Mercredi 15 Décembre 2010 à 20:00
#437
Yep, y a une sorte de pré-Desperado qui s'appelle El Mariachi. Je ne l'ai pas vu et vu qu'en général il est juste consideré comme le même en version dix fois plus fauchée je pense que je vais passer mon tour.
J'entamme une rétrospective un peu curieuse puisqu'à partir de ce message, je concluerai systématiquement ma série de chroniques par un film fantastique Universal des années 30-40, qu'il s'agisse des classiques ( Dracula, la Momie, le fantome de l'opéra ) ou de trucs plus improbable, aussi cela risque de dériver sur des oeuvres du genre Frankenstein contre le loup-garou, de quoi, faute de satisfaire le cinéphile, rassurer ceux qui pensent que l'épuisement de franchises à la mode est un phénomène récent.
M'y prenant chronologiquement, j'entamme donc la série par un film assez fantasmé, le Dracula de 1931.
Scott Pilgrim vs the world ( Edgar Wright )
Scott Piglrim ( Michael Cera ) tombe amoureux de Ramona ( Mary Elizabeth Winstead ), qui a un passé un peu spécial a assumer. En effet, Scott va devoir affronter ses 7 exs diaboliques si il veut rester avec elle, entre combats musicaux, pouvoir magiques végétaliens et défis en skate.
Ca parait con, dit comme ça. Une fois devant le film, c'est encore plus con. Et ce scénario crétin ( ceux qui aiment, vous n'avez pas interêt à revenir critiquer Avatar sur ce point ! ) est un prétexte à aligner une mise en scène BD-manga-jeux vidéos-dessin animé. Les coups sont assortis d'une voix-off gueulant " COMBOOO ", une scène de concert y devient le théâtre d'un affrontement de démons crées par la musique des groupes, on y mèle rires enregistrés de sitcom, inscriptions comiques pour présenter les personnages, balance mentale passant de " il a pas compris " à " il a compris " et j'en passe.
Les fans disent que ça fournille d'idées. Je trouve surtout que ça tente de masquer par des effets de style l'inintérêt absolu de l'histoire, d'autant plus que le couple principal est fade au possible, Cera, que j'aime bien au demeurant, étant une vraie endive ici, et Winstead peinant à exprimer la moindre émotion. Aucune alchimie ne se dégage entre eux tant le réalisateur semble s'intéresser à ses scènes de combat. Les effets de style semblent sans cesse indiquer au spectateur qu'il est en face d'un film geek, par un geek pour les geeks, la multiplication de références à la pop-culture étant sans doute ce que le geek de base rapproche le plus du cinéma expérimental. On croit rêver.
C'est vraiment l'apogée de cette génération geek qui se regarde le nombril en se voulant fun mais dont l'absence d'émotion, de vision du monde et de profondeur devient extrèmement pénible. Et si quelques idées marrantes surnagent, comme le collocataire gay ( meeilleur acteur du film ) dormant dans le même lit que Scott avec parfois des invités surprise, se taper 7 combats filmés à l'esbrouffe contre des tétards sans personnalité me semble plus proche du renoncement cinématographique que d'une influence bien digerée du jeu vidéo.
Don't believe the hype.
Blow-up ( Michelangelo Antonioni )
Un photographe de mode, Thomas ( David Hemmings ) photographie un couple dans un parc. La femme, Jane, lui demande de lui remettre les photos, ce que Thomas refuse. En rentrant chez lui, Thomas aggrandit les photos et se rend compte qu'il a sans doute photographié un meurtre.
Décrit comme ça c'est un polar, je vous assure que non, le film est très lent et son intrigue, qui finira d'ailleurs irrésolue, n'est qu'un prétexte à ausculter le thème du point de vue, de ce qu'on croit voir et de ce qu'on voit vraiment, de la réalité et de sa représentation et de l'impossibilité de trouver la vérité à l'aide d'artifices. A cet égard, Blow-Up est un film historiquement tout aussi important que le Rashomon de Kurosawa. Sans lui, pas de Conversation secrète, pas de Blow Out ( normal, me direz vous ) mais pas non plus de flashbacks reconstitués dans Mission : Impossible, pour donner une idée de la réutilisation faite de ses thématiques.
Thomas est un type fondamentalement superficiel : il veut rendre hommage aux mineurs en les esthétisant sur ses photos, qui achète des objects utilitaires parce qu'il les trouve beaux, qui place ses mannequins dans des positions dénuées de toute vérité, qui n'a ni relation amoureuse ni vraie relation amicale. A se réfugier dans les faux-semblants, on perd de vue la réalité des faits comme Thomas va, après disparition du cadavre qu'il pense avoir vu et des photos, se retrouver seul face au néant. Et si tout cela peut sembler bien théorique, et l'est parfois, quelques très beaux moments pops viennent illuminer le film, comme le concert des Yardbirds ( ou le guitariste fracasse sa guitare en entrainant l'approbation du public, comme si la pulsion seule pouvait aboutir à un réel résultat artistique ), la séance de baise avec Jane Birkin et sa copine et cette fin géniale avec des mimes simulant - très bien - une partie de tennis au point que Thomas entende la balle !
Pas du tout facile d'accès mais fascinant. Et après plusieurs tentatives avortées, je suis content d'arriver à aimer autant un Antonioni.
Fatal ( Michael Youn )
Je trouve ça vraiment génial de chroniquer un Antonioni et un Youn l'un à la suite de l'autre...
Bon, c'est Fatal Bazooka, la rappeur plus-que-bling-bling vedette du show-business, jusqu'au jour ou le chanteur d'électro-pop Chris Prolls ( Stéphane Rousseau ) vient lui faire de l'ombre. Ringardisé, ayant pété les plombs lors d'une soirée ou Prolls a raflé tous les prix, laché par sa compagne et son équipe, Fatal retourne dans sa Savoie natale pour devenir berger.
Bon, comparativement aux autres " prestations " de Youn, c'est sans doute ce qu'il a fait de mieux ( je sens vos regards dubitatifs derrière vos claviers, mais je me suis tapé Incontrolable messieurs ! Et j'avais dit " plus jamais ". Je n'ai aucune parole ) ou en tout cas de moins pire, cela reste très mauvais et une preuve de plus qu'au rayon comédies, les américains ont décidément tout à nous apprendre.
Qu'est ce qui pèche dans Fatal ? Presque tout. Youn y fait son habituel numéro d'hystérie saoulant après dix minutes, ses sidekicks sont sacrifiés, seul le personnage de Prolls est heureusement un peu plus développé. Après une demi-heure de bling-bling assumé mais lourdingue ( Athena Novotel en allusion à Paris Hilton, le clip gangsta du début ), on se dirige très vite vers une structure vue et revue d'apogée-déchéance-retour, avec cette espèce d'hypocrysie insupportable du parisien qui veut expliquer que quand même, chez les paysans, on a des rapports carrément plus sains et que le bling-bling, c'est mal, m'voyez ?
Youn a du regarder quelques comédies américaines récentes, entre un flashback sur son enfance dans les voges très Walk Hard et une présentation de Rousseau pompée sur Ricky Bobby, roi du circuit, cela ne suffit pas à faire un bon film. Et la vulgarité pas drôle de la majorité du film lasse. Devinez ce que voit Fatal quand il trouve Prolls et son ex ensemble au restaurant ? Elle qui mange une saucisse, lui qui lèche une huitre. Ouais. Drôle.... mais avec un chapeau, plus évident. Et évidemment un grand discours de fin contre la vilaine societé du spectacle.
Sauvent le film du naufrage des moments bien plus réussis : Fatal ravi d'avoir entubé les huissiers en gardant sa télé jusqu'à ce que le courant soit coupé, une clone de Séverine Ferrer très réussie, des faux clips géniaux ( avec une chanson des Enfoirés sur les pédophiles ou une chanteuse de r'n'b plus vraie que nature ) ou l'énorme pub pour des canapés. Mais c'est trop peu pour un film si souvent raté.
Le doulos ( Jean-Pierre Melville )
Melville et moi, c'est une grande histoire d'amour. J'aime Melville plus qu'aucun autre cinéaste français et je suis un admirateur béat et dénué d'objectivité de son style. C'est d'autant plus intéressant que le Doulos est situé pendant une phase de transition du cinéaste, ou avant de donner ses films les plus stylysés comme le Samourai ou le Cercle rouge, Melville réalité des oeuvres moins abouties formellement mais aux scénarios plus complexes, comme le Deuxième souffle ou ce film-là donc.
Maurice ( Serge Reggiani ) a passé plusieurs années en prison, durant lesquelles son ami Gilbert a tué sa femme de peur qu'elle ne dénonce les complices de Maurice. Celui-ci, l'apprenant, tue Gilbert et prépare avec son ami Rémy un cambriolage, avec l'aide de Silien ( Jean-Paul Belmondo ), un ami de Maurice réputé être un donneur dans le milieu ( doulos voulant d'ailleurs dire balance en jargon des truands ). Durant le cambriolage, la police arrive, et si Rémy est tué, Maurice, blessé, parvient à s'échapper et jure de se venger de Silien.
Un peu comme les Diaboliques de Clouzot, le Doulos est quasiment un film à twist dont je préfère crever plutôt que de vous dévoiler la fin, mais ce qui du coup nique complètement ma chronique puisque j'ai l'impression de ne pouvoir parler de rien sans tout griller. Le doulos, superbement filmé même si Melville fera encore mieux sur ce plan, est une histoire de doute entre les personnages de Maurice et de Silien, de doute contaminé au spectateur qui est partagé entre l'aversion que procure Silien ( il n'hésite pas à tabasser la copine de Maurice pour savoir le lieu du cambriolage ) et le charisme énorme déployé par Belmondo dans le rôle, sorte de mythomane sincère dont on ne comprend qu'un peu trop tard les manoeuvres. Reggiani est tout aussi génial, entre tension et humanité, entre violence et volonté de comprendre. Comme tous les autres polars de Melville, on est en face de ce que le cinéma policier français a pu produire de meilleur.
Dracula ( Tod Browning )
Dracula est ce qu'on appelle un film culte, terme qu'on utilise à tort et à travers aujourd'hui pour louer n'importe quelle merde et qui désigne théoriquement un film au public réduit mais défendu par des irréductibles afficionados. C'est en celà que Dracula est culte même si il est possible de se demander ( un certain Kakita Kirby devrait aller jusqu'à l'affirmer ) si ce Dracula n'est pas majoritairement véneré par des gens qui ne l'ont pas vu. En effet, le film fait peine à voir et au-delà de l'admiration que peut lui vouer un Tim Burton, il n'apparait qu'une oeuvre médiocre, souffrant de la censure d'époque sans avoir suffisament d'idées visuelles pour compenser, empesée et pataude.
Bref, le compte Dracula ( Bela Lugosi ), assisté de son serviteur Reinfield, débarque en Angleterre ou il décide de faire de la jeune Mina sa compagne, mais le docteur Van Helsing compte bien l'en empêcher.
Lugosi savait écarquiller les yeux, je dois l'admettre. Mais le voir déclamer lentement son texte en surjouant la peur qu'il est censé inspirer ne laisse pas une impression très positive. Le personnage de Renfield ne s'en sort pas mieux tant il est quasiment traité comme un sidekick comique, quand au camp du bien, seul Van Helsing y est doté d'un minimum de charisme tant les personnages manquent de relief. La disparition de certains d'entre eux est d'ailleurs vécue comme un évènement anodin du fait d'un montage aux transitions abruptes, parfois limite incompréhensibles. Et tout ce qui pourrait maintenir l'attention est hors-champ : on ne voit pas Dracula mordre, il n'a même pas de crocs ; on ne voit pas le pieu qui lui sera enfoncé dans le coeur, on ne voit pas la résurrection des personnages, en gros, tout ce qu'on voit durant une heure 20, c'est des personnages racontant ce qu'ils ont vu, pas aidés par une mise en scène statique au possible ( " regardez, là-bas, il s'est transformé en loup ! " ). Quitte à se confronter aux classiques traitant du vampirisme, le Nosferatu de Murnau, pourtant plus vieux de neuf ans, ou le Vampyr de Dreyer sont des oeuvres mille fois plus intéressantes dans la forme comme le fond et ayant bien moins subi le poids de l'influence théatrale comme de la censure.
Boris.
Je sais pas toi mais moi j'me fends la gueule.