Le 30/10/2015 à 09:43, Tripel_Ix avait écrit ...
Tout 
Plus précisement qu'elles sont les caractéristiques d'un giallo, et qu'elles sont celles parmi elles qui peuvent être mal interprétées car retrouvable dans d'autres genres, ou d'importances moindre.
W'okay.
Giallo c'est un mot qui veut dire jaune en italien, parce que l'équivalent chez eux de notre Série Noire, ben c'était des bouquins jaunes, les polars à la mode à l'époque. Les italiens, ils avaient vu les Diaboliques de Clouzot et ils s'étaient dit " waow " parce que bon c'était Clouzot quoi. Puis ils avaient vu Psychose d'Hitchcock et ils s'étaient dit " waow " parce que bon c'était Hitchcock quoi. Ils avaient aussi vu des krimi (polars allemands) et s'étaient dit " waow " mais ça c'est parce qu'ils avaient des gouts de chiottes. Ils ont donc concocté un mélange de tout ça : le sexe sous-jacent chez Hitchcock (mais en explicite), le twist des Diaboliques, les intrigues un peu bidons des krimi puis allez, zou, emballez c'est pesé !
L'esthétique du giallo elle se construit selon moi en trois temps, dans trois films de Bava (hein ? Argento tu veux dire ? Non non, Bava). D'abord, dans La Fille qui en savait trop, il s'inscrit clairement dans l'héritage d'Hitchcock avec son titre et son héroïne qui est le témoin gênant d'un meurtre, même si esthétiquement c'est encore relativement conventionnel. Juste après il réalise un film à sketch, les 3 visages de la peur, ou le premier sketch joue sur la parano d'une héroïne coincée chez elle et menacée par un homme mystérieux ganté et armé d'un couteau, tiens tiens. Un an plus tard, Bava sort Six femmes pour l'assassin qui là est totalement un giallo : une intrigue dans un milieu bourgeois avec plein de femmes, des mecs sexuellement bizarres autour, un tueur ganté, plein de meurtres stylisés.... Ils sont là les ingrédients du giallo : l'érotisme, le gout des armes blanches, la sexualité dérangée des méchants mais aussi souvent des héros, la ritualisation des meurtres (de femmes, surtout) et une tendance à virer au Grand-Guignol, on est en Italie, le pays de Berlusconi et du western spagh'.
Je vois personnellement deux grands sous-types de giallo. Le premier c'est celui que j'appellerais le giallo-puzzle : un homme (généralement) est témoin d'un meurtre. Il ne sait pas qui est l'assassin mais découvre qu'il aurait du le voir. Il passe le film à tenter de se rappeler l'image manquante, le truc qu'il a loupé lors du meurtre pendant que le tueur trucide tout ce qui bouge autour de lui. Le grand spécialiste est Argento.
L'autre sous-genre, c'est le giallo-machination. Généralement tu as une femme, qui vit dans un milieu aisé, très belle et entourée de figures masculines genre son mari, son amant, son ex et/ou le flic de service. Très vite les meurtres se succèdent autour de la belle et elle est acculée à la folie. On finira par découvrir que la moitié du casting masculin a fait ça pour se débarrasser d'elle. Spécialiste : Sergio Martino (et aussi un peu Lucio Fulci)
Ce que j'aime dans le giallo, d'abord c'est qu'on y croise parmi les plus beaux meurtres du cinéma. C'est pas du cinéma en pantoufles, non, c'est des séquences d'assassinat de parfois dix minutes ! Un plan sur la bouche qui crie, un plan sur la lame, un sur le masque de l'assassin, un sur les voisins dehors qui ne font rien, un sur les jambes de la meuf qui tente de ramper, un sur la lame, un sur la flaque de sang, un sur la serrure de la porte... Les gialli sont au meurtre ce que les duels de westerns italiens sont aux duels.
Ensuite, c'est un genre progressiste. Dans un giallo, tu peux être une meuf SM, libertine, qui trompe son mari et rêve de se taper le psychopathe du coin, tu peux quand même survivre ! Rien à voir avec les conneries de slasher américains ou le noir et son pote fumeur de joint se font directement trucider par le teubé à la machette, non, le giallo c'est une espèce d'entrée dans l'inconscient féminin, avec justement souvent un tueur qui a un problème sexuel (l'impuissance, la castration...). Faut voir aussi que ça correspond à la libération des mœurs en Italie : les filles commencent à foutre des mini-jupes, on aimerait bien les violer. On peut pas mais on va faire des films ou on leur fait payer à ces salopes, sauf que ça reste elles les plus fortes. On ne peut pas tester le déferlement d'hormones féminines, on rêve donc leur meurtre avant de se réveiller quand elles nous tuent dans notre rêve, vous me suivez ?
Suffit de comparer les héros de gialli avec ceux des polizotescho, les polars " durs " italiens en vogue à la même époque. D'un côté Maurizio Merli, le Chuck Norris discount, de l'autre des hommes plus efféminés comme David Hemmings ou Tony Musante. Depuis quand la testostérone sert-elle à quelque chose, je vous le demande ?
Boris, c'est un peu plus clair... ou je recommence ?