Storyline
Chapitre 1. Lueurs de guerres
Le vent hurlait dans l'obscurité, amenant les effluves qui allaient changer ma vie. Quintalla était calme à cette heure-ci, bien que de la musique s'échappait encore des portes massives de la taverne. Je me nommais Urendur Tiellamyn à cette époque mais à l'heure où je vous raconte cette aventure, on m'appelle Ice-Furie. C'était un jour d'hiver comme les autres, la glace se formait sur les branches, les animaux se cachaient dans leurs abris. Nous étions sans nouvelles des autres nations depuis plusieurs jours maintenant et cela devenait inquiétant. Je regardais le lointain, espérant voir quelque chose briser la monotonie. J'entendis des pas se rapprocher de moi mais je ne tournais pas la tête, Une main amicale vint se poser sur mon épaule.
« Viens à la taverne Urendur au lieu de rester dehors jusqu'à mourir de froid...me dit Odgern, le vieux nain, patron de la taverne et bon ami à moi.
- Non désolé, je n'ai pas l'énergie à aller me divertir ce soir, répondis-je d'une voix lasse.
- Tu es sûr?
- Oui
- Bien, fais ce que tu veux me lança-t-il en s'éloignant, mais sache que ma porte te seras toujours ouverte.
- Merci ! Je vais y réfléchir ! »
Odgern sourit puis s'en alla d'un pas pressé, les mains dans les poches. Je retournais donc à ma mélancolie, regardant entre les arbres d'un regard plein d'ennuis. Les minutes passèrent pour se transformer en heures, j'étais las et je me préparais à aller à la taverne retrouver Odgern quand des lueurs attirèrent mon regard. Une partie de moi voulait se divertir à la taverne et aller voir les danseuses. Mais l'autre partie était curieuse et inquiète, Quelles étaient ces lumières inconnues? Pourquoi apparaissaient-elles si tard dans la nuit? Mon instinct me conseilla d'aller voir de plus près. Je grimpais silencieusement aux branches de l'arbre le plus proche avant de sauter d'un bond vif hors de la ville. Je me déplaçai silencieusement, tel un fauve. A mesure que j'avançais, le froid devenait plus intense et l'obscurité se faisait plus tenace. Une brume volatile s'étendait à perte de vue aux pieds des arbres. Une odeur de putréfaction et de mort parvint à mes narines et j'eus peine à retenir un Haut-le-coeur. Les lumières étaient toutes proches, je pus bientôt les distinguer parfaitement ; des feux follets virevoltaient à travers la brume comme virevolte les oiseaux dans le ciel. Des feux follets? N'était-ce pas les éclaireurs de l'armée des damnés? Un mouvement presque imperceptible confirma mon hypothèse, des ombres s'approchaient entre les arbres, dissimulées par cette brume. Nul fois dans ma vie je n'avait vu un tel regroupement de mort-vivant, partout où mon regard se posait, je voyais des armures miroiter.
Je revins sur mes pas, destiné à avertir la ville qu'un mal se propageait dans la forêt. Après quelques minutes de course, j'aperçus enfin Trishlanë, le grand escalier menant à la cité. Trishlanë etait le seul accès terrestre menant à la cité, fin et long comme une lame acérée.
Un sentiment de soulagement se propagea dans mes veines tandis que je montai deux à deux les marches de l'escalier. Arrivé en haut, le doute m'envahit, Fallait-il aller du côté des temples? Ou du côté des marchand? Finalement je suivis mon instinct une fois encore. M'engouffrant dans une avenue sombre bordée de boutiques inquiétantes, je traversai la mégalopole rapidement. Je courus quelques minutes durant avant de me retrouver devant un mur d'une hauteur impressionnante. Prenant de l'élan je sautai par dessus d'un bond fulgurant. J'étais finalement arrivé, devant moi se trouvait le caserne, resplendissante de milles feux au milieu de la nuit.Je courus vers l'archer qui gardait l'entrée principale du bâtiment. Il tenait à la main une longue lame effilée elfique, assez fine pour se faufiler entre deux côtes et assez solide pour transpercer une armure d'acier. Quand il remarqua enfin ma présence il se tourna légèrement vers moi et me dit :
« Que veut-tu en cette heure tardive ?
