Aneleh sur Mercadia
Le sol se fissura violemment près d'une mare où barbotaient quelques crapauds, et Aneleh émergea de la plaine mercadienne avec fracas. Il connaissait l'endroit secret où Dominaria rejoignait ce plan. Il n'avait eu aucun mal à y parvenir. Donc, selon des sources sûres, l'anneau de Sophian se trouvait ici, quelque part dans la capitale. Si tel était réellement le cas, il fallait maintenant qu'Aneleh mette les bouchés doubles. Des hordes de rayonnants, au loin, marchaient déjà sur la montagne inversée qui se profilait à l'horizon. Sans doute étaient-ils déjà aux portes de la ville, essayant de forcer les défenses pour se déverser sur la dernière poche de résistance. Et sur l'anneau. Une chose était sûre : ils savaient que l'anneau se trouvait sur ce plan. Ce qui veut dire qu'ils savaient certainement également que les corelliens possédaient sa "mémoire", et en quoi elle pourrait leur nuire, à eux ou à leur maître. Le temps était compté. Aneleh pris soin de refermer le passage pour empêcher les rayonnants de s'introduire sur Dominaria par ce biais, et il pris son envol en direction de la marée de lumière qui grossissait à vue d'oeil autour de Mercadia. Il fut stoppé net par un sifflement suraigu derrière lui, et une douleur au moins aussi aiguë qui vrilla dans ses côtes. Il retomba sur le sol et tourna son long cou. Un rayonnant venait de planter ses longues griffes lumineuses dans son flanc. Aneleh le fit lacher prise d'un coup de queue tandis que deux autres de ses congénères se précipitaient sur lui aussi rapidement que l'énergie immaterielle qui les constituait. Sans doute aurait-il mieux fallut fuir et s'envoler vers la ville, mais ces trois éclaireurs avaient peut-être vu le passage, et il ne pouvait prendre le risque de les laisser l'emprunter. Il se retourna vers ses agresseurs, qui semblaient osciller, ne pas se trouver exactement à la même place suivant l'endroit d'où on les regardait. Le premier lui sauta à la gorge sans réfléchir tandis que les deux autres tentaient de le contourner. C'est juste ce qu'attendait Aneleh. Il cracha un torrent de flammes incandescentes qui vinrent frapper le rayonnant de plein fouet. Celui-çi se disloqua en hurlant, et s'éparpilla dans la lumière du soleil qui filtrait à travers les nuages. Pendant qu'Aneleh se retournait vers son deuxième agresseur, le troisième rayonnant glissa sous le coup de queue qui venait le menaçer et vint s'insinuer sous le ventre du dragon auquel il s'accrocha pour commencer à le brûler. Un cuintement agressif accompagna l'odeur de chair brûlée et Aneleh grogna alors que son assaillant direct venait d'éviter un jet de flammes sans aucune difficulté. Après tout, comment combattre la lumière si ce n'est par surprise. Le dragon vert redoubla d'effort pour tenter d'atteindre les rayonnants, alors que la douleur se faisait plus forte. Si la chose brûlante collée à son ventre percait sa peau et touchait son liquide stomacal inflammable, Aneleh exploserait. Il évita un coup porté à sa gorge et atteint avec peine le rayonnant d'un coup de pattes. Celui-çi vacilla au-dessus de sa proie, et redescendit sur le sol en un raie de lumière. Le dragon entreprit de former un cercle de feu autour de lui pour empêcher son ennemi d'approcher, mais la lumière produite par les flammes permit au rayonnant de les enjamber. Et la douleur dans son ventre devenait de moins en moins supportable. Il n'en aurait plus pour très longtemps à ce rythme là.
Soudain, une rapide incantation se fit entendre derrière lui.
"Etorppa el diorf te l'erbmo !"
Une créature aquatique d'un doux bleu dont la présence semblait incongrue sur cette plaine se tenait à ses côtés (ce n'est qu'à cet instant qu'il se rendit compte qu'une bonne partie de son cercle de flammes avait été pour le moins humidifié). Une jeune ondine qui entreprit de jeter des algues brillant d'un beau bleu sur le rayonnant qui faisait souffrir le martyr au dragon. Au contact de la plante, le rayonnant commença à hurler, puis se mit à fondre tandis qu'une lueur bleue s'insinuait en lui. Il lacha Aneleh pour s'étioler sur le sol et le dragon sentit la douleur l'abandonner. Il profita de ce regain d'énergie et de la surprise du dernier rayonnant de voir cette alliée impromptue pour le clouer au sol de sa lourde patte et arracher ce qui lui servait de tête d'un coup de dents. Une lumière noire gicla de l'orifice ainsi créé et disparut, comme absorbée par la lumière ambiante. Alors que les algues bleues semblaient apaiser sa douleur et guérir ses plaies, Aneleh se tourna vers celle qui avait fait pencher la balance en sa faveur.
"Normalement je devrais vous faire payer le sauvetage, et l'algue à mana que vous m'avait fait utiliser, dit la jeune ondine, mais vu que vous semblait plus grand et beaucoup plus puissant que moi, je pense que je vais m'en abstenir."
Puis elle ajouta : "Et puis, il n'est plus vraiment temps de faire du commerce. Il est temps de fuir.
_ Vous êtes bien loin de la côte, affirma Aneleh qui reprenait son souffle.
_ Je n'ai pas vu la mer depuis plusieurs mois... Je suis une commerçante de Mercadia. Enfin j'étais, j'ai l'impression. Les hommes vont bien barboter dans l'eau, pourquoi les ondins ne pourraient-ils pas rester hors de l'eau ? Il suffit de se réhydrater régulièrement.
_ Que vendez-vous ?
_ Ce qui vous a sauvé. De l'algue à mana pure. Une simple incantation et l'énergie est là. Bien moins compliqué que de créer l'énergie. Bien sûr ça n'est pas pour plaire aux sorciers, mais ils sont plutôt rares à Mercadia, surtout depuis qu'ils ont appris l'arrivée de ces êtres et sont partis sans prévenir personne. Tout ça pour un anneau venu d'un monde qui n'est même pas le nôtre...
_ L'anneau... Vous êtes au courant pour l'anneau ?
_ Tout Mercadia est au courant. Une marchandise pareille, qui semble détentrice d'une telle puissance, dans la capitale du commerce, ça a vite fait de passer de main en main, de vendeur de bibelots en guilde des voleurs. Vous êtes venu pour ça ?
_ Oui, uniquement pour ça. Malheureusement, je n'ai pas le pouvoir de sauver ce plan de l'attaque des rayonnants. Mais peut-être que si je pars avec l'anneau, il leur sera inutile de continuer l'invasion.
_ Des rayonnants... C'est la lumière qui serait notre perte... C'est plutôt ironique... Pour ce que j'en sais, l'anneau est dans le palais, entre les mains de Cho-Manno. Ne me demandez pas comment il a été ressucité et par qui, mais une chose est sûre, la légende la moins oubliée de la l'Histoire de Mercadia est de retour."
"Un autre héros des temps anciens, pensa Aneleh, ressucité lui aussi dans un but bien préçis. Il y a certaines puissances au-dessus de nous qui en savent plus que ce qu'elles veulent bien nous faire croire."
"Merci beaucoup, dit-il, maintenant, moi qui veut entrer dans la ville, je me dois de vous poser la question : comment en êtes sorti, avec les hordes d'ennemis encerclant la ville ?
_ Vous voyez la mare derrière vous ? demanda l'ondine, ce n'est pas une mare, c'est un conduit secret menant droit aux égoûts de la ville. D'ordinaire elle sert à faire passer de la marchandise de contrebande ou des produits illicites. Empruntez là. Vous vous retrouverez dans un endroit à l'odeur fort désagréable, mais en sécurité.
_ Ma taille est bien trop importante pour cette mare. Même en repliant mes ailes...
_ Ne vous inquiétez pas, on a déjà fait passer des carioles entières par là. Les parois sont tapissées d'algues à mana. Et oui, quand on connait les coins secrets qui rapportent, on en profite pour faire son marché personnel."
Elle cligna de l'oeil et glissa sa main dans la mare.
"Ru'op sel stnassiup, siaf iot sulp 'dnarg."
