Dimanche 17 Mai 2009 à 21:52
#181
Du côté de chez Swann (Marcel Proust)
Je crois que BM avait dit l'avoir lu.
Tout d'abord: c'est chiant!! J'ai eu un gros dilemme intérieur avec moi-même pour savoir si je devais continuer de le lire ou l'abandonner à la page 30. Il faut dire qu'il ne se passe vraiment rien et que ce cher Marcel et moi avons des centres d'intérêt totalement différents: je suis totalement insensible aux arts visuels, et voir les pages remplies de références, ici au vitrail d'une cathédrale, là à un tableau de Rembrandt, ça me donne la nausée. On a un peu soit dit en passant l'impression que l'auteur se la raconte grave en étalant sa culture. Et je suis encore plus indifférent aux fleurs, alors la description du bouquet d'aubépines longue de trois pages a failli m'achever.
Proust a l'air de se complaire dans son ultrasensibilité et sa faiblesse maladive, on ne sent dans le livre jamais aucun sursaut pour essaier de se reprendre en main, d'aller de l'avant...
C'est en grande partie ce qui est fascinant dans cet ouvrage, ce côté désespéré d'un homme qui n'a pas d'avenir et qui tente frénétiquement d'extirper de son passé les rares moments ou il lui semblait qu'il était heureux, c'en est presque effrayant. Proust s'expose avec une sincérité assez désarmante, et donne de lui l'impression que la moindre rafale peut le casser en deux. On a une absence totale d'héroïsme et de virilité, c'est en quelque sorte l'anti-James Bond.
Je trouve que c'est beaucoup mieux après Combray. Proust est très fort pour parler d'amour, d'une façon assez exceptionnelle, puisque contrairement aux romantiques il n'idéalise pas l'amour mais procède à une dissection froide et méticuleuse de tous les sentiments qui le composent, et que je trouve très vraie. Cela n'exclut pas le lyrisme de ses phrases, qui sont par contre un peu longuettes quelques fois (j'adore avoir à relire 3 fois le même passage pour essayer de retrouver où le raisonnement commence ou finit...)
Et sur la musique. Là il me prend par les sentiments: "...chacune aussi différente des autres qu'un univers d'un autre univers, ont été découvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en éveillant en nous le correspondant du thème qu'ils ont trouvé, de nous montrer quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant." Waw.
On en ressort avec une impression étrange. Malgré ses seules 400 pages, il est très long à lire, ne serait-ce que par le bloc incroyablement compact que forme l'écriture (si j'ai bien compté il doit y avoir au maximum 5 paragraphes dans tout le livre), et il y a mieux niveau suspense, mais, il a tendance à déteindre sur notre propre vision des choses.
Bref, un long voyage avec un écrivain désespéré, qui nous entraine avec lui dans sa longue quête de bribes éparses de souvenirs. Troublant.
[ Dernière modification par gedat le 18 mai 2009 à 14h40 ]
Je crois que BM avait dit l'avoir lu.
Tout d'abord: c'est chiant!! J'ai eu un gros dilemme intérieur avec moi-même pour savoir si je devais continuer de le lire ou l'abandonner à la page 30. Il faut dire qu'il ne se passe vraiment rien et que ce cher Marcel et moi avons des centres d'intérêt totalement différents: je suis totalement insensible aux arts visuels, et voir les pages remplies de références, ici au vitrail d'une cathédrale, là à un tableau de Rembrandt, ça me donne la nausée. On a un peu soit dit en passant l'impression que l'auteur se la raconte grave en étalant sa culture. Et je suis encore plus indifférent aux fleurs, alors la description du bouquet d'aubépines longue de trois pages a failli m'achever.
Proust a l'air de se complaire dans son ultrasensibilité et sa faiblesse maladive, on ne sent dans le livre jamais aucun sursaut pour essaier de se reprendre en main, d'aller de l'avant...
C'est en grande partie ce qui est fascinant dans cet ouvrage, ce côté désespéré d'un homme qui n'a pas d'avenir et qui tente frénétiquement d'extirper de son passé les rares moments ou il lui semblait qu'il était heureux, c'en est presque effrayant. Proust s'expose avec une sincérité assez désarmante, et donne de lui l'impression que la moindre rafale peut le casser en deux. On a une absence totale d'héroïsme et de virilité, c'est en quelque sorte l'anti-James Bond.
Je trouve que c'est beaucoup mieux après Combray. Proust est très fort pour parler d'amour, d'une façon assez exceptionnelle, puisque contrairement aux romantiques il n'idéalise pas l'amour mais procède à une dissection froide et méticuleuse de tous les sentiments qui le composent, et que je trouve très vraie. Cela n'exclut pas le lyrisme de ses phrases, qui sont par contre un peu longuettes quelques fois (j'adore avoir à relire 3 fois le même passage pour essayer de retrouver où le raisonnement commence ou finit...)
Et sur la musique. Là il me prend par les sentiments: "...chacune aussi différente des autres qu'un univers d'un autre univers, ont été découvertes par quelques grands artistes qui nous rendent le service, en éveillant en nous le correspondant du thème qu'ils ont trouvé, de nous montrer quelle richesse, quelle variété, cache à notre insu cette grande nuit impénétrée et décourageante de notre âme que nous prenons pour du vide et pour du néant." Waw.
On en ressort avec une impression étrange. Malgré ses seules 400 pages, il est très long à lire, ne serait-ce que par le bloc incroyablement compact que forme l'écriture (si j'ai bien compté il doit y avoir au maximum 5 paragraphes dans tout le livre), et il y a mieux niveau suspense, mais, il a tendance à déteindre sur notre propre vision des choses.
Bref, un long voyage avec un écrivain désespéré, qui nous entraine avec lui dans sa longue quête de bribes éparses de souvenirs. Troublant.
[ Dernière modification par gedat le 18 mai 2009 à 14h40 ]