- Je viens d'apercevoir des lueurs dans la forêt et une brume à l'odeur de pourriture s'est installée aux pieds des arbres, lui répondis-je.
- Es tu sûr de ce que tu affirmes? Si tu mens, les conséquences pourraient être très grave !
- Oui, lui lançai-je d'une voix forte, il faut tout de suite envoyer des archers pour voir ce qui se passe!
- Hummm...bien, je te crois. J'en parlerai à Llandon quand il sera revenu de son expédition dans les quartiers nord.
- Non!! Nous n'avons pas le temps d'attendre que Llandon revienne, je ne sais pas pourquoi, je sens que nous courrons un très grave danger.
- N'y avait-il que cela? Simplement de la brume et des lumières étranges? me questionna-t-il en serrant un peu plus la garde de son épée.
- Non, me souvenant brusquement des ombres dans la forêt, il y avait des feux follets, et des ombres bougeaient entre les arbres.
- Quoi ??!! C'est plus grave que je ne le pensais, il faut tout de suite prévenir Llandon ! Me répondit-il angoissé.
- Je suis là, que se passe-t-il? »
Je me retournai brusquement, là, en face de moi se tenait le légendaire
Llandon, brave d'entre les braves et champion de la nation drow. Ses cheveux argentés virevoltaient dans le vent, reflétant la lumière de la Lune comme un miroir. Son visage, fin et allongé, était marqué par des années de guerres sanglantes. L'archer se mit à parler à Llandon à voix basse, le visage de celui ci commençait à se durcir. Quand ils eurent enfin fini, Llandon se tourna vers moi.
« Quel est ton nom?
- Je...Je me nomme Urendur Tiellamyn, Sir Llandon... lui répondis-je d'une voix tremblante en m'agenouillant
- Ne m'appelle pas Sir, Je n'ai rien que tu ne possède pas, relève toi!!
- Désolé Llandon, je suis un peu inquiet voilà tout, lui affirmai-je d'une voix plus calme.
- Edür vient de me rapporter ce que tu lui as dit, est-ce bien vrai?
- Oui Llandon, je vous promets devant Nasrudin que je ne mens pas.
- Bien...Edür! Réunis quelques archers et descends voir ce qui se passe.
- Certainement Llandon » répondit Edür avant de courir à l'intérieur de la caserne.
Llandon se tourna vers moi et me fixa avec un regard grave. Son visage était calme mais je décelais chez lui une note de tristesse. Nous passâmes quelques minutes à nous regarder de cette manière sans détourner le regard, ses yeux dans
Les miens comme pour y chercher des souvenirs. Edür revint quelques instants plus tard accompagné d'une dizaine d'archers.
« Nous sommes prêts à partir Llandon !
- Bien allez y... mais revenez dans moins d'une demi-heure, passé ce délai je sonnerai l'alerte.
- Nous ne te décevrons pas !
- Vous ne m'avez jamais déçu » lui répondit-il avec une voix pleine de confiance.
Les archers se retirèrent rapidement, bientôt on ne vit d'eux qu'une traînée argentée étincelante dans l'obscurité. Llandon les suivit du regard un instant puis il me convia à le suivre dans la caserne.
« Parle moi de toi Urendur, quel est ton passé? Me dit-il d'une voix bienveillante.
- Je ne me souvient pas de tout...je suis orphelin, enfin je le pense, je n'ai jamais connus mes parents.
- Vraiment? Quelle est la personne qui t’a élevé alors?
- Je ne m'en souvient pas, quand on m'as recueilli ici j'avais déja une cent quarantaine d'années; Je ne me rappelle plus de mon enfance.
- C'est étrange, des brumes voilent ton passé tels les nuages cachent le soleil un jour de pluie. Pourtant tu as bien été accueilli chez quelqu'un à Quinatalla?
- Non, j'ai toujours vécu dans la rue.
- Personne ne t’a offert l'hospitalité ? M’interloqua-t-il d'un voix outrée.
- Non
- Et comment as tu réussi à survivre?
