d'une longue nouvelle. Une bouffée rafraîchissante parmi les parutions récentes de science-fiction (il y a du très bon, mais il y a rarement du très court), qu'on lit le sourire aux lèvres et qu'on referme un peu perplexe peut-être, ce qui n'est pas un mal pour autant, puisqu'on peut ainsi interpréter soi-même ce qu'on vient de lire. Offrant en quelques mots un univers "cohérent", sans trop s'attarder sur les explications fastidieuses. Je recommande vivement.

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gedat

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Envoyé par gedat le Dimanche 17 Novembre 2019 à 09:25


L'éducation sentimentale (Gustave Flaubert, 1869)

L'Education Sentimentale parait un an avant la chute du Second Empire, à un moment où l'Histoire de France semble être arrivée à une impasse. Malgré les révolutions successives de 1789, 1830 et 1848, le pays est toujours dirigé par une tête couronnée, les idéaux autoritaires ayant systématiquement fini par reprendre le dessus en profitant de l'écartélement entre la bourgeoisie et les mouvements radicaux. Le roman de Flaubert peint en parallèle cette Histoire, notamment dans les années qui précèdent et qui suivent 1848, avec l'histoire de Frédéric Moreau, jeune étudiant qui tombe éperdument amoureux de l'épouse d'un marchand d'art.

L'Education sentimentale est un roman des désillusions. Frédéric, héritier oisif, n'est pas à la hauteur de ses ambitions, qu'elles soient amoureuses, politiques ou artistiques; quand aux idéaux révolutionnaires, ils sont constamment trahis par la bassesse de la bourgeoisie, et la bêtise des idéologues de tous bords. La galerie de personnages qui peuplent le roman forment une fresque saisissante de la société française de l'époque, depuis les capitaines d'industrie qui portent l'émergence du capitalisme jusqu'aux demi-mondaines entretenues, en passant par les étudiants radicalisés par le manque de perspectives d'ascension sociale. Parmi ces personnages, rares ceux qui inspirent vraiment la sympathie: Frédéric est éclatant de médiocrité, le marchand d'art Jacques Arnoux est un escroc et un mauvais mari, les artistes ont plus de théories que de talent, et les idéalistes retournent leur veste dès que l'opportunité se présente.

Comparé à d'autres chef d'oeuvre du XIXème comme le Père Goriot ou le Rouge et le Noir qui sont également des chroniques acides de leur époque, l'Education sentimentale est encore plus empreint d'amertume, n'ayant pas la flamboyance d'un Rastignac ou d'un Julien Sorel pour donner au lecteur un héros à qui s'identifier. Sans doute moins facile à lire que Madame Bovary du même auteur, j'ai trouvé le roman d'une bien plus grande ambition, et Flaubert y distille l'ambiance d'une époque avec un style magistral.

 


kakkhara

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Envoyé par kakkhara le Dimanche 17 Novembre 2019 à 13:15


Il faut également noter, ce qui contribue à le différencier d'autres oeuvres de l'époque, que le contexte historique de L'Education sentimentale est d'une exactitude scrupuleuse, et donc on peut également le considérer comme un témoignage politique, qui ne constitue pas seulement une trame de fond mais est véritablement au coeur de l'intrigue.

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Envoyé par corum le Mardi 03 Décembre 2019 à 20:17


Petit post de revenant, parce que l'Education sentimentale est un de mes romans préférés.
Pour le coup, ça en dit sans doute long sur moi, mais je m'identifie beaucoup mieux à Frédéric Moreau qu'à Sorel ou au Rastignac du Père Goriot (parce que le Rastignac du reste de la Comédie humaine, je crois pas qu'il ait beaucoup de fans^^), justement à cause de cette indolence, de ces talents gâchés, de cette médiocrité amère qui me le rend bien plus réel et plus proche... (ce qui ne m'empêche pas d'aimer d'amour le plus parfait des héros stendhalien- enfin la plus parfaite puisqu'il s'agit de Lamiel).
Notons également que Flaubert fait ici des concessions au romantisme et à l'idéalisme qu'il ne fait pas dans Mme Bovary. Le personnage de Sénécal, peut-être... Mais je pense d'abord au sublime et absurde geste de renoncement de Frédéric à Mme Dambreuse (évidement à mettre en parallèle à ces héros balzaciens qui n'arrivent que par les femmes... voire par les hommes, n'est-ce pas Vautrin), et surtout à l'un des plus beaux chapitres de la littérature, où certes, Mme Arnoux a les cheveux blancs, et où les années ont peut-être émoussé l'amour, mais "Il ne regretta rien. Ses souffrances d'autrefois étaient payées."
Alors bien sûr, il y a l'affreuse ironie du dernier chapitre et son cruel "C'est là ce que nous avons eu de meilleur !" Il n'empêche. Ici, la médiocrité et la bêtise n'ont pas tout emporté comme à Yonville.

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"car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique mais de vision" Marcel Proust

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