Mercredi 18 Mai 2016 à 20:59
#2971
L'Antre de la folie (John Carpenter, 1994) : un agent d'assurances est envoyé à la recherche de l'écrivain Sutter Cane, dont les écrits fantastiques semblent également influencer le monde réel.
C'est un film épouvantable à critiquer, le plus abscons de tous les Carpenter que j'ai vu. Au bout d'une heure j'étais encore perdu dans cette suite de visions à cheval entre Lynch et Lovecraft, sans qu'on saisisse ou Carpenter veut nous conduire. Et puis, la fin finit par faire sens : la contamination générale, le besoin par Sutter Cane d'utiliser Sam Neil (dans son meilleur rôle) comme vecteur, le cinéma comme relai de la littérature jusqu'au moment ou Neil finit seul dans un cinéma diffusant... L'Antre de la folie. C'est forcément nébuleux (le personnage principal est une sorte de mec qui finit par assumer son statut de personnage dans un récit horrifique), parfois quasiment lynchien (la séquence à l'hotel avec la vieille qui a assomé son mari) et la mise en scène très sèche de Carpenter se prète très bien au jeu du fantastique suggéré. Bref, je vous garantie pas que vous allez adorer, mais c'est de loin le film le plus intéressant et obsédant de cette sélection. Moi je prends !
C'était demain (Nicholas Meyer, 1979) : HG Wells poursuit Jack l'éventreur en 1979 grace à sa machine à remonter le temps.
Admettez que là c'est du résumé qui claque. Si vous lisez ça en mode " mouais... bof " vous êtes moins boriste qu'une fan de Keira Knightley. Le problème c'est que si le film démarre très bien (exposition sans fioriture, plan en vue subjective de l'éventreur commettant un meurtre, départ dans le futur) une fois arrivé en 79 on se prend une INTERMINABLE romance entre HG Wells et une nana qu'il rencontre, romance qui prend bien la moitié du film et qui est salopée par le jeu insupportable de l'actrice. On évoque au début des pistes politiques hyper-intéressantes (le fait que Jack l'éventreur se sente à son aise dans le futur là ou le socialiste Wells constate l'échec de tous ses idéaux) mais c'est traité par dessus la jambe, tout comme la résolution de l'intrigue qui est franchement calamiteuse. Nicholas Meyer, excellent romancier spécialisé dans le croisement de mythes (il est parmi les meilleurs auteurs de Sherlock Holmes apocryphes) signait ici un premier film malheureusement très décevant comparativement aux possibilités délirantes qu'offraient son point de départ. Vraiment dommage, d'autant plus que les deux acteurs principaux (Malcolm Macdowell et David Warner) ne sont pour absolument rien dans l'échec.
New York, deux heures du matin (Abel Ferrara, 1984) : un ancien boxeur devenu gérant d'un club de strip-tease cherche à protéger son ex-copine d'un tueur en série.
Ce qui est captivant chez Ferrara, c'est sa capacité à observer des mondes assez peu reluisants sur le plan moral (ici le milieu du strip) tout en arrivant à y insérer avec aisance ses grands thèmes : la rédemption, le sacrifice, le christianisme. Ce qui chez n'importe qui aurait pu ressembler à un truc moralisant ou au contraire à de la provoc devient chez Ferrara l'itinéraire d'un héros tourmenté (il s'agit d'un boxeur ayant tué son adversaire sur le ring) qui devient le dernier rempart entre ses employées et un redoutable maniaque (qui est aussi un artiste martial, d'où ce délirant duel final boxe contre nunchaku). C'est 80's mais alors jusqu'au bout des ongles, avec tout ce que ça implique de vulgarité assumée (boudiou ce strip-tease de Mélanie Griffith en ouverture! Et cette scène lesbienne !), très bien interprété (Griffith donc, et un Tom Beranger des grands jours), j'aime beaucoup le fait qu'on ne voit presque pas le serial killer qui devient une sorte d'incarnation de toute la folie d'une ville. Ca aurait pu être un Ferrara première période digne de son magnifique L'Ange de la vengeance si à mon sens le scénario n'avait pas deux handicaps majeurs : le personnage de Billy Dee Williams qui est très présent alors qu'il ne sert à rien dans l'intrigue, et la thématique sur la guerre des gangs entre les patrons de boite de strip-tease qui est traitée à l'arrache. Ca reste de la très bonne série B dont le premier degré semble presque anachronique aujourd'hui, mais possédant largement assez de grands moments pour faire oublier ses carences. J'aime.
