Sinon dans la vie réelle, le voyage dans le temps est impossible sinon nous aurions vu des voyageurs temporels. Voilà ^^
En plus de toutes les possibilités évoquées par SuperA, on a peut-être déjà rencontré des voyageurs temporels et subi un effacement de mémoire de leur part.
Certes. Mais l'existence indépendante est évidente, JiRock. Et je le prouve par la suite de ce post.
Ben... non. Je veux dire, rien n'est "évident" à ce niveau (en tout cas par pour moi), tu peux très bien supposer que tout voyage dans le passé modifie entièrement et simultanément la structure du continuum. Il me semble que c'est la
première théorie dont parle Senen, celle sur laquelle repose Retour vers le Futur... Or Looper emprunte une foule d'éléments à cette théorie, puisque les souvenirs de ce que vit Gorgon-Lewitt "apparaissent" instantanément dans l'esprit de Willis et qu'il est possible de se tuer ou de se mutiler par anticipation.
Désolé, je n'ai pas les noms des personnages en tête, donc je me réfère à ceux des acteurs.
Du coup, je ne vois pas pourquoi on choisirait par défaut la
deuxième théorie pour aborder le film. Je mets en gras, parce que dans ma vision des choses, il y a une troisième théorie, qui est justement celle utilisée par Colfer dans Artemis Fowl et qu'il n'a probablement pas créée tout seul.
Juste pour clarifier : la deuxième théorie dont tu parles, Senen, c'est celle où on peut voir le temps comme un arbre ? Chaque action (et pas seulement chaque voyage dans le temps) créerait un nouvel embranchement à cet arbre, et en remontant le temps, on descendrait les branches, de sorte qu'à moins d'agir exactement de la même manière, on partirait dans un autre sens ? Dans ce système-là, le sujet ne se dédoublerait pas.
Si on accepte le postulat de départ, il faut accepter ce qui en découle logiquement (et donc le fait de pouvoir aller tuer son père), aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est un peu le principe de la suspension volontaire de l'incrédulité. Dans ce genre de postulat, j'aime imaginer le temps comme un système physique que l'on vient perturber par nos actions dans le passé, ça va osciller ("je suis né", "je suis pas né", "je suis né", "je suis pas né") jusqu'à atteindre un point d'équilibre.
C'est intéressant, mais le paradoxe continue de me "bloquer". Je veux dire, oui, on peut voir le temps comme un système quantique en perpétuelle oscillation, mais personne ne
ressent cette oscillation, aucune expérience ne vient l'étayer, donc ça restera à jamais une solution théorique, voire purement analogique. C'est peut-être stupide, mais j'attends d'une théorie sur le temps qu'elle "colle" à mon ressenti en tant que sujet. Le temps est une dimension où s'inscrit mon vécu, bien qu'elle diffère en plusieurs points de celles de l'espace, et on devrait pouvoir l'appréhender sans avoir recours à des notions avancées de physique...
L'autre truc qui me gêne avec cette théorie du continuum, c'est qu'il changerait graduellement, à mesure des actions du sujet dans la réalité où il atterrit, comme si le temps lui-même se reconstruisait une cohérence à chacune de ces actions. Quand je dis ça, je ne peux pas m'empêcher d'imaginer une ligne de temps "filant" à toute vitesse jusqu'au futur d'où est parti le voyageur, puis une nouvelle, puis une nouvelle, qui à chaque fois vient remplacer la précédente. Or ça n'a aucun sens de parler de "vitesse" dans ce contexte ; et pourtant les actions du sujet s'enchaînent avec le temps, pas instantanément. Je ne saurais pas l'expliquer plus clairement, désolé

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Je reviens à la démonstration de New :
Si Arnold2 (A2) part depuis l'année 2100 où il a 60 ans, dans sa ligne de temps (dite "première") vers l'année 2070, voici les conséquences possibles:
* soit les lignes de temps sont séparées, comme je le dis. Donc, A2 arrive en 2070, il a 60 ans, souvenir de tout, c'est LUI qui est allé dans le passé. Donc, la première ligne de temps bifurque à l'instant ou A2 arrive, et crée une deuxième ligne de temps, où Arnold2 et Arnold1 (l'Arnold normal de la ligne de temps originelle de 2070) sont. Donc quoi que fasse Arnold1, Arnold2, toute la Terre, ça n'a aucun impact sur la première ligne de temps; ils sont en train d'écrire la deuxième, c'est tout. (et, bonus cadeau gratuit tadam : il n'y a pas de destin!! Aucune ligne n'est écrite à l'avance)
Ca FORK, quoi.
Je précise déjà un truc : je ne prétends pas que Looper soit cohérent de bout en bout. Mais il me paraît plus logique de l'aborder selon l'hypothèse du continuum, la n°1, que selon la n°2, justement parce que le scénario fait intervenir des répercussions multiples.
La possibilité que tu évoques là, je n'y adhère pas, parce qu'elle signifierait qu'A2 aurait cessé d'exister dans sa ligne de temps première. Dès lors, impossible pour lui de réintégrer cette ligne sans accomplir un
premier voyage dans le passé, jusqu'à l'embranchement, puis un
second voyage vers un futur particulier qui est celui dont il est originaire... Considérer que le sujet ne se dédouble pas avec l'hypothèse n°2 simplifie grandement les choses. J'ai l'impression que tu mélanges les deux hypothèses en fait, même si je suis incapable sur le moment de trouver de vraies contradictions qui en découlent. Ce dont je suis sûr, c'est que le film ne colle pas avec cette vision des choses.
