Outrage ( Takeshi Kitano )
Deuxième film de Kitano sorti cette année en France, Outrage est la confirmation après le retour en forme operé par
Achille et la tortue de la pèche retrouvée de Kitano après une période d'introspections foireuses qui faisait peine à voir de la part du réalisateur de
Sonatine ou
Hana-Bi. Et si ses deux derniers films sont loin de faire oublier les grands chefs d'oeuvre des années 90, ils sont tout aussi loin de démeriter comparativement à un
Dolls ou un
Aniki mon frère.
Outrage constitue un retour de Kitano au film de yakuza, son genre de prédilection ; après avoir " américanisé " celui-ci dans
Aniki mon frère, il s'agit ici de le réduire à sa portion la plus absurde. On est donc face à des yakuzas, beaucoup, se massacrant pendant une heure et demie afin de monter en grade. Aucun n'est sympathique, aucun ne sera vu faire autre chose que tuer ou tenter de survivre, aucun n'hésite à trahir, mentir, manipuler et faire tout ce qui est interdit par le code d'honneur yakuza, la plus grosse ordure semblant être le chef du clan. Si la dimension poétique - les jeux de plage, les musiques de Hisaishi - des débuts est aux abonnés absents, l'humour noir de Kitano est en revanche bien présent et certaines scènes semblent sorties d'un Happy Three Friends tellement la violence y est extrême : au programme, baguette enfoncée dans l'oreille, décapitation, personnage obligé de tirer la langue pendant qu'un autre lui frappe le menton vers le haut, visage balafré, doigt coupé au cutter, tabassages divers et variés, dents sciées... on se retrouve face à une sorte de symphone abstraite de violence gratuite rappelant le
Elephant d'Alan Clarke. Les survivants ne seront pas les héros ni ceux qui le méritent, simplement ceux qui ont le mieux su gérer leurs intérêts. Les flics ne valent pas mieux que les yakuzas et une fois la purge operée, les enfoirés qui ont survécu remplacent les morts.
Complaisant, trop long,
Outrage n'a pas la beauté des meilleurs Kitano mais est un film singulier se plaçant parmi les réussites du cinéaste.
L'arme fatale ( Richard Donner )
Un peu comme la saga Indiana Jones, la saga Letal Wheapon est de celles dont l'épisode le plus rarement rediffusé à la télévision est pourtant celui qui se trouve à la fois être le premier et le meilleur. Ainsi, si à partir de l'arrivée de Joe Pesci la saga vire au grand n'importe quoi pas drôle, asseptisé et con comme la Lune, il n'en demeure pas moins que l'original tient toujours la route et demeure un classique du buddy-movie vieillissant relativement bien.
Martin Riggs ( Mel Gibson ) est un flic extrémiste et suicidaire depuis la mort de sa femme. Avec son nouveau partenaire Roger Murtaugh ( Danny Glover ), il doit enquêter sur la mort d'une call-girl qui se révèle être en réalité une affaire bien plus grave impliquant les forces spéciales.
Richard Donner n'est pas franchement un grand cinéaste mais fait partie de ces artisans capables dans leurs bons jours de produire un résultat tout à fait correct comme c'est le cas ici ; au-delà des moumoutes 80's des héros, les scènes d'action du films sont suffisament tendues pour maintenir l'attention, les dialogues de Shane Black font mouche et Gibson et Glover n'y cabotinent pas encore comme dans les épisodes suivants. Les limites se trouvent plutôt dans un scénario qui si il fait figure de modèle comparé à celui de ses suites reste une enième histoire de duo de flics complémentaires affrontant des méchants très très très méchants qui font la grimace et ne butent jamais les héros quand ils le pourraient ; certains rebondissements laissent un peu dubitatif ( Riggs gardé par un seul type, Riggs le suicidaire qui porte un gilet pare-balles ) et le final nous offre un combat à mains nues uniquement là pour combler le cahier des charges. Qu'importe, si il ne vaut pas tout à fait
48 heures dans le registre, l'Arme fatale reste à l'instar de
Rocky ou
Rambo le seul film réussi d'une saga qui va très vite s'auto-caricaturer.
Les quatre de l'apocalypse ( Lucio Fulci )
Stubby ( Fabio Testi ), joueur professionel, débatrque dans la petite ville de Salt Flat ou le shérif ne tarde pas à le mettre en prison, lui évitant de peu la mort étant donné que les habitants ont décidé d'éliminer à la manière forte tous les bandits faisant déperir leur ville ; épargné comme la prostituée Bunny, le noir parlant aux morts Bud et l'alcoolique Clem, il doit quitter la ville illico presto. Le quatuor tombe alors sur l'énigmatique Chaco ( Thomas Millian ), chasseur efficace qui va vite se réveler légèrement psychopathe.
J'aime bien Lucio Fulci mais ce film, si il ne mérite pas non plus l'étiquette d'énorme nanar que certains fans lui collent, est un ratage indigne du talent de son réalisateur, la faute avant tout autre problème à une photo absolument dégueulasse ou tout semble n'être rien d'autre qu'une nuance de vert caca d'oie, y compris les montagnes, et digne de la pire des séries Z. Si le scénario surprend par son sadisme, même pour un spagh ( on a droit à un viol de femme enceinte, un type écorché vif et du cannibalisme, quand même ), l'idiotie de l'ensemble ( Chaco qui laisse tout le monde en vie, l'alcoolique mourant d'une balle dans la jambe ) et son absence de rythme font un peu peine à voir, d'autant que le film, à l'exception de ses cinq dernières minutes, ne va jamais ou on l'attend et que Fabio Testi et Thomas Millian semblent motivés et se démènent pour faire croire à leurs personnages ; la relation entre Stubby et Bunny est assez touchante, Bud est un personnage complètement inhabituel dans ce genre de productions mais l'originalité ne fait pas tout et même le règlement de comptes entre Stubby et Chaco est filmé en dilettante et doté d'une tension absolument nulle ; à noter une musique pop qui s'insère très mal dans le film mais donne un coté psychédélique là encore plutôt curieux. Tentative intéressante mais ratée de fusion entre le western et le cinéma gore,
Les Quatre de l'apocalypse fait regretter un autre film atypique plus réussi, le délirant
Tire encore si tu peux de Giulio Questi ; Fulci lui-même avait avec son très bon
Le temps du massacre donné au genre une oeuvre bien plus aboutie même si ses chefs d'oeuvre se situeraient dans une optique 100 % gore.
Mister Majestyk ( Richard Fleischer )
Vince Majestyk ( Charles Bronson ) est un planteur de pastèques qui n'aime pas trop se faire marcher sur les pieds. Quand Bobby Kopas, un jeune mafieux, veut lui imposer de choisir ses ouvriers parmi ses hommes, Majestyk lui casse la figure et se retrouve en prison, ou Majestyk rencontre Renda ( Al Lettieri ), qui a organisé une tentative d'évasion. Refusant de s'associer à Renda, Majestyk se rend avec lui à la police, mais lorsque Renda parvient à s'évader, il lui suffit de faire pression sur Kopas pour qu'il retire sa plainte afin qu'aucun obstacle de demeure entre Majestyk, dont il veut la peau, et lui.
Encore un artisan, et un très grand cette fois puisqu'il s'agit de Richard Fleischer, en bonne forme pour ce qui reste un des meilleurs polars mettant en scène Charles Bronson, impérial de coolitude dans son rôle de type à la force tranquille et à la répartie cinglante, individualiste forcené néanmoins doté d'une sympathie discrète pour les pauvres et les immigrés. En gros enfoiré, Al Lettieri est tout aussi formidable de violence et d'idiotie, ses dialogues avec Kopas étant d'une drolerie digne d'un
Commando. Le tout manque un peu de rythme et de tension, ce qui peut sembler normal étant donné la nonchalance de son héros, mais on peine à trembler pour un Majestyk ne semblant jamais en danger et affrontant des mafieux idiots incapables d'adopter une stratégie cohérente. Les scènes d'action sont loin de ce que Sam Peckinpah pouvait faire à l'époque mais font preuve d'un savoir-faire tout à faire correct et pour peu que l'on accepte de voir Bronson faire le kéké, le film se suit avec un plaisir réel, la dimension sociale n'étant pas trop surlignée et la relation entre Bronson et la jeune mexicaine ne tombant pas dans la lourdeur. Et mon Dieu ces dialogues ( " Ou est Renda ? " " Là-bas. Raide " ) valent à eux seuls le visionnage, c'était l'époque ou ceux-ci étaient vraiment drôles, la comparaison avec les derniers Stallone faisant mal pour lui.
Frankenstein ( James Whale )
Le grand film de ma sélection d'aujourd'hui est donc mon classique Universal de fin de chronique, et si j'ai dit la semaine dernière tout le mal que je pensais du
Dracula de Browning, ce
Frankenstein réalisé la même année demeure un classique dont le pouvoir de fascination est toujours présent.
Le docteur Frankenstein ( Colin Clive ) est obsedé par l'idée de créer un être humain, et demande à son assistant Fritz de lui procurer un cerveau. A la sutie d'un vol de cerveau d'un criminel décedé par Fritz, Frankenstein parvient à créer un monstre, qui échappe à son controle et va semer la terreur dans la ville.
Si je trouve un peu superflu la justification de la monstruosité de la créature par le fait que le cerveau soit celui d'un criminel, il faut noter la prestation absolument incroyable de Boris Karloff dans le rôle du monstre, qui entre violence, incompréhension et peur, arrive à humaniser son personnage et à la rendre déchirant. Maltraité par Fritz, méprisé par Frankenstein, la créature ne semble pas plus inhumaine que ses maitres et on se prend à souhaiter sa victoire jusqu'à une scène incroyable ou la créature tue accidentellement une petite fille, conduisant à un lynchage par les villageois déchainés qui ne cherchent jamais le vrai coupable de ce qui arrive et qui bruleront la créature dans un final tétanisant. L'ensemble du casting est très convaincant et si certaines personnages secondaires, notamment l'ami de la fiancée de Frankenstein, sont un peu sous-exploitée, James Whale fait preuve d'un grand sens du rythme, d'une humanité et d'une tendresse envers le monstre sans céder au sentientalisme et d'une intelligence narrative qui forcent le respect. En espérant que mes prochains James Whale,
L'homme invisible et
La fiancée de Frankenstein, confirment l'excellente impression donné par ce premier film.
Boris.