- Je volais des fruits chez les marchands. Ce ne fut que beaucoup d'années plus tard qu'Odgern, un jour de grand froid, m'as trouvé, grelottant et mort de faim, dans un coin de rue. Il m'as ramené à sa taverne et m'as nourris et logé pendant toutes ces années.
- Odgern !! Ah… Je me souviens de lui, nous nous sommes battus côtes à côtes à la bataille de Firendir. Sa hache faisait des ravages dans les rangs ennemis. Comment va-t-il?
- Bien. Au premier regard on pourrait penser que c'est un jeune nain ! Il est toujours en forme !
- Tant mieux, cela doit être sa vigueur de nain qui fait qu'il soit si résistant à l'attaque du temps, me répondit-il, mais revenons sur toi; A tu appris le maniement de l'arc et de l'épée?
- Oui, Odgern m'a tout enseigné durant son temps libre. Nous nous sommes entraînés chaque fois que nous le pouvions.
- Tu as eu de la chance d'avoir un maître aussi célèbre, beaucoup de gens rêveraient de pouvoir se faire conseiller par Odgern contre tout l'or du monde, tu le savais?
- Non », répondis-je, fier de mon professeur
Les minutes passèrent, je sentais que Llandon devenait de plus en plus inquiet. La demi-heure arriva tandis qu'Edür et ses hommes n'étaient pas revenus, Llandon soupira, une larme coula sur sa joue. Nous montâmes les escaliers, avertissant tous le gardes qu'il fallait réveiller la ville de sa torpeur au plus vite. Puis nous arrivâmes sur le toit de la caserne, le spectacle qui s'y déroulait était magnifique. Ici et là des archers montaient aux arbres, vêtus d'une armure légère en mithril, couvrant leurs bras et leurs bassins, et d'une tunique en cuir par dessous. Ils tenaient à la main des arcs simples mais d'une parfaite régularité: dans leurs dos pendaient des épées fine et courbée rangées dans leurs fourreaux. Ils encochèrent une flèche, prêts à tirer. Pendant ce temps, les maisons s'allumaient peu à peu pour laisser sortir les hommes, prêts pour le combat, et les femmes, vêtues de simple combinaison en cuir moulant leurs silhouettes parfaites. Les hommes eurent des armes et des armures tandis que les femmes se voyaient équiper d'arcs en bois comme ceux des archers. Ceux qui avaient des arcs encochèrent une flèche et se tinrent prés des limites de la ville. Ceux qui avaient des épées comme seul moyen de défense se mirent en rang dans l'escalier, attendant les premières lignes ennemies. Nous entendîmes derrière nous, au lointain, les portes de la caserne s'ouvrirent bruyamment. Qui était-ce ? Bientôt nous entendîmes des pas lourds et traînant dans l'escalier. Un elfe surgit enfin en dehors, il était gravement blessé, une flèche lui transperçait le bras. Llandon courus le rejoindre.
« Edür !! Envoyez moi un guérisseur tout de suite !! Cria Llandon à l'attention du garde la plus proche, Que c'est-il passé Edür?
- Les...les...morts sont, répondit-il d'une voix faible.
- Les morts sont dans la forêt ?
- Ou...Oui
- Ca va aller...Respire jusqu'à l'arrivée du guérisseur ! Je ne te laisserais pas mourir dans mes bras Edür! Lança-t-il d'une voix implorante et mêlée de regret.
- Ne t'inquiète pas...Mon vieil ami. Je rejoint mes ancêtres dans l'au delà. »
Sa tête bascula sur le côté, une larme d'adieu vint couler sur la joue de Llandon. Il reposa le corps par terre et s'agenouilla. Il prononça une formule dont je ne comprenais pas le sens. Des plantes vinrent s'enrouler autour du corps sans vie d'Edür, bientôt, on ne vit de lui que sa tête, gravée a jamais dans l'histoire de Quintalla. Llandon se redressa lentement, la colère durcissait son visage. Il sortit d'un socle de pierre, que je n'avais pas remarqué en arrivant sur le toit, un cor d'ivoire, serti d'or et de diamants, et souffla dedans. La mélodie de bataille se répandit dans la forêt, tel le chant du phénix prévenant l'arrivée de la mort.
[ Edité par Iron-Skullman le 09 jan 2006 à 19h09 ]