Le trou s'élargit à vue d'oeil, et l'eau boueuse se colla contre les parois, laissant par là même les crapauds cuter au fon du trou avec un air d'une perplexité aiguë. L'orifice cessa de grandir lorsqu'il fut assez important pour permettre à Aneleh de s'y glisser sans risquer de rester coincé.
"Bonne chance, lui dit l'ondine.
_ Je n'y manquerait pas, déclara Aneleh en tentant de sourire."
Et il s'engouffra dans le tunnel à toute vitesse. Pas question de s'arrêter ni même de ralentir, de toute façon l'eau reprennait sa place derrière lui.
Quelques minutes plus tard, il marchait dans les égoûts nauséabonds de Mercadia. Au-dessus de lui, dans la ville, une foule s'agitait, comme en témoignaient les innombrables bruits de pas et de sabots, et les vocifèrements des marchands qui rangeaient leur étalage avec empressement. Il était inutile pour Aneleh de miser sur la discrétion. Peut-être ne se rendraient-ils même pas compte de sa présence. Il tendit son corps et bondit vers la surface, élagit avec fracas le trou qui servait de bouche d'égoût et fit son entrée dans la ville. Effectivemment, personne ne remarqua son arrivée, ni même les pavés qui retombaient lourdement sur la chaussée. Le chaos avait pris possession de Mercadia. Tous couraient en tous sens, des carioles pleines de meubles manquaient d'écraser des commerçants les bras chargés de leurs biens. D'autres ne cherchaient même pas à récupérer leur étal et emmenaient fébrilement femme gémissant et enfants geignants chercher un endroit sauf, persuadés que l'armée mercadienne ne saurait venir à bout de la menace qui était prête à défoncer les portes de la ville, voire tout simplement à s'insinuer par le plus petit interstice. Et parmis tout ça, voleurs mandatés et assassins commandités s'en donnaient à coeur joie. Le Palais, anciennement la tour du magistrat, trônait au centre de la ville qui semblait être une colline sur laquelle la rue principale montait en spirale.Ce fut cette rue que monta Aneleh, alors que des hordes de citadins et de marchands couraient à contre sens, sans se soucier du majestueux dragon vert qu'ils croisaient. Aneleh passa devant une échoppe de liqueur, où gisait un marchand lesté de sa vie et certainement de quelques sous. Le chaos aura été profitable à ses ennemis. Il prit quelques fioles qui lui semblaient aptes à lui être utiles plus tard et se remit en route. Il n'était pas dans ses habitudes d'être opportunistes et de profiter de la situation d'un mort, mais dans de telles circonstances. Il fi t le reste du trajet à tire d'ailes, fatigué des cris des citoyens. Il allait dans un palais, il y avait forcément un balcon. C'était effectivement le cas, et ce qui semblait être un prêtre en toge blanche l'attendait, le regard tristement perdu sur la tach lumineuse qui s'étendait à l'exterieur de la cité. Il lui souhaita la bienvenue avec tous les honneurs auquels on pourrait s'attendre de la part d'un peuple constitué proncipalement de marchands et de politiciens.
"Vous ne semblait pas faire parti de ce plan, commença son hôte, dois-je en déduire que vous venez de Dominaria ?
_ Vous déduisez fort bien, lacha Aneleh que la sagesse apparente de son interlocuteur impressionnait, je suis là pour l'anneau qui semble être en votre possession.
_Je ne suis qu'un médiateur. Cho-Manno va bientôt paraitre à vos yeux. Vous comprennez, nous ne savions pas qui viendrait le chercher, nous espérions seulement que vous viendriez au plus vite."
Sur ces mots, il entra dans la chambre et laissa Aneleh patienter sur le balcon. Il y avait une table, où trônait un exemplaire antique des Chroniques Catéranes, un ancien peuple de Mercadia. De grandes tentures semblaient représenter l'histoire de la ville, ou plutôt la reprise de la ville par ses véritables possesseurs. Enfin Cho-Manno apparut. Il semblait avoir vieillit même dans la mort, ou alors il avait vécu longtemps avant de succomber au temps, et il était revenu sous sa dernière forme. Il ne ressemblait pas au personnage desiné sur les tentures.
