corum
Quant à mois, je ne suis probablement pas moins ignorant que tu l'es, mais je ne pense certainement pas avoir une idée claire de ce qu'est l'art.
Bref, ton explication historiciste me paraît bien courte.
Je crois que tu as mal interprété mon post.
Ce que je dis, c'est qu'il n'y a pas l'art d'un côté, le divertissement de l'autre, et que le fait qu'un film ou un livre séduise le lecteur contribue à son statut d'oeuvre d'art. Parfois le mot est bien grand parce qu'à côté, on n'a ni la réflexion ni l'émotion, mais je trouve qu'on a pas mal tendance à dénigrer ce que le public aime (ce qui n'est pas un mal en soi) et du coup à rechercher une sorte d'austérité dans l'art en assimilant toute tentative de séduction à de la complaisance envers le lecteur (ce qui est plus problématique).
Parler de "vision claire" de l'art était peut-être prétentieux de ma part. Disons que j'ai "ma" vision de l'art et qu'elle est suffisamment claire pour me permettre d'expliquer en quoi je trouve certaines choses artistiques.
L'explication étymologique était destinée à montrer que dans l'Antiquité, on appliquait les termes équivalents d' "art" à des activités n'ayant rien d'artistique au sens où on l'entend aujourd'hui.
Wikipédia donne ça, qui se rapproche de ce que j'en avais appris :
Le plus souvent, les Grecs anciens ne distinguaient pas l'artiste de l'artisan. De ce fait, certaines activités considérées comme artistiques à l'époque contemporaine font partie intégrante de l'artisanat en Grèce antique, dans la mesure où elles s'expriment dans la fabrication d'un objet concret : n'en sont exclues que les activités « auxquelles les Anciens ont accordé le statut de production artistique et le patronage d'une Muse3 » (musique, poésie, etc.)
Platon opère la distinction pour dévaluer l'artiste, en disant que son travail consiste à réaliser une copie de ce qu'a produit l'artisan (le lit, dans son exemple), qui est elle-même une copie élaborée à partir de l' "idée" du lit. Bref, l'artiste est plus éloigné de la réalité que l'artisan - ce que je trouve personnellement assez con, l'artisan s'inspirera moins d'idées abstraites que de ce qui existe déjà sur le marché, mais ce n'est pas le sujet x).
Bref, Platon distingue les deux en réservant "technitès" à l'artiste, mais on constate en général que le terme désigne n'importe quel travailleur possédant un savoir-faire particulier. A l'exception des poètes et autres compositeurs (dont le statut était particulier car l'inspiration leur venait directement des dieux), la vision qu'avaient les Grecs de l'art me paraît donc plutôt floue, notamment en ce qui concerne les arts picturaux.
Que l'art reste un concept flou aujourd'hui, je ne le démens pas, mais c'est naturel, non ? Je veux dire, on peut fixer des critères dits "objectifs" à la qualité d'une oeuvre d'art, il n'empêche que ces critères n'ont cessé de varier d'une époque à l'autre, et qu'au final l'art se ressent plus qu'il ne s'analyse. D'où la difficulté de le définir, que ce soit pour les Anciens ou pour nous. Eux peinaient à le différencier du savoir-faire artisanal, nous du produit commercial, dans le fond nous ne sommes pas si différents... Voir de l'art en quelque chose demeure une expérience subjective.