Les Grands Fusils (Duccio Tessari, 1973) : un tueur à gages décide de se ranger et devient la cible de la mafia.
COMME C'EST ORIGINAL ! Ben en fait, un petit peu ! C'est un hybride assez bâtard entre le polar de mafieux italien et le " Alain Delon movie " français avec évidemment Alain qui bute tout un tas de mafieux antipathiques et sans honneur pas comme lui. A ceci près qu'on est en 1973, que la carrière de Delon n'est pas encore partie en sucette et que finalement le film apparaît plus comme une sorte de remake de son samourai melvillien, sauf qu'évidemment Duccio Tessari n'est pas Jean-Pierre Melville et que la comparaison lui est néfaste mais alors sur absolument tous les plans. Y a des choses intéressantes à picorer (le fait que la pute défraichie soit finalement le seul perso réellement honorable, la fin ultra-pessimiste, le meurtre assez graphique de Roger Hanin) mais il y a un gros coup de mou sur le plan rythmique, surtout pour un film qui narrativement déroule quand même un cahiers des charges aussi éculé (il chope le premier meurtrier, il le bute ; il chope le second, il le bute ; devinez ce qu'il fait au troisième ?). Ca reste une curiosité qui se regarde assez bien, un opus moyen-bof au sein de la carrière bizarre de Tessari (grand scénariste de péplums et de westerns qui s'est aussi retrouvé être à ma connaissance le seul italien à faire de la blaxploitation) mais qui aurait nécessité un metteur en scène d'un calibre supérieur comme Fernando Di Leo ou Sergio Sollima pour accoucher d'un vrai film marquant.
ET MES DEUX REVISIONNAGES...
The World of Kanako (Tetsuya Nakashima, 2014) : un ex-flic alcoolique enquête sur la disparition de sa fille.
Je pensais franchement qu'en le revoyant, tous les points nébuleux de l'intrigue allaient se clarifier et que je pourrais débarouler sur MC en mode Jamy de C'est pas sorcier " c'est très simple ". Non, ça ne l'est pas du tout, c'est un film aussi riche visuellement que confus narrativement. Il faut imaginer un mix nippon d'Old Boy et de Tarantino, avec Koji Yakusho en mode Choi Min-sik (et tout à fait à la hauteur de son modèle : le mec est vraiment phénoménal), et des ruptures de ton tout le temps : des passages en animation réalisés par le studio 4°C, un générique pop, un passage presque burlesque d'affrontement avec le serial killer, le costard blanc de Yakusho qui devient de plus en plus crade au fur et à mesure du film, des moments kawai volontairement insupportables mais justifiés par la volonté de confronter cet univers mignon a une réalité ultra glauque, et surtout ce montage ULTRA découpé qui fait se superposer deux intrigues et plein de strates temporelles différentes. C'est un film de trop-plein dont le foisonnement stylistique est un peu desservi par l'intrigue, qui est en fait beaucoup plus décousue que réellement compliquée : comme chez Nolan, c'est surtout mal raconté en réalité. Mais il est évident que Nakashima est formellement l'un des plus inventifs cinéastes de genre nippons en activité (avec peut-être Sono Sion), et que The World of Kanako est l'un des très rares polars actuels dont on sort en se disant " ce film-là, je ne l'avais jamais vu ". Quelque part, son côté non-explicatif lui permet aussi de tenir très bien le revisionnage.
Les Frissons de l'angoisse (Dario Argento, 1975) : Un touriste anglais est témoin de l'assassinat d'une médium. Il cherche à débusquer le tueur avant de connaître le même sort.
Revisionnage de ce qui demeure mon Dario Argento favori dans sa version longue ; les ajouts concernent essentiellement des moments d'intimité assez comiques entre David Hemmings ou Daria Nicolodi dont la nécessité est loin d'apparaitre évidente. Si ces scènes ont le mérite de faire exister le couple (j'aime beaucoup le fait que Daria Nicolodi ne soit pas une potiche blonde mais plutôt une grande perche ironique au physique atypique), elles cassent un petit peu le rythme du récit policier. Pour le reste, c'est une succession de moments de bravoure, chacun des meurtres de ce film étant à étudier en école de cinéma. La musique des Goblins déchire, le jeu sur l'architecture est absolument formidable même si Argento poussera ça encore plus loin avec Suspiria, ça reste mon giallo préféré et un de mes films italiens favoris des années 70 même si un peu comme le cinéma de PFFF BRIAN DE PALMA je trouve qu'Argento est sans doute plus un cinéaste de grandes scènes que de grands films (chez eux, le tout vaut parfois un peu moins que la somme des parties).
