Les pièces se mettent en place
L'ambiance était étrange dans la Yavimaya. Le cours des choses s'écoulait normalement, les elfes chassaient, les sylvins pensaient, les écureuils entreposaient et le vent continuaient à bruisser dans les feuilles. Seulement quelque chose d'inhabituel s'était produit. Quelque chose dont la forêt n'avait pour le moins pas l'habitude. Des peuples de tout Terisiare convergeaient vers la Yavimaya, des faeries étaient arrivées la veille, des minotaures d'Otennin étaient en route, et surtout, tous les anges d'Agima, menés par Enaira, Serra et Vaël, avaient élu domicile dans la forêt. Des êtres majestueux qu'il était rare de voir en ces lieux. Mais on avait besoin d'eux. On avait besoin de l'Ange scruteur, l'Omnipotent, Ydolem, celle qui voit l'inexistant. Elle s'était postée à l'orée de la Yavimaya, souffrant des visions multiples pour aider à la survie du monde. Il y a quelques minutes, elle avait appelé Multani, Serra et ses congénères. Elle avait vu quelque chose en particulier. Une brèche s'était ouverte à Boisbleu à cause de la guerre de l'Ombre, mais celle-ci était protégée par les sylvins, une autre s'était ouverte à Larsäk, en plein ciel, mais là aussi, les prophètes et les sorciers pourraient en faire leur affaire. Celle de Corellia était bien plus importante, et les rayonnants et les épidémies la traversant depuis le Vrai Monde l'avaient fragilisé. C'est vers celle-là que se dirigeaient les shälämäks, pour tenter de pénétrer dans le Vrai Monde et dissoudre l'Entremonde, et c'est celle-là qu'il fallait protéger à tout prix.
"Ils ne vaincront pas seuls, souffla Ydolem entre deux éclairs de douleur, trop d'ennemis, pas assez de puissance.
_ La protection de cette brèche est-elle si essentielle que ça ? demanda Vaël, la puissance du Vrai Monde a l'air également importante.
_ Imaginez, expliqua Multani, imaginez seulement la quantité et la puissance de l'énergie dégagée si tout le Multivers venait à fusionner avec le Vrai Monde...
_ Il va nous falloir partir pour Corellia, déclara Serra, si les shälämäks ont réussi à envahir notre royaume et à nous infliger une telle défaite, ils ne feront qu'une bouchée des corelliens. Quelques uns d'entre nous resterons ici pour le Conseil, les autres partiront en guerre.
_ Serra, osa Enaira, serons nous nous mêmes assez nombreux ?
_ Nous ne serons pas plus qu'à l'instant même. Il faudra faire avec.
_ Il y a tant de nos frères et soeurs qui sont restés en esclavage sur notre ancien royaume.
_ Et tant d'entre nous qui ont été rongés par les Tréfonds, enchaina Vaël, il y a certainement des moyens de les sauver.
_ Non, il n'y a aucun moyen. Laissez-les en paix.
_ En paix ? s'indigna Enaira. Ils ne sont pas en paix. Même sans toi nous nous sommes battu pour reconquérir notre royaume, Serra. Nous avons entraîné ton armée. Nous avons mené à la guerre des frères et soeurs qui n'avaient pas été créé pour ça. Aujourd'hui que tu es revenue, tu te dois de libérer ceux qui se sont sacrifier pour toi."
Serra resta silencieuse pendant quelques secondes. Sa mort l'avait-elle rendu insensible, indifférente ? Ou bien était-elle terrifié à l'idée de combattre à nouveau ses ennemis héréditaires ? Il fallait se rendre à l'évidence : effectivement ils ne seraient pas assez nombreux, mais attaquer le Plan shälämäk avant même de combattre leur armée serait une folie.
"Nous ferons quelque chose, commença Serra. S'il en existe encore pour qui il y a quelque chose à faire. Vaël, je sais que tu ne refusera pas la mission que je vais te donner, mais tu dois prendre en compt que cela pourrait être ta dernière. Tu vas retourner dans le Qarn. Et cette fois-ci tu devras y rester jusqu'à ce que tous nos frères et soeurs soient libérés, dusses-tu y laisser ta propre vie. Alors vous viendrez à Corellia. Te sens-tu prêt Vaël ?
_ Depuis le jour de notre chute, Serra, répondit Vaël. Dans chaque abysse où rôdent les ténèbres, dans les recoins les plus sombres de l'éternité, sans relâche, nous délivrerons les nôtres."
Et il se mit en route avec ses plus fidèles alliés.
"Quant à nous, reprit Serra, mettons nous en route. Les shälämäks naviguent dans le feu sous la terre, nous navigueront par les airs. Puisses les Dieux nous permettre de les devancer."
Ydolem déploya ses ailes, Enaira, bien que furieuse de n'avoir pas été écoutée, fit de même, et dans le ciel de la Yavimaya, une multitude d'ailes blanches prirent leur envol pour la côte.
