Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
il y a un débat essentiel qui a commencé en France, et qui malheureusement divise, qui concerne le droit au blasphème, et la dérision et ses éventuelles limites.
Il y en a un qui a notamment dit :
"[...]
la culture de la dérision a montré ses limites: les sociétés occidentales se déshonorent si elles la présentent comme le nec plus ultra de la pensée et si elles mettent le monde entier en demeure d'y adhérer."
Un petit raisonnement de mon côté m'a amené à une position que certains peuvent trouver extrême, c'est pourquoi je vous demande très honnêtement de me montrer où est-ce que j'ai tort dans ce raisonnement - ou, si vous ne le pouvez pas, de soutenir la même opinion.
Je vois pour l'instant deux grandes possibilités :
* soit on permet la dérision de tout n'importe-comment, et il faudra définir clairement "dérision",
* soit on la limite, et il faut définir comment.
Je ne reviens pas sur l'interdiction légale et morale de tuer, ou de torturer, ou de cogner, je ne crois pas que ça soit utile. Ceci étant posé, définition de "dérision" :
Moquerie souvent accompagnée de mépris.
Si l'on permet la moquerie avec ou sans mépris de tout, on s'attend donc à ce que les choses importantes pour l'un soient objets de moquerie de l'autre. Et l'autre peut agir de même. Quel problème cela pose-t-il? L'offense? L'offense n'est qu'un sentiment ressenti par l'un, l'offense n'est pas le but de la moquerie ni même du mépris; la moquerie a pour but de rire et faire rire, et le mépris n'a pas de but en soi, ce n'est qu'un sentiment ressenti suite à des idées pensées. (Par ailleurs, il existe des moyens légaux de combattre ce que l'on pense être une offense volontaire, ce qui n'est donc plus une simple dérision.)
Si l'on permet la dérision totale, nous arrivons donc à une liberté d'expression assez grande (sans permettre l'injure ou la diffamation, attention), et pas mal de rires de tout.
Prenons le cas où l'on bride la dérision. Par exemple, au nom du droit de certains à ne pas être offensés.
Il faut donc interdire tout ce qui offense. Quid de ceux qui sont offensés par la dérision de l'importance d'une mère? Quid de ceux qui sont offensés par la dérision du sentiment patriotique? De ceux qui sont offensés par la dérision de la gentillesse? Par la dérision des baskets non lacées? Des fautes d'orthographe? Des sites au fond bleu clair?
Qui déciderait donc la limite entre ce qu'il faut interdire et ce qui est permis? Les tribunaux? Nenni : ils ont assez de travail comme ça.
Toute limite posée contentera une partie des gens et rendra les autres furieux.
Le premier cas, dérision totale, permet à tous de rire de tout et de débattre de tout. Le deuxième cas, limiter la dérision, ne génère qu'une majorité de mécontentements et tue de nombreux rires.
La conclusion est donc évidente : il faut laisser les gens rire de ce qu'ils veulent, et de tout tourner en dérision.
Ce raisonnement a été rédigé en imaginant le monde entier tourner en dérision ma famille, mes amis, mes idées et moi-même, ce qui serait beaucoup tout de même et serait de l'acharnement, mais ne me pousserait jamais à penser qu'il faut interdire de tels procédés.