Le 24/11/2010 à 13:07, zwouip avait écrit ...
J'avais vu scarface il y a quelques années et j'avais pas du tout aimé parce que j'avais l'impression que ça glorifiait trop le gangster, mais je devrais peut être le revoir en fin de compte.
C'est drôle décidément, parce que mon premier visionnage de Scarface avait été une déception pour les mêmes raisons. Après, m'étant familiarisé avec le style assez " too much " de De Palma, avec quelques bouquins satiriques écrits à la première personne ( American Psycho, Mégalomachine ) et surtout après visionnage du premier Scarface de Hawks, j'ai mieux compris ou De Palma voulait en venir. Quand tu compares l'original et le remake, il y a quelque chose d'intéressant, c'est que dans l'original tout est fait pour te mettre à distance du personnage principal, le film s'appelant d'ailleurs " Scarface, la honte d'une nation ". Comparativement le remake met beaucoup plus les mains dans la merde et prète le flanc à l'accusation de complaisance. Pour ma part, Tony Montana est un être abject, puant, détestable et montré comme tel ; que des abrutis de banlieue veuillent l'imiter, c'est plus une conséquence de leur perversion mentale que d'une apologie constituée par le film parce que quand tu vois Tony Montana buter des gens désarmés, être limite incestueux envers sa soeur, flinguer son meilleur ami et s'écrouler comme une merde sur " the world is yours ", faut quand même en tenir une couche pour trouver ça cool.
Le 24/11/2010 à 16:32, gedat avait écrit ...
Je minore pas ...en Amérique parce que c'est un film de gangster, c'est juste qu'en simple comparaison avec ...la Révolution j'ai trouvé son thème moins intéressant. Mais c'est relatif, je suis pas un ennemi juré des films de gangster non plus.
Et il y a effectivement beaucoup d'autres excellents films sur le thème, le Parrain, the Departed, alors que A Fistful of Dynamite est le seul film où j'ai vu un type dire que la révolution c'était juste les types qui lisent des livres qui vont se faire entretuer ceux qui n'en lisent pas. (là j'anticipe avec une sueur d'effroi la liste de contre-exemples asiatiques)

Non j'ai pas de contre exemple asiatique si ce n'est que sans être fan, loin s'en faut, je préfère Infernal Affairs à the Departed, qui est l'un des Scorsese que j'aime le moins et franchement trèèèèèès inférieur aux affranchis ou à Casino. Sinon, dans mes favoris, j'ajoute l'Impasse et l'iconoclaste Miller's crossing, film beaucoup trop méconnu.
Le 24/11/2010 à 16:32, gedat avait écrit ...
Dans Yes Men je trouve l'audace des auteurs sidérante, et il y a peu de choses que je trouve aussi cool que de voir des mecs faire croire qu'une multinationale admet qu'elle a fait de la merde. Même si c'est de la grosse facilité.
Y a pas une contradiction dans les termes ? Audacieux ET facile ? L'audace c'est pas le contraire de la facilité ?
Le 24/11/2010 à 16:52, black-monday avait écrit ...
Comme l'a dit Boris, le film se revendique de Proust, je pense même que c'est la seule adaptation du chef d'oeuvre réussie, à fortiori qu'elle n'est pas officielle. Je rejoins aussi Boris, sur le coté "Lynch", Il était une fois en Amérique, est un pur film "cerveau", déguisé en odyssée du gangstérisme juif américain. Et quelle mise en scène ! non mais putain quelle mise en scène ! On sent dès le début, et sa narration inhabituelle, qu'il y a du génie derrière.
Mais trop. C'est impressionant l'enchainement de ces séquences dans trois strates temporelles différentes sans qu'on ne soit jamais perdu : l'arrivée de De Niro au son de Yesterday, l'envoi de Noodles en prison et l'ellipse qui s'en suit, De Niro qui retrouve le bar de Fat Moe et se revoit observer Deborah en cachette, c'est un travail de fou pour rendre digeste une narration aussi ambitieuse. On se demande d'ailleurs toujours si Noodles a quitté les années 30.
Dans la trilogie des dollars, les actions des personnages principaux n'avaient pas de réelles conséquences : Blondin trahissait Tuco, le Manchot cherchait à flouer Mortimer mais au final les deux faisaient alliance et deveneaient amis ; à partir d'Il était une fois dans l'ouest les relations humaines deviennent plus ambigues ( cette fois le Cheyenne ne finira pas le film ) et dans Il était une fois en Amérique, les trahisons ne sont plus là pour amener de l'humour mais de la tragédie. Le téléphone qui sonne pendant des plombes, ce sont bien les remords de Noodles sur le coup de fil " fatal " qu'il passe à la police pour dénoncer Max.
Et pourtant, au fond de toute cette tristesse, on trouve, et ça n'a jamais été aussi fort chez Leone, une sensation d'apaisement en fin de film. Noodles qui se refuse à tuer Max, qui sort calmement alors qu'on lui annonce que toute sa vie depuis trente ans n'est qu'un mensonge, comme l'étaient l'amour et l'amitié. Noodles qu'on retrouve dans la fumerie d'opium, un sourire énigmatique aux lèvres pendant que le générique défile. Pourquoi sourit-il ? A ce moment là, il risque de mourir. Et si Noodles le savait ? Si son sourire était celui d'un homme résigné attendant la mort ? Chacun est libre de faire son interprétation, Leone n'est pas Christopher Nolan et préfère laisser le silence sur ce qui n'a pas à être explicité. On a parlé de Lynch, mais Deborah qui se démaquille, c'est le genre de scène sortie tout droit d'un Bergman type La nuit des forains ou Persona ; cinéma de femmes, là ou Leone est un cinéaste d'hommes, qui se conjugue à la virilité gangstérienne quand s'en mèle la mélancolie. Noodles a raté sa vie mais accepte son chatiment ; sans amour, sans amis, peut-être n'y a t-il plus de place pour la haine non plus.
Boris.
Je sais pas toi mais moi j'me fends la gueule.