Le 21/12/2015 à 21:13, Borislehachoir avait écrit ...
Cette fois ce n'est pas une blague, j'ai vu le prochain Tarantino, The Hateful eight, en vo non sous-titrée. Je ne parlerai donc pas des dialogues puisqu'il y en a quelques uns qui m'ont perdu (le film est très bavard) notamment autour des batailles militaires et des confrontations entre Sam Jackson et Bob le mexicain.
C'est une sorte de film somme pour Tarantino : un huit-clos Reservoir Dogsien, un cadre de western racial comme Django, un jeu de la joute verbalo-stratégique comme l'intro d'Inglourious Basterds (on pourrait voir le film comme la première scène d'Inglourious étirée sur trois heures), un rebondissement tout droit sorti de Pulp Fiction et une maitrise du classicisme formel dans les deux premiers tiers qui renvoie bien plus à Jackie Brown qu'aux westerns spaghettis zoomés, avant que la dernière heure ne fasse vraiment parler la poudre. Au passage, superbe photo et magnifiques paysages hivernaux extrêmement bien mis en valeur.
Ce côté auto-citation m'avait énervé dans Boulevard de la mort, il est ici plus naturel, plus fluide. Ce mec a un don incroyable pour trouver son propre tempo, pour envoyer le flashback pile au bon moment, pour passer d'une pétarade à une digression de manière totalement naturelle. Je ne peux pas m'empêcher de trouver que depuis la mort de sa monteuse Sally Menke, les Tarantino sont moins parfaitement rythmés (coup de mou vers le milieu) mais c'est ici rattrapé par le formidable casting dénué de fausse note. C'est clairement moins original qu'Inglourious ou Django, mais il ne contient aucun défaut aussi notable que le jeu de Mélanie Laurent/Jacky Ido du premier ou le passage bien trop long chez Di Caprio dans le second.
Ce qui m'a le plus intéressé, c'est le discours sur la lutte qui sous-tend le film. La femme noire hait les mexicains, la femme blanche n'a que mépris pour les noirs. Jamais on ne trouvera dans The Hateful eight de réelle solidarité entre deux groupes ethniques opprimés, mais en revanche une improbable amitié inter-raciale peut naitre. Car Samuel L Jackson et Jennifer Jason Leigh ne sont pas des victimes, il sont des personnages forts qui ont appris à devenir aussi dégueulasses que les autres pour survivre ; Jennifer est respectée des hommes, Samuel est malgré lui admiré par un blanc confédéré absolument raciste et un chasseur de primes ultra-violent dénué de scrupules. Ce n'est pas un idéal qui peut souder une communauté, c'est une haine commune de l'ennemi qui est ici la seule chose qui empêche noirs et blancs de s'entretuer.
Tout ça pourrait sembler être du cynisme un peu évident... Si le film ne se terminait pas par une plus qu'étonnante fin " optimiste " (qui justifie pleinement le rapprochement fait par certains avec The Thing de Carpenter, d'ailleurs) qui tempère le promos. Le film énervera tout autant les anti-racistes que Django, et devrait en plus s'attirer les foudres des féministes vu le traitement particulièrement bourrin réservé au personnage féminin qui doit se prendre une douzaine de beignes dans la gueule durant le film au point de m'avoir fait détourner le regard. Quand à ceux qui jugent la violence de Tarantino irresponsable, j'ai tendance à préférer les laisser s'entourer des draps confortables de l'indignation morale plutôt que de discuter avec eux de ce que cette violence peut également signifier d'un point de vue sociétal.
Vu que j'ai pas grand chose à dire, à part, j'ai passé un très bon moment putain c'était trop cool comme film, je vais juste poser 2-3 questions. De Tarantino, j'ai vu que ces derniers films (les 2 Kill Bill, inglorious et Django), pour reservoirs dogs, pulp fiction et jackie brown, j'ai du les voir en décousu à la télé. Donc le premier paragraphe de Boris me fais un peu peur d'être passé à côté de quelque chose.
Sinon, d'un point de vu technique, j'ai pu voir le film en 70mm, c'est particulièrement impressionnant au début, l'image est vraiment immense, je savais pas où poser mon regard durant plusieurs passage du film (et pour moi qui a récupérer une paire d'yeux efficaces depuis début décembre seulement, c'est vraiment un putain de pied).
Sinon, mes 2 questions: En quoi la fin est optimiste? Et c'est quoi les passages qui t'ont "fait détourner le regard" concernant Domergue (la fin je peux comprendre, mais sinon)?
- You exude pain. Your life is a patchwork of blackness, no time for joy...how do you cope with it?
- I have a Butler.