Vendredi 18 Mars 2016 à 10:42
#2929
Alors alors euh donc.
Commençons par un quatuor de revisionnages.
Les aventuriers de l'arche perdue, tout le monde connaît. A le revoir des années après, je m'en amuse toujours autant. Ford a inventé le héros d'action virilo-décontracté, Karen Allen est magnifique, les scènes d'action sont dantesques (la poursuite en camion est vraiment à montrer dans toutes les écoles de cinéma), la musique de Williams déchire et la photo est sublime. Dans ce monument du film d'action je ne vois que deux micro-choses qui me chagrinent : d'abord, la fausse mort de Karen Allen me semble un truc très difficile à avaler, ensuite, je trouve que le héros ne sert pas à grand chose puisque si tu l'enlèves le film de conclue à peu près de la même façon. Mais c'est vraiment pour pinailler.
Frenzy (1976), film dans lequel un innocent est accusé de meurtres commis par un serial killer étrangleur, est toujours l'un de mes Hitchcock favoris même si j'ai tiqué sur un point de l'histoire (que les amis du héros ne veuillent pas témoigner pour l'innocenter quand il est en cavale, OK ; mais rester silencieux quand il est condamné à perpétuité.... non ?). Ca reste LE Hitchcock qui avait réussi à prendre en route les années 70, là ou certains de ses prédécesseurs 60's font beaucoup plus vieillots (Marnie, Le Rideau déchiré). J'adore la caractérisation du héros, totalement bourrin et antipathique, j'adore la scène de rigidité cadavérique dans le camion à patates, la réplique finale ( " vous avez oublié votre cravate " ) est une trouvaille extraordinaire, c'est sec, c'est ambigu et hyper malin.
L'Espion qui m'aimait (1976 aussi) est mon James Bond période Moore favori. Ce qui ne veut pas dire que je le classe dans mes favoris : la musique est dégueu, l'humour est parfois pénible (à un moment le running gag " échappons à Requin " devient vraiment chiant) et si Requin est évidemment une trouvaille géniale, le grand méchant joué par Curd Juggens est sans intérêt. Mais il y a une superbe bataille dans la base sous-marine, le budget est de toute évidence bien plus conséquent que pour les deux Moore précédents, Barbara Bach est très belle et l'idée de faire d'une femme agent russe la rivale de Bond est bien gérée. Un bon cru Bondien.
Snowpiercer de Bong Joon-Ho ne m'a pas plus convaincu au revisionnage. J'aime le début, la présentation des personnages, le côté " sans perte de temps ", les petites touches de grotesque là-dedans. Et plus Chris Evans se retrouve seul plus je trouve que le film part dans le n'importe quoi (le méchant quasi immortel, les jet-setteurs qui chargent, les fusils sans balles qui se retrouvent chargés sans qu'on comprenne comment). La fin est horriblement lourde et didactique, surtout que je trouve qu'on a perdu en route les personnages les plus badass et les plus intéressants (Grey le muet et la grosse femme noire). Le plus mauvais Bong que j'ai vu.
ET LES NOUVEAUX....
Dix petits indiens (René Clair, 1945) est la première adaptation ciné du bouquin d'Agatha Christie. Je l'ai trouvé presque aussi inintéressant que la version de Peter Collinson. On décalque le livre de manière ultra-scolaire jusqu'à la fin qui reprend (comme la version Collinson) le happy-end convenu et foireux de la pièce de théâtre. Aucune imagination, aucune fantaisie, mise en scène statique et comédiens qui font le minimum. Typiquement, l'adaptation qui n'apporte absolument rien à l'histoire du cinéma.