Boris.
C'est un film épouvantable à critiquer, le plus abscons de tous les Carpenter que j'ai vu. Au bout d'une heure j'étais encore perdu dans cette suite de visions à cheval entre Lynch et Lovecraft, sans qu'on saisisse ou Carpenter veut nous conduire. Et puis, la fin finit par faire sens : la contamination générale, le besoin par Sutter Cane d'utiliser Sam Neil (dans son meilleur rôle) comme vecteur, le cinéma comme relai de la littérature jusqu'au moment ou Neil finit seul dans un cinéma diffusant... L'Antre de la folie. C'est forcément nébuleux (le personnage principal est une sorte de mec qui finit par assumer son statut de personnage dans un récit horrifique), parfois quasiment lynchien (la séquence à l'hotel avec la vieille qui a assomé son mari) et la mise en scène très sèche de Carpenter se prète très bien au jeu du fantastique suggéré. Bref, je vous garantie pas que vous allez adorer, mais c'est de loin le film le plus intéressant et obsédant de cette sélection. Moi je prends !
C'était demain (Nicholas Meyer, 1979) : HG Wells poursuit Jack l'éventreur en 1979 grace à sa machine à remonter le temps.
Admettez que là c'est du résumé qui claque. Si vous lisez ça en mode " mouais... bof " vous êtes moins boriste qu'une fan de Keira Knightley. Le problème c'est que si le film démarre très bien (exposition sans fioriture, plan en vue subjective de l'éventreur commettant un meurtre, départ dans le futur) une fois arrivé en 79 on se prend une INTERMINABLE romance entre HG Wells et une nana qu'il rencontre, romance qui prend bien la moitié du film et qui est salopée par le jeu insupportable de l'actrice. On évoque au début des pistes politiques hyper-intéressantes (le fait que Jack l'éventreur se sente à son aise dans le futur là ou le socialiste Wells constate l'échec de tous ses idéaux) mais c'est traité par dessus la jambe, tout comme la résolution de l'intrigue qui est franchement calamiteuse. Nicholas Meyer, excellent romancier spécialisé dans le croisement de mythes (il est parmi les meilleurs auteurs de Sherlock Holmes apocryphes) signait ici un premier film malheureusement très décevant comparativement aux possibilités délirantes qu'offraient son point de départ. Vraiment dommage, d'autant plus que les deux acteurs principaux (Malcolm Macdowell et David Warner) ne sont pour absolument rien dans l'échec.
New York, deux heures du matin (Abel Ferrara, 1984) : un ancien boxeur devenu gérant d'un club de strip-tease cherche à protéger son ex-copine d'un tueur en série.
Ce qui est captivant chez Ferrara, c'est sa capacité à observer des mondes assez peu reluisants sur le plan moral (ici le milieu du strip) tout en arrivant à y insérer avec aisance ses grands thèmes : la rédemption, le sacrifice, le christianisme. Ce qui chez n'importe qui aurait pu ressembler à un truc moralisant ou au contraire à de la provoc devient chez Ferrara l'itinéraire d'un héros tourmenté (il s'agit d'un boxeur ayant tué son adversaire sur le ring) qui devient le dernier rempart entre ses employées et un redoutable maniaque (qui est aussi un artiste martial, d'où ce délirant duel final boxe contre nunchaku). C'est 80's mais alors jusqu'au bout des ongles, avec tout ce que ça implique de vulgarité assumée (boudiou ce strip-tease de Mélanie Griffith en ouverture! Et cette scène lesbienne !), très bien interprété (Griffith donc, et un Tom Beranger des grands jours), j'aime beaucoup le fait qu'on ne voit presque pas le serial killer qui devient une sorte d'incarnation de toute la folie d'une ville. Ca aurait pu être un Ferrara première période digne de son magnifique L'Ange de la vengeance si à mon sens le scénario n'avait pas deux handicaps majeurs : le personnage de Billy Dee Williams qui est très présent alors qu'il ne sert à rien dans l'intrigue, et la thématique sur la guerre des gangs entre les patrons de boite de strip-tease qui est traitée à l'arrache. Ca reste de la très bonne série B dont le premier degré semble presque anachronique aujourd'hui, mais possédant largement assez de grands moments pour faire oublier ses carences. J'aime.
Les Grands Fusils (Duccio Tessari, 1973) : un tueur à gages décide de se ranger et devient la cible de la mafia.
COMME C'EST ORIGINAL ! Ben en fait, un petit peu ! C'est un hybride assez bâtard entre le polar de mafieux italien et le " Alain Delon movie " français avec évidemment Alain qui bute tout un tas de mafieux antipathiques et sans honneur pas comme lui. A ceci près qu'on est en 1973, que la carrière de Delon n'est pas encore partie en sucette et que finalement le film apparaît plus comme une sorte de remake de son samourai melvillien, sauf qu'évidemment Duccio Tessari n'est pas Jean-Pierre Melville et que la comparaison lui est néfaste mais alors sur absolument tous les plans. Y a des choses intéressantes à picorer (le fait que la pute défraichie soit finalement le seul perso réellement honorable, la fin ultra-pessimiste, le meurtre assez graphique de Roger Hanin) mais il y a un gros coup de mou sur le plan rythmique, surtout pour un film qui narrativement déroule quand même un cahiers des charges aussi éculé (il chope le premier meurtrier, il le bute ; il chope le second, il le bute ; devinez ce qu'il fait au troisième ?). Ca reste une curiosité qui se regarde assez bien, un opus moyen-bof au sein de la carrière bizarre de Tessari (grand scénariste de péplums et de westerns qui s'est aussi retrouvé être à ma connaissance le seul italien à faire de la blaxploitation) mais qui aurait nécessité un metteur en scène d'un calibre supérieur comme Fernando Di Leo ou Sergio Sollima pour accoucher d'un vrai film marquant.
ET MES DEUX REVISIONNAGES...
The World of Kanako (Tetsuya Nakashima, 2014) : un ex-flic alcoolique enquête sur la disparition de sa fille.
Je pensais franchement qu'en le revoyant, tous les points nébuleux de l'intrigue allaient se clarifier et que je pourrais débarouler sur MC en mode Jamy de C'est pas sorcier " c'est très simple ". Non, ça ne l'est pas du tout, c'est un film aussi riche visuellement que confus narrativement. Il faut imaginer un mix nippon d'Old Boy et de Tarantino, avec Koji Yakusho en mode Choi Min-sik (et tout à fait à la hauteur de son modèle : le mec est vraiment phénoménal), et des ruptures de ton tout le temps : des passages en animation réalisés par le studio 4°C, un générique pop, un passage presque burlesque d'affrontement avec le serial killer, le costard blanc de Yakusho qui devient de plus en plus crade au fur et à mesure du film, des moments kawai volontairement insupportables mais justifiés par la volonté de confronter cet univers mignon a une réalité ultra glauque, et surtout ce montage ULTRA découpé qui fait se superposer deux intrigues et plein de strates temporelles différentes. C'est un film de trop-plein dont le foisonnement stylistique est un peu desservi par l'intrigue, qui est en fait beaucoup plus décousue que réellement compliquée : comme chez Nolan, c'est surtout mal raconté en réalité. Mais il est évident que Nakashima est formellement l'un des plus inventifs cinéastes de genre nippons en activité (avec peut-être Sono Sion), et que The World of Kanako est l'un des très rares polars actuels dont on sort en se disant " ce film-là, je ne l'avais jamais vu ". Quelque part, son côté non-explicatif lui permet aussi de tenir très bien le revisionnage.
Les Frissons de l'angoisse (Dario Argento, 1975) : Un touriste anglais est témoin de l'assassinat d'une médium. Il cherche à débusquer le tueur avant de connaître le même sort.
Revisionnage de ce qui demeure mon Dario Argento favori dans sa version longue ; les ajouts concernent essentiellement des moments d'intimité assez comiques entre David Hemmings ou Daria Nicolodi dont la nécessité est loin d'apparaitre évidente. Si ces scènes ont le mérite de faire exister le couple (j'aime beaucoup le fait que Daria Nicolodi ne soit pas une potiche blonde mais plutôt une grande perche ironique au physique atypique), elles cassent un petit peu le rythme du récit policier. Pour le reste, c'est une succession de moments de bravoure, chacun des meurtres de ce film étant à étudier en école de cinéma. La musique des Goblins déchire, le jeu sur l'architecture est absolument formidable même si Argento poussera ça encore plus loin avec Suspiria, ça reste mon giallo préféré et un de mes films italiens favoris des années 70 même si un peu comme le cinéma de PFFF BRIAN DE PALMA je trouve qu'Argento est sans doute plus un cinéaste de grandes scènes que de grands films (chez eux, le tout vaut parfois un peu moins que la somme des parties).
Boris.