Au même instant, dans le Vrai Monde, Christian et Thomas tentaient difficilement de faire comprendre aux jeunes magikers qu'ils étaient devenus des sorciers. Les uns après les autres, de la même manière que les trois sorciers de Dominaria, ils leur faisaient découvrir leurs pouvoirs, et prendre conscience que tout ceci était bien réel. Telle une épidémie bénéfique, la vérité se propageait, de main en main, de quartier en quartier, dans la discrétion la plus totale (si tant est que sa discrétion puisse être totale quand on est un jeune adolescent qui découvre tout à coup qu'il peut matriser le feu ou l'éclair). Cette nuit là, car le temps était plus court dans le Vrai Monde que sur Dominaria, la quasi totalité des magikers du lycée était réunie dans le sous-sol, en toute illégalité. Il fallait établir un plan d'attaque. L'idée venait de Thomas, grand spécialiste des jeux guerriers. Certains devraient continuer à propager la vérité, d'autres devraient découvrir comment une telle chose (car après tout comment un jeu pouvait il être un monde réel ?), d'autres encore, plus influent, devraient tenter d'empêcher l'armée et la Justice de leur monde de précipiter dangereusement les choses, comme ils avaient l'habitude de le faire. Il fallait savoir d'abord à quoi ils avaient à faire, quelq étaient les danger et les moyens d'y remédier, sans se dévoiler au grand jour, continuer à maitriser ses pouvoirs, mais à l'abri des regards. Après tout, qui croirait une bande de jeunes rôlistes qu'on considérait souvent comme "dangereux". Non, il fallait d'abord être nombreux, puissant, et avoir de quoi prouver à la face du monde qu'un immense danger se tramait.
" C'est incroyable que personne n'ait fait le rapprochement entre les épidémies et la brèche, lanca un jeune adulte qui était déjà un vieux magiker.
_ Des brèches, rectifia une jeune lycéenne qui avait fait sa première partie il y a un mois et qui se retrouvait propulsée avec serieux au rang de mage, seulement ils essaient de le cacher. C'est tellement fictionnel, voire science-fictionnel, que les gouvernements essaient désespéremment de le garder sous contrôle avant d'en parler.
_ Mais toutes ses maladies, et ce truc de lumière qui vous a attaqué, enchaina une demoiselle qui devait gagner des parties rien qu'en troublant corporellement ses adversaires, ce rayonnant, ça vient d'ici, tout vient donc forcément d'ici. De la source du jeu.
_ Wizards, lacha Christian, Wizards ou Richard Garfield, c'est peut-être un magicien à la base, et sa création a échappé à son contrôle, ou alors une sorte de présence s'est servi de la puissance de ce qu'il avait créé pour créer un monde... Et apparemment détruire le nôtre aujourd'hui, mais pourquoi maintenant, pourquoi si tard ? Nan, franchement, je pense que la situation leur ont échappé, sinon ils nous auraient pas coller des noms de créatures aussi pitoyables. Des kavrus, des myrs, et pui squoi encore ? Des slims ?"
Quelques rires fusèrent dans la salle. La situation était grave, mais pas désespérée.
"Il en manque du lycée, non ? demanda un pion ancien joueur de Magic™. Vincent par exemple.
_ Vincent ? s'étonna Thomas qui continuait silencieusement à préparer la suite des opérations, vous plaisantez ? À quoi il va nous servir ? C'est une vraie ordure. Il ment, il triche, il vole, il fait peur à tout le monde... Faut pas s'étonner d'être traités de satanistes.
_ Je pense pas qu'on puisse faire de favoritisme en ce moment, tous les bras sont nécessaires. C'est comme Luc...
_ Luc est encore pire, c'est un sournois, j'ai jamais vu une once de bon en lui. Ca serait trop dangereux, ces deux là pourraient se servir de leur pouvoir pour totalement autre chose. Ca serait le comble qu'ils deviennent nos ennemis. Croyez moi, il faudra nous passer d'eux, et certainement de quelques autre."
Il tendit un étrange cristal à ceux qui avaient été désigné comme "passeur" du pouvoir des magikers.
"Avec ça, expliqua-t-il, vous pourrez leur dévoiler qui ils sont vraiment. Il suffira qu'ils se concentrent, que vous vous concentriez, et que vous teniez tous les deux le cristal. Il faut commencer à recruter les gars, le cristal nous fait aussi comprendre que ce n'est pas un jeu, et nous donne le courage d'accepter le danger d'une "guerre" alors que certains ne sont même pas majeurs. Il faut être nombreux. Cette fois-ci ce n'est plus un film. On est vraiment en première ligne. Et on a vraiment le destin du Monde entre nos mains."
J'espère que ceux qui ont connu le projet Laconium reconnaitront la dédicace
Et walla