* soit une ligne de temps est unique. Alors, A2 arrive en 2070, et là, deux possibilités :
** c'est unique au point que A2 retourne dans son existence en 2070, c'est à dire qu'il devient A1 en 2070. Comme dans Butterfly Effect. Ce n'est pas l'hypothèse prise par Looper :
** A2 a bien 60 ans, atterrit là où sa machine à voyager l'a choisi, il existe en parallèle de A1, et le simple fait qu'il soit là en 2070 change la ligne de temps.
Là, il faut considérer deux types d'événements : ceux qui ont un impact sur les événements de la ligne de temps déjà écrite, et ceux qui n'en ont pas. Par exemple, si A2 reste seulement 1/100ème de seconde en 2070 et que personne le ne voit, il est possible que son impact sur les événements de la ligne de temps soit nul. Si A2 rencontre A1 et lui dit qui il est, puis qu'il se tue, il est évident qu'il a un impact sur les événements de la ligne de temps.
Déjà, tout ceci signifie que la ligne de temps est écrite, au minimum entre 2070 et 2100.
Donc, si à n'importe-quel moment entre 2070 et 2100, A1 perd une jambe, A2 ne peut jamais avoir eu cette jambe non plus. On tombe sur les fameux paradoxes temporels, qui n'existent qu'à cause de l'hypothèse de base : il n'y a qu'une ligne de temps.
Ok sur tout ça. Et effectivement, le film ne résout pas ce paradoxe fondamental de l'existence de Willis en dépit de la mort de Gordon-Lewitt.
Ca ne change rien, j'adore Looper
Ah, moi aussi. La mécanique, quoique grippée en profondeur, est implacable et fascinante à contempler.
Mais pourquoi soutenir une théorie incohérente quand une autre théorie existe, est bien plus simple et cohérente? Faire des beaux films avec des incohérences, Looper et Butterfly Effect m'ont prouvé que ça ne pose aucun problème, mais dans la vraie vie, quelle autre théorie tient la route que celle que j'ai expliquée? (question ouverte, go on)
J'en arrive à ma troisième théorie, qui ne recoupe aucune de celles distinguées par Senen - et c'est parce qu'Artemis Fowl 6 se base sur cette théorie incroyablement élégante que je le qualifie de petit bijou.
Cette théorie, c'est en fait que le continuum est égal à lui-même. Voyage ou pas voyage, il ne change pas. Les choses se sont produites d'une certaine manière, les voyages dans le passé ont tous déjà eu lieu (forcément, puisque
l'idée même d'un voyage dans le passé implique d'en être revenu pour l'effectuer, thèse avancée par le personnage d'Artemis lui-même)... Cela donne un passé immuable qui comprend toutes les actions d'éventuels doubles, y compris des rencontres entre une personne et son double. Et là on pourrait se dire : mais en vertu de quoi ne subsisterait-il aucun souvenir de tels croisements ? C'est là qu'intervient l'effacement de mémoire, une technologie que Colfer avait déjà intégrée à son univers, et qui comble parfaitement les failles du scénario. Les évènements consécutifs au voyage temporel doivent ménager la possibilité d'un effacement bien timé, qui restaure pour ainsi dire la cohérence du système.
Franchement, si ce n'est pas ce que vous aviez compris, je vous engage à relire le bouquin, parce que c'est très déroutant à lire une première fois, mais merveilleux à relire sous cet éclairage-là. Tous les rebondissements narratifs, comme le coup de Mulch qui vient
comme par hasard ouvrir le coffre où sont enfermés les protagonistes, acquièrent une forme de nécessité au sein de ce système, qui se conjugue à la nécessité de cohérence interne propre à un roman. Juste bluffant.
Le plus beau, c'est que la crédibilité de la théorie ne tient pas à celle du procédé d'effacement de mémoire, parce qu'elle fait intervenir du déterminisme dans les actions du sujet revenu dans le passé (il ne peut pas provoquer de situation qu'un effacement de mémoire ne suffirait pas à résoudre), et que ce déterminisme peut être renforcé si l'on considère l'effacement impossible. Concrètement, ça signifierait que des rencontres entre un sujet et son "double" ne pourraient alors tout simplement pas se produire : que
quelque chose, comme une force inhérente au temps lui-même, s'y opposera toujours. Ce déterminisme ne s'applique pas à la volonté du sujet, il restreint simplement les possibilités événementielles. Une fois revenus dans leur "présent", Artemis et Holly vont faire en sorte que certains évènements se soient produits, et de la façon dont je vois les choses, ils y sont tout simplement destinés. S'ils ne l'avaient pas fait de leur plein gré, le temps se serait "modulé" (la tournure est ambigüe, parce que cette modulation ne se produit à aucun moment, elle relève de la consistance globale de la réalité) pour que la lettre soit envoyée à Mulch de toute manière.
D'ailleurs, je viens de m'en souvenir, c'est exactement le même point de vue sur la question qu'adopte J.K. Rowling dans Harry Potter 3. Elle emploie un artifice explicite pour bannir toute rencontre entre le sujet et son double, à savoir une recommandation expresse de Dumbledore sous peine d'un genre de crash temporel ^^, mais pour la raison que je viens de donner, ce recours à une "volonté de bien faire" des personnages ne me semble pas nécessaire à la survie du système.
Ce sujet est passionnant, en tout cas - merci, New

- et j'ai hâte de voir ce que vous allez penser de tout ça. Je ne doute pas que d'ici à ce que je repasse sur le topic, vous aurez complètement démonté mon propos, et... je m'en réjouis d'avance.
