Le 17/01/2018 à 17:00, Borislehachoir avait écrit ...
Qu'un changement ait été fait pour transformer le méchant d'O'Brian en français, c'est plus complexe. Le film est adapté de plusieurs romans de l'auteur ou les anglais affrontent parfois les américains mais parfois les français aussi puisqu'une partie est liée aux guerres napoléoniennes ; il prend le titre du premier de la série mais Weir avait expliqué avoir pioché dans un certain nombre de livres différents d'O'Brian. Dans tous les cas je ne vois pas le problème, au sens ou les français n'en sortent pas diabolisés. Au contraire il est mentionné plusieurs fois que Russel Crowe respecte son adversaire (la fin ou le capitaine français mourant assure son vainqueur de son admiration montre que ce respect est tout à fait réciproque) et j'irai même jusqu'à dire que dans Master and commander, le méchant est plus fort que le héros : Russel Crowe passe tout le film à se planter, à prendre des décisions contestables et si il surprend son adversaire c'est un immense coup de bol lié au brouillard. Durant toutes les fois ou les français et les anglais ont des chances égales, les français s'en tirent mieux ce qui me semble relativement beau joueur (précisons que le réal, Peter Weir, est australien, donc probablement très peu concerné par nos guerres entre européens et donc peu motivé à faire du bashing). Non seulement l'adversaire n'est pas ridiculisé mais il est même à hauteur morale et intellectuelle du héros ce qui est plutôt rare ; des français comme lui j'en veux tous les jours !
Je trouve quand même que nous sommes assez susceptibles sur les représentations des français dans les films américains alors que globalement on est loin d'être la nation la plus maltraitée. Le méchant français une fois sur deux c'est un dandy ultra-cultivé qui cite du Shakespeare dans un château en buvant du vin, c'est caricatural mais quitte à être un stéréotype l'intello méprisant à au moins le mérite d'être stylé. Pour moi le méchant français de base c'est Vincent Cassel dans Ocean's twelve et au-delà de son ego il est très fort ; pour en voir une bonne parodie, regardez Ricky Bobby, roi du circuit dans lequel Will Ferrell a le rival français le plus délirant de l'histoire du cinéma, incarné par un Sacha Baron Cohen fasciné par les crèpes, haïssant le film Highlander et lisant du Albert Camus tout en pilotant une bagnole de Nascar, et qui finalement se révèle bien plus sympathique que le gros plouc servant de héros ayant des enfants nommés " Walker " et " Texas Rangers " (si je vous ai pas donné envie là...).
Boris.
La motivation de Weir à faire du bashing ? Je crains qu'il n'y ait pas besoin de chercher bien loin : les dollars ; et le fait que les dollars soient australiens et non américains ne me parait pas y changer grand chose. Si Weir est insensible à l'argent, ce qui ma foi est possible, j'ai peur que ce ne soit pas le cas de ses producteurs. Et vu la part énorme du marché US pour ce genre de films à gros budget, le choix a dû être vite fait.
Tu imagines vraiment que les américains seraient contents (et les producteurs prêts à prendre le gros risque financier) à l'idée d'aller voir un film où les US sont les ennemis et perdent (même 'avec les honneurs', comme diraient les inconnus), où le capitaine Russel Crowe déclame des paroles d'encouragement à ses hommes avec clashage des US et moquerie du président Madison (je savais même pas que ce président existait, je viens d'aller voir sur wiki vers qui auraient dû être dirigés les mots qui sont dirigés dans le film contre Napoléon) ? Moi pas du tout. Alors peut-être que toi oui et peut-être que mon imagination est trop limitée ou trop frileuse ou qu'elle sous-estime le public américain, et peut-être que du coup tu as raison, mais si j'en juge par le nombre de blockbusters où les US gagnent ou sauvent la planète (ou si j'en juge par le nombre de drapeaux américains plantés dans les jardins là-bas -sans même rentrer dans le bashing de l'éléction +/- xénophobe et américaphile de Trump-), j'ai quand même vraiment du mal à imaginer une telle chose.
Alors qu'avec des ennemis Français, oh que oui j'imagine bien (et le staff de Master and Commander aussi manifestement) surtout à une période où certains Ricains étaient tellement francophiles qu'ils avaient rebaptisé les French Fries en Freedom Fries.
Après du coup il y a des petites entourloupes dans le scénar comme quand on comprend pas trop bien pourquoi le gamin qui a vu l'Acheron en chantier l'a vu aux US, etc, on se dit que c'est un peu bizarre mais c'est pas spécialement gênant.
Pour la fin, tu oublies je crois le petit twist avec le capitaine français qui se fait passer pour mort afin de pouvoir organiser une mutinerie et reconquérir le bateau à peine Aubrey aura le dos tourné. Voilà bien un coup vicieux de vilain frenchie sans honneur

(personnellement sur le moment ce petit coup m'arrangeait pas mal, parce que ça voulait dire qu'on allait avoir droit à un deuxième épisode, avec si possible encore un peu de la super bande son ; malheureusement ça n'a pas été le cas :/ )
Comme je l'avais dit dans mon premier message globalement "l'anti-francisme" dans Master and Commander reste soft, mais dans le fond ça demeure quand même le Français (qui en plus est fourbe à la fin) avec un meilleur bateau, plus gros, mieux armé, etc, qui se fait owner par l'intelligence du héros.
C'est de bonne guerre, puisque c'est lui le héros ^^
Mais ce côté de faire-valoir fait pour moi assez bien le lien avec l'exemple de Vincent Cassel que tu donnes : dans mes souvenirs (c'est pas tout neuf et je crois que pour moi l'intérêt principal du film c'est Catherine Zeta-Jones m'enfin ça c'est subjectif

) il fait assez beauf (l'espèce de kapoera, urk), tête à claque, petit titre nobliau, se la pète beaucoup, est certes assez fort mais tellement prétentieux qu'il passe surtout pour un con ; et est au final surtout un faire valoir pour les vrais héros.
Finalement c'est un peu ça les Français dans le cinéma anglosaxon à quelques exceptions près : soit ultramauvais (et/ou lâches, fourbes, manipulateurs, etc), soit pas mal voire même forts mais bien sûr pas assez forts, même en faisant leur maximum (
'avec les honneurs', disions-nous ^^) pour damer le pion au puissant américain. Ou alors carrément absents, aussi (j'ai pas vu Dunkerque l'an dernier mais je me suis laissé dire (peut-être à tort ? ) que les soldats français qui avaient sacrifié leurs miches pour sauver celles des Anglais se sont retournés dans leurs tombes -si tant est qu'ils en aient eu une- ; pour qu'on les mentionne, ils devront attendre le prochain blockbuster sur le sujet, j'imagine -en espérant qu'il sera moins conçu pour flatter l’héroïsme du spectatorat anglosaxon-).
Bref je vais pas faire le bougon, souvent ces films là en gros je les aime bien même avec leur microbashing, mais bon à la longue quand c'est -presque- toujours pareil je trouve ça un peu agaçant et un peu 'facile'.
Qui selon toi serait la nation la plus maltraitée (par le cinéma anglo-us), d'ailleurs ? les Soviétiques/russes ? Les latinos centro-sud-américains dans leur ensemble ? nos voisins teutons ?
Et merci pour Ricky Bobby je note !