Memory Lane (Mikhael Hers, 2010) m'a PRODIGIEUSEMENT énervé. Cette histoire d'un groupe de trentenaires bobos qui reviennent là ou ils ont grandi m'a semblé tellement horripilante... Passe encore une construction narrative remplie de " petits moments d'intimité " sans lien entre eux (on peut interchanger la place de toutes les séquences) ; passe encore la caractérisation inexistante de certains persos, ou foireuse pour d'autres (la dépressif, ce serait bien qu'on sache pourquoi il déprime au bout d'un moment) ; passe encore le fait que Thibault Vinçon est le Lon Chaney Jr du cinéma d'auteur français et me salope par son jeu dégueulasse TOUS les films dans lesquels il apparaît (et Dounia Sichov, faut qu'elle arrête les simulations de fous rires). Passe encore ces séquences captivantes de ping pong (fou rire à la clé) ou de bataille d'eau (Dounia Sichov tape un fou rire), passe ces références pour initiés (on se fout de la gueule des mecs qui écoutent du Genesis, on achète " le dernier Sparklehorse ", le mec de Sparklehorse s'est suicidé depuis, coincidence ?). Mais c'est surtout ce sentiment " on est bien entre nous ", cette lumière automnale permanente, ce contentement de soi et cette absence d'intérêt pour l'Autre qui fait que j'ai vraiment eu envie de péter ma télé.
Chacun pour soi (Giorgio Capitani, 1967) est ma seule découverte réellement convaincante. Il s'agit d'un remake en western spaghetti d'un classique de John Huston, le trésor de la Sierre Madre, avec un très beau casting mi européen (George Hilton, Klaus Kinski) mi américain (Van Heflin, Gilbert Rowland). La mise en scène est beaucoup plus classique que de coutume chez les ritals, le scénar se tient relativement bien, Capitani pour son unique western filme ça avec une certaine rigueur et la musique orientalisante change agréablement de Morricone et compagnie. A une séquence de gros gunfight près, c'est du coup assez intimiste (on suit comment 4 personnes venues chercher de l'or en viennent à se trahir les uns les autres) ce qui permet au point fort du film (les comédiens) de s'exprimer au maximum. Vraiment bien aimé.
Journée noire pour un bélier ( Luigi Bazzoni, 1971) est un giallo assez traditionnel ou Franco Nero, journaliste, enquête sur une série de meurtres. Le scénario est un peu plus tenu que dans certains de ses homologues de l'époque et surtout, il y a un très beau travail de Storaro à la photographie (pas étonnant : Suspiria, c'est lui). Reste que Nero me semble moins à l'aise dans le giallo que dans le western (trop bourru, trop brutal pour être crédible en héros qui nécessite un minimum de faiblesse). J'ai apprécié la force des persos féminins qui sont loin d'être des potiches uniquement bonnes à se faire trucider mais globalement j'aurais très vite oublié ce film qui a le défaut rédhibitoire pour un giallo de ne pas proposer la moindre scène de meurtre un tout petit peu marquante. Mais ça se regardait bien.
Slap her, she's french (Melanie Mayron, 2002) raconte comment une jeune fille américaine modèle, Starla, fait venir une jeune française, Geneviève LePlouff (????) timide et réservée. La française va se révéler absolument démoniaque et faire de la vie de Starla un enfer.
Ce film, c'est du grand portnawak qui malheureusement n'est pas réellement raciste anti-français malgré son titre opportuniste. Parce que vu l'image renvoyée des texans, ce n'est pas nous qui passons le plus pour des guignols, loin s'en faut (le petit copain de Starla étant particulièrement grattiné). Les gags sortent de l'hyperespace (Starla à un petit frère qui lit tout le temps, voit un Philip K Dick et s'exclame " Oh, I love dick ! "), y a une féministe végétarienne totalement névrosée, la française sort des expressions absolument pas possibles ( " nous va baise comme des otaries " putain on dirait du québecquois passé dans Google trad), elle porte un béret (à sa première apparition on a droit à un petit air d'accordéon), puis " danse comme une pute, comme toutes les françaises ", bref, c'est du grand délire et il faut le voir pour le croire.
Par contre, je suis en désaccord total avec la critique de nanarland qui considère que ce film est un nanar. Moi je n'ai jamais ri du film, j'ai ri avec le film, c'est à dire que je suis à peu près certain qu'à chaque fois ou je me suis marré c'était bel et bien voulu par le scénariste. Dès lors je n'y vois certainement par un nanar, au pire un mauvais film mais je pense que toute personne de bonne foi admettra qu'il y a énormément de second degré dans cet ovni.
Boris.