Le 18/01/2011 à 19:54, gedat avait écrit ...
Aujourd'hui j'ai vu Breakfast Club que BM et Boris avaient déjà chroniqué sur ce topic.
Le film est en soit bon, assez intelligent et pas chiant, mais je le trouve sur le fond super dérangeant.
Attention, this post is made of SPOILERS (!)
La morale de Breakfast Club, c'est censé être quoi? Le manifeste écrit à la fin précise que les individus dans la pièce sont plus que les stéréotypes que voient en eux le proviseur Vernon, et sont chacun irréducibles à simplement un surdoué, ou une fille à papa, un délinquant, etc. Le message clairement affiché du film est que les gens ont des idées toutes faites sur les autres et qu'en apprenant à se connaître, on arrive à dépasser ces clichés et regarder les gens comme ils sont réellement dans toute leur richesse, etc. (Et comme ça on fera une ronde tout autour du monde en se tenant par la main.)
Le texte du manifeste de fin, donc, c'est "chacun de nous est un surdoué, un athlète, un weirdo, une princesse et un délinquant" Soit. En quoi est-ce que le film nous laisse deviner chez Bryan des caractéristiques d'athlètes? Ou chez Bender un côté fils à papa? Plutôt que de s'attacher à dépasser les clichés qui collent au personnage au début, le film ne fait qu'enfoncer ces clichés au marteau, pour concevoir de parfaits personnages-stéréotypes. Ca ne veut pas dire qu'ils ne sont pas intéressants, Allisson et Bender sont des personnages absolument géniaux, mais aucune des révélations successives sur chacun des cinq ados ne nous apprennent jamais qu'il ne tombe en fait pas totalement dans la catégorie dans laquelle on souhaiterait le mettre, mais qu'il est en fait plus malheureux qu'il n'y parait.
La révélation des souffrances intérieures des personnages, loin de les rendre plus complexes, les enfoncent irrémédiablement dans leurs catégories: le surdoué est timide et obsédé par ses notes, l'athlète est sous la pression de la performance exercée par son père, le délinquant est évidemment battu par ses parents, la fille bizarre est délaissée et rêve de partir dans le Tiers-monde, et la fille à papa souffre des contraintes et des gossips inhérentes à la condition de fille populaire du lycée.
Pour couronner le tout, au lieu que ce samedi soit l'occasion d'une sorte de rupture des codes qui enferment les gens dans leur condition sociale lycéenne, il est l'occasion d'un triomphe incontesté de cette logique. Le type cool se tape la fille populaire tandis que le surdoué doit écrire la dissertation dévolue au groupe, et la rebelle se voit finalement décerné l'immense honneur de sortir avec l'athlète, mais seulement après qu'on lui ait enlevé son maquillage noir et tous les éléments de son habillement qui en faisaient un personnage original. Manière de dire que l'adoption des codes de la société est la condition sine qua none du bonheur.
Cette situation finale pourrait être la démonstration éclatante et cynique que malgré l'ouverture et l'esprit de jeunesse qui souffle sur ces cinq jeunes en ce samedi, le système est toujours plus fort. Mais The Breakfast Club traite sa fin comme un happy end, la photo finale figurant un poing levé en signe d'enthousiasme et une musique rock énergique et joyeuse.
Le conservatisme s'est rarement aussi bien camouflée derrière un masque contestataire.
Bon là on touche à un de mes films préférés donc, je vais au turbin.
Déjà, Gedat, je dois avouer que ta critique est bonne. Mais vraiment. Tu pointes des trucs assez juste.
Ton premier paragraphe, c'est tout à fait ça. Rien à redire. Sauf la parenthèse, car là tu cèdes au cynisme et c'est moche.
Ce film n'enfonce pas dans les stéréotypes, il montre à quel point le "système" est oppresseur. Bien sûr que Brian est obsédé par les notes ! C'est ce qu'on lui a toujours appris ! Comment repprocher ça ? Cela se comprend non ? C'est comme de repprocher à Bender d'être insolent avec Vernon ! C'est normal, puisqu'on tout le monde le prend pour un délinquant et un petit con qui va mal finir, alors il se comportre comme tel. Au moins il est quelque chose pour quelqu'un, il est reconnu pour ça, et même si c'est un tas de conneries.
Cela me fait penser à l'ex taulard à qui on rappelle chaque jour qu'il a fait de la taule, qui n'est vu que comme un ancien taulard incapable de se réinserer, puisque c'est un ex taulard. Et que c'est connu un ancien taulard ne l'est jamais très longtemps, et là les gens disent "vous avez vu, ces gens là sont pas comme nous autres, un taulard il a été, un taulard il est, un taulard il restera". Et là le taulard se dit "je suis peut-être un taulard mais au moins j'ai une place, une identité ; c'est mieux que de n'être rien. Taulard c'est presque rien pour la société, mais ce presque me prouve que je suis au moins quelque chose".
Comment donc repprocher à des stéréotypes de se comporter comme tel puisque le "système" produit des stéréotypes dont la force est qu'ils sont parfaitement intégrés à ceux qui sont sensés les incarner. Ce n'est pas qu'une estampille qu'il suffit de décoller, et hop finito les clichés. C'est un poison lent et inéxorable, inoculé avec le consentement des familles et de tout le reste, chez des individus qui n'ont pas les moyens de lutter. Plus on commence petit, meilleur est le formatage, c'est de la reproduction de générations en générations, du travail de sape quotidien :
barbarism begins at home
Et tu trouves que Bender est un "type cool" ? Je croyais que c'était le délinquant arrogant et insolent qui fuck l'autorité ? C'est cool pour qui ? Pour toi. Perso, Bender est un personnage tragique, un paumé, cassé, mais pas un type "cool". D'ailleurs il ne l'est pas pour Claire. Elle finit par l'aimer, par effet miroir. En dépit des stéréotypes, ce sont deux gosses dont les familles respectives ne les reconnaissent pas, elles le font chacunes à leur façon, mais cela produit les mêmes effets : l'envie d'être aimé, d'être considéré.
Et si l'intello écrit la disserte, c'est d'abord parce que c'est le meilleur pour ça, mais surtout parce qu'il va lui donner du sens, que grâce à cela, il prend le système à son propre jeu : OK j'écris le truc, mais je vais dire quelque chose de juste, qui aura du sens, et pas du bullshit attendu par Vernon, convaincu que cette bande d'idiots n'attend rien d'autre de cette disserte qu'une punition stérile. Ok cette disserte nous fais chier, mais on va essayer de dire à ce con de vernon, que l'on peut aussi en faire quelque chose, quelque chose qui fera sens, POUR NOUS.
Si c'est pas de l'émancipation ça...
Et Allison n'a rien d'originale...Tu te contredis : elle est un stéréotype mais quand elle se débarasse de ses oripeaux de gothique, tu lui reproche de perdre en originalité....Faut savoir.
Et depuis quand mettre ses lèvres en valeur avec du maquillage, c'est adopter les codes de la société, condition sine qua none du bonheur ? Si elle se maquille, c'est pour elle et par amour, pour elle, et pour Andy. Mais qu'est-ce que c'est que tes raccourcis ?
Et quand je mets des pompes, c'est pour adopter les codes de la société condition sine qua none du bonheur. Bah putain, faudrait peut-être que je pense à changer de pompes si je veux atteindre le bonheur. Et pourquoi pas aller nus pieds ?
Et tu oses parler de cynisme ?
La mélancolie suinte partout dans ce film....Le système est plus fort ? Peut-être, mais désormais ils en ont compris les rouages. Voilà le coeur du film : ils comprennent à la fin du film comment le système fonctionne, et ils font des choix, les leurs. Enfin.
"Ouais même que Valérie Damidot est tellement grasse que si elle se trempe un pinceau dans le fion, elle réinvente la peinture à l'huile."