"Ainsi donc, commença-t-il, vous venez pour l'anneau. Vous serez une légende de ce temps. Je vous souhaites bien du courage mon ami. Il nous faut nous presser maintenant."
Comme il regardait la ville en contrebas avec insistance, Aneleh se retourna. Comment avait-il put ne pas percevoir les cris d'horreur, de désespoir ou de souffrance ? Les rayonnants avaient pénétré dans la cité, s'insinuant dans chaque fissures, détruisant chaque être qui se mettait sur leur chemin. Il en sortait même des égoûts. Ce qui voulait dire que son entrée ne serait pas une sortie.
"Il nous faut partir, vite ! dit-il instinctivement.
_ Non mon ami, répondit calmement Cho-Manno, ils seront là dans une minute, et s'ils vous voient partir, ils vous poursuivront. Je suis un leurre. C'est l'unique raison pour laquelle je suis ici. Je n'ai été ressucité que pour mourir à nouveau. Tel est la mission que m'a donné l'Oracle. L'entité qui les envoit sait que l'anneau est ici, et sait que je suis de nouveau vivant. Elle ne peut pas douter que l'objet soit en ma possession. Regardez les, ils convergent vers moi, c'est moi qu'ils veulent. Je dois les attirer pour vous permettre de vous enfuir, et sauver tous les mondes. J'espérais seulement que vous arriveriez plus tôt. Il y a tant de choses que j'aurais aimé dire à tant de gens... Aux autres ressucités qui ont combattu avec moi il y a plusieurs centaines d'années... Mais il est trop tard. Une nouvelle mort m'attend. Tenez, prenez l'anneau, et découvrez ce qu'il cache. Moi je repars dans l'ombre d'où je viens. Partez vite, sans vous retourner, le plus loin possible. J'ai une dernière surprise pour ses créatures. Le palais entier est maintenant une surprise léguée par les ancêtres kyrènes. Fuyez mon mai, nous avons chacun un destin à accomplir. J'étais ce que je ne serais jamais plus, je suis ce que je n'aurais jamais du être : un héros."
Aneleh entreposa l'anneau dans sa gueule où étaient déjà logées les fioles, alors qu'une lumière semblait grimper sur la paroi sous le balcon, et filtrer déjà sous la porte de la chambre. Ils arrivaient. Le dragon traversa la pièce sans jeter un regard sur la légende qui, pour la première fois, avait ému son coeur intangible de reptile, jusqu'au balcon opposé, et s'envola dans le ciel qui semblait boircir à vue d'oeil. Un orage se préparait. Les rayonnants n'avaient plus idée de regarder le ciel à présent. Ils avaient leur proie. Le premier rayonnant s'infltra par une fissure du sol et apparu devant l'ancienne légende.
"Vous aimez la lumière ? souffla Cho-Manno, j'ai ce qu'il vous faut, créatures..."
Le palais de Cho-Manno explosa dans une déflagration étourdissante, projetant des briques, du marbres, et des troupes entières de rayonnant jusqu'aux portes de la ville, quand ils ne furent pas proprement désintégrés. L'ancienne poudre des kyrènes entreposée là depuis des générations avait eu sa dernière heure de gloire.
Aneleh volait à tire d'ailes hors de la ville, le vent atténuant peu à peu l'effondrement du bâtiment, et les cris des hommes qui fuyaient en bas, il gardait le regard fixé sur la mare, au loin, qui cotoyait le chemin du retour. Il fallait oublier le chaos de ce plan-ci, car c'était peut-être ce qui attendait Dominaria. Une bataille sans pitié les opposerait peut-être aux rayonnants, aux shälämäks, et à leur maître. Et les morts injustes et douloureuses seraient encore nombreuses. Une unique larme lui brûla la joue lorsqu'il se posa près de la mare. La jeune ondine avait été attaqué par surprise par bien plus de rayonnants qu'elle n'aurait pu combattre...
Voilà pour aujourd'hui. Ah je suis plutôt content de moi sur ce coup là, c'était pas mal, avec même de l'émotion et tout
Le suite... plus tard.