Le 24/01/2015 à 13:14, gedat avait écrit ...
A noter que Denis Colombi, c'était aussi l'auteur de l'article fascinant cité par quelqu'un sur le FB de smc qui expliquait que le capitalisme était masculin parce que des fois les traders font des blagues misogynes.
Pour moi ce genre de sociologie qui fantasme sur le "système" c'est juste une forme sophistiquée de conspirationnisme. Derrière le jargon élaboré et les circonvolutions théoriques, elle propose une histoire d'une simplicité affligeante: les races/les classes/les genres sont juste une invention de la classe dominante blanche masculine, et sont un instrument de domination. A lire Colombi j'imagine presque des conseils secrets où de sinistres individus encapuchonnées ricanent "mouhaha on va inventer les races, plus rien ne pourra arrêter notre domination sur le monde". C'est le degré zéro de la pensée sociologique quoi, croire qu'on explique un phénomène juste en trouvant à qui il profite.
Alors que bon, le racisme c'est un chouia plus compliqué quand même, et l'humanité n'a pas attendu la domination occidentale pour l'inventer.
Après ça me ferait juste marrer gentiment si ces gens là étaient des illuminés inoffensifs, mais là le gars est doctorant à SciencesPo, ça fait peur. Et le fait que des auteurs comme Zemmour et Finkelkraut soient si populaires me semble assez imputables à ce genre de gus.
Ca peut être une invention, ça ne veut pas dire qu'il y a un inventeur, et encore moins un inventeur conscient. C'est difficile de nier que les races, la classe ou le genre sont utilisés dans des processus de domination.
De là à dire qu'il y a eu une réunion d'hommes quinquagénaires blancs pour asseoir leur domination, forcément, il y a un fossé. C'est je pense, le problème fondamental de beaucoup de théories complotistes. Des personnes analysent ce qui sont parfois des problèmes réels, mais n'arrivent pas à comprendre le rôle des structures, des habitus, des normes sociales, des mécanismes de pouvoir, et ne comprennent que les agents.
Alors oui, les acteurs ont un rôle dans tout cela, mais il n'est pas nécessairement conscient, et surtout, il n'y a pas que ça. Autre de leurs gros soucis : partir de ce qui est pour imaginer que c'était un but, que c'était déjà défini.
Je finirais par citer Bourdieu dans son cours au collège de France Sur l'État (Cours du 25 janvier) :
« [Gusfield] rappelle cette chose importante qu'une fiction sociale n'est pas fictive. Hegel disait déjà que l'illusion n'est pas illusoire. Ce n'est pas par ce que l'officiel n'est jamais que l'officiel, ce n'est pas par ce que la commission [il parle de la commission parlementaire] n'est pas ce qu'elle veut faire croire qu'elle est, qu'elle ne produit pas pour autant un effet par ce que, malgré tout, elle parvient à faire croire qu'elle est ce qu'elle veut faire croire. »
En soit : les choses ont un effet, et on va parfois même en créer l'effet, par ce qu'on le croit déjà effectif. C'est aussi l'exemple de l'État, qui n'existe que par ce que tout le monde admet qu'il existe.
Bref je digresse et je sais même pas pourquoi j'ai cité ça.
Autre motif d'orgueil, que d'être citoyen ! [Les citoyens] doivent travailler devant la majestueuse égalité des lois, qui interdit au riche comme au